ARCHIVES  POLOGNE

 

Automne 2003 à Cracovie

Parmi les événements de ce mois de septembre en Pologne et à Cracovie, il nous faut noter la commémoraison solennelle du 70e anniversaire du début de la 2e guerre mondiale.

 

C’est le 1er septembre 1939 qu’elle a réellement commencé par l’invasion du territoire de la Pologne. Ici, d’ailleurs, on a l’habitude de parler de la guerre de 39-45 et non de 40-44 et l’on ajoute qu’elle a en fait duré jusqu’en 1989, - instauration d’élections démocratiques libres - ,ou encore en 1990, lorsque les troupes russes ont quitté le pays.

 

C’est un rite que de se rassembler tôt le matin à Westerplatte (près de Gdansk) où le navire « Schleswig-Holstein » a tiré le coup de canon, l’acte de guerre.

Cette année, en raison de ce 70e anniversaire, des responsables politiques de plusieurs pays dont la France et l’Ukraine, et in fine un représentant du président Obama, avaient été invités par la Pologne à l’une des cérémonies à Gdansk. Les personnalités les plus attendues : Angela Merkel et... Poutine.

Angela Merkel a su trouver des mots justes en rendant hommage aux 60 millions de personnes qui ont trouvé la mort dans cette guerre meurtrière déclenchée par l’Allemagne nazie. Elle a aussi rendu hommage aux six millions de juifs et aux autres victimes exterminés dans les camps de concentration et d’extermination.

Quant à Poutine, il a alimenté la nouvelle controverse surgie récemment entre la Pologne et la Russie au sujet des pactes conclus avec l’Allemagne entre 1934 et 1939. La Russie qui a certes porté le plus lourd tribut durant cette dernière guerre mondiale est aussi le pays qui a le plus de mal à reconnaître ses fautes.

 

Le soir de ce 1er septembre, un concert a été donné à Cracovie en l’église Saint Pierre et Paul avec une composition spéciale pour cette occasion par Krzystof Penderewski, qui était présent, et une oeuvre sublime de Gustave Mahler.

 

A noter que la communauté juive à Varsovie avait commémoré cet anniversaire la veille, dans l’après midi.

 

A l’occasion de cet anniversaire aussi, les évêques polonais et allemands ont publié le 25 août une lettre dans laquelle ils rappellent le geste courageux des évêques polonais à la fin du Concile Vatican II : « Nous pardonnons et nous demandons pardon ».

Sans passer sous silence les incompréhensions et les dissensions entre les deux pays, ils soulignent que la « réconciliation entre nos deux nations est un cadeau que nous apportons au devenir de l’Union européenne » ; celle-ci a apporté aux différents peuples qui en font partie la promesse de pouvoir vivre en paix les uns avec les autres

 

 

En relation avec ce 70e anniversaire, la communauté de Sant Egidio et le diocèse de Cracovie ont convié à une conférence mondiale pour la Paix selon l’esprit d’Assise (1986). Pendant trois jours, du 6 au 8 septembre, les manifestations se sont déroulées dans différents endroits de la ville.

Nous avons assisté à une table ronde sur : « Ne pas oublier Auschwitz » ainsi qu’à la prière finale et à l’appel pour la paix lancé et signé depuis le Rynek de Cracovie, la grande place centrale.

L’événement qui a marqué les participants invités par Sant Egidio a certainement été la commémoraison à Auschwitz-Birkenau. Pour presque tous, c’était la première rencontre avec ce lieu de l’indicible horreur de la déshumanisation et du mal.

 

 

Rapelons qu’au début de l’été, le 19e festival de culture juive a amené beaucoup de monde à Cracovie. Un peu de la vie d’antan a brui dans le quartier juif de Kazimierz. Les synagogues étaient pleines et chaque kehila/communauté juive a célébré selon son rite. C’est désormais un rendez-vous à ne pas manquer qui offre le meilleur la culture juive d’aujourd’hui, concerts, films, ateliers, mais a aussi un parfum de nostalgie....

 

Anne Denise

Cracovie, le 16 septembre 2009

 

Printemps 2009 à Cracovie

 

[I.] Une bonne nouvelle !

 

Oui une bonne nouvelle : le livre de Sr Emmanuelle édité chez Plon : J’ai cent ans et je voudrais vous dire... est traduit en polonais sous le titre : Mam sto lat i chcialabym wam powiedziec... ! Il a paru en librairie le 13 mars, édité par une jeune maison d’édition de Cracovie qui se prénomme : esprit.

Dans ce livre, sr Emmanuelle répond avec la franchise qu’on lui connaît aux questions posées par Jacques Duquesne et Annabelle Cayrol.

 Relevons quelques sujets :

Je partirai vers Dieu comme une fusée

La souffrance, je ne lui trouve pas de qualités

La vie est un cadeau

J’ai douté de l’existence de Dieu

Il s’agit toujours de partager avec ceux que l’on veut aider

Etc...

Sr Emmanuelle n’est pas vraiment connue en Pologne. C’est donc presque une première.

Dans ce livre, en postface, une page est consacrée à la Congrégation et donne également notre adresse de Cracovie.

Notons encore que son dernier livre : Confessions d’une religieuse est en cours de traduction chez les éditions Znak, à Cracovie également.

Une présentation du livre est prévue le 3 avril chez les Dominicains de Cracovie dont l’un de leurs a fait la traduction. Un débat sera organisé sur « Eglise pauvre. Eglise des pauvres. Joie. Souffrance. Espérance », avec la participation de M. Stefan Wilkanowicz, de Sr Anne Denise Rinckwald et ainsi que de Sr Maureen Cusick, notre supérieure générale présente à ce moment à Cracovie par les hasards de son calendrier.

 

[II.] La mémoire du Père Stanisław Musiał sj.

 

Le Père Stanislas Musiał est mort il y a cinq ans maintenant. Il avait 66 ans.

A l’occasion de cet anniversaire, ses frères jésuites et tout ce que Cracovie comporte d’organisations diverses engagées d’une manière ou d’une autre envers le judaïsme et rassemblées sous le nom de Club de l’Alliance, ont organisé une série d’hommages à sa mémoire, dans la semaine du 1er au 6 mars.

Le Père Musiał a été très tôt sensible au drame des juifs en Pologne durant la dernière guerre mondiale. Il a aussi été le premier secrétaire du Comité épiscopal polonais sur la relation avec le judaïsme. En 1987, il a assisté le cardinal Macharski à la 2e rencontre de Genève qui devait solutionner le problème du Carmel à Auschwitz.

Nous le connaissions bien. Il était venu avec Mgr Muszyński à Paris, invité par le Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme. C’était en 1992, je crois. Nous les avions reçus un soir dans notre communauté de la rue de Bretagne, dans le Marais.

Stanisław Musiał était un homme à l’esprit libre, un genre de prophète, qui ne craignait pas de dire quelques vérités non feutrées en Pologne et aux USA où il avait fait une tournée de conférences. Cette liberté de parole lui avait d’ailleurs attiré des ennuis, même dans sa propre congrégation.

Le cardinal Lustiger a bien saisi sa personnalité qui a écrit peu après la mort de Stanisław, se souvenant de lui à propos de sa rencontre à Genève :

 

« J’ai été très impressionné par la liberté spirituelle et l’indéfectible fidélité à l’Eglise dont le Père Musiał faisait preuve au milieu d’une situation où tout convergeait pour accroître les incompréhensions et renforcer les antagonismes. ... Avec un cœur et un esprit purifiés, il devenait libre pour chercher la vérité des faits, pour en supporter la blessure et reconnaître sa part de péché, pour oser dire à d’autres la vérité au risque de déplaire. Mais avec une intelligence vive et subtile, avec une grande cordialité, il faisait toujours preuve de la plus délicate charité ».

 

Les célébrations à sa mémoire ont commencé par l’apposition d’une plaque à son nom par la communauté juive de Cracovie dans ce qu’on appelle le nouveau cimetière juif, rue Miodowa, pour le distinguer de l’ancien qui remonte au 16e siècle, près de la synagogue Remu. Ce fut une cérémonie très sobre, émouvante, à laquelle ont pris part les invités à ces journées venus d’outre Atlantique : le P. Pawlikowski, bien connu, ancien président de ICCJ, le P. Bernauer sj de Boston College, Sr Mary Boys de New York city, Mme Judith Banki du Tanenbaum Center for Interreligious Understanding, de New York également.

Deux journées de conférences académiques ont eu lieu à l’Université Jagellonne sur des aspects actuels historiques et théologiques de la relation aux juifs et au judaïsme tant en Pologne qu’ailleurs. A l’Ignatium des jésuites, le cardinal Dziwisz, archevêque de Cracovie, ancien secrétaire de Jean Paul II, a prononcé un important discours auquel le rabbin David Rosen, qui fait partie de la délégation juive du comité de liaison Eglise catholique et judaïsme, a répondu. Le Prix Stanisław Musiał a été attribué pour la première fois à un groupe de jeunes de Chmielnik qui ont restauré le cimetière juif de cette localité, ainsi qu’au professeur d’université Jan Błoński qui avait publié en 1987 dans l’hebdomadaire catholique Tygodnik Powszechny un article-choc : « Les pauvres Polonais regardent le ghetto ».

Décédé tout récemment, il n’a pu recevoir ce prix et ce sont ses petits-enfants qui l’ont réceptionné.

