Les textes :

 

"Les Évangiles ne sont pas divisés sur le fond, écrivait saint Augustin, même si l'un dit ce que l'autre passe sous silence ou le rapporte d'une autre manière. "

Les textes de Luc et de Matthieu présentent de façon différente la naissance du Christ. Dans l'Évangile selon saint Luc, c'est une double naissance qui est mise en scène celle de Jésus et celle de Jean-Baptiste. L'ange annonce à Marie qu'elle portera le Fils de Dieu, comme il avait annoncé à Zacharie qu'il serait père, malgré l'âge avancé de sa femme, Élisabeth. Puis saint Luc donne la raison du voyage à Bethléem : le recensement ordonné par un décret de César Auguste. Le récit de la naissance est assez bref, tandis que l'annonce aux bergers tient une place plus importante. L'Évangile de l'Enfance s'achève sur la présentation au Temple.

Dans l'Évangile selon saint Matthieu, le récit s'ouvre sur la généalogie, impressionnante, du Fils de Dieu. Et c'est à joseph, cette fois, qu'un ange révèle la prochaine naissance, qui ne sera pas même décrite. Pas d'armée céleste éveillant les bergers, mais les mages d'Orient guidés par l'étoile. Puis vient un épisode passé sous silence par saint Luc la colère d'Hérode, et la fuite en Égypte.

 

"La mémoire chrétienne a fait une synthèse spontanée de Matthieu et de Luc" commente l'abbé Laurentin dans son étude sur les Evangiles de l'enfance du Christ, "les crèches nous montrent les bergers et les mages, mais Matthieu ignore les bergers, comme la crèche, tandis que Luc ignore les mages et leurs cadeaux."

 

Et l'âne et le boeuf ? Les animaux de la crèche sont étrangers à l'Évangile. Ils apparaissent dans les Évangiles apocryphes, postérieurs d'un siècle, , l'âne comme monture dans le Protévangile de Jacques, plus tard l'âne et le boeuf dans l'Évangile du pseudo-Matthieu. "Or le troisième jour après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, et elle entra dans une étable et elle déposa l'enfant dans la crèche, et le boeuf et l'âne l'adorèrent. Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Isaïe :  "Le boeuf a connu son maître, et l'âne la crèche de son Seigneur. " Or ces animaux eux-mêmes, qui avaient l'enfant au milieu d'eux, l'adoraient sans cesse. Alors s'accomplit ce qui a été dit par la bouche du prophète Habacuc : "Tu te manifesteras au milieu de deux animaux. "

 

Les Évangiles apocryphes

 

Dans les Évangiles apocryphes, le merveilleux prend place, les miracles se multiplient. D'apocryphe en apocryphe, les récits s'amplifient, s'enrichissent de personnages nouveaux, s'illuminent d'apparitions célestes : le rapprochement du Protévangile de Jacques et de l'Évangile du pseudo-Matthieu parle de lui­même.

Jacques :

 

"Joseph sella son âne et y fit asseoir Marie... et quand ils eurent parcouru une distance de trois milles, joseph se tourna vers Marie, et il la vit triste, et il se dit en lui-même :  "Sans doute le fruit qu'elle porte en elle la fait souffrir." Et une seconde fois joseph se tourna vers Marie, et il vit qu'elle riait. Et il lui dit : "Marie, qu'as-tu, que je vois ton visage tantôt riant et tantôt assombri ?" Et Marie dit à joseph : "C'est que mes yeux voient deux peuples, l'un qui pleure et qui se frappe la poitrine, et l'autre qui se réjouit et bondit d'allégresse. » Et ils arrivèrent à moitié du chemin... "

Et il trouva là une grotte et il y fit entrer Marie...

