Un chemin de lumière

 

 

« Qui nous roulera la pierre loin de l'entrée du sépulcre ? »

Le « premier jour de la semaine », ce « grand matin » est bien le premier jour d'un monde. Ce « lever de soleil » est bien le début d'une création.

Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé », ce sont des femmes qui, les premières, sont au tombeau. Les choses sont bien changées, les hommes n'occupent plus les premières places.

Littéralement, ces femmes entrent de nouveau dans le sein de leur mère, la terre: originelle : « elles rentrent dans le tombeau... ».

C'est une régression, un retour en arrière. Mais entrant dans le tombeau, elles sont, elles aussi, enterrées, enfouies, ensemencées dans le ventre de la terre. Et maintenant que Jésus est passé devant, maintenant qu'il nous précède... », maintenant qu'il a ouvert une issue, c'est par le même chemin que l'on entre dans la mort et que l'on en sort.

La pierre est roulée, le chemin est libre. Le tombeau qui était la dernière demeure, le point final, le trou, la fin devient aujourd'hui le commencement. L'entrée devient sortie : les femmes « sortirent et s'enfuirent du tombeau... ».

Arrachées à la mort, « encore toutes tremblantes... », elles sont nées.
Premières nées, nouvelles nées.
Le tombeau devient chemin.
La mort se fait lieu de passage.

 

 Jn 20, 1-9 Matin de Pâques
« Et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre. »


Le jour de Pâques, Marie-Madeleine court tout essoufflée chez Simon-Pierre :« On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l'a mis... »

C'est « le premier jour de la semaine, alors qu'il faisait encore sombre ». Premier jour de la création, ce jour où il suffit à Dieu de prendre la parole : « Lumière !» pour que le jour se sépare des ténèbres.

Mais, à l'heure qu'il est, ni Marie-Madeleine, ni Pierre, ni Jean l'autre disciple n'y voient clair. Ils commencent seulement à en perdre le savoir :«Nous ne savons pas où on l'a mis... »

Mais qui est donc ce «on» qui se mêle toujours de ce qui ne le regarde pas '
Qui est ce « on », toujours grand fautif de ce qui arrive ,

L'habitude veut que les morts restent au tombeau. L'ordre des choses veut que les tombeau gardent les morts comme le coffre-fort doit garder l'argent, comme les conserves doivent garder les petits pois, comme les photos doivent garder l'image et comme la mémoire doit garder les souvenirs. C'est une prison ! « On a enlevé le Seigneur du tombeau ... »

Il n'y a plus qu'un grand vide et pour Marie-Madeleine c'est la panique, la peur du vide. Marie-Madeleine est prise du besoin de remplir le vide, de la nécessité le combler à tout prix ce vide. Ce vide est insupportable. Ce n'est pas le tombeau vide qui donne le vertige, c'est que le vide du tombeau n'est que le miroir impitoyable où se révèle le vide de chacun.

Pour conserver Jésus à elle, Marie-Madeleine est prête à le reconduire au tombeau. Pour le garder à elle, Marie-Madeleine est prête à assassiner Jésus une fois encore !

Combien de nos prières ne font ainsi que reconduire Jésus au tombeau, ne lui demandant rien d'autre que de nous laisser lire nous-mêmes les demandes et les réponses ?

Combien de nos schémas doctrinaux, de nos idéologies dogmatiques ne sont finalement que des tombeaux devant lesquels nous sommes les Premiers à crier « au voleur », parce que le Jésus que nous avons déposé là en état de cadavre a osé s'en enfuir ?

Combien d'actes de foi préfèrent un « Jésus-formule », un « Jésus-définition », un « Jésus-cadavre », pourvu qu'il soit là, à un Jésus vivant mais qui est toujours ailleurs ?

Combien de nos Jésus ont la rigidité des morts parce que nous les gardons comme des reliques du temps de nos enfances ?

Et lorsque nous crions « au voleur » au sujet de l'Église qui change la religion, au sujet du temps qui va trop vite, à cause des événements qui refusent de nous attendre, est-ce que nous faisons autre chose que Marie-Madeleine qui réclamait qu'on remette jésus au tombeau pour que tout rentre dans l'ordre ?

 

La terre pourtant ne garde pas la semence, elle la produit. Le ventre ne garde pas l'enfant, il le fait naître.
Le tombeau fait naître Jésus, jésus enlevé, c'est de nouveau Jésus possible.
Jésus parti, c'est déjà un autre rendez-vous avec jésus ailleurs.
L'absence de jésus devient ainsi la condition même de sa présence.


Jean Debruyne)

 

 

De Pâques à Pentecôte

Spiritualité