Elle brillait toute petite dans un ciel plein d'étoiles. Ce n'était pas sa lumière qui la distinguait des autres, ni sa grosseur ; elle était comme les autres étoiles et pourtant elle était l'étoile du Messie.

C'était une étoile inconnue. Jamais on ne l'avait vue ; mais on en avait vu tant d'autres, et on en connaissait tant.

Beaucoup virent cette étoile nouvelle au firmament. Peu la reconnurent. Trois seulement la suivirent...

Trois seulement désiraient l'avènement du Messie. Trois seulement reconnurent l'Etoile et lui demeurèrent fidèles, bien qu'ils ne fussent que trois à lui être fidèles. Trois seulement s'en allèrent au long des chemins ,inconnus, accompagnés du sourire des uns, des critiques des autres. Aucun encouragement. Ils quittèrent leur patrie, leur famille, ils affrontèrent un voyage long et périlleux pour suivre cette petite étoile qu'ils n'avaient pas allumée, qui pouvait disparaître, qui n'était peut-être qu'une étoile comme une autre étoile.

O rois mages, peut-être maintenant vous comprenons-nous mieux ; vous êtes les modèles inoubliables de la fidélité qui assure aux âmes de bonne volonté, lointaines voyageuses, la pleine découverte du Christ. Jadis la foi était si facile dans un monde chrétien, il était presque difficile de n'être pas chrétien. Mais le monde a beaucoup changé. Jadis nous respirions la foi avec l'air qui nous entourait et la société chrétienne nous dirigeait naturellement vers Dieu. Maintenant, il nous faut avoir une religion plus personnelle, et le chemin en est plus long, long comme celui des Mages, solitaire aussi, parsemé d'embûches (Votre étoile, ô mon Dieu,-brille encore en ce monde,, mais, comme aux yeux des Mages, dans un firmament plein d'étoiles. Elle n'est plus une étoile nouvelle quoiqu'elle soit bien inconnue, et il y a tant d'autres étoiles, tant de nouvelles étoiles aussi qui chaque jour s'allument à notre ciel par le génie et les efforts de l'homme!)

Comme les Mages, les hommes sont jugés par l'Etoile mystérieuse. Les âmes de désir vous découvrent, mon Dieu ; les autres vous devinent ou vous nient. Le fond de tous les coeurs est révélé : votre étoile.

M. LEGAUT

 

 

 

Douce lumière

 

" Conduis-moi, douce Lumière,

A travers les ténèbres qui m'encerclent.

Conduis-moi, Toi, toujours plus avant !

La nuit est d'encre

Et je suis loin de la maison.

Conduis-moi, Toi, toujours plus avant !

 

Garde mes pas; je ne demande pas à voir déjà

Ce qu'on doit voir là-bas; un seul pas à la fois

C'est bien assez pour moi.

Je n'ai pas toujours été ainsi

Et je n'ai pas toujours prié

Pour que Tu me conduises, Toi, toujours plus avant.

J'aimais choisir et voir mon sentier; mais maintenant;

Conduis-moi, Toi, toujours plus avant !

 

Si longuement ta puissance m'a béni;

Sûrement elle saura encore

Me conduire toujours plus avant

Par la lande et par le marécage,

Sur le rocher abrupt et le flot du torrent

Jusqu'à ce que la nuit s'en soit allée...

 

Conduis-moi, douce Lumière,

Conduis-moi, Toi, toujours plus avant ! "

                                                               J.H. NEWMAN