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La dinde
Apparue assez récemment
sur nos tables - XVIe ou XVIIe siècles, selon les hypothèses -, la dinde en
est devenue une des reines incontestées. Serait-ce à cause de sa taille, de
sa saveur, de son plumage ? Les modes et les goûts varient, quelquefois sans
raison apparente. La dinde aurait pris place dans le menu royal de Noël en
Angleterre, parce que Jacques Ier, qui n'aimait pas le porc, l'imposa pour
satisfaire ses prédilections gustatives. Cependant, il faut attendre
l'époque victorienne pour voir la dinde évincer l'oie, ou dans le Nord, le
rôti de boeuf, dans le menu de Noël. C'est Alexandre Dumas qui, dans le
Grand Dictionnaire de cuisine, a tenté de répondre à toutes les
questions concernant la dinde, sur un ton humoristiquement docte :
« En ornithologie on
dit un dindon et une dinde pour désigner le mâle et la femelle des ces
animaux. En cuisine on dit généralement une dinde du mâle et de la femelle.
« La femelle est
toujours plus petite et plus délicate que le mâle. Les dindons étaient
connus des Grecs, qui les appelaient des Méléagrides, parce que ce fut
Méléagre, roi de Macédoine, qui les apporta en Grèce l'an du monde 3559.
Quelques savants ont contesté ce fait, et ont dit que c'était des pintades ;
mais Pline (Livre 37, chap. II) décrit le dindon d ne pouvoir s'y méprendre.
Sophocle, dans une de ses tragédies perdues, introduisait un choeur de
dindons qui pleuraient sur la mort de Méléagre.
« Les Romains
professaient une estime particulière pour les dindons : ils les élevaient
dans leurs
métairies. Comment
disparurent-lis ? Quelle épidémie les enleva ? C'est ce que l'histoire ne
nous apprend point. Seulement ils devinrent si rares qu'on finit par les
mettre en cage, comme on y met aujourd'hui les perroquets.
« En 1432 »,
continue-t-il imperturbable, « les vaisseaux de Jacques Cœur rapportèrent
les premiers dindons de l'Inde. Nous ne devons donc point ce précieux oiseau
aux jésuites, comme la croyance en est vulgairement répandue, puisque
l'ordre des jésuites ne fut fondé par Ignace de Loyola qu'en 1534 et ne fut
approuvé par le pape Paul III qu'en 1540.
« Cette croyance que
les sectateurs de Loyola ont importé le dindon d'Amérique, fait que quelques
mauvais plaisants ont pris l'habitude d'appeler les dindons des jésuites.
Les dindons ont exactement le même droit de se fâcher de ce changement de
nom, que l'auraient les jésuites si on les appelait des dindons. »
Comment la préparer
Un classique : la
dinde farcie aux marrons :
Pour une dinde pesant 3
kg, mettre 1 kg de marrons rôtis ou cuits à l'eau salée. Préparer une farce
avec le foie de la volaille, 125 g de lard, gros comme un oeuf de mie de
pain rassis, persil, le tout haché finement ; poivrer et saler, si
nécessaire. Passer cette farce sur le feu pendant dix minutes, puis ajouter
les marrons et en remplir la bête. Coudre la peau, barder et faire rôtir en
comptant vingt minutes par livre. Le feu ne doit pas être trop vif, ce qui
ferait boursoufler et noircir la peau. On peut, par précaution, entourer la
bête d'un papier beurré, qu'on retire une demi-heure avant la fin de la
cuisson. (Larousse Ménager, 1926)
Et nous laisserons le
dernier mot de cette rubrique à Alexandre Dumas, dans le Grand
Dictionnaire de cuisine, qui proposait cette recette de la dinde aux
truffes :
« Ayez une jeune et
belle poule d'Inde, bien grasse et bien blanche ; épluchez-la, flambez-la,
videz-la par la poche, prenez garde d'en crever l'amer et d'en offenser les
intestins, si ce malheur vous arrivait, passez-lui de l'eau dans le corps ;
ayez quatre livres de truffes, épluchez-les avec soin, supprimez celles qui
seraient musquées, et hachez une poignée de plus défectueuses (pour la
forme) ; pilez une livre de lard gras ; mettez-le dans une casserole avec
vos truffes hachées et celles qui sont entières : assaisonnez-les de sel,
gros poivre, fines épices et une feuille de laurier; passez le tout sur un
feu doux, laissez-le mijoter pendant trois quarts d'heure et puis retirez
vos truffes du feu ; remuez-les bien, et remplissez-en le corps de votre
dinde jusqu'au jabot ; cousez en les peaux, afin d'y faire tenir les
truffes, bridez-la et laissez-la se parfumer pendant trois ou quatre jours
si la saison vous le permet ; au bout de ce temps, mettez-la à la broche,
enveloppez la de fort papier, faites-la cuire environ deux heures, et puis
déballez-la pour lui faire prendre une belle couleur. Servez-la avec une
sauce faite sur son jus de cuisson, où vous ajouterez un léger hachis des
mêmes truffes. »
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