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Les
disciples de Jésus se sont terrés comme des rats.
Pas question de passer par les portes : elles sont « verrouillées »
par la peur.
Dans une atmosphère
qui sue l'angoisse « car ils avaient peur des Juifs... », ces gens
sursautant au moindre bruit, ces naufragés sur leur radeau, ces évadés pris
au piège, ces condamnés à mort en sursis, ces regards de chiens battus, ces
chrétiens inquiets, ces croyants sous la crainte, cette religion de la peur,
chuchotent dans l'ombre.
Cette petite poignée
de gens ne sont plus que des rescapés. Ce sont les derniers témoins d'une
aventure qui est terminée et qui s'est mal finie. Il ne leur reste plus pour
survivre que ces quelques mètres carrés coincés entre quatre murs : c'est
leur seul héritage. Ils n'ont que des regrets à respirer et des souvenirs
pour se nourrir. Leur cachette est une prison, leur maison est un tombeau.
Celui sur qui ils
avaient tout parié s'est fait prendre, trahir et torturer. Tout est raté, ce
n'est même pas glorieux, tout juste lamentable.
Jésus est mort.
Or, « Jésus vient et
il était là au milieu d'eux... »
Il n'y a pas de transition, pas de parenthèse. Dieu est urgent. La vie
n'attend pas.
La
résurrection est toujours une naissance, un arrachement, une déchirure.
La résurrection ne prévient pas, elle ne règle pas par mensualités, elle ne
fut pas de plan d'épargne, elle n'a pas de check-list. On ne planifie pas
l'action de l'Esprit, elle est soudaine. Il leur dit : « Recevez le
Saint-Esprit... »
Du coup, le monde
cesse de se regarder dans la glace en se prenant pour son image. Le monde
ouvre les fenêtres et tire les rideaux. Il v a une brèche et, par cette
brèche, le monde recommence.
Les derniers rescapés
de l'aventure morte deviennent les premiers témoins de la naissance. Les
derniers sont les premiers. Ce n'est plus la fin d'un monde, mais le début
d'un autre. C'est quand il est achevé que l'Evangile commence. Les disciples
ne sont plus des fuyards, mais des envoyés : « Moi aussi, je vous envoie...
La porte verrouillée
devient un chemin, la prison devient route de liberté, les traqués de la
peur « sont remplis de joie... ». Et pourtant ce sont bien les mêmes gens,
les mêmes pauvres, les mêmes pauvres hommes et les mêmes pauvres femmes. Les
mêmes et pourtant tellement différents. Ce sont les mêmes, mais ils sont
devenus tellement autres.

C'est une Pentecôte.
« Recevez l'Esprit Saint... »
C'est la Pentecôte.
Ouvrir une porte,
c'est oser affronter une distance, une nouveauté, un nouvel espace, un
courant d'air, un inconnu qui n'a pas encore de visage. Je sais seulement
qu'il frappe à la porte et qu'il attend.
Ouvrir la porte, ce
sera précisément lui donner un visage. C'est un pari.
Une rencontre sera toujours un risque. L'Esprit est ce risque.
Ceux dont la porte est
verrouillée sont ceux qui ont supprimé ce risque.
Ils sont tellement bouclés sur eux-mêmes qu'ils sont à eux tout seuls un
univers.
Ils n'ont plus de
problèmes de frontières parce qu'ils n'ont plus ni portes, ni fenêtres,
seulement des miroirs où ils ne se lassent jamais de se prendre pour le
monde entier.
Contrairement
à ce qu'on cherche à lui faire dire, l'Esprit Saint ne supprime pas les
frontières : il les ouvre et il en crée de nouvelles. Il y a encore trop de
gens qui rêvent de standardiser l'unité du monde à partir d'une production à
la chaîne, où tout le monde sortirait du même moule, sur le même modèle.
C'est sûr qu'avec de
bons sentiments et un peu d'ambiance on peut se sentir « proches » ou « unis
», mais on ne fait jamais que tricher avec les distances. Déjà ceux de Babel
voulaient supprimer les distances. Babel, c'est le contraire de la
Pentecôte.
Ceux qui parlent si
bien de « totaliser » le monde sont généralement des « totalitaires ».
L'Esprit n'est pas celui d'un système.
L'action de l'Esprit, c'est le différent.
Si je veux rencontrer l'autre, c'est dans la mesure où il n'est pas moi !
« Il souffla sur
eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint...". »
Jean Debruynne
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