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1. DES RAMEAUX
AU CALVAIRE

Au cours de ses
années de prédication itinérante, Jésus était monté plusieurs fois à
Jérusalem pour les grandes fêtes et spécialement pour la Pâque, ainsi que le
précise l'Évangile de Jean (2,13 - 4,3 ; 7-l0).C'est probablement à la Pâque
de l'année 30 que l'on doit fixer l'arrestation et la mort de Jésus. Les
récits de la dernière semaine et surtout celui de la Passion et de la mort
de Jésus nous sont donnés par les quatre évangiles de façon très
circonstanciée et très concordante, malgré quelques divergences de détails.
L'arrivée à Jérusalem
du prophète galiléen avec ses disciples, huit jours avant la fête de la
Pâque, avait été l'occasion d'une manifestation populaire. La foule des
pèlerins l'avait accompagné en brandissant des palmes et en criant : «
Hosanna au fils de David ». Ce tumulte avait porté à son comble l'hostilité
de la hiérarchie sacerdotale de Jérusalem, soucieuse d'éviter tout ce qui
pouvait inquiéter l'occupant. Les chefs des prêtres décidèrent donc d'en
finir avec celui qui sapait l'autorité religieuse et politique. Mais comment
opérer une arrestation discrète au milieu de la foule qui encombrait la
ville? C'est alors que Judas, l'un des Douze, vint proposer de guider la
police du grand-prêtre jusqu'à l'oliveraie de Gethsémani où le petit groupe
des Galiléens passait ordinairement la nuit'.
On est jeudi. Ce
soir-là, dans une salle prêtée par un ami, Jésus célèbre les rites du repas
pascal. C'est dans ce cénacle (salle à manger) que, partageant avec ses
disciples le pain azyme et une des coupes prévues par le rite pascal, il
leur dit : « Ceci est mon corps livré pour vous... Cette coupe est la
nouvelle alliance dans mon sang... » (Après la Résurrection, les premières
communautés chrétiennes reprendront ces gestes et ces paroles sous le nom de
« fraction du pain », puis d'« eucharisties », comme mémorial de la Passion
de Jésus et du salut ainsi apporté à l'humanité).
Quelques
heures plus tard, pendant la nuit, à Gethsémani, Jésus est arrêté par la
police du grand-prêtre. On le traîne devant l'ancien grand-prêtre Hanan
(Anne), chef du clan sacerdotal, puis devant son gendre le grand-prêtre
Caïphe, qui a convoqué de toute urgence le grand conseil ou Sanhédrin. On
lui fait un simulacre de procès autour d'une accusation de blasphème. Mais
il faut obtenir un autre jugement, cette fois devant le tribunal du
procurateur romain, Ponce Pilate, pour parvenir à une condamnation à mort. A
cette fin on présente le Galiléen comme un rebelle dangereux dont les
prétentions à la royauté menacent le pouvoir de l'empereur Tibère. Pilate se
laisse arracher la condamnation, qui sera dès lors exécutée selon les règles
romaines : flagellation puis crucifixion. Au milieu des insultes des soldats
et de la foule, Jésus est conduit, avec deux autres condamnés, jusqu'à une
butte située à la porte de la ville, appelée Golgotha. C'est là que, de midi
à trois heures, le vendredi, après avoir été crucifié, il agonise au milieu
du va-et-vient de la foule qui se presse dans Jérusalem en fête. Tous les
détails donnés par les évangélistes correspondent à ce que l'on sait des
exécutions capitales dans le monde romain : la boisson vinaigrée, l'écriteau
placé sur le gibet pour indiquer le motif de la condamnation («Jésus de
Nazareth, roi des Juifs »), la brisure des membres ou le coup de lance pour
s'assurer de la mort du condamné.
II. DE LA CROIX AUX PROFESSIONS DE FOI DES
PREMIERS CHRÉTIENS
Après la mort de
jésus
Tout au cours de ces
événements, les fidèles de Jésus, paralysés par la terreur, n'ont pas osé
réagir. Une poignée d'entre eux, avec Marie sa mère, l'ont cependant
accompagné jusqu'au Calvaire ; et avant le coucher du soleil, quelques-uns
ont eu le courage de réclamer son corps et de l'ensevelir, enveloppé d'un
suaire selon l'usage juif, dans un tombeau proche de là, taillé dans le
rocher.
Pour beaucoup
d'historiens, la vie de Jésus se termine avec cette mort en la Pâque de l'an
30. Mais le témoignage de ses disciples et la foi des chrétiens telle
qu'elle s'exprime depuis vingt siècles obligent à aller plus loin. En effet
tel Pierre au jour de la Pentecôte (Ac 2, 14-36), ils affirment que ce Jésus
crucifié, Dieu l'a ressuscité et « l'a fait Seigneur et Christ ».
On se trouve donc
devant deux faits historiques incontournables :
1. la mort de jésus
sur la croix, attestée par tous les écrivains chrétiens ou païens ;
2. la foi de la
première communauté chrétienne unanime, transmise jusqu'à nos jours, en la
résurrection du Christ Jésus.
Comment est-on passé
du premier fait au second ?
