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Le premier jour

Le vieux monde est
ainsi fait que l'homme y est condamné à tourner le dos à la lumière. Dès que
l'enfant est né, il s'éloigne du jour où il a vu le jour. La fête de la
naissance n'est rapidement plus qu'un anniversaire. La flamme des bougies
d'anniversaire est une bien pâle. compensation à ce feu d'artifice
extraordinaire qu'était le jour ou en venant au monde, nous sommes venus à
la lumière. On a toujours sa naissance derrière soi et la mort par devant
L'homme tourne le dos à la lumière, à sa naissance, et c'est son ombre qui
s'allonge devant lui.
Lorsqu'un jour est
commencé, l'homme n'a pas d'autre issue possible que de se diriger vers la
nuit qui tombe, la fin du jour, les ténèbres. La durée c'est la mort,
l'homme ne vit plus, il survit.
Le monde est déjà
condamné, quoi qu'il fisse, quelles que soient ses oeuvres elles ne peuvent
produire que les ténèbres, elles ne peuvent conduire les hommes qu'au
dernier jour, à la mort. Les hommes sont pris dans les ornières de cette
fatalité. Et si l'homme se laisse enfermer dans cette éternité, dans
l'histoire, s'il se fait le complice d'un monde déjà défunt, s'il se laisse
prendre au piège de la réalité, l'homme prononce déjà sa propre
condamnation, « son jugement »...
« Mais Dieu a
envoyé
son Fils dans le monde non pour condamner le monde mais pour que par lui le
monde soit sauvé... »
Il faut pour cela
mettre le monde sens dessus dessous, bousculer la pente des choses,
renverser l'ordre des facteurs. Non plus arrêter le temps, mais le faire
travailler pour nous. Avec Jésus, le temps ne sert plus à compter ses
souvenirs, mais à ouvrir le possible. L'éternité cesse d'être un musée
arrêté pour devenir une histoire sans cesse en train de naître. Avec Jésus,
désormais, l'homme n'est plus sur le chemin du dernier jour. Le Christ nous
ouvre le matin d'un premier jour. Pâques sera le premier jour de la semaine.
C'est le début d'un monde inédit, la naissance d'un monde neuf, c'est une «
re-création ». Désormais, celui qui croit sera celui qui ouvre une question,
celui qui affirme qu'il ne se limite pas à son temps, à son âge, à ses
œuvres, à ses rôles,
à ses idées.
Croire, c'est casser
les limites de sa propre histoire. Croire, c'est vivre, ou mieux, c'est
recommencer à vivre.
« Dieu a tant aimé le
monde qu'il a donné son Fils unique. » |