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Le Golgotha, et son
gibet.
Tous ont fui. Mais
elle, absente aux temps des triomphes, est là. Aucune souffrance n'est plus
terrible que le supplice d'un fils.
Déchirante nuit, que
Jésus assombrit encore, s'il est possible, quand, de ses lèvres
expirantes, il murmure à son disciple : « Voici ta mère. » Marie serait-elle
le seul être dont Jésus ait fait le malheur?
Pourtant, elle
n'exhale aucune plainte : « Le Seigneur a fait pour moi de grandes choses. »
Cela reste-t-il vrai ? Répéterait-elle ces mots, maintenant qu'il est né,
qu'il est parti, et qu'il est mort ? Oui. Sa douleur est le versant noir de
la louange. Elle a beaucoup souffert, parce qu'il a beaucoup aimé. Le salut
se mesure à l'aune de sa détresse. Marie n'a pas besoin de ce qui entretient
l'espoir et la joie chez les autres : des signes, des faveurs, de l'or, de
l'encens, de la gloire. L'enfant annoncé, puis porté, puis né, puis soumis,
puis l'enfant découronné, remplacent ces démonstrations
emphatiques.
Tel est le grand
secret qui ennoblit son attente. Aimer, c'est toujours attendre, et déceler,
sous l'humble apparence, la grandeur suprême d'un homme. Le plus haut verbe
retentit dans la plus dénuée des créatures et il n'est pas de prestige
tangible qui vaille cette présence.
C'est à Jean, non à
Pierre, que Jésus, sur la Croix, remet sa mère. Pierre a fui, direz-vous. Là
n'est pas la vraie raison. Jésus a bien confié une grande mission à son
premier disciple, qu'il savait faible. Que n'a-t-il associé sa mère à
l'Église dont elle serait le vif symbole, et remis le tout à la bonne garde
de Pierre ?
Il ne l'a pas fait.
Cherchons une autre explication. Pierre est le bâtisseur, Jean le
contemplatif. C'est le disciple qui « demeure », immobile au cœur de sa
méditation, tandis que l'apôtre infatigable court la poste et lève les
consciences. Jean est spirituellement le parent de Marie, qui garde comme
lui « toutes choses en son cœur », et, la nuit, capte l'aube insaisissable.
L'un et l'autre vivent au plus pur de leur pensée, leur foi n'a que faire de
gloire et de puissance.
La preuve, ils ont
tous deux le courage d'être là, au pied de la Croix, unis par l'espérance
qui résiste aux dérisions de l'échec. Même là, ces cœurs limpides entendent
respirer Dieu.
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