Vendredi-Saint

Où est Dieu ?                                         

 

 

Devant la violence, Dieu sombre dans l'irrévélation. Il est happé dans les ténèbres. Combien ont perdu l'espérance, parce que l'horreur des crimes perpétrés contre l'homme avait frappé d'interdit toute idée de transcendance ? On connaît le mot célèbre d'une telle révolte : le mieux que Dieu puisse faire, c'est de ne pas exister.

Or, sur la croix, il y a pensé le premier. Pour la première fois dans l'histoire des hommes, une religion abdiquait ses fonctions d'ordre, ses systèmes d'explication et de gouvernement du monde. Elle se plantait dans la plus douloureuse des interrogations humaines : la souffrance et la mort. Les religions servaient à rassurer les hommes sur le mystère de leur destinée, elles dispensaient avec leurs commentaires des rites et des principes. Mais le Christ, lui, non seulement a renversé ces doctrines, et attenté aux instances les plus vénérables, mais il a rendu au mystère plus de profondeur encore : Dieu s'est fait lui-même la victime éternelle de l'éternelle barbarie.

Dans la guerre qui fait un vainqueur et un vaincu, il a choisi le parti du terrassé. Abel, avant Caïn.

Ne nous y trompons pas : le Dieu des riches, le Dieu des forts, le Dieu des affameurs et des exploiteurs, ce Dieu-là en effet n'existe pas, quoi que prétendent ces généraux aux mâchoires carrées qui prétendent en défendre les intérêts et gérer les valeurs.

Où donc est Dieu ? Au coeur de ce qu'il a toujours été : cloué sur sa croix, avec ce visage de souffrance, dont nous préférons détourner notre face. Il est dans ces enfants, aux bras comme des rameaux dénudés, au ventre ballonné, qui meurent les yeux ouverts, avec ce regard d'étonnement doux que prend l'innocence en toutes ces agonies. Ces enfants, hier, étaient biafrais ; ils sont du Darfour aujourd'hui. Ils sont de tous les pays du monde. Car ne croyons pas qu'un seul pays parvienne à protéger l'enfance de la brutalité d'une doctrine, d'un parti, ou d'un individu. Dieu aujourd'hui, qui a choisi de ne plus exister, est passé par cette mort consentie, plus vaste que nos morts, plus creuse que nos tombeaux.

Dans cette défaite, luit la pitié. Sa compassion dans sa passion. Il y a donc l'amour qui commande cette mort et commande à la mort ?

Dieu sans puissance, Dieu triomphalement faible, est mort debout sur sa croix, les bras tendus vers l'homme et ce geste d'étreinte était aussi un geste d'envol vers la pleine lumière.

 

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