On pourra consulter les textes en polonais et voir des images sur le site de www.przymierze.krakow.pl

 

[III.] La marche du souvenir, 15mars 2009

 

Comme chaque année, plus de six cents personnes ont marché le dimanche 15 mars à l’heure de midi sur le chemin suivi en 1943 par les juifs cracoviens lors de la liquidation du ghetto de cette ville.Commémoration sobre qui s’achève sur les lieux du camp de Płaszόw.

Histoire et mémoire s’y rejoignent.

Vous pouvez en avoir un aperçu sur le net :

http://ww6.tvp.pl/View?Cat=6272&id=891463

 

[IV.] Le 20 mars, accueil d’un groupe de prière de Taizé

 

Le groupe de prière de Taizé auquel Kasia participe une fois par semaine s’est réuni pour une soirée de prière et d’amitié chez nous le vendredi 20 mars, début officiel du printemps. Après une prière dans notre « chambre haute » aménagée maintenant en chapelle, c’est un joyeux repas qui a réuni ce groupe avec nous. Les échanges se sont portés aussi sur la vie, les projets des uns et des autres et sur notre raison d’être en Pologne.

 

[V]. « Pâque juive, Pâques chrétiennes » une retraite spirituelle, le 28 mars 2009

 

En ce temps de Carême, samedi 28 mars, nous avons proposé à un petit groupe d’amies un temps de désert dans notre maison. Les temps de prière personelle et communautaire, de silence et de travail d`approfondissement biblique, furent alimentés par deux exposés, l’un de Ania sur la Pâque juive vécue aussi, dans sa symbolique, par Jésus ; l’autre de Kasia sur la signification de la dernière Pâque de Jésus avec ses disciples selon l’évangile de Luc au chapitre 22. Le repas du milieu du jour a été pris en silence, mais à la fin de la journée, un moment a été prévu pour une possibilité d’échange.

Le temps nous a beaucoup aidées, le soleil a brillé toute la journée, alors que les jours précédents (et suivants !) avaient été très pluvieux.

 

N.B. Signalons deux livres récents :

 

La Fin de l’innocence. La Pologne face à son passé juif de Jean Yves Potel, aux éditions Autrement, 2009.

 

Je cite la page 4 de couverture : « La Fin de l’innocence entend faire connaître ce travail de la société polonaise sur elle-même et son passé. Texte de voyage, construit autour de l’évocation des lieux de mémoire, texte de conversations, qui présente des portraits-entretiens des principaux acteurs de ce renouveau, et texte de réflexion, cet ouvrage est à l’image du foisonnement et des interrogations qu’il présente ».

 

Juifs et chrétiens face au XXIe siècle, aux éditions Albin Michel, 2008.

 

Il s’agit de textes issus du colloque qui a eu lieu du 12 au 17 novembre 2007 à l’Institut catholique de Paris à l’initiative de l’Amitié judéo-chrétienne de France, du SIDIC et du Bnai Brit. La réflexion est orientée autour de quatre axes :

La Shoa, comment en parler encore ?

Révélation biblique et histoire avec les contributions notamment de Luc Ferry, d’Olivier Abel, d’Armand Abécassis ;

De la peur de mourir à celle d’une vie diminuée avec aussi Gilles Bernheim ;

Devant l’usure de la démocratie.

 

Un petit livre qui porte à réfléchir.

 

CRACOVIE  été  2008

 

Premier anniversaire de la mort du cardinal Lustiger, 5 août 2008.

 

Pendant qu’à Notre Dame de Paris, des messes ont été célébrées ce 5 août pour le premier anniversaire de la mort du cardinal Jean Marie Lustiger, une cérémonie sobre a eu lieu à Birkenau.

Le P. Manfred Deselaers, prêtre allemand, directeur des programmes au Centre de Dialogue et de prière à Oświęcim a invité le cardinal Macharski, ancien archevêque de Cracovie et ami de Mgr Lustiger, à venir prier devant la plaque en français du monument érigé à Birkenau. La prière unissait la mémoire du cardinal à celle de sa mère assassinée dans ce camp ainsi qu’à tous les membres de sa famille qui ont subi le même sort.

Nous étions un petit groupe international à nous joindre à cette prière : des amis du Centre, des amis du P. Lustiger, des touristes.

Après une introduction rappelant combien la vie du cardinal a été « liée » à la shoa et combien il n’avait cessé de rappeler les racines juives du christianisme, la prière s’est déroulée en polonais, en allemand et français.

 

Ce furent d’abord des extraits du prophète Jérémie,

« J’ai regardé la terre : un chaos ;

les cieux ; leur lumière a disparu.

J’ai regardé les montagnes : elles tremblent

et toutes le hauteurs sont secouées.

J’ai regardé : plus d’hommes ;

Tous les oiseaux du ciel ont fui. »  (Jr 4,23-25)

 

Puis a eu lieu l’allumage de bougies par différents participants.

 

Dans la prière qui a suivi, on a rappelé aussi le sort des Roms et des Sinti (dont on venait de commémorer le 2 août l’assassinat) et de tous les Polonais qui ont péri à Auschwitz ou qui ont passé là.

 

Le psaume 34, lu en allemand a donné une tonalité plus apaisée :

« Un pauvre a crié, le Seigneur écoute

et de toutes ses angoisses il le sauve ».

 

Une longue prière d’intercession pour la paix dans le monde a été introduite par la prière de Jean Paul II composée à la demande de Steven Goldstein, pour sa visite à l’Umschlagplatz en 2001 à Varsovie :

« Dieu d’Abraham, Dieu des prophètes, Dieu de Jésus Christ...

Exauce notre prière à l’intention du peuple juif, qu’en raison de ses Pères tu continues de chérir. ...

Assiste–le pour que, dans ses efforts pour la paix et la justice, il soit soutenu dans sa grande mission de révélation au monde de ta bénédiction... ».

 

La célébration s’est conclue par la récitation du Notre Père.

 

A l’origine, le rabbin de Cracovie avait accepté de participer à la commémoraison et de dire le El male rachamim, mais il est retenu désormais en Israël.

 

Dans la soirée une concélébration eucharistique a eu lieu autour du cardinal Macharski dans la chapelle des Carmélites, à la mémoire de Jean Marie Aron Lustiger ; elle fut suivie du Salve Regina qu’il a entonné si souvent à Notre Dame de Paris, à la fin de la messe du dimanche soir.

Repose en paix, Jean Marie Aaron né juif devenu chrétien par le baptême et demeuré juif comme les apôtres.

 

Anne Denise nds

 

 

18e festival de culture juive à Cracovie.

 

C’est déjà le 18e festival de culture juive qui se déroule à Cracovie chaque été avec toujours autant de succès.

Il a eu lieu cette année du 28 juin au 6 juillet 2008.

Chants, danses, ateliers de découpage papier (une spécialité), de yiddish, concerts, conférences, expositions, films, théâtre se sont déroulés sans discontinuer durant cette semaine faste. Pour finir par un grand concert Klezmer et tzigane a été donné à la synagogue Tempel.

Les organisateurs de ce festival ne sont pas juifs, mais le judaïsme est vivant à Cracovie !.

 

AVRIL 2008 

 

Week end à Bukowine

 Durant 3 jours, du 4 au 6 avril, un groupe de Cracovie de 30 jeunes gens proches de la communauté de Taizé ont passé un weekend à Bukowina, une ville située au sud de la Pologne. Avec beaucoup de ces jeunes, j’avais participé en janvier dernier à la rencontre oecuménique de Taizé à Genève.

Le week end comportait des prières, des conférences et des discussions ; le sujet principal était : "Qu’ils soient un ! ". L’organisateur, le Fr. Paweł SJ, avait demandé à notre communauté de Cracovie d`y participer en prenant en charge un atelier biblique. J’ai choisi pour cela les textes bibliques du dimanche: un extrait du discours de Pierre à la Pentecôte juive dans les Actes des Apôtres et la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs dans l’Evangile de Luc. Cela m’a aussi donné l’occasion de parler des deux fêtes juives : Pessah et Shavouot.  

                                      Kasia

 

Marche priante « sur la trace de monuments du ghetto de Varsovie »

Dimanche 13 avril 2008

 Depuis plusieurs années déjà, le Conseil des chrétiens et des juifs en Pologne organise, à une date proche du 19 avril, une marche de prière sur l’emplacement de l’ancien ghetto de Varsovie. Cette année, on célébrait le 65e anniversaire du soulèvement. Venant de Cracovie à cette occasion, nous avons participé à cette marche.

On se souvient que devant l’imminence de la liquidation du ghetto, de jeunes juifs de différents mouvements et dont les parents avaient déjà été déportés et exterminés, s’étaient unis et avaient préparé un soulèvement armé.

Les Nazis ont attaqué le ghetto dans la nuit du 18 au 19 avril 1943. C’était un lundi, la veille de la Pâque juive ; pour les chrétiens, c’était le Lundi Saint.

 

Les combats allaient durer plus d’un mois.

« ... La vérité intrinsèque de ces combats diffère des notions généralement reçues. Ils furent désespérés en ce sens que, entourés à l’avance ‘par les ailes de l’Ange de la mort’, ils furent menés avec la certitude absolue d’une défaite totale et sans appel. Mais il serait faux de parler d’un simple ‘réflexe de désespoir’, puisque le soulèvement fut longuement prémédité, et qu’il demandait le courage et la détermination lucide du sang-froid. » (cf. Michel Borwicz, L’insurrection du Ghetto de Varsovie, Julliard).

