Le temps pascal

 

La Pâque juive célèbre l'achèvement victorieux de la lutte dramatique. entre Moïse, porte-parole de l’Eternel, et le Pharaon, dressés l'un contre l'autre. Il a fallu le sang de l'Agneau immolé pour libérer de l'esclavage le premier-né de Dieu, le peuple d'Israël, pour abattre momentanément l'obstination orgueilleuse du Pharaon, enfin vaincu par la mort de son fils premier-né. Il a fallu surtout l'intervention toute-puissante de Dieu pour sauver définitivement sort peuple, bloqué entre la mer et les armées égyptiennes. Et ce fut le passage entre les eaux de la Mer Rouge, l'accès ouvert vers la Terre Promise. Quarante ans s'écouleront encore avant que Josué n'y pénètre, à la tête des Hébreux, à travers les eaux du Jourdain subitement arrêtées en amont et en aval du lieu où l'arche demeurait, Et c'est la Pâque dans les plaines de Jéricho à Galgala.

Ces souvenirs historiques dominent la vie religieuse du peuple juif.

 

 Mais ce n'était là que le prélude des évènements à venir : le Christ, l'Agneau immolé qui libère son peuple de l'esclavage du péché;  premier-né délivré de la mort par la Résurrection ;  Josué qui fait entrer ses fidèles dans la Terre Promise, la vie du Ressuscité, à laquelle ils participent déjà, attendant de la posséder dans la pleine lumière, quand le dernier voile sera enfin levé, le jour de son Retour ,glorieux.

Pendant quarante jours, de Pâques à l'Ascension, le Christ a formé ses Apôtres et ses disciples à vivre dans sa Présence désormais invisible, mais «instante. Il n'est plus toujours à leurs côtés; simplement, il apparaît parfois ad milieu d'eux, transfiguré; il tient à partager leur repas, continuant et remémorant efficacement l'intimité sans précédent, inaugurée à la Cène, le soir du Jeudi-Saint. Ainsi Il les habitue à Le retrouver en eux-mêmes, selon Sa promesse, comme il les porte en Lui (Mt. 28, 20 ; Jo. 14, 18-20, 23 ; 15, 4-7 ; 17, 21, 23 26). D'un mot, Il, les accoutume à vivre dans la Foi les richesses de la Foi.

L'Eglise revit avec son Seigneur ces jours d'apprentissage. Son attente a été comblée : le Christ est ressuscité. Elle n'a pas à chercher parmi les morts Celui qui est Vivant. Mais chaque année elle essaie de renouveler en elle la plénitude de cette victoire décisive, de découvrir un nouvelle fois les richesses que son Sauveur a déposées entre ses mains maternelles.

Ressuscitée avec le Christ, elle s'attarde à contempler dans la joie et la douceur ces scènes lumineuses des Apparitions, à rappeler quelle force les Apôtres y ont puisée pour leurs premières prédications. Elle contemple aussi avec prédilection ceux en qui le Mystère du Christ vient de revivre pour la première fois : les Nouveaux baptisés. Elle aime à leur révéler ce qu'ils sont devenus : rescapés comme Noé débarquant de son arche, comme le peuple hébreu abordant le rivage au-delà de la Mer Rouge, ils ont été tirés des ténèbres de l'Egypte, — la mort et le péché, — par la main victorieuse de Dieu ; ils ont été abreuvés aux sources d'eau vive ; ils sont passés de l'obscurité à l'admirable lumière du Ressuscité. Et l'Eglise les invite à vivre dans l'unité chrétienne de la Foi et des Oeuvres. Les sources d'eau vive du Baptême les ont désaltérés. Maintenant l'Eucharistie les nourrit. Sacrement d'unité, elle met dans les cœurs la Charité même du Christ et les transfigure en de nouvelles créatures. S'adressant plus spécialement aux néophytes, l'enseignement de l'Eglise ne se restreint pas à eux seuls. Tous les fidèles doivent, en ces fêtes pascales, se rappeler l'engagement assumé à leur Baptême.

 

Le Christ nous livre des instructions prophétiques pour le temps où sa Présence humaine nous aura quittés, pour notre Temps. Que notre vie soit digne de sa Gloire. Que nos pensées sous son inspiration, et nos actions sous sa direction, soient droites. Introduits pat le Christ dans l'intimité du Pére, nous pulsons à- cette source jaillissante l'Amour qui nous unit à Lui et aux Hommes.

Le Christ alors peut monter aux cieux. L'œuvre confiée par le Père est achevée. Ses Apôtres attendent sans doute son Retour, mais d'abord son Esprit qui leur « enseignera toutes choses », cet Esprit qui les transformera et transformera le monde sous son action.

L'apprentissage de la Foi est terminé. Maintenant commence la vie de la Foi, l'édification du Corps mystique du Christ qui vit de son Esprit. Ses membres peuvent alors se préparer à la Mission confiée par leur Seigneur : prêcher par toute la terre la Parole de Dieu et baptiser les nations. L'Histoire de l'Eglise va commencer.

 

 

CETTE route de Jérusalem à Emmaüs, longue de soixante stades, elle ressemble. bien, Seigneur, au long chemin de notre vie ! Comme il y a vingt siècles, vos disciples sont toujours aussi peu intelligents des choses divines. Si souvent ils continuent à déformer dans leur cœur votre enseignement et celui de l'Eglise ! Si souvent ils continuent à se bercer d'espoirs chimériques ! Jadis ils attendaient la restauration du royaume d'Israël et c'est cela qu'ils croyaient que vous leur promettiez ; aujourd'hui ils escomptent une espèce de paix, de repos charnel ou une exaltation trop humaine ; et c'est pourquoi ils sont déçus, et c'est pourquoi ils marchent souvent la tête basse, le regard triste sur le grand chemin de la vie. Seigneur, chacun de nous est lourd et souillé : comment pourrions-nous comprendre d'emblée votre enseignement dans son fond ? Longtemps encore et malgré tous les avertissements, nous continuerons sans doute à vous prêter nos idées terrestres et basses, longtemps encore nous continuerons à attendre de vous la réalisation de nos désirs humains.

M. LEGAUT.

 

 

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