Tout etait consommé

 

 

 

Véronique Magron

La Vie n° 3163 Avril 2006

 

 

 

Une nuit. Une nuit comme tant d'autres en ce monde. Froide encore, longue. De celle qui nous fait douter du retour de l'aube, tant déjà le jour précédent fut silencieux et long. Jour et nuit de questions sur le sens de nos existences, leur importance réelle. Quelqu'un nous attend-il vraiment? Espère-t-il véritablement pour nous?

Nos histoires portent la mémoire vive, douloureuse souvent, de ces heures nocturnes, de ces chemins sans issue que nous avons parfois longuement empruntés. Difficile de se risquer à écarquiller les yeux du coeur pour apercevoir le « bout de la nuit ». Pourtant. Une femme va veiller tout au long de la nuit. Comme tant de femmes d'hier et d'aujourd'hui. Elle va rassembler son amour, le simplifier peut-être, pour qu'elle y puise une nouvelle force. Celle de traverser la nuit. Car Marie Madeleine - ou les autres femmes mentionnées par l'évangéliste Marc - va se lever, par un matin si grand qu'il y fait encore sombre. Quelle audace pousse ainsi ces femmes à aller vers un tombeau scellé, seules? Quelle espérance peut les guider vers un défunt, elles qui se tenaient près de lui, lors de sa mort sur la croix, elles qui l'ont vu être enseveli. Si c'était une rumeur? Comme une messagère qui va prendre de l'ampleur, accroître son impact en se diffusant: la rumeur de vivre. Le murmure qu'il est possible d'aller de la mort vers la vie. Rumeur si rare en notre temps marqué de mauvaises nouvelles et de bruits souvent illusoires ou mortifères. Illusoire : «La réussite financière serait la clé de tout bonheur. » Mortifère : « On ne pourrait plus se fier à personne. » Pâques ouvre à une tout autre rumeur, que seul le cœur entend. Marie Madeleine et les autres femmes savent le drame qu'a vécu Jésus et ceux qui l'ont aimé. Peut-être est-ce cette proximité avec la mort qui les rend disponibles à cette rumeur inédite : Dieu est un Passant, il est revenu vers la vie, accueillez-le, partagez-le. Pâques est en ce monde quand nos existences s'ouvrent à la nouveauté, à l'imprévu. Pâques est une autre oreille. Ne plus laisser s'écouler les jours, mais guetter ce qui surgit - ce qui s'entend - de neuf en nos vies, pourtant semblables.

Accepter d'être bouleversé par cette rumeur, la relayer, l'amplifier, la répandre. En ces temps d'angoisse pour beaucoup, de lourde solitude, d'incertitude du lendemain, peut-être est-il urgent de semer la rumeur de vivre, de la mort à la vie. Les régimes politiques, les histoires personnelles abîmées, les contextes sociaux violents n'auront pas le dernier mot sur le devenir humain. Les chrétiens sont ces porteurs de l'heureuse nouvelle, la seule qui vaille : la vie peut revenir après la mort. Marquée des stigmates du combat et de la souffrance, mais peut-être plus forte, plus libre, plus enracinée dans ce qui lui est essentiel : transmettre le goût d'aimer.

 

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