 

Cette année encore, une centaine de personnes, chrétiens et juifs ont participé à cette marche, se recueillant dans la prière à plusieurs endroits du ghetto, au monument érigé à la mémoire de Shmuel Ziegelbaum ou à celle du Dr Janusz Korczak. La marche finit à l’Umschlagplatz à l’endroit de la gare de triage : départ pour les déportations à Treblinka. Responsables religieux, juifs et chrétiens y ont conduit la prière. Le rabbin de Varsovie M. Schudrich était parmi nous, ainsi que plusieurs prêtres, pasteurs de diverses confessions chrétiennes.

 

*Pour plus de documentation sur le soulèvement du ghetto de Varsovie, on pourra se reporter aux archives du site de 2007.

 

 Marek Edelman à l’honneur

 Marek Edelman fut l’un des chefs de l’insurrection. Il est leur seul survivant. Le 15 avril à l’Ambassade de France à Varsovie, Bernard Kouchner lui a remis les insignes de commandeur de la Légion d’honneur. On compte 4 000 Polonais dans les rangs de la Légion d’honneur à travers les siècles. Plus récemment : Marie Sklodowieska-Curie, mais aussi Tadeusz Mazowiecki, l’écrivain Slawomir Mrozek et le cinéaste Andrzey Wajda.

  

Visite d’Etat en Pologne

 Dans la semaine du 14 au 17 avril, la Pologne a reçu en visite d’Etat, le président de l’Etat d’Israël Szimon Peres. C’était une bonne visite. Des paroles vraies et réconfortantes ont été prononcées de part et d’autre.

 

Un mois de septembre bien rempli

 

Après un été de voyages durant lequel Ania a participé en Australie à la conférence internationale de l’ICCJ / International Council of Christians and Jews, et visité nos sœurs et les novices aux Philippines, nous voici dans les temps de la rentrée. Signalons que cette conférence de l’ICCJ à laquelle assistaient une quinzaine de Sœurs de Sion, avait pour thème : « Guérir les plaies du monde : les religions travaillent ensemble ». A l’occasion de la conférence, Sr Marianne Dacy nds a reçu le prix de Sir Sigmund Sternberg, pour son engagement dans le domaine des relations entre juifs et chrétiens en Australie. Marianne travaille actuellement dans l’« Archive of Australian Judaica » qu’elle a fondé à l’Université de Sidney.

Le 8 septembre, nous avons eu la joie d’accueillir dans notre communauté de Cracovie Katarzyna Kowalska pour une formation à la vie religieuse à N.D. de Sion. Kasia a 31 ans, elle a fait des études de théologie à Cracovie. Elle vient de passer trois mois à Jérusalem dans notre maison de l’Ecce Homo.

 Le 13 septembre, 16 sœurs de la Province du Royaume Uni et d’Irlande, venues « visiter » quelques-uns des camps de concentration et d’extermination nazis en Pologne se sont aussi arrêtées chez nous. Ce fut l’occasion de resserrer les liens d’amitié entre nos deux provinces. Avec elles était aussi Sarah qui fait son noviciat dans la maison et la communauté de Belfast, en Irlande du Nord. Cette communauté se consacre à aider à la réconciliation dans cette terre divisée. Elle a été fondée dans ce but.

Ce mois de septembre est décidément le mois de l’accueil et des (re)-commencements. Nous allons inaugurer notre nouvelle maison par une bénédiction, le 29 septembre prochain. A cette occasion, trois de nos sœurs de Halle/Saale en Allemagne et plusieurs sœurs de France viendront se joindre à nous et à nos amis de Cracovie.

« Si le Seigneur ne bâtit la maison ... »

Mois des recommencements : Ania se prépare à animer un groupe biblique d’étudiants, et à offrir à un groupe d’adultes une lecture d’Evangile suivie par un temps de prière dans notre oratoire, puisque nous avons la chance de bénéficier d’un bel espace destiné à cela.

Une de nos « activités » de septembre fut aussi la participation d’Anne Denise et de Kasia à une partie de la semaine de « Mission dans le ville » à Budapest (16 au 22 septembre 2007). A la suite des semaines qui ont déjà eu lieu à Vienne, Lisbonne, Paris et Bruxelles, les catholiques de Budapest se sont préparés plus intensément encore cette dernière année pour cette évangélisation de leur ville de 2 millions d’habitants. Le thème choisi a été un parole du prophète Jérémie : « Je vous donnerai un avenir et une espérance ». Nous étions six sœurs de Notre Dame de Sion à y être présentes avec Sr Eva, Hongroise, heureuses de faire un peu connaissance avec cette Eglise, ses martyrs et aussi son espérance.

Au cours de cette semaine, nous avons eu la grande joie de pouvoir visiter notre ancienne école de Buda, aujourd’hui le Gymnase d’Etat Arany János. Nous y avons senti, en dépit de tant d’années écoulées depuis notre départ, un esprit « de Sion » fait d’ouverture à l’autre, d’éducation à la liberté, à l’amitié, grâce à la directrice et à une équipe de professeurs très motivés dans leur engagement.

Mois des recommencements : Ania se prépare à animer un groupe biblique d’étudiants, et à offrir à un groupe d’adultes une lecture d’Evangile suivie par un temps de prière dans notre oratoire, puisque nous avons la chance de bénéficier d’un bel espace destiné à cela.

Une de nos « activités » de septembre fut aussi la participation d’Anne Denise et de Kasia à une partie de la semaine de « Mission dans le ville » à Budapest (16 au 22 septembre 2007). A la suite des semaines qui ont déjà eu lieu à Vienne, Lisbonne, Paris et Bruxelles, les catholiques de Budapest se sont préparés plus intensément encore cette dernière année pour cette évangélisation de leur ville de 2 millions d’habitants. Le thème choisi a été un parole du prophète Jérémie : « Je vous donnerai un avenir et une espérance ». Nous étions six sœurs de Notre Dame de Sion à y être présentes avec Sr Eva, Hongroise, heureuses de faire un peu connaissance avec cette Eglise, ses martyrs et aussi son espérance.

Au cours de cette semaine, nous avons eu la grande joie de pouvoir visiter notre ancienne école de Buda, aujourd’hui le Gymnase d’Etat Arany János. Nous y avons senti, en dépit de tant d’années écoulées depuis notre départ, un esprit « de Sion » fait d’ouverture à l’autre, d’éducation à la liberté, à l’amitié, grâce à la directrice et à une équipe de professeurs très motivés dans leur engagement.

A Cracovie en mars 2008

  

Marche du souvenir, dimanche 16 mars 2008

Chaque année, aux alentours du 13 et 14 mars, une marche de la mémoire a lieu à Cracovie.
Elle rappelle la liquidation du ghetto en 1943. Entre 1941 et 1943, plus de 17 000 personnes juives avaient été obligées d’habiter dans ce quartier au-delà de la Vistule. Au moment de la liquidation, environ 2 000 personnes trouvèrent la mort par fusillades sur la place centrale du ghetto et dans les rues adjacentes.

Du ghetto, on connaît l’action héroïque du pharmacien de la Pharmacie de l’Aigle et de ses assistantes, qui seuls non-juifs autorisés à résider dans le ghetto, offrirent refuge et aide.

Cette année la date des marches forcées des derniers résidents du ghetto vers le camp de concentration Płaszów, distant de deux kilomètres environ, correspondait avec la fête chrétienne des Rameaux. Tout un symbole !

Entre 500 et 600 personnes y ont pris part. Chaque année, il y a davantage de personnes. De délégations d’Israël (plus de 100 personnes), de Grande Bretagne, d’Argentine se sont jointes aux Cracoviens. Quelques sobres discours, une évocation dramatique par deux survivants, le kaddish récité par un rabbin de Galicie ; puis le voïvode de Małopolska (préfet de région), le maire de la ville ont conduit la marche par les rues où elle eut lieu autrefois. Plusieurs arrêts avaient été prévus, dont l’un devant des restes du mur du ghetto.

Le camp de Płaszów, est aujourd’hui une vaste solitude nichée entre deux pentes de collines. La marche a pris fin au sommet du camp. Un psaume a été récité ; un très beau chant d’une chorale israélienne s’est élevé qui s’est terminé sur un cri d’espoir. Ignorée de la foule, dans les escarpements des rochers : une pièce d’eau. Des restes de miradors y rouillaient encore il y a quelques années.

Nous avons rencontré durant cette marche le P. Kamykowski, chargé des relations œcuméniques et des relations avec le judaïsme à Cracovie, et plusieurs amis juifs et chrétiens.

 

Cracovie, 6 mars 2008 à la Synagogue Tempel

 Le 6 mars 2008, Mme Anna Bielecka, du groupe « Choulent »[C’est un plat traditionnel juif. C’est le nom qu’a pris une association qui réunit des personnes, surtout des jeunes, se découvrant des racines juives)  a organisé une rencontre à l’ancienne synagogue, libérale avant l’heure, appelée Tempel, sur le sujet :
« Juifs et chrétiens de Cracovie : quelles responsabilités ? »
Cette réunion venait à son heure après des remous assez violents à la suite du livre de Jan T. Gross : La peur, l’antisémitisme en Pologne tout de suite après la guerre.

