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Dès les premiers temps de la chrétienté, la
grotte où naquit le Christ devint objet de culte, de pèlerinage. Au IIIe
siècle, Origène assure que l'on montrait aux pèlerins non seulement la
grotte, mais encore la crèche, la mangeoire où jésus reposait. Deux siècles
plus tard, saint Jérôme déplorait les changements survenus : « Ah ! s'il
m'était donné seulement de voir la crèche où reposa le Seigneur ! Mais hélas
! par vénération pour le Christ, nous avons enlevé la crèche d'argile pour
lui en substituer une d'argent. » A partir du VIe siècle, des oratoires
furent construits dans certaines églises romaines, sur le modèle de la
grotte de Bethléem. On y priait devant une image d'or de la Vierge portant
Jésus. La reproduction du lieu de la Nativité prenait forme, mais avant de
devenir, assez récemment, une pratique familiale, il s'est d'abord agi d'une
représentation publique dans les drames liturgiques ou mystères.
Les mystères.
Dès le XIIIe siècle,
les crèches apparaissent dans les drames liturgiques représentant la
Nativité du Christ. Ces Nativités s'inspiraient davantage des Évangiles
apocryphes et des légendaires rimés que de saint Luc ou de saint Matthieu.
La crèche fut d'abord réduite à l'essentiel : une sorte de reposoir pour
abriter, parmi fleurs et cierges, une statue de la Vierge avec l'Enfant.
Masquée par des rideaux, elle n'était dévoilée qu'au moment de l'Adoration
des Mages. Puis les livrets mentionnent précisément la crèche, c'est-à-dire
une installation en forme d'auge, de corbeille, dans laquelle un poupon
serait couché. La crèche était placée dans le choeur ou à l'entrée de
l'église. A Orléans, le Directoire du mystère de l'Épiphanie avait choisi ce
dernier emplacement, qui permettait d'introduire deux acteurs indispensables
: l'âne et le boeuf.
Saint François d'Assise, à Grecchio, avait
cherché à retrouver la vérité de la naissance de l'enfant : "Un autel dressé
en plein air, une crèche, un boeuf et un âne ; tout reproduisait au naturel
l'étable de Bethléem. A minuit, les frères mineurs se mirent en marche vers
le bois, accompagnés d'une foule de montagnards qui portaient des torches
allumées et leurs instruments de musique. » Le saint fut profondément ému et
« l'allégresse la plus vive inonda son cœur ». Mais, quoi qu'on en ait dit,
ce n'est pas cette célébration qui modifia l'évolution des crèches.
Deux événements eurent une importance bien
plus grande : l'interdiction, par Louis XIV, des mystères, qui avaient pris
une tournure profane, et la lutte de l'Église contre la Réforme, qui eut
pour effet de créer de nouveaux ordres religieux et des dévotions nouvelles,
dans lesquelles la représentation de la Nativité tenait une grande place.
Progressivement, toutes les églises voudront installer une crèche pour les
fêtes de Noël, en respectant les personnages de l'évangile, ou au contraire,
en associant des représentants de la population locale. Les crèches
devinrent plus élaborées, plus réalistes.
A un point tel qu'en Allemagne, la foi naïve
des fidèles imagina Jésus comme un nouveau-né que la famille caresse et
embrasse. La crèche devint berceau, et l'Enfant Jésus s'endormait bercé par
les prêtres, puis par tous les fidèles. Les artistes exécutèrent des
quantités de berceaux gothiques en or, argent, ivoire, et le jour de Noël,
dans les familles riches et les couvents, le « repos de Jésus » était sorti
de l'armoire, et les moniales berçaient d'un doux mouvement un enfant de
cire, vêtu de soie et de satin, couché sur des coussins brodés de perles
rares, de fils d'or et d'argent.
Les pastorales et
les crèches parlantes.
L'interdiction des
mystères amena le succès des pastorales. A la fois drames naïfs et romances
populaires, elles eurent des interprètes à travers la plupart des provinces
françaises, associant au passage des particularités régionales. Chantées
devant les crèches d'église, elles servirent aussi de livret au XVIIIe
siècle pour les théâtres de marionnettes et pour les crèches animées, dont
Marseille eut la primeur en 1775. Interdites pendant la Révolution, ces
crèches parlantes retrouvèrent, aussitôt après, leur public. A Marseille,
Laurent, vraisemblablement créateur de la première crèche parlante, ajouta
aux scènes évangéliques des intermèdes d'actualité : Napoléon, des vaisseaux
de guerre et des coups de canon pour saluer l'Enfant Jésus.
De l'église, la crèche était passée dans les
lieux publics, avant de trouver sa place au sein de la famille.
Les
crèches familiales furent d'abord des objets précieux, placés sous vitrines,
et on les nommait chapelles » pour les distinguer de celles des églises.
Certaines en verre filé ou en porcelaine sont de véritables chefs-d'oeuvre,
comme celles de Nevers ou du musée Borély de Marseille. Puis la fabrication
de figurines en mie de pain (mastic), en argile ensuite, transforma la
nature de la crèche familiale. Plus accessible, elle se répandit avec un
essor particulier en Provence où les dynasties de santonniers, de Gloriain à
la fin du XVIIIe siècle, à la famille Neveu de nos jours, donnent naissance
à des « petits saints » émouvants et pittoresques.
Les crèches familiales ont fait le tour du
monde chrétien.
De l'Italie au Pérou, du japon au Canada,
la Sainte Famille
change de visage, de vêtements,
mais partout illustre la même foi.

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