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Le 25 décembre
6 janvier, 25 mars, 10
avril, 29 mai, Toutes ces dates ont, à un moment de notre histoire, été
célébrées comme marquant la naissance du Christ, avant que ne s'impose le 25
décembre. Dès le IIe siècle, témoigne Tertullien, on croyait, dans l'Église
d'Occident, que jésus était mort le 8 des calendes d'avril, ou 25 mars. Or,
il n'aurait pu vivre qu'un nombre entier d'années, il aurait été conçu un 25
mars, et serait né neuf mois après sa conception, donc le 25 décembre.
L'argumentation résiste mal. Et pourtant cette date est restée. Elle
apparaît officiellement au IVe siècle, avec le chronographe romain de 354
qui fixe la naissance du Christ à Bethléem le 25 décembre. Jusque-là la
liturgie primitive se concentrait sur la mort et la résurrection du Christ.
Pourquoi l'Église romaine, qui n'avait pas plus que les autres Églises de
traditions réelles sur le jour de la naissance de jésus, en a-t-elle fixé la
date au 25 décembre ? Les hypothèses sont multiples, mais il semble qu'il
s'agissait d'une volonté de recouvrement d'autres fêtes païennes et
religieuses existant alors.
Tentative réussie, dans la
ligne des instructions données deux siècles plus tard par Grégoire le Grand
aux missionnaires partant évangéliser les Bretons : « Ne pas détruire les
temples païens, mais les baptiser d'eau bénite, y dresser des autels, y
placer des reliques. Là où il a coutume d'offrir des sacrifices à ses idoles
diaboliques, lui permettre de célébrer à la même date des festivités
chrétiennes sous une autre forme. On ne peut, de ces cœurs farouches, tout
éliminer à la fois. Ce n'est pas en bondissant qu'on gravit une montagne,
mais à pas lents. »
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Les
Saturnales
Les manifestations
païennes et religieuses antérieures à la naissance du Christ étaient
nombreuses autour de cette date : souvenir des Saturnales romaines dans les
régions méridionales, fêtes de Yule dans les régions septentrionales, puis
culte de Mithra qui faisait concurrence aux premiers temps du christianisme.
Mais si ces célébrations se sont effacées devant l'anniversaire de la
naissance du Christ, elles ont chacune, à leur manière, laissé des traces
dans les coutumes de notre fête.
Du 17 au 24 décembre, Rome
et les provinces romaines étaient en fête, commémorant le règne de Saturne,
dieu des semailles et de l'agriculture, dont le règne avait été celui de
l'âge d'or, quand l'esclavage et la propriété privée étaient inconnus, et
que tous avaient tout en commun. La ville était sens dessus dessous, l'ordre
établi inversé, les esclaves commandaient aux maîtres, tandis que ceux-ci
les servaient à table. Un jour était consacré aux enfants, le Dies Juvenalis.
« Mais cette fête des tout-petits, comme le rappelle J. Cotereau dans
Leur Noël et le nôtre, a sans doute été à ses débuts une atroce
cérémonie où, pour lui rendre sa force, on immolait au Soleil-Enfant
d'autres enfants », en souvenir de Baal, dieu phénicien devenu à Rome
Saturne, qui, lui, avait mangé ses enfants... A Carthage, la population
immolait des nouveau-nés, et Porphyre rapporte qu'en Crète avaient lieu les
mêmes pratiques.
Ces sacrifices prenaient
aussi une autre forme : la désignation au sort d'un roi des Saturnales,
parmi les jeunes soldats romains, et sa mise à mort à la fin de la fête.
Dans le Rameau d'or, Frazer décrit cette cérémonie : « On l'habillait
alors de vêtements royaux pour le faire ressembler à Saturne. Il se
promenait en public avec pleine liberté de donner libre cours à ses
passions, et de goûter à tous les plaisirs, fussent-ils les plus vils et les
plus honteux. Mais si son règne était gai, il était court, et sa fin
tragique ; car quand les trente jours étaient écoulés, et que la fête de
Saturne arrivait, il se coupait la gorge sur l'autel du dieu qu'il
représentait. »
Fêtes du désordre, de
l'égalité retrouvée pour un temps très bref, représentation d'un règne suivi
de mort, les Saturnales avaient à peine le temps de s'achever qu'elles
étaient suivies par d'autres réjouissances : les calendes. Les calendes
étaient destinées à marquer la date du nouvel an, et à célébrer Janus, le
dieu aux deux visages, l'un tourné vers le passé, l'autre vers l'avenir.
Chants, danses, échanges de cadeaux, pendant trois jours la fête reprenait
de plus belle, les maisons se décoraient de feuillages et de bougies,
maîtres et esclaves changeaient encore de rôles, hommes et femmes prenaient
les vêtements de l'autre sexe.
