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HUMEUR :
SECTARISMES et autres
INTOLERANCES |
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«Nous sommes
victimes
d'une islamisation planifiée»
C'est un cri.
Un appel au secours lancé par une jeune
religieuse irakienne. Lusia Shammas, 36 ans, s'exprime d'une voix claire et
déterminée, s'excuse de parler fort au téléphone : «Je ne peux pas faire
autrement que de vous envahir par ma colère...» Cette Irakienne
chaldéenne, catholique de rite oriental, vit désormais à Fribourg, en
Suisse, où elle termine sa thèse de doctorat en théologie. Originaire du
nord du pays, elle se rend chaque année en Irak. Son dernier séjour remonte
à trois mois, de décembre 2006 à février 2007. De cette plongée dans
l'horreur quotidienne du peuple irakien, elle est revenue bouleversée. La
religieuse dénonce les violences dont sont de plus en plus victimes les
chrétiens d'Irak. Dimanche 3 juin, un prêtre chaldéen de Mossoul, Raghid
Aziz Kani, et trois de ses diacres ont été tués par des hommes armés devant
l'église de l'Esprit-Saint de Mossoul, dans le nord du