Et voici qu'une femme descendit de la montagne, et elle me dit : " Homme, où vas­tu ? " Et je dis : "Je cherche une sage-femme juive" . Elle me répondit :" Es-tu de la race d'Israël ?" Et je lui dis : "Oui" . Et elle repartit : "Et qui est la femme qui enfante dans la grotte ?" Et je lui dis : "Celle qui m'a été promise". Et elle me dit : "Elle n'est pas ta femme ?"  Et je lui dis :  "C'est Marie qui a été élevée dans le temple du Seigneur, et elle m'a été donnée comme femme ; et elle n'est pas ma femme, mais elle a conçu du Saint­Esprit". Et la sage-femme lui dit : "Est-ce vrai ?" Et joseph lui dit :"Viens voir". Et la sage-femme alla avec lui.

Et ils s'arrêtèrent à l'endroit où était la grotte, et voici qu'une nuée lumineuse couvrait celle-ci. Et la sage-femme dit : "Mon âme a été glorifiée en ce jour parce que mes yeux ont vu des prodiges annonçant qu'un Sauveur est né pour Israël". Et aussitôt la nuée se retira de la grotte, et il y parut une lumière si grande que nos yeux ne pouvaient la supporter. Et cette lumière diminua peu à peu jusqu'à ce que l'enfant apparut et vint prendre le sein de sa mère Marie. Et la sage­femme s'écria : "Aujourd'hui est un grand jour pour moi, parce que j'ai vu cette merveille extraordinaire".

Et la sage-femme sortit de la grotte et elle rencontra Salomé. Et elle lui dit : "Salomé, Salomé, j'ai à te raconter une merveille extraordinaire : une vierge a enfanté, contrairement à la nature". Et Salomé dit :  "Par la vie du Seigneur mon Dieu, si je n'y ai mis mon doigt et si je n'ai scruté son sein, je ne croirai pas qu'une vierge ait enfanté".

Et la sage-femme entra et dit à Marie : "Dispose-toi, car on agite à ton sujet une question grave". Et Salomé, après avoir mis le doigt dans son sein, poussa un cri et dit : "Malheur à mon impiété et à mon incrédulité, parce que j'ai tenté le Dieu vivant ; et voici que ma main frappée du feu se détache de moi".

Et elle s'agenouilla devant le Seigneur, disant : " O Dieu de mes pères, souvenez­vous que je suis de la race d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; ne me donnez pas en spectacle aux fils d'Israël, mais rendez-moi aux pauvres, car vous savez, Seigneur, que c'est en votre nom que je donnais mes soins, et que je recevais de vous mon salaire".

Et voici qu'un ange du Seigneur lui apparut, disant " Salomé, Salomé, le Seigneur t'a entendue. Approche ta main de l'enfant et soulève-le, et il sera pour toi salut et joie  ".

Et Salomé s'approcha et souleva l'enfant, disant "Je veux me prosterner devant lui, parce qu'un grand roi est né pour Israël". Et voici qu'aussitôt Salomé fut guérie et elle sortit de la grotte justifiée. Et voici qu'une voix se fit entendre qui disait "Salomé, Salomé, ne publie pas les prodiges que tu as vus avant que l'enfant ne soit entré à Jérusalem".

 

Pseudo-Matthieu :

 

"Marie dit à joseph : " Je vois devant moi deux peuples, l'un qui pleure et l'autre qui se réjouit". Mais joseph lui répondit : "Reste assise et tiens-toi sur ta monture, et ne dis pas de paroles inutiles." Alors un bel enfant, vêtu d'un habit magnifique, apparut devant eux et dit à joseph : "Pourquoi as-tu appelé inutiles les paroles que Marie a dites au sujet des deux peuples ? Elle a vu le peuple juif pleurer pour s'être éloigné de son Dieu, et le peuple des gentils se réjouir parce qu'il s'est approché tout près du Seigneur... " Après avoir dit ces paroles, l'ange fit arrêter la bête, parce que le moment de l'enfantement était venu, et il dit à Marie d'en descendre et d'entrer dans une grotte souterraine dans laquelle il n'y avait jamais eu de lumière, mais il y faisait toujours sombre parce que la clarté du jour n'y pénétrait pas. Mais à l'entrée de Marie, la grotte s'éclaira et resplendit tout entière comme si le soleil s'y fût trouvé, et la lumière divine illumina la grotte comme si on y eût été à la sixième heure du jour ; et tant que Marie resta dans cette caverne, la nuit comme le jour, sans interruption, elle fut éclairée de cette lumière divine. Et elle mit au monde un fils que les anges entourèrent dès sa naissance et adorèrent quand il fut né, disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté" .