Trois orateurs se sont présentés, eux et leur activité : le P. Kamykowski (voir plus haut), professeur à Académie papale de théologie, le P. Janusz Salamon, sj. Directeur du centre de la culture et du dialogue, et M. Jonathan Ornstein, enseignant juif à l’université Jagellonne, Américain .et futur directeur d’un nouveau centre communautaire juif à Cracovie.
Environ soixante-dix personnes, de tous âges et origines, assistaient à cette rencontre.
Comme souvent, la discussion a été l’occasion de plusieurs longues déclarations personnelles, de souhaits exprimés ; on peut y lire le désir d’avoir à Cracovie quelque chose qui pourrait ressembler à une « amitié judéo-chrétienne ».
A suivre.
Nous serions partie prenante !

  

Lyon 8, 9 mars 2008

Enfin, c’est avec joie que Sr Ania Bodzińska a participé les 8 et 9 mars 2008 à Lyon, où elle avait fait ses études de théologie, à la session
« Les courants du judaïsme aujourd’hui, laïques et religieux ».
Cette session annuelle est organisée par le Service national pour les relations avec le judaïsme. Ania a été accueillie chaleureusement par le P. Patrick Desbois, en tant que Sœur de N. D. de Sion venant de Pologne. Sr Dominique de La Maisonneuve participait également à cette rencontre où les interventions de Jean Marie Allafort, d’Israël, de M. Thomas Gergely de Bruxelles et de Michel Gurfinkiel, de Paris, étaient de grande qualité, sans compter celle du Père Patrick Desbois, auteur de la « Shoa par balles », cette Shoa perpétrée par les sinistres Einsatzgruppen en Ukraine surtout, mais pas seulement.

 

A Cracovie en janvier 2008

 

Une matinée biblique avec des jeunes, vendredi 11 janvier 08.

Le responsable diocésain de la catéchèse de Cracovie a demandé à Ania, qui y a associé Kasia, de faire une matinée d’atelier biblique pour des jeunes collégiens et lycéens, lauréats d’une Bourse « Jean Paul II »pour des milieux moins favorisés. Ces jeunes bénéficient trois fois par an d’une journée de formation sur des sujets divers.

La rencontre a eu lieu à l’archevêché où une belle cave est aménagée en lieu polyvalent. Ils étaient environ une soixantaine. Ania et Kasia ont pu montrer aussi l’enracinement biblique de notre Congrégation.

Le partage de l’opłatek a eu lieu ensuite avec le cardinal Dziwisz.

NB Cette coutume de partage d’un pain bénit accompagnée de souhaits personnalisés est un très bel usage en Pologne ; il dure de Noël jusqu’à la Présentation de Jésus au Temple.

 

XIe Journée du Judaïsme, 17 janvier 08

C’est la XIe année consécutive qu’une telle journée a lieu en Pologne. Elle est placée juste avant la Semaine de l’Unité, le 17 janvier. Une ville est en général désignée pour la célébration nationale, ce fut cette année Zamość-Bełzec ; mais ailleurs aussi il y a des manifestations. Etalées même sur plusieurs journées, c’est à Varsovie, Gdansk, Lublin, Gniezno et bien sûr à Cracovie qu’elles ont eu lieu. Le thème choisi par le comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme était un verset du livre de la Genèse (Gen 1,27) :

« Dieu créa l’homme à son image,

à l’image de Dieu il le créa,

homme et femme il les créa. »

Au début du mois de décembre, le P. Lucas Kamykowski, responsable dans le diocèse de l’oecuménisme et des relations avec le judaïsme nous a demandé de participer à l’organisation de la journée.

Le shema à Cracovie est le même d’année en année. Le dimanche précédent ou suivant le 17 janvier, le président de la communauté juive de Cracovie propose une visite guidée de l’ancien quartier juif de Kazimierz. Le 17 même, il y a d’abord à 15hrs 30 une prière chrétienne dans l’église des Franciscains présidée par le cardinal, archevêque de Cracovie, à laquelle assistent aussi des juifs. Puis en traversant la rue, on se rend à la PAT (Académie de théologie papale) où, à 16hrs 30 est donnée une conférence.

Notre contribution s’est limitée à la prière. Nous avons pris les contacts avec les différents acteurs, et surtout fait quelques suggestions pour une meilleure publicité, un accueil plus personnalisé et chaleureux au moment de l’arrivée des personnes et surtout des membres de la communauté juive, etc. Traditionnellement aussi le cardinal invite le président de la communauté juive de venir dire quelques mots à la fin de la célébration. Dans le contexte particulier cette année (voir plus loin), il a même fait le geste de l’inviter à présider avec lui la célébration, ce que ce dernier a cependant décliné. Mais le geste avait valeur de symbole !

Le clou, si l’on peut dire, de la célébration était la présence du jeune rabbin qui a chanté avec une belle voix depuis l’ambon, le psaume en hébreu après la première lecture lue par Ania. Autre surprise, pendant la célébration, on a vu s’avancer aux premiers rangs un hassid avec son streimel. En Pologne, sous ce rapport, il ne faut s’étonner de rien : tout est possible.

C’était une célébration priante à laquelle ont participé une centaine de personnes

La salle de la PAT était ensuite bondée pour la conférence donnée par le rabbin Boaz Pasz, très à l’aise, sous le grand crucifix de la salle..., sur le thème de la journée.

C’était une très bonne journée, alors que la controverse fait rage autour du livre de Jan T. Gross, juif polonais vivant aux USA, La peur, l’antisémitisme en Pologne tout de suite après la guerre, traduit depuis peu en polonais.

Au cours du verre de l’amitié, après la conférence, nous avons été invitées à une célébration anticipée de Tu Bisvhat.

 

Tu Bishvat, le « nouvel an des arbres ».

Cette année la fête tombait le 22 janvier. C’est le dimanche 20 janvier qu’eut lieu dans une salle communautaire juive, près de la Synagogue Isaaca à Kazimierz, une réunion autour du rabbin. Il a expliqué la fête, ses symbolismes autour d’un petit seder.

Nous n’étions pas vraiment à notre place, mais durant l’heure où nous sommes restées, nous avons pu nous rendre compte des efforts pédagogiques du rabbin pour rendre surtout à de jeunes juifs (enfants, parents, ou célibataires) leur identité juive. La communauté juive renaît en Pologne culturellement et religieusement. Mais parmi l’assistance d’environ cinquante personnes, il y avait aussi la présence de gens plus âgés.

 

24 janvier 08 Table ronde autour du livre de Jan Gross : La peur, l’antisémitisme en Pologne tout de suite après la guerre.

C’est le même auteur qui a écrit il y a quelques années un petit livre Les voisins sur Jedwabne, une localité à l’Est du pays où en 1941, au moment du vide créé par le renversement des alliances entre l’Allemagne et l’Union soviétique, un affreux pogrome eut lieu.

L’auteur aime provoquer et c’est certainement la limite de son livre qui par ailleurs rapporte des faits réels -dont le massacre à Kielce-, qui se sont malheureusement passés dans les années 45-47 en Pologne.

Pour la table ronde autour de Jan Gross, la grande aula de l’Université (1 000 places !) était remplie des personnes de tous âges et de tous milieux, signe de l’intérêt suscité par une question qui ne laisse personne indifférent ici. La présence du vieil homme qu’est maintenant Marek Edelmann, le dernier vivant des commandants de la révolte du ghetto de Varsovie en 1943, a été plusieurs fois très longuement applaudie. Ces applaudissements disaient plus que tous les discours.

28 décembre 2007 -1er janvier 2008 Taizé à Genève

La rencontre maintenant traditionnelle des jeunes Européens au moment du Nouvel An a eu lieu cette année à Genève. Il y avait environ 40 000 jeunes rassemblées là entre le 28 décembre et le 1er janvier 2008.

Nous étions près de 10 000 Polonais.

Comme j’avais choisi dans les groupes de préparation de faire partie de la chorale, nous sommes partis, en autobus, dès le matin du 25 décembre. Nous sommes arrivés après 20 heures de voyage au matin du 26. Le jour même, nous avons commencé les répétitions de chant.

Chacun des participants était reçu dans une paroisse de Genève. La mienne était celle de la cathédrale. Comme chacun sait, ou ne sait pas, la cathédrale de Genève est protestante. Je logeais avec une autre jeune femme de Katowice chez une dame protestante. 90 % des jeunes d’ailleurs ont pu être logé chez l’habitant !

Le 28 tous les groupes sont arrivés dans une noria de cars. L’organisation était parfaite.

Dès le premier soir de l’arrivée la prière a eu lieu à Palexpo, près de l’aéroport de Cointrin, un grand complexe de halles d’exposition, ainsi que tous les autres soirs.

Chaque matin, la prière et de petites rencontres par groupes avaient lieu dans les paroisses. Nous avons visité la cathédrale où Calvin a prêché la Réforme. Nous avons aussi visité les fouilles archéologiques sous la cathédrale avec la présence d’un baptistère ancien du 4e siècle.

A midi, les jeunes se retrouvaient pour la prière à Palexpo et pour une méditation guidée par un frère de Taizé.

Beaucoup d’ateliers sur toutes sortes de sujets nous étaient proposés dans l’après midi. Pour ma part, j’ai choisi d’aller au Conseil oecuménique des Eglises.

Le soir, à nouveau, prière et méditation où le frère Alois, successeur du frère Roger, nous lisait la lettre de Cochabamba sur la réconciliation.

