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Dimanche 20 avril 1856
« Aujourd’hui a commencé pour Sion une ère nouvelle. Dieu a entendu le
cri de la Fille de Sion et exaucé la prière du bon P. Marie; des rameaux de
notre oeuvre chérie vont être plantés à Jérusalem »
A mes bien-aimées filles Noémi, Electa, Victorine et Marthe.
Cette lettre ne doit être ouverte qu‘en vue du port de Jaffa.
La Reine de Sion qui vous a protégées jusqu’à ce dernier port de mer,
vous protégera jusqu’à la fin. Elle vous conduira à Jérusalem. « Ne
craignez rien, dit le Seigneur, je suis avec vous » Soyez pleine
de confiance et de courage. Soyez calmes, tranquilles d’esprit et de coeur,
unies à Dieu par la volonté et par tous les rayons de l’âme.
Que les contretemps ne vous effraient pas Notre Seigneur fait tourner
tout à bien pour ceux qui l’aiment. Conservez une douce sérénité. Vous
consulterez le commandant pour les affaires des bagages. Ne vous pressez
pas. Faites tout posément et avec réflexion.
Je vous envoie mon bon Ange, je le prie de ne point vous perdre un
instant de vue. Je le charge de vous donner à chacune ma bénédiction
paternelle et de marcher devant vous pour vous protéger sur la route.
4 mai 1856
Nous remercions l’Etoile de la mer de la protection qu’elle nous a accordée,
nous renouvelons notre acte de consécration et nous promettons à Jésus de le
suivre jusqu’au Calvaire, jusqu’à la mort et à la mort de la Croix, s’il le
faut.
Vers 7 heures, le bateau s’arrête et immédiatement le capitaine nous fait
descendre dans une barque et nous conduit à Jaffa où il nous aide à grimper
sur le rocher. Nous sommes reçues par le Père Marie, pâle et tremblant
d’émotion.
5 mai 1856
Ce n’est pas sans peine et sans crainte que nous nous mettons en marche.
Nous prions, nous invoquons Marie. S. Victorine se perd, elle prend un autre
chemin, un Arabe la remet sur la bonne voie et elle nous rejoint. Pendant
cinq minutes nous marchons en ordre, lorsque S. Victorine tombe de cheval ;
nous la croyons blessée, mais nous en sommes quittes pour la frayeur. A
peine sommes-nous en marche que le cheval de S. Marthe se couche par terre
et l’oblige à descendre, ce qu’il lui fait plusieurs fois. Nos chevaux sont
très mauvais, ma peur augmente et je n’ose plus rester à cheval. Nous
avançons lentement et arrivons horriblement fatiguées à Ramley.
6 mai 1856
A quatre heures, messe du P. Marie (...) A cinq heures, nous nous remettons
sur nos mauvais chevaux sans selles (les soeurs n’étaient jamais montées à
cheval de leur vie et dans l’affolement du départ, les selles avaient été
oubliées à Paris). Nous n’en pouvons plus de fatigue et de souffrance; il
nous paraît impossible d’arriver. Enfin nous nous trouvons près de Jérusalem
et à la fatigue se joint l’émotion.
(En arrivant à Jérusalem les soeurs logent chez les soeurs de St Joseph de
l’Apparition où S. Emilie Julien les accueille avec une grande délicatesse.)
Installation des soeurs
En effet, les soeurs sont là et il ( le P.Marie )juge bon de leur donner
quelques conseils « Si la glorieuse mission de Jérusalem exige de grands
renoncements, il faut avouer aussi qu’on y puise sans cesse des grâces
tellement abondantes et efficaces que l’âme fidèle, placée entre le jardin
de Gethsémani et le Calvaire, est accablée, non sous le fardeau de la Croix,
mais sous le poids de l’amour et de la reconnaissance », Il faut
remarquer que si le Père Marie cherche à retrouver à Jérusalem les traces de
Jésus Christ et en particulier de sa Passion, ce n’est pas par goût morbide
de la souffrance et de la mort, mais parce qu’il y voit la preuve de
l’immense amour de Dieu.
La réalisation
« Mon avis est de commencer par louer un tout petit asile, de nous
introduire humblement, sans tambour ni trompette en Palestine, et après...
quand nous serons acclimatés, approuvés par Dieu, alors nous chercherons des
ressources ; alors nous achèterons et nous bâtirons ».Sa pensée est
sage, mais il ignore que pour résider en Palestine, il faut être
propriétaire, et que le gouvernement ottoman autorise les chrétiens à
acheter seulement des Lieux Saints, qui sont hors de prix.
C’est bien dans la pauvreté que s’installent les quatre premières soeurs,
arrivées en mai 1856
Elles occuperont pendant six ans un logis de quelques pièces dans les souks
et, durant les temps de pluie, elles devront ouvrir leurs parapluies
au-dessus de leurs lits.
Lettre du P. Marie à S. Nazarena du 31 mai 1856
Sion n’est pas l’oeuvre de l’homme, c’est l’oeuvre de Dieu, l’oeuvre de
Marie, mais c’est surtout dans ce qui vient de s’accomplir à Jérusalem qu’il
faut reconnaître la main de Dieu, puisque celui qui y a été employé n’était
même pas un instrument, mais un obstacle réel et cependant les filles de
Sion sont ici !... Il me semble que c’est un rêve ! Cela ne se peut pas.
Non credam. Et pourtant j’ai sous les yeux la réalité. Je la touche de mes
mains, je la contemple chaque jour. Non, non, ce n’est pas un fantôme, ce
n’est pas une illusion. C’est vous, mon Seigneur et mon Dieu qui avez fait
ce prodige.
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