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L'ANNÉE LITURGIQUE
Le jour et l'année sont nos
unités primordiales dans la mesure du temps : de part et d'autre s'achève en
leurs limites un mouvement complet de la terre. Aussi peuvent-ils symboliser
le cycle même de la vie, qui a son matin ou son printemps, son soir ou son
automne.
L'HOMME ET LE TEMPS
Immergé par son corps dans
ces cadences naturelles, l'homme y trouve aussi un rythme pour son âme.
Comme la terre vis-à-vis du soleil dont elle reçoit ses énergies, l'homme
vis-à-vis du Seigneur, Soleil du salut, trouve dans le laps d'un jour ou
d'une année les dimensions adaptées aux étapes successives de sa croissance.
(Saint CYPRIEN établit déjà, au III ème siècle, le parallèle entre les
étapes spirituelles et la succession des saisons)
Le cycle quotidien est le domaine du
réalisme précis, aux exigences immédiates, au grain serré des tâches menues
et indispensables. Il est celui de la journée de travail, à l'échelle de
l'artisan lui-même qui, le soir venu, dénombre ses gestes et en perçoit le
fruit tangible, ayant gagné son pain et son repos (Mt. XX, 1-16). Il
est propre à l'effort ascétique, tel qu'ose l'envisager, avec une confiance
plus naïve, sans doute, que présomptueuse, un apophtegme des Pères du désert
:« L'homme, s'il veut, du matin au soir, atteint la mesure divine ». C'est
que déjà, dans cet horizon resserré où tout semble à portée de main humaine,
vient s'enclore toute l'œuvre divine. Le cycle quotidien est aussi le cycle
eucharistique et le cycle de la prière chorale, de
l'office
par excellence, opus
Dei.
Par là, le cycle quotidien
de la vie spirituelle communie à l'immensité de l'histoire, comme nos
journées de vingt-quatre heures, uniformément réparties sur l'orbite
terrestre, recèlent dans leur chaleur et leur coloris les richesses variées
du cycle annuel.
Avec ses quatre saisons celui-ci est, en
effet, pour nous autres humains, le cycle complet de la nature, cycle de la
fécondité végétale et animale, et nous ne connaissons pas de plus vaste
unité naturelle pour mesurer notre durée. Par lui, notre vie se situe dans
un ensemble qui nous déborde, où se prolongent, en deçà comme au delà de
nous-mêmes, nos gestes et notre destinée. Il est le cycle des vastes
perspectives où l'on s'abandonne, - comme le semeur et le moissonneur y sont
invités ou contraints, à plus puissant et plus sage que soi. L'homme, ainsi
que la terre, n'y tourne plus sur soi-même comme dans le cycle quotidien,
mais autour d'un centre qui mesure et dispose souverainement les phases et
les péripéties de la course. Cycle propice à l'insertion de soi dans une
réalité mystérieuse ou l'action la plus personnelle et la plus décidée prend
aisément conscience d'être guidée d'en-haut. Cycle à la fois total et
mystique, par conséquent, apte à figurer toute une vie et toute l'histoire.
Jésus, en citant Isaïe, n'a-t-il pas qualifié d' « année de grâce » (Luc,
IV 19)
toute son oeuvre rédemptrice et, plus d'une fois, cerné l'histoire du monde
dans le circuit qui rejoint les semailles à l'engrangement des moissons ?
(Mc. IV,
3-20, 26-29 ; Mt. XIII, 24-43 ; Jo. Iv,
37-38).
TEMPS LITURGIQUE ET VIE
CHRÉTIENNE
S'il faut chercher le secret de la vie dans une
étroite fusion entre l'identité et le renouvellement, nous trouverons dans
l'annuel recommencement du cycle liturgique cette reprise en sous-oeuvre et
à une profondeur toujours nouvelle de l'unique drame qui résume notre destin
personnel et collectif : l'achèvement du Corps du Christ et de nous-mêmes en
Lui. Entré Lui-même dans les cycles temporels de notre histoire, le Christ
ne leur est plus jamais étranger ni lointain. Le Maître de l'histoire la vit
désormais en nous, mais victorieusement depuis sa mort, sa Résurrection et
son Ascension. « Je suis avec vous - vous en moi et moi en vous - tous les
jours, jusqu'à la fin des siècles » (Mt. XXVIII,
20 ; Jo. XV,
4-5 ; cf. Gal.