Le soir du 31 décembre, nous avions une veillée sur la Paix dans nos paroisses respectives suivie d’une fête des peuples. Chacun était sensé y présenter quelque chose de son pays.

Enfin, le repas du 1er janvier était offert par la famille d’accueil. Nous étions trois nationalités. Notre hôtesse et sa fille, Suisses, une dame péruvienne logeant toute l’année chez elle et nous deux Polonaises.

Comme j’étais arrivée à Genève dès le 26, j’ai pu disposer d’un peu de temps et j’ai pu visiter Lausanne et sa cathédrale, très belle.

J’ai aimé cette rencontre qui était vraiment œcuménique. Dans les groupes on pouvait parler de nos différentes Eglises. La dame chez qui je logeais m’a aussi posé beaucoup de questions sur le catholicisme. Ce que j’ai étudié durant mes années de théologie, j’ai pu ainsi le toucher dans la ville de Genève et dans les rencontres de ces journées.

 

Kasia avec la communauté de Cracovie.

 

Erev Rosh haShanah, 5768, 12 septembre 2007 à Cracovie.

 

Pour la première fois depuis trois années que nous sommes à Cracovie, nous pouvons participer à la prière de la communauté juive. Jusque-là, nous nous étions imposées une attitude discrète.

Les offices se tiennent habituellement à la synagogue Remu à Kazimierz, le quartier juif de Cracovie. Sa fondation remonte au 16e siècle ; restaurée au début du 19e siècle et bien sûr après la deuxième guerre mondiale, elle est petite, intime, avec une belle bima au centre. Le lieu réservé aux femmes se trouve dans une salle à l’arrière, largement ouverte sur l’espace réservé aux hommes.

La communauté juive de Cracovie compte environ 100 à 200 personnes, la plupart âgés, et la synagogue suffit à ses besoins. Mais il y a actuellement un regain d’intérêt parmi des jeunes et de moins jeunes pour leur culture juive. Nous avons vu des jeunes filles et jeunes gens suivre l’office.

Les rabbins y vont et viennent, ne restant pas longtemps. En ce moment c’est un rabbin né en Israël, Boaz Pash.

 

En cette veille de Rosh haShanah, la petite synagogue est comble. Les fidèles réunis ne viennent pas uniquement de Cracovie. On entend parler hébreu et anglais.

Deux Hassids avec leur impressionnant Streimel sont venus renforcer le chœur des priants.

Côté femmes, nous étions une trentaine. Nous saluons les personnes que nous connaissons.

 

L’office se déroule normalement avec ses mélodies rugueuses.

Lecture de la Torah et sonnerie du shofar seront pour l’office du matin.

C’est là aussi que sera récitée la belle prière de « Avinou malkenu ».

« Notre Père, notre Roi, nous avons péché contre Toi,

Notre Père, notre Roi, nous n’avons d’autre Roi que Toi,

Notre Père et notre Roi, renouvelle pour nous une année de bienfaits,

...

Notre Père et notre Roi, fais-nous l’aumône de ta miséricorde et sauve-nous ».

A l’office du soir, on ouvre seulement l’arche sainte, revêtue de son beau manteau blanc, pour y montrer les rouleaux de la Torah.

 

L’office a duré trois quarts d’heures. En sortant, on se souhaite joyeusement un bonne année : oui, « Shanah Tova » !

 

 Marche de recueillement « sur l’itinéraire de la mémoire du ghetto de Varsovie »

15 avril 2007

 

Chaque année, le dimanche le plus proche du 19 avril, date du soulèvement du ghetto de Varsovie, le Conseil polonais des chrétiens et des juifs invite à une marche de recueillement et de prière dans ce qui fut le ghetto de Varsovie.

On sait que les nazis ont commencé à en tracer le plan et les limites dès le 2 octobre 1940 pour y concentrer la population juive de Varsovie, puis celle des environs. Des déportations massives eurent lieu durant l’été 1942 depuis le tristement célèbre « Umschlagplatz ». Le 19 avril 1943, veille de Pessah, le soulèvement de quelques 300 jeunes juifs armés du ghetto, conduits par Mordechaj Anielewicz, défia les nazis. En dépit d’une résistance héroïque, le soulèvement fut écrasé, et ce qui restait du ghetto fut rasé.

Une année après, lors de l’insurrection de Varsovie en août septembre, par l’armée de l’intérieur, la ville entière sera détruite, rasée.

Après la guerre, le centre historique, cœur de la ville, fut reconstruit sur les ruines.

Du ghetto au centre nord de la ville, il ne reste aujourd’hui que certains tracés de rues et une grande place vide. Là se dresse le monument aux Héros du Ghetto et là sera érigée le « Musée de l’histoire des juifs polonais »[1], largement ouvert sur la ville. On peut en voir déjà les plans. Le projet est confié à un groupe d’architectes finlandais qui en a gagné le concours. La construction commencera en 2007 et devrait s’achever en 2009.

 

Jalonnant un itinéraire qui conduit du Monument de Héros du Ghetto à l’Umschlagplatz, des blocs de pierre noire marquent certains événements de la vie du ghetto. C’est cet itinéraire qui est suivi par un groupe d’une centaine de personnes, chrétiens, juifs, chaque année, à l’appel du Conseil polonais des juifs et des chrétiens affilié au Conseil international des juifs et des chrétiens. Six arrêts sont prévus : ponctués par une prière tantôt en hébreu par les juifs, tantôt en polonais par les chrétiens. Tous s’associent pour prier un psaume : Ps 140 ; 74 ; 94. Lors de l’arrêt qui commémore la vie et la mort de Janusz Korczak, une de ses méditations est lue. Selon la coutume polonaise, on dépose ensuite au pied de chaque pierre mémoire une gerbe de fleurs aux couleurs d’Israël, blanc et bleu, et de la Pologne, rouge et blanc.

 

Arrivés à l’Umschlagplatz, c’est le rabbin Schudrich, M. Krajewski et une autre personne juive qui se partagent la prière du Kaddish ; le P. Manfred Deselaers, le P. Jan Nowak o.p. et tous récitent les psaumes 88 et 70 et les chrétiens concluent par la prière composée par Jean Paul II pour le peuple juif. C’est la prière qu’il a dite lui-même le 11 juin 2001 à cet endroit précisément.

« Dieu d’Abraham, Dieu des prophètes, Dieu de Jésus-Christ, en toi, tout est contenu ; vers toi, tout se dirige ; tu es le terme de tout.

Exauce notre prière à l’intention du peuple juif qu’en raison de ses Pères, Tu continues de chérir.

Suscite en lui le désir toujours plus vif de pénétrer profondément ta vérité et ton amour.

Assiste-le pour que, dans ses efforts pour la paix et la justice, il soit soutenu dans sa grande mission de révélation au monde de ta bénédiction.

Qu’il rencontre respect et amour chez ceux qui ne comprennent pas encore ses souffrances, comme chez ceux qui compatissent aux blessures profondes qui lui ont été infligées, avec le sentiment du respect mutuel des uns envers les autres.

Souviens-toi des générations nouvelles, des jeunes et des enfants : qu’ils persistent dans la fidélité envers Toi, dans ce qui constitue l’exceptionnel mystère de leur vocation. Inspire-les pour que l’humanité comprenne par leurs témoignages que tous les peuples ont une seule origine et une seule fin : Dieu, dont le dessein de Salut s’étend à tous les hommes. Amen. »

 

La célébration était alors terminée. Mais timidement, à cause du respect du à ce lieu, une voix a commencé à chanter le « Ossé shalom ». C’est ce que tous attendaient au fond. Le chant s’est élevé de plus en plus fort, hymne de foi et d’espérance.

 

Le monument érigé à l’Umschlagplatz (gare de triage) est très suggestif. C’est un espace clôturé de murs, mais à ciel ouvert, en pierre blanche. On y entre de plein pied. Une ouverture étroite est pratiquée dans le mur, en direction de la gare. Derrière cette ouverture, un jeune arbre est planté. Sur les mur, des noms gravés...

 

Nous avons participé cette année toutes les deux à cet itinéraire.

 

Ania et Anne Denise

4 mai 2007

[1] Notez bien cet intitulé :non pas  Musée de l’histoire des juifs en Pologne, mais « Musée des juifs polonais » !

 

 

Cracovie, 7 novembre 2006 

Remise du diplôme « Personne de réconciliation »
à Sr Anne Denise Rinckwald NDS
par le Conseil polonais des chrétiens et des juifs

 

Le 7 novembre 2006, le diplôme de « personne de réconciliation » donné par le Conseil polonais des chrétiens et des juifs a été remis à SrAnne Denise Rinckwald NDS.

Cette distinction est conférée à des personnes vivant à l’étranger, ou aux étrangers vivant en Pologne, qui ont contribué de façon significative au dialogue judéo-chrétien en Pologne

La cérémonie a eu lieu à l’Aula de l’Académie des sciences de Cracovie et honorée par la présence du cardinal Fr. Macharski, archevêque émérite de Cracovie, de Mme Sylvie de Bruchard, consul général de France à Cracovie et par beaucoup d’amis qui s’y étaient joints.

Une autre religieuse de Notre Dame de Sion, Sr Dominika Zaleska avait déjà reçu en 1995 ce même diplôme.

 

Voici  les mots de remerciements de Sr Anne-Denise.

 

Remerciements

 

Je voudrais d’abord vous exprimer mon grand merci pour l’honneur que vous me faites, chers membres du Rada Chrześcijan i Zydów, de bien vouloir me décerner ce titre: « personne de réconciliation ».