La foi des
premiers chrétiens
Les plus anciens
témoignages qui aient été conservés de cette foi sont les lettres adressées
par saint Paul à diverses communautés chrétiennes entre 52 et 62. Écrivant
aux chrétiens de Corinthe, en 56-57, il formule ce qui est, à cette époque,
le credo de l'Eglise : « Le Christ, mort pour nos péchés selon les
Ecritures, est ressuscité, selon les Écritures, et il est apparu à Céphas
(Pierre), puis aux Douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères
à la fois ; la plupart sont encore vivants et quelques uns sont morts.
Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. En tout dernier
lieu à moi aussi... Voilà ce que nous prêchons, voilà ce que vous avez cru»
(I Cor 15, 3-11).
La foi ainsi exprimée,
c'est celle qu'attestent les premières proclamations de Pierre et des autres
apôtres figurant dans les Actes des Apôtres. Apportant leur
témoignage personnel de témoins oculaires, ils prennent soin d'expliquer à
leurs auditeurs juifs que cette résurrection du Christ « selon les Écritures
» accomplit les promesses faites par Dieu dans la Bible.
Les évangiles
apportent à leur tour le témoignage des premières communautés, appuyé sur
celui des disciples du Christ. Tous signalent le fait du tombeau trouvé vide
au matin de Pâques ; tous rappellent les apparitions du Christ. Matthieu les
situe en Galilée, Luc à Jérusalem, Jean, successivement à Jérusalem et au
bord du lac de Galilée. Si Marc achève son récit de manière abrupte, Luc
raconte longuement l'apparition sur le chemin d'Emmaüs. Mais à travers ces
témoignages, qui ne concordent pas en tous points, s'exprime une foi qui
triomphe des méfiances des disciples et de l'incrédulité de l'apôtre Thomas,
et qui se montre inébranlable.
III. LA FOI EN
LA RÉSURRECTION
D’où
vient donc cette foi?
Le fait même de la
résurrection, passage de Jésus au-delà de la mort à un autre univers,
échappe évidemment à la constatation directe.
Aussi les évangélistes se gardent-ils
bien de le raconter. En revanche ils tiennent à souligner les faits qu'ils
ont constatés et qui leur ont permis de croire en cette résurrection :
Ils ont trouvé au
matin de Pâques le tombeau ouvert et vide, malgré la garde placée par les
chefs des prêtres. « Il est ressuscité, il n'est plus ici », disent les
anges aux femmes venues de bon matin compléter les rites funéraires.
Ils ont eu des
apparitions du Christ ressuscité. Jésus s'est « fait voir
», disent-ils, non pas comme un
fantôme ni comme un mortel revenu à la vie après un état comateux, une mort
apparente ou réelle. Lors des apparitions, il est à la fois le même
qui mange avec ses disciples et se laisse toucher par eux, mais dans un
état tout différent puisqu'il se fait reconnaître quand il veut et à
ceux qu'il veut.
Comment
interpréter ces faits ?
Dès les origines, les
adversaires du christianisme ont nié la résurrection du Christ. Pour le
philosophe païen Celse (IIe s.), il s’agit d'une pure supercherie ; les
disciples ont monté l'affaire en enlevant le cadavre de Jésus. Pour divers
historiens modernes, les disciples, victimes d'une sorte d'hallucination
collective, ont cru voir Jésus vivant ; la confiance totale qu'ils lui
avaient vouée ne voulait pas, ne pouvait pas être déçue par la mort tragique
de Jésus.
Aux yeux des
chrétiens, au contraire, Jésus est vraiment ressuscité. Il a triomphé de la
mort et du péché, permettant ainsi à tous ceux qui croient en lui d'en
triompher à leur tour pour vivre éternellement avec le Seigneur. C'est ce
qu'affirmait en 56 après s-Christ l'apôtre Paul, écrivant aux chrétiens de
Corinthe :
« Si le Christ n'est
pas ressuscité, notre prédication est vaine […] nous sommes des faux
témoins. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre
espérance dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les
hommes. Mais non, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de
ceux qui se sont hormis. [ ... ] » (1 Cor 15,14-21).
Il faut bien
comprendre ce qu'affirme Paul et, après lui, la foi chrétienne. Il ne s'agit
nullement pour Jésus d'un retour à la vie antérieure. Jésus n'a pas revécu
comme avant ; il est entré dans un autre univers qui n'est plus notre
univers de la matière, de l'espace et du temps, et que nous ne pouvons donc
nous représenter. Il est vivant, désormais, d'une vie nouvelle, dans la
gloire de Dieu.
Cette conviction est
une conviction de foi et les chrétiens ne peuvent pas apporter une preuve
scientifique de la résurrection du Christ ; ils font remarquer combien il
est difficile d'expliquer le témoignage des apôtres et des martyrs, la
diffusion de l'Evangile et deux mille ans de christianisme, si l'on n'admet
pas à l'origine de cet énorme mouvement un fait mystérieux mais réel qui
leur permet de prendre au sérieux la parole de Jésus : « Je suis avec vous
jusqu'à la fin du monde ».
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