Et joseph était allé à la recherche de sages­femmes. Lorsqu'il fut de retour à la grotte, Marie avait déjà mis au monde son enfant. Et Joseph lui dit : "Je t'ai amené deux sages­femmes, Zélomi et Salomé : elles se tiennent dehors, devant la grotte, et n'osent pas entrer à cause de cette lumière trop vive". Et Marie, entendant cela, sourit. Mais joseph lui dit : "Ne souris pas, mais sois prudente, de peur d'avoir besoin de quelque remède". Alors il fit entrer l'une d'elles. Et Zélomi, étant entrée, dit à Marie : "Permets que je te touche". Et Marie le lui ayant permis, la sage-femme poussa un grand cri et dit : "Seigneur, Seigneur grand, aie pitié de moi. Voici ce qu'on n'a jamais entendu ni soupçonné : ses mamelles sont pleines de lait et elle a un enfant mâle quoiqu'elle soit vierge. La naissance n'a été souillée d'aucune effusion de sang, l'enfantement a été sans douleur. Vierge elle a conçu, vierge elle a enfanté, vierge elle est demeurée".

Entendant ces paroles, l'autre sage-femme, nommée Salomé, dit :"Je ne puis croire ce que j'entends, à moins de m'en assurer par moi-même". Et Salomé, étant entrée, dit à Marie : "Permets-moi de te toucher et de m'assurer si Zélomi a dit vrai". Et Marie le lui ayant permis, Salomé avança la main. Et lorsqu'elle l'eut avancée et tandis qu'elle la touchait, soudain sa main se dessécha, et de douleur elle se mit à pleurer amèrement, et à se désespérer, et à crier : "Seigneur, vous savez que toujours je vous ai craint, et que j'ai pris soin de tous les pauvres sans rien demander en retour, que je n'ai rien reçu de la veuve et de l'orphelin, et que je n'ai jamais renvoyé le pauvre les mains vides. Et voici que j'ai été rendue malheureuse à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé douter de votre vierge".

Et comme elle parlait ainsi, un jeune homme d'une grande beauté apparut près d'elle et lui dit "Approche-toi de l'enfant, adore-le et touche-le de ta main, et il te guérira, parce qu'il est le Sauveur du monde et de tous ceux qui espèrent en lui". Et aussitôt elle s'approcha de l'enfant, et l'adorant, elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé, et tout de suite sa main fut guérie. Et sortant au dehors, elle se mit à élever la voix et à proclamer les grands prodiges qu'elle avait vus et ce qu'elle avait souffert, et comment elle avait été guérie, si bien que beaucoup crurent à ses paroles.

Car des bergers affirmaient à leur tour qu'ils avaient vu au milieu de la nuit des anges chantant un hymne, louant et bénissant le Dieu du ciel, et disant que le Sauveur de tous était né, le Christ, en qui Israël devait retrouver son salut.

Et une grande étoile brillait au-dessus de la grotte depuis le soir jusqu'au matin, et jamais, depuis le commencement du monde, on n'en avait vu de si grande. Et les prophètes qui étaient à Jérusalem disaient que cette étoile indiquait la naissance du Christ, qui devait accomplir les promesses faites non seulement à Israël mais à toutes les nations. 

 

 

Les contes de Noël médiévaux sont là

Salomé se nommera Bertha ou Anastasie, la pucelle sans main, joseph touchera des braises qui se changeront en fleurs, l'âne et le boeuf parleront, l'histoire sainte est devenue merveilleuse...

 

Mis à jour le 30/06/2010

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