Vous aviez déjà distingué, en 1995, une autre religieuse de Notre Dame de Sion, Polonaise elle, Sr Dominique Zaleska, qui habitait alors à Genève.

J’étais présente à la remise de sa distinction à Varsovie, et elle m’avait demandé de faire le mot de remerciement pour elle.

Aujourd’hui, je dois le faire pour moi-même.

 

A vrai dire, quand j’ai reçu votre lettre, cher M. Krajewski, où vous me demandiez si j’acceptais cette nomination, j’ai été très surprise. En quoi pouvais-je bien avoir « mérité » d’être distinguée comme « personne de réconciliation » et de figurer parmi toutes les personnalités prestigieuses que vous avez déjà distinguées au long de ces 14 années ?

Puis je me suis rappelée le petit middrash sur rabbi Soussia : Vous le connaissez peut-être ?

Rabbi Soussia se plaignait auprès du Saint, Béni soit-il, de ne pas être comme Moïse : saint, savant, sage, chef du peuple, mais aussi l’homme le plus humble que la terre ait jamais porté. Mais le Saint, Béni soit-il, lui dit : « Rabbi Soussia, je ne t’ai pas demandé d’être Moïse, mais d’être Soussia ! »

 

Néeà Strasbourg, en Alsace, pays frontière entre la France et l’Allemagne, ce fut - durant mon enfance et ma jeunesse -, la première des réconciliations à faire. Aujourd’hui, à cause de cela peut-être, je me sens et je suis une Européenne convaincue.

Des expériences de réconciliation dans sa vie, chacun de nous les a faites, car la réconciliation c’est d’abord une réalité ordinaire de la vie ; sans pardons fréquents, sans réconciliation, aucune paix, n’est possible. En nous d’abord !

« Les lieux de nos blessures, disait récemment le cardinal Etchegaray aux chrétiens du Liban, sont aussi les lieux de nos réconciliations ».

 

Religieuse de Notre Dame de Sion, ce que je suis, mon engagement de vie personnel, les engagements que j’ai pu prendre dans ma vie, je les dois à cette congrégation, ma famille spirituelle.

C’est elle qui a reçu dans l’Eglise ce charisme de réconciliation, et principalement celui de la réconciliation entre chrétiens et juifs. Le Concile de Vatican nous a confirmées dans ce charisme par le décret conciliaire Nostra Aetate, Déclaration sur l’attitude de l’Eglise à l’égard des religions non-chrétiennes, proclamé le 28 octobre 1965.

Ce texte est devenu, comme le dit le psaume : « une lumière sur nos pas ». (Ps 119)

 

Que dit-il ce texte ?

Dans le § 4, consacré à la relation au Judaïsme, le Concile veut rappeler « le lien qui unit spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la descendance d’Abraham »

Cette affirmation était et demeure d’une nouveauté inépuisable !

 

Ce texte rappelle entre autres que les origines de notre foi chrétienne se trouvent chez les patriarches, Moïse, les prophètes, que « Jésus était juif et l’est toujours resté. » (Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Eglise catholique, Rome, le 24 juin 1985)

Ce texte nous rappelle encore que « les juifs restent très chers à Dieu dont les dons et l’appel sont sans repentance » (Cf. Rom, 11, 28-29).

Ce texte nous appelle, à la rectification d’accusations injustes concernant les juifs dans la Passion de Jésus, et condamne toute forme de persécution antijuive.

Ce texte nous appelle surtout à la connaissance et à l’estime mutuelles.

Jean Paul II, et maintenant Benoît XVI, tous les deux n’ont cessé et ne cessent d’appeler les chrétiens à mettre en œuvre et à déployer les significations de cette déclaration conciliaire.

 

Dans les 21 pays où elles se trouvent, les Sœurs de Notre Dame de Sion ont pris des initiatives pour donner vie à cette demande du Concile Vatican II et à tous les textes de l’Eglise catholique qui l’ont suivie :

Création de Services de documentation dont le Service international de documentation judéo-chrétienne (SIDIC) à Rome,

de Programmes bibliques annuels dans leur maison de l’Ecce Homo à Jérusalem,

de cours, conférences, publications de livres, d’articles, émissions de radio, etc.

Sans compter leur oeuvre éducative auprès des jeunes de leurs écoles.

Mais souvent et peut-être la plupart du temps, c’est dans la vie ordinaire, la vie de tous les jours que nombre d’entre elles, par ce qu’elles sont, essaient de poser ces actes qui réconcilient et font la paix. Et lorsqu’on vit dans des situations de conflits ou de guerre, comme en Israël/Palestine, au Nicaragua ou au Salvador, ce n’est pas facile.

 

Ma reconnaissance va donc à ma congrégation. C’est elle, qui m’a permis de rencontrer tant de personnes diverses dans les divers pays et lieux où elle m’a envoyée.

Tant de visages m’ont appris le sens de l’autre (et de l’Autre), la valeur et la richesse de la différence. « Etant différents, ils m’ont rendue autre ». (D’après Antoine Galland, pédiâtre)

Parmi eux, je voudrais seulement citer le Dr Gerhardt Riegner, de mémoire bénie, secrétaire puis président honoraire du Congrès juif Mondial. Nos nombreuses concertations à Genève pendant plus de 10 ans ont instauré un climat de confiance réciproque qui a permis de prendre des initiatives, de susciter des rencontres pour aplanir quelque fois des difficultés surgies entre nos communautés.

 

Enfin, si je n’avais pas été religieuse de Notre Dame de Sion, je ne vivrais pas en Pologne aujourd’hui, Je n’aurais pas rencontré pendant toutes ces dernières, bientôt vingt années, tant de personnes qui m’ont ouverte à la compréhension de ce pays que j’aime, à sa problématique historique, sociale, religieuse voire économique.

Je pense ici à M. Potocki, ancien président du KIK, au P. Musiał, tout deux décédés, à Stefan Wilkanowicz, ici présent, à Mgr Henryk Muszyński, archevêque de Gniezno, premier président du comité épiscopal polonais pour les relations ave le judaïsme.

Grâce à eux, à d’autres encore, dont quelques-uns sont dans cette salle, j’ai pu percevoir très vite, que la réconciliation entre chrétiens et juifs en Pologne est possible, mais non sans un long chemin. Cela a été un appel pour moi.

 

Ce chemin est déjà commencé ! Et ici même à Cracovie, nous en avons des exemples qu’il n’est pas besoin de rappeler.

 

Mais il reste du chemin à faire, peut-être avant tout dans le domaine religieux.

 

En dehors des cercles d’érudits, à quelle culture biblique de l’Ancien Testament le chrétien de base a-t-il accès pour nourrir et approfondir sa foi dans le vécu quotidien ?

Que connaît-il du milieu qui a nourri la foi de Jésus et qui nous fait comprendre avec plus de profondeur, parce que enracinés, sa vie et son enseignement, et même sa Pâque ?

Et enfin, que connaissons – nous de la pensée religieuse, spirituelle, éthique juive contemporaine pour féconder dans l’échange nos propres convictions ?

Il est vrai que la Shoa a tragiquement brisé la vie juive en ce pays, mais nous pouvons y saluer aujourd’hui la renaissance d’une communauté juive qui puise aux sources de sa Tradition.

 

Dans le bateau du monde qui, comme l’arche de Noé, navigue souvent sous le déluge, les croyants, - tous les croyants - , ont en eux une force spirituelle, tranquille, mais dynamique.

La réconciliation émane de cette force.

 

Et pour terminer, un peu d’hébreu u’une de mes sœurs de Bruxelles, hébraïsante distinguée m’a communiqué !

 

Dans un des mots qui exprime la réconciliation, הַשלָמָה  HaSH - La – Ma, il y a le mot שָלוֹמ shalom. Il exprime la plénitude, les retrouvailles après un conflit, une discorde, la paix retrouvée et l’unité, le calme, l’apaisement, l’équilibre comme entre les deux plateaux d’une balance.

Une personne de réconciliation serait une  מַשכּינָה שָלום  MaSH – Ki – NaH   ShaLoM.

Ici, on trouve la racine שכן  « résider sous la tente après l’avoir plantée ».

Elle fait référence à la Shekhina, la présence de D.ieu.

Celui ou celle qui fait la réconciliation réalise le projet de D.ieu de faire habiter sa Shekhinah, sa Présence, entre les hommes et dans les hommes.

 

Quel programme, quelle exigence !

 

 

Sr Anne Denise Rinckwald NDS

Auschwitz, 24.XI.2006

 

 

Centre de Rencontre et de Prière d'Auschwitz

 

Bibliothèque Dominika Zaleska

 

 

 

Il y a déjà quelques années, une sœur de Notre Dame de Sion en France, Sr Anna Maria Gollé, a eu l’idée de faire dessiner par une ancienne élève un « pins », de le faire réaliser et de le faire vendre au profit de la bibliothèque du Centre de rencontres et de prière à Auschwitz.

 

Ce pins représente de façon stylisée les murailles de Jérusalem que survole une colombe tenant un rameau d’olivier dans son bec.

 Une menorah, une église, un minaret symbolisent les trois religions qui se réfèrent au patriarche Abraham.

Le mot paix est écrit en hébreu, latin et arabe.

 Le symbolisme est évident.