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Yule
Dans les pays du Nord,
Noël coïncide avec des cérémonies très anciennes : les fêtes de Yule ou
Yuletide. Époque de réjouissances, de festins, consacrée à divers dieux de
la mythologie germanique. Odin, dieu des morts, visitait la terre et on
vidait une première coupe en son honneur, puis on célébrait, par la boisson,
Njord et Freya, dieux de fécondité et d'abondance. Les Juhles étaient des
génies aériens vivant dans les arbres, et, en cette période de plein hiver,
on suspendait à un arbre, proche de la maison, des coffrets de bouleau
remplis de victuailles. Dans certaines régions, Wotan en personne
chevauchait à travers les forêts, puis sautait de cheval et allumait une
bûche énorme d'où jaillissait alors la lumière. Car Yule est aussi la fête
du feu. En ces périodes de solstice d'hiver, la lumière a disparu, le soleil
est mort, la terre entière est dans l'obscurité, d'énormes feux étaient
allumés pour chasser les esprits de l'obscurité et appeler le nouveau
soleil. Fête des morts, fête de la fécondité, Yuletide a laissé des traces
dans les coutumes ou les superstitions de Noël : légendes selon lesquelles
les morts reviennent en cette nuit, parts laissées pour les défunts sur la
table pendant la messe de minuit, utilisation de la paille ou du blé pendant
cette fête, dans la décoration, comme au Danemark et en Suède, dans les
pratiques : comme en Corrèze, par exemple, pour faire honte aux arbres qui
ne produisent pas, on les ceinture de paille ; en Scandinavie, le matin de
Noël, on prend la plus belle gerbe, à l'aide d'une perche on la fixe au toit
de la plus haute maison... pour les oiseaux. Et si en Pologne on place
traditionnellement une poignée de foin sous la nappe blanche du repas de
Noël, c'est bien sûr en souvenir de la couche du divin enfant, mais ce n'est
pas sans rappeler les rites de fertilité des temps anciens. Quant aux traces
dans la dénomination de Noël, elles sont nombreuses dans les pays
septentrionaux. Noël se dit Yul ou Jul, et entre dans la composition d'un
certain nombre de mots relatifs à Noël : en anglais « Yuletide » période de
Noël, en suédois : Jultomte, le petit homme de Noël.
Mithra
Si les Saturnales avaient
surtout laissé des traces dans la mémoire collective, le culte de Mithra se
plaçait lui en rival immédiat du christianisme naissant. Cette religion,
venue de Perse, s'était propagée aisément aux IIIe et IVe siècles, grâce aux
moyens de communication de l'Empire romain : routes, bateaux. Et ce culte
présentait de nombreuses similitudes avec des cérémonies et rites chrétiens
: baptême, hostie, repos du dimanche. Le 25 décembre Mithra surgissait d'un
rocher, et chaque année on fêtait la naissance de ce jeune dieu soleil, en
lui sacrifiant un taureau. On célébrait le même jour le « Sol Invictus », le
soleil invaincu. Mais le Christ n'était-il pas aussi le Soleil, « le Soleil
de justice », d'après la Bible ? S'il y avait similitudes, les divergences
étaient de taille : Mithra n'accordait aucune place aux femmes, alors que le
Christ en avait fait l'égale de l'homme. Le culte de la Vierge, de la
Nativité, allait être d'un poids décisif dans cette rivalité. |
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Église d'Orient, Église
d'Occident
L'Église de Rome avait
fixé la date de la naissance du Christ au 25 décembre, pour ne pas heurter
de front d'anciennes traditions européennes, comme la célébration du
solstice d'hiver, ou romaines, comme les Saturnales et le culte de Mithra.
De son côté, et pour des raisons identiques, l'Eglise d Orient avait choisi
la date du 6 janvier, pour célébrer l'Epiphanie (en grec : apparition,
manifestation). L'objet de cette célébration était multiple : le baptême du
Sauveur, l'adoration des Mages et la manifestation de jésus aux noces de
Cana, puis l'adoration des bergers, et enfin le souvenir de la Nativité
elle-même. Pourquoi le 6 janvier ? Dans le culte de Dionysos, en Grèce, le 6
janvier était consacré à la bénédiction des rivières, le dieu serait apparu
à cette date dans l'île d'Andros, où un vin miraculeux attestait sa
présence. En Égypte, à cette même date, on fêtait la naissance du fils de la
déesse Isis, après avoir pleuré la mort d'Osiris, et ce fils était adoré
comme « soleil renaissant ». Et quand Rome proposa ou imposa la date du 25
décembre, l'accueil des églises d'Orient fut pour le moins réservé : les
communautés chrétiennes d'Arménie et de Syrie qualifièrent cette journée de
« fête païenne et idolâtre » et refusèrent obstinément de la célébrer, quels
que fussent les efforts de saint Chrysostome à Antioche. Quant à saint
Jérôme, en dépit d'une argumentation véhémente, il ne parvint pas à imposer
cette date dans son monastère de Bethléem, et jusqu'au vie siècle à
Jérusalem, la Nativité fut célébrée le 6 janvier. Les Églises d'Arménie et
de Mésopotamie acceptèrent la date du 25 décembre au cours du XIVe siècle,
mais par la suite l'Epiphanie conserva en Orient une importance beaucoup
plus grande qu'en Occident.
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Ce
mot qui fait rêver les enfants
Noël, synonyme d'espoir,
de fête, de souhaits comblés, vient du latin natalis (dies), jour de
naissance. Les variantes ont été nombreuses dans les dialectes provinciaux :
nadal, dans la Catalogne et l'Aveyron, nau ou nô dans les
Charentes, puis noël, noué, noté dans toute la partie nord de la
France. Dans le sud de la France, un autre radical est resté vivace : calend-,
calendo en Provence, chalandes dans le Lyonnais, chalenos à
Nice, en souvenir des calendes de janvier, quand Noël se célébrait le 6
janvier. Dans les pays qui nous environnent les dénominations changent :
Chrismas en Angleterre, c'est-à-dire la messe du Christ. En effet quand
saint Augustin s'établit dans le Kent pour évangéliser les Saxons, il
insista surtout sur la célébration de la fête de Noël, célébration
concrétisée par des messes. En Allemagne, c'est le mot Weihnacht ou
Weihnachten qui désigne Noël. Le sens de ce mot serait « nuits saintes »
ou « nuits consacrées ». Dans certaines régions d'Allemagne on trouve le mot
Mütternacht à la place de Weihnachten : nuit des mères...
Souvenir de la naissance ou empreinte d'anciennes pratiques ? Bède le
Vénérable à la fin du VIIe siècle constatait : « Les anciens peuples de
l'Angleterre faisaient commencer l'année le 25 décembre, le jour où nous
célébrons la naissance du Seigneur ; et cette même nuit, qui est pour nous
si sacrée, ils l'appelaient modranecht, c'est-à-dire la nuit des
mères. » Pendant la nuit du solstice d'hiver, on célébrait un culte des
Matres (mères) et pendant le repas, des places étaient laissées pour les
Mères et les Morts.
Tout comme la fête
elle-même a opéré une fusion de coutumes préexistantes, le mot qui la
désigne a repris à son compte d'autres dénominations. L'extension du mot a
été telle au Moyen Âge en France, que « Noël » était devenu le grand cri
d'enthousiasme et de joie populaires, poussé à la naissance, au baptême, au
mariage des princes, à l'entrée des rois. Maurice Vloberg, dans Les Noëls
de France, s'interroge sur les raisons de cette association, et tente de
donner une réponse. « La raison de ce rapport, c'est le Noël de Reims qui le
donne : ce jour-là Dieu avait créé le plus beau royaume après celui du ciel,
et fait du roi son premier lieutenant... Avec un sens très sûr le peuple a
marqué ce rapport dans l'acclamation de son loyalisme. « Noël, Noël! »
s'opposa aux « Vive Bourgogne », aux « San Capdet ! » des Gascons, aux
« Saint Georges : Guyenne ! des Anglais. » L'entrée d'Isabeau de Bavière à
Paris le 22 août 1389 illustre cette association de Dieu et du roi : « A la
porte Saint-Denis elle passa entre une double haie de douze cents bourgeois
à cheval, vêtus de précieuses gonnes de baudequin. Tout ce monde répétait :
« Noël !Noël ! » Des anges leur répondirent : ils s'étaient nichés, en haut
de la porte, dans un ciel d'azur piqué d'étoiles d'or, et là, sans vertige,
« chantoient moult mélodieusement et doucement » aux pieds de la Vierge et
de son enfant... » Dix ans plus tard, Charles VI, de retour à Paris, recevra
un accueil analogue : « Devant lui, raconte le Bourgeois de Paris, allaient
douze trompettes et grand foison de ménétriers et partout où il passait on
criait très joyeusement ° Noël » et jetait-on des violettes et des fleurs
sur lui... »

Noël, de nos jours, a
repris son sens initial. Rarement un mot a eu un tel pouvoir : faire
naître l'espoir, même pour ceux qui n'ont pas la foi, faire revenir les
souvenirs enfouis, ramener à la lumière cette part cachée de nous qu'est
l'enfance.
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