Les racines juives

de notre foi

 

Durant le Congrès de Toussaint, plus de 100 000 personnes ont participé aux centaines d’activités proposées dans la ville. « Venez et voyez » : une invitation à (re)découvrir la largeur et la profondeur de notre foi. « Laissons nous inspirer et écoutons », a écrit le Cardinal Danneels.

 

Ecoutons l’un des témoins

Le Père Patrick Desbois, est le représentant des évêques de France pour les relations avec le judaïsme. Par deux conférences suivies de débats et un atelier, il nous a partagé ses convictions et son expérience. Voici quelques flashes (et commentaires…) sur ces interventions très riches…

 

Notre foi tient son origine du peuple juif et on a parlé des racines de notre foi. Mais la relation n’est pas une relation de paternité. Les Juifs sont « nos frères aînés », comme l’a dit Jean-Paul II à la synagogue de Rome en 1986.

 

Pourquoi alors 2000 ans de séparation ?

2000 ans de méconnaissance, de haine souvent ?

Malheureusement, l’Histoire a fait coïncider la naissance du christianisme et, quelques années plus tard, la destruction par les armées romaines du Temple, de la ville et des structures de Jérusalem. Le fait que les Juifs aient tout perdu a été pris pour un signe de leur rejet et donc de la véracité du christianisme. L’Eglise se disait devenue le « Verus Israël », le vrai Israël.

Des siècles de persécutions (pendant les croisades), l’inquisition, la succession des expulsions, les pogroms, l’antisémitisme sous toutes ses formes… Puis la Shoah, et le réveil qui a suivi.

En 1942, Jules Isaac, un Juif français qui a perdu sa famille dans les camps d’extermination, alla trouver le pape Pie XII pour lui demander s’il y a de l’antisémitisme dans l’évangile. L’Eglise ne remit pas la question à plus tard devant l’immensité des taches de l’époque. Un dialogue s’ouvrit enfin entre les instances du Judaïsme et la hiérarchie catholique, un dialogue sur le fond, un dialogue qui aborda tous les problèmes, un dialogue officiel : l’Eglise a accepté de relire son histoire et d’entrer dans « la purification de la mémoire ».

Le chemin s’est fait très rapidement au niveau de la hiérarchie. Mais au niveau de l’ensemble de l’Eglise, nous avons encore beaucoup à faire, pas seulement pour des ‘retrouvailles’ mais pour redevenir capables d’accueillir la grâce en ayant conscience de nos péchés.

 

Entrer dans une fraternité active

Puisque les Juifs sont « nos frères aînés », il nous faut entrer dans une fraternité active. Celle-ci comporte deux aspects.

 

1. Jésus a vécu en juif de son temps : circoncision, bar-mitsva, visites au Temple, liturgie de la synagogue, connaissance de l’Ecriture, célébration des fêtes…

 

Et donc notre foi, notre liturgie, notre catéchèse s’éclairent à la lumière du Premier Testament et du Judaïsme. L’évangile des disciples d’Emmaüs le dit clairement : « En partant de Moïse et parcourant tous les prophètes, Jésus leur interpréta dans toutes les Ecritures ce qui Le concernait » (Lc 24, 27).

 

Cherchons ainsi à mieux connaître Jésus et à l’aimer en vérité, en comprenant quelle vie il a vécue, quelle était la mentalité autour de lui, quelles fêtes il a célébrées et ce qu’elles signifient encore aujourd’hui pour les juifs, nos contemporains, nos voisins.

 

2. L’Alliance n’a jamais été abolie. Le plan de Dieu est un et il s’agit maintenant de réconcilier les deux œuvres de Dieu sur terre, qui se sont combattues en se croyant concurrentes… C’est un péché grave contre le plan de Dieu : on a séparé ce que Dieu n’a jamais séparé, cette élection et cette grâce. Il faut trouver des gestes de fraternité pour franchir les deux rives de l’Alliance et de la grâce. Il ne faut pas rester au plan de l’imaginaire, mais essayer de connaître réellement des personnes :

 

° Découvrir la diversité des juifs.

 

° Bien voir les asymétries entre juifs et chrétiens :

- Asymétrie de nombre : ils sont si minoritaires, 350 000 en Belgique, 12 millions dans le monde (les chrétiens sont plus de deux milliards).

- Asymétrie d’appartenance : on devient chrétien par le baptême, on y reçoit la grâce et parmi les chrétiens il y a une part de consensus ; on naît juif, on naît dans l’élection et chez les juifs, ne pas être d’accord n’amène pas de rupture.

 

° Reconnaître que les juifs sont toujours le peuple de l’élection, les regarder dans notre foi

chrétienne comme le peuple de l’élection sans perdre notre identité : dans leur différence radicale avec nous, ils sont tels que Dieu les veut.

Il y a un Mystère d’Israël, un mystère au sens profond…

 

Entrer dans le Mystère d’Israël

« Dernier point, très important, dit le Père Desbois : tous les gens qui entrent dans ce mystère par le fond, y sont entrés par un appel particulier, par une grâce particulière (pas comme un choix humanitaire ou politique).

S’il y a au fond de vous l’once d’une sympathie pour le peuple juif, il se peut que ce soit une grâce particulière de compréhension du Mystère d’Israël. C’est vraiment un Mystère au sens profond… Alors il faut cultiver cette grâce. Les sœurs de Sion peuvent servir de passerelles…

Cultiver cette grâce et vous en donner les moyen, c’est-à-dire vraiment comprendre pourquoi l’Eglise catholique a ce regard croyant sur le peuple juif et aussi connaître des Juifs (pas seulement en photos ou dans la prière), les connaître pour connaître la réponse concrète à l’élection de Dieu aujourd’hui (et pas seulement en cherchant Abraham et Sarah). Tenir ensemble la grâce et le réel.

Cette découverte de l’autre qui est le peuple de l’Alliance doit être d’abord l’objet d’une pratique. Ne pas théoriser sans pouvoir dire bonjour à son voisin juif ! De même, un pèlerinage en Terre Sainte doit permettre de rencontrer, de connaître et d’essayer de comprendre toutes sortes de gens, des Juifs dans leur diversité et leurs façons variées de vivre leur judaïsme.

Mais les Juifs ne peuvent pas oublier en 60 ans les 2000 ans de problèmes. Cela nous oblige à un certain retrait de la pensée et de la prière : Jean-Paul II a prié ‘aux intentions’ des Juifs et pas ‘pour’ eux. Ne pas se substituer à  eux. C’est en étant d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord qu’on peut avoir une relation avec des Juifs. »

 

Lutter ensemble

« Actuellement les relations entre la hiérarchie catholique et les autorités juives sont très bonnes. Les chemins de réconciliation qu’on a trouvés, - avoir abordé les problèmes un par un et être entrés dans la purification de la mémoire -, nous amènent aujourd’hui à des engagements communs pour regarder résolument en avant. Par exemple, lutter ensemble contre la pauvreté en Amérique Latine et contre le sida en Afrique du Sud où se tient en ce moment la réunion annuelle des responsables juifs et du Saint-Siège.

Ces chemins pourront peut-être ouvrir un jour des portes avec l’Islam… »

 

Aller aux sources de notre foi

Ainsi pourrons-nous aller aux sources de notre foi : mieux connaître ce que Jésus a vécu, mieux comprendre son message et les sacrements qu’il a institués, aimer son peuple en vérité.

 

 (paru dans la revue "Pastoralia", bulletin du diocèse de Malines-Bruxelles janvier 2007)

 

Sr Marie-Pierre Jacobson

N.-D. de Sion

 

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 Dernière mise à jour le 02/01/09
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