 

 A l’occasion de l’inauguration de la bibliothèque Dominika Zaleska, nous avons le plaisir de remettre aujourd’hui pour elle fruit de la vente de ces pins : 645 euros .

 

Nous souhaitons que cette somme serve à l’acquisition de livres sur le judaïsme spécialement de commentaires juifs de la Bible

 

Au nom des soeurs de Notre Dame de Sion

                                                                                         Sr Anna Bodzinska NDS

 

Nous y étions!

Ce dimanche matin à Blonia où Benoît XVI célébrait la messe de l'Ascension:car en Pologne la fête est reportée au dimanche.

Dès 5hrs et demi,on entendait les pas sourds de la foule qui marchait, le site étant ouvert depuis 4hrs du matin.

Peu à peu la vaste plaine se remplit. Les jeunes qui ont dormi sous leurs tentes ou en plein air se réveillent. De partout on converge vers Blonia pour finalement se retrouver un million de personnes.

6hrs 15, la prière commence : Notre Père, Je vous salue Marie, lecture d'évangile, témoignages, appels à s'engager.

A 9hrs 30 Benoît XVI arrive sur le podium surmonté d'une immense croix qui surgit d'un mur de fleurs.

Comment rendre la foi vive de cette foule priante, attentive, réagissante?

Le plus impressionnant, pour moi, ce sont toujours ces moments de silence absolu qui s'emparent de la foule. Je ne peux m'empêcher d'y lire l'endurance du peuple polonais face aux menaces contre son identité nationale et religieuse, ses convictions profondes et sa foi. C'est en des moments forts, comme cette visite-pèlerinage de Benoît XVI,  qu'on les mesure. Le thème du voyage était précisément: "Tenez fermes dans la foi!". Benoît XVI l'a conjugué sur tous les tons et très certainement en a bénéficié lui -même. 

Salut. Shalom

Anne Denise 

Cracovie : janvier 2005,
                               
       un mois émouvant et éprouvant !

 

Le 17 janvier, pour la 8e année consécutive, en Pologne comme en d’autres pays européens, on célébrait une Journée du judaïsme. En ce quarantième anniversaire de la Déclaration Nostra Aetate § 4, le thème était  : « En scrutant le mystère de l’Eglise

- nous sommes fils d’Abraham -  ».

La journée nationale se tenant à Katowice, donc à une centaine de kilomètres de Cracovie, Ania s’y est rendue. Du 12 au 20 janvier, toute une série de manifestations religieuses et culturelles s’y sont succédées culminant en ce 17 janvier.

 

Le 18 janvier commençait la semaine de Prière pour l’unité des chrétiens : « Le Christ est le fondement de l’Eglise » (1 Cor. 3,1-23).

Chaque jour nous avions rendez-vous dans une autre église ou chapelle de confessions chrétiennes présentes à Cracovie. Nous avons ainsi fait la connaissance de l’Eglise orthodoxe (Eglise autocéphale), de l’Eglise chrétienne baptiste, de l’Eglise évangélique d’Augsbourg (Luthériens), de l’Eglise évangélique méthodiste, de l’Eglise polono-catholique (née à la fin du 19e s. aux USA parmi des émigrés polonais), de l’Eglise vieux-catholiques Mariavites (une branche des Vieux-catholiques). Nous avons participé à des cultes, à une messes, à des vêpres avec adoration du Saint Sacrement, chacun priant selon son rite, mais tous unis pour chanter, et avec quelle ferveur, les « kolędy » (chants de noël traditionnels), le fonds culturel commun à tous !

Le dimanche 23 nous a vu le matin pendant trois heures « sur les traces de la communauté juive » à Kazimierz, et le soir à une eucharistie présidée par le cardinal Macharski qui a rassemblé les différents responsables religieux dans l’Eglise comble des Dominicains. Ensuite, selon une tradition inaugurée par le cardinal Wojtyła au retour du Concile, un repas (dit : « un poulet œcuménique » !) a été servi à toutes ces personnalités dans le magnifique réfectoire gothique des Frères dominicains. Nous avons eu l’honneur d’y être conviées ! Et c’était fort sympathique et détendu.

Le 24 janvier, a eu lieu la journée sur l’Islam. A Cracovie, une prière et une conférence sur les relations entre musulmans et chrétiens l’ont marqué. Une petite communauté musulmane vit en Pologne : les anciens Tatars (XIIIe s.) à l’Est, et de nouveaux immigrants surtout à Varsovie.

 

Le 20 janvier a été fêté par nous dans ce contexte œcuménique.

 

Le 27 janvier, il y eut pour nous l’Eucharistie très matinale au Carmel, puis des rencontres de survivants : d’Israël (Halina Birenbaum), de Grèce (une résistante), du Texas (une Polonaise déportée enfant après l’insurrection de Varsovie), de Pologne (un homme déporté pour faits de Résistance, venu des montagnes avec son fils). En début d’après-midi, nous nous sommes trouvées à Auschwitz-Birkenau dans cette immense plaine de désolation, dans le froid glacial et la neige qui tombait, avec ces 2 000 survivants et ces milliers de personnes : les jeunes des écoles d’Oswiecim, des jeunes et moins jeunes de Belgique, de France, des gens de toute la Pologne, surtout de Varsovie et de Cracovie, venus simplement pour être là, pour participer à ce moment de mémoire.

Discours, prières, son du shofar trouant la nuit tombante, et le cri déchirant du El male Rachamim : « Dieu plein de miséricorde……

Ani maamim, je crois en toute foi, même s’il tarde, à la venue du Messie ».

 

Notre prière silencieuse : « De profundis, je crie vers toi Seigneur … ».

Ania, Anne Denise de Cracovie, 1er février 2005

 

Le Camp

                     Signal international d’Auschwitz-Birkenau                  A l’entrée du camp                               Le kantor Joseph Malowany

  « Ce Jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »

 

Voeux perpétuels d’Ania Bodzińska

A Cracovie, samedi 26 août 2006

 

Nous avions souhaité le soleil pour cette journée : il était au rendez-vous ! Nous avions souhaité la présence d’une grande communauté de Sion en plus de la famille et d’amis : ils étaient là.

 

Depuis jeudi 24 août à minuit, les 40 hôtes, soeurs, frères et amis de Sion, soeur de Saint Louis sont là. Logés près de chez nous, ils sont accueillis dès le vendredi matin dans notre communauté, rue Beniowskiego. Dans l’après midi ils vont prendre un premier contact avec la ville où nous habitons.

La famille d’Ania est arrivée elle aussi dans l’après midi de ce jour. La célébration des voeux perpétuels devait avoir lieu le lendemain, samedi, dans l’église des Dominicains au cours de l’Eucharistie conventuelle. Cette église du 13e siècle, au centre-ville, est notre paroisse d’élection. Dans sa jeunesse, Ania a fait partie de l’aumônerie d’étudiants des Dominicains.

Nous avions découvert aussi que ce 26 août était la fête de Notre Dame De Częstochowa, Reine de Pologne. . Il allait y avoir grande affluence à la messe,

Samedi 26 août, jour J.

Nous étions debout dès l’aube pour mettre la main aux derniers préparatifs de la fête tout en veillant à nous réserver un temps de calme et de recueillement avant la célébration. Le célébrant, le P. Mikael Ziolo, trappiste d’Aiguebelle et ancien dominicain, Polonais et ami d’Ania, par une grande délicatesse de la Providence venait de recevoir un temps sabbatique ... en Pologne justement ! Ce matin-là, arrivant au couvent de dominicains, quelle n’a pas été notre surprise de le voir nous accueillir en habit séculier revenant du marché où il avait acheté en grande quantité de ces petits bouquets de fleurs et de fruits qu’on aime beaucoup ici : « pour garnir les tables » dit-il ! Attention toute monastique et fraternelle. Grâce à l’aide de « petites mains » amicales, si précieuses : de Jagoda, la jeune soeur d’Ania, de Kasia, une jeune amie d’ici intéressée par Sion, de Marta T. venue de Varsovie, ainsi que des employés du traiteur, tout était prêt pour l’heure H : le buffet, l’église, l’organiste, une petite chorale, et nous tous et toutes aussi.

E

n dernière minute, Barbara Sułek, professeur à l’école de journalisme de Varsovie, membre du Conseil polonais des juifs et des chrétiens et grande amie de Dominika Zaleska, avait dépêché une de ses amies, réalisatrice de l’émission catholique à la TV nationale, pour filmer la célébration. Nous avions seulement accepté « pour l’amour de Sion », et à condition que les cameramen se fassent oublier (une émission est réalisée sur la Congrégation et est diffusé sur la première chaîne de la TV nationale polonaise en septembre.)

.

Et voilà que dans la lumière et l’harmonie, cette inoubliable célébration commence : un petit coin de paradis sur la terre.

Célébration simple, priante, en plusieurs langues comme témoignage de l’internationalité de la congrégation, un témoignage de foi, dans une église comble. Les beaux et graves chants religieux polonais se sont élevés pour saluer l’entrée de la croix et des concélébrants.

Les lectures ont été celles du jour ; elles « collaient » si bien à notre vocation !

Du livre d’Isaïe 2, 1-5 :

« Il arrivera dans l’avenir que la montagne du Seigneur sera établie au sommet des

montagnes.... ».