II
20).
Vivre, pour le Chrétien, ce n'est rien
d'autre que communier à la vie du Christ ; revivre en pénitent, en frère
réconcilié, en cohéritier et en membre, le mystère même du Christ, mystère
de charité envers le Père et tous ses frères. C'est pourquoi jésus, pour se
faire des disciples, n'emploie pas d'autre méthode que de les associer à sa
vie, de les insérer dans sa propre aventure..
Quand l'Eglise parcourt le cycle
dominical de sa liturgie, elle répond encore, d'une façon aussi réelle que
mystérieuse, à l'invitation adressée du geste et de la voix à ses premiers
membres, lors des rencontres du Jourdain et du Lac, ou à travers les bourgs
et les campagnes de Palestine. Et ce n'est pas seulement pour trouver en lui
un compagnon de route ou un modèle qu'elle se joint ainsi à jésus, c'est
pour s'approprier du dedans ses mystères ou, selon la métaphore que saint
Paul a su rendre intérieure et vitale, « se revêtir du Seigneur Jésus-Christ
»
Rom. 13, 14 .
Par son caractère vital, un
tel circuit échappe à tout tracé géométrique et le souvenir des étapes de
son organisation institutionnelle suffirait à détourner d'un essai de ce
genre. Elles n'en sont pas moins instructives à leur manière discrète: Le
mystère par excellence de la vie chrétienne est la Pâque, triduum de
l'offrande sanglante, de la sépulture et de la Résurrection du Christ.
Monnayé par les sacrements, et, avant tout, par ceux de Baptême et
d'Eucharistie, il est explicitement commémoré chaque dimanche par
l'Assemblée chrétienne, et c'est autour de son anniversaire solennel, si
cher déjà à nos Pères du second siècle, que va se constituer l'essentiel du
cycle annuel destiné à y adapter les âmes pour en exploiter toute la vertu.
La « cinquantaine »
(Pentecôte) qui, à la même époque, en prolonge le rite joyeux, trouve
bientôt sa réplique dans une préparation atteignant, dès le début du
quatrième siècle, le chiffre biblique de quarante jours. Plus tard, on
anticipera encore cette marche vers Pâques, se souvenant qu'elle vient du
fond des âges. Et la Septuagésime, en nous invitant à lire les premières
pages de la Genèse, pourra faire figure d'inauguration du cycle liturgique.
D'ailleurs, mars, à l'approche duquel elle se situe, n'est-il pas, dans
l'ancien comput, le premier mois de l'année ?
Mais, à peu près
contemporain du Carême, est apparu un autre centre d'intérêt : la double
fête de la Nativité et de l'Epiphanie, foyer de prière tout naturel pour une
époque où la réflexion sur le mystère du Verbe Incarné va s'accompagner
d'une telle fermentation doctrinale. C'est sur cette célébration que
s'ouvriront les premiers sacramentaires et lectionnaires réguliers de
l'Eglise de Rome, en attendant que les semaines d'Avent trouvent ici leur
place par l'initiative des rédacteurs d'antiphonaires (VIIIe siècle).
Ainsi achève de s'organiser
en ses lignes maîtresses le cycle qui nous est devenu familier. Toutefois
cette .franche promotion du mystère de l'Incarnation au seuil de
l'année n'est pas le fait de toute l'Eglise. Aujourd'hui encore, tout en le
parant d'une liturgie somptueuse, le rite byzantin le maintient dans la
série des fêtes correspondant à notre « Propre des Saints ». Cette remarque
peut nous aider à maintenir au cycle pascal sa primauté foncière aussi bien
qu'historique. Elle n'empêche pas qu'à nos esprits occidentaux le plan
liturgique latin offre l'avantage d'une logique plus familière et plus
proche des faits, d'un déroulement temporel plus unifié où se perçoit, d'un
seul regard émerveillé, la « suite de la religion ». Nous le suivrons donc,
mais sans verser dans le simplisme d'une plate chronologie ; attentifs pour
cela, à discerner le plan de clivage qui, au débouché du temps « après
l'Epiphanie », invite l'enfant de Dieu, conduit jusque là sans heurt, comme
à un héritage, à jeter à son tour sur sa destinée, et par les yeux du
Christ, le regard d'une conscience adulte.
"Les jours du
Seigneur"
éditions du témoignage chrétien
Voir aussi les
fiches liturgiques
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