25 décembre 2007
              Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ

             

 

 Le Verbe s'est fait chair

Une musulmane déclarait un jour: « Ce qui nous choque dans votre religion, c'est que votre Dieu s’incarne »... Il faut avoir regardé les fidèles se prosterner au pied des hautes falaises du Hoggar pour saisir en effet la vertigineuse beauté d'une religion tout éblouie par la transcendance divine.

Le christianisme manque souvent de cette grandeur-là. L'à-pic fait défaut à sa théologie, qui passe par la douceur d'une médiation. Mais justement, c'est cette incarnation qui aujourd'hui offre la meilleure réplique aux absolutismes meurtriers de notre temps.

Le Christ en croix nous aide à refuser les doctrines et les totalitarismes spirituels. Il n'y a pas, dans cette religion, une vérité et les ténèbres, un livre et l'ignorance, des consentants et des rebelles. Le Dieu qui s'est manifesté dans l'histoire s'y est mal pris : il n'a été évident pour personne, pas même ses amis, et que dire des historiens et des doctes ! Mais c'est ainsi : Dieu ne s'est pas imposé. Il s'est offert. Il n'a contraint personne et s'est laissé meurtrir. Le mystère de la mort reste lié à la lumière. L'énigme l'emporte sur la certitude ; Il subsiste du « caché » dans cette révélation-là. Une vérité qui ne se délivre que comme signe, et signe d'humilité par surcroît, nous laisse entièrement libres : nous pouvons répondre à son appel ou rester sourds, nous pouvons chercher d'autres signes. En tout cas, tout esprit de système nous est interdit : impossible avec ce bref récit de l'Évangile d'expliquer le monde, encore moins de justifier ainsi que s'y employaient ces vieux gardiens de l'ordre chrétien qui, emportés par leur zèle, finissaient par se féliciter des plus âpres souffrances de l'homme.

Mais surtout ce mystère essentiel a pour effet de toujours préférer l'homme vivant à ses discours, fussent-ils sublimes. Dieu ne s'est pas incarné pour que l'homme devienne une doctrine. Le Christ disait :« Je ne suis pas venu juger, mais sauver... » Jésus dans sa carrière a probablement beaucoup plus guéri que parlé. Il a d'abord songé à ses contemporains. Ses messages allaient aux vivants de son temps, et paraient à l'urgence de la douleur. Peut-être aimerions-nous que les Évangiles soient plus bavards, et qu'ils aient davantage à raconter. Mais leur sobriété est éloquente et il faut savoir interpréter les paroles que Jésus a sacrifiées aux gestes sauveurs. Elle sont dans la logique de celui en qui le Verbe s'est fait chair.

France Quéré

  Dernière mise à jour le 28/04/08
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