Le psaume 122 a été lu en hébreu par M. Stanislas Krajewski, président du Conseil polonais des Juifs et des Chrétiens, qui nous a fait l’amitié d’être venu spécialement de Varsovie la veille pour d’être parmi nous ce jour de shabbat :

« Quelle joie quand on m’a dit : « allons à la montagne du Seigneur... ».

Nous-mêmes, de toutes nos voix, nous avons chanté plus tard le Notre Père en hébreu. C’était sûrement une première dans cette basilique !

La seconde lecture venait de Saint Paul dans la Lettre aux Galates 4, 4-9 : « Mais, quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme... ».

Toutes ces lectures ont été lues en deux langues.

Quant à l’Evangile, proclamé en polonais et par le célébrant en français, c’était... « Or, le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée... ».

Nous espérons avoir un jour l’homélie du P. Mikael qui alternant français et polonais a touché par la justesse de sa compréhension de notre charisme et de notre insertion en Pologne. Il a cité Nostra Aetate et même le P. Théodore : «Les oeuvres de Dieu ont ordinairement des commencements faibles, obscurs et presque imperceptibles... ».

 

Ce fut ensuite le moment des voeux précédé d’un dialogue entre Maureen et Ania où dans la dernière des questions, le mot dialogue a frappé les esprits des assistants : « Ania... es-tu prête à prendre des engagements apostoliques dans la ligne de notre charisme et en dialogue avec ta province ? ».

 

Toutes les soeurs de Sion présentes ont ensuite prié pour Ania :

« Béni sois-Tu, Seigneur, créateur de l’Univers.

Nous Te remercions pour ce don d’Ania.

Nous nous engageons l’accompagner, à l’encourager dans son engagement,

à la soutenir dans les bons moments ainsi que dans les moments difficiles.

Nous Te demandons de bénir sa vie.

Qu’elle puisse être toujours inspirée et animée par Ta Parole et Ton Esprit. »

Le Magnificat de Taizé a conclu cette partie de la célébration.

Les intentions de la prière universelle se sont dites en 8 différentes langues !

Puis au moment de l’Offertoire, la soeur aînée d’Ania, Ola/Alexandra, son beau-frère Cezary et leurs 3 enfants de 9, 7 et 3 ans se sont avancés portant les offrandes dont une coupe pleine des 7 fruits traditionnels en Israël. Les grenades et la branche d’olivier venaient de notre jardin d’Ein Karem !

Longue procession au moment de la communion après qu’Ania eut reçu et pris le Corps et le Sang du Christ à l’autel face à toute la communauté ecclésiale et avant même les concélébrants : geste qui signifiait publiquement le lien profond de la consécration religieuse avec le Mystère de la Pâque.

A  la fin de la célébration, l’orgue s’étant tue, les fidèles ayant commencé à s’écouler, nous n’avons pas pu nous empêcher de lancer dans la joie de notre coeur et de nos voix, notre "chant national" : « Fille de Sion, réjouis-toi... »

Ce furent ensuite les agapes fraternelles où nous avons pu tout de même, malgré l’affluence, saluer quelques-uns des anciens et nouveaux amis de Cracovie, dont des gens de notre maison. Les pères dominicains nous avaient ouvert leur magnifique jardin clos.

 

Dialogue pour la célébration des vœux de soeur Ania

 

Soeur Ania, tu as demandé à faire maintenant ton engagement envers Dieu dans la Congrégation de Notre Dame de Sion.

-Siostro Anno, podjęłaś decyzję by  poświęcić się Panu Bogu w Zgromadzeni

 Sióstr Matki Bożej z Syjonu.

 

1-                               Es tu prête à répondre à cet appel avec son triple engagement envers l’Eglise, le peuple juif et un monde de justice, de paix et d’amour ?

-Czy jesteś gotowa odpowiedzieć na wezwanie do potrójnego  poświęcenia życia dla Kościoła, dla Narodu Żydowskiego i dla świata sprawiedliwości, miłości i pokoju?

Oui, je suis prête

Tak ,jestem gotowa

2-                               Es-tu prête à continuer ton cheminement, à approfondir ta foi, à prier avec la Bible en l’étudiant à la lumière de la tradition juive, et à trouver les moyens d’exprimer et de vivre le charisme ?

-Czy jesteś gotowa dalej pogłębiać wiarę i modlitwę studiując Biblię w świetle żydowskiej tradycji oraz poszukiwać właściwych sposobów na wyrażanie naszego charyzmatu i podejmowanie go w życiu?

Oui, je le suis

Tak, jestem

3-                               Es-tu prête à t’engager dans un discernement avec la Congrégation et avec les Chapitres généraux et provinciaux, en suivant les directives de ces Chapitres ?

-Czy jesteś gotowa, idąc za wskazaniami Kapituł generalnych i prowincjalnych podjąć wyzwania naszego Zgromadzenia?

Oui, je le suis

Tak jestem

4-                               Es-tu prête à prendre des engagements apostoliques dans la ligne de notre charisme et à en dialogue avec ta Province ?

-Czy jesteś gotowa, w dialogu ze swoją Prowincją  podejmować dzieła apostolskie w duchu naszego charyzmatu ?

Oui, je le suis

Tak jestem

Soeur Ania, veux-tu maintenant prononcer tes vœux et prendre ton engagement.

-Siostro Anno, czy chcesz teraz złożyć wieczyste śluby ?

 

Vœux...

 

Au nom de la Congrégation, je reçois tes vœux et ton engagement.

-W imieniu Zgromadzenia przyjmuje twoje śluby.

 

- Bénédiction de l`anneau - Prière –

 

- Signature des voeux sur l`autel

 

 

 

Que s’est-il passé cette année 2005/2006 à Cracovie ?

 

Un groupe biblique

 

Un groupe d’une dizaine de personnes s’est réuni chez nous durant toute cette année tous les quinze jours autour de la Bible : le Nouveau Testament et ses racines juives.

Utilisant, entre autres, la méthode de la sémiotique, étudiée et acquise à l’Institut catholique de Lyon, Sr Ania a lu avec ces participants les six premiers chapitres de l’Evangile de Saint Matthieu.

C’est un moment de découverte de pages d’Evangile qu’on croyait bien connaître. Une lecture bien approfondie et sans précipitation a donné le goût de poursuivre en septembre.

 

Une marche de la mémoire à Cracovie

 

Le dimanche 12 mars 2006, nous avons participé à une marche du souvenir, organisée par un collectif d’associations juives et non juives de la ville de Cracovie. Elle commémore la liquidation totale du ghetto, le 13 mars 1943. Celui-ci avait été établi deux ans auparavant sur quelques rues et environ 320 bâtiments de Podgórze, un quartier de Cracovie sur la rive droite de la Vistule. Les habitants, environ 3 000, avaient été expulsés. Le ghetto devait accueillir quelques 18 000 juifs vivant encore à Cracovie, surtout dans le quartier de Kazimierz.

La marche à laquelle participaient environ 300 personnes, également des Israéliens ayant des attaches avec Cracovie, empruntait la route qu’un 13 mars 1943 tous les juifs valides du ghetto de Podgórze ont dû suivre, déportés à environ un kilomètre et demi au camp de concentration de Płaszów. C’était la liquidation totale du ghetto suivie le lendemain, 14 mars, du meurtre des vieillards, des malades et des jeunes enfants.

Arrivés à ce qui reste de ce camp, une grande, vaste et froide solitude, les participants se sont rassemblés devant l’un des discrets monuments où le rabbin de la communauté juive de Cracovie a lu le kaddish. On a déposé ensuite fleurs et bougies.

Plusieurs autres manifestations ont eu lieu en lien avec la « Marche de la mémoire ». Nous avons été invitées par le Centre de la culture juive pour y témoigner de : « Notre Dame de Sion et le judaïsme ».

 

Une marche de la mémoire à Varsovie.

 

Le dimanche 23 avril 2006, Ania s’est rendue à Varsovie pour participer à la marche annuelle dans l’ancien ghetto. Cette marche est organisée chaque année par le « Conseil polonais des juifs et des chrétiens » le dimanche qui suit le 19 avril, anniversaire de la révolte du ghetto en 1943. C’est une marche de rencontres et de prière.

Certaines rues de l’ancien ghetto sont jalonnées de grands blocs de pierre qui rappellent des lieux de la révolte et de la résistance. Ce chemin commence par l’immense monument dressé à la mémoire des héros du ghetto sur la grande place du même nom. La marche est ponctuée par des arrêts devant ces pierres de mémoire : on y dit un psaume et des gerbes de fleurs sont déposées.

Cette année, le Conseil nous a demandé de déposer une gerbe auprès du monument dédié à la mémoire de Shmuel/Samuel Zygielbaum qui s’était suicidé à Londres le 12 mai 1943, désespéré par l’indifférence du monde devant le martyre des juifs en Pologne.

La marche s’est terminée à l’Umschlagplatz, tristement célèbre par le départ des trains vers la mort. Les participants y ont alors récité la prière composée par Jean Paul II :

« Dieu d’Abraham, Dieu des Prophètes, Dieu de Jésus-Christ… ».

 

Le pèlerinage de Benoît XVI en Pologne du 25 au 28 mai 2006.

Nous l’avons suivie avec intensité.

La visite du pape à Auschwitz-Birkenau, ses gestes et sa méditation pendant qu’un arc en ciel se formait dans la nuée ont été d’une grande portée.

Les controverses sur les insuffisances ne devraient pas en faire oublier la teneur.

 

Sr Ania et Sr Anne Denise

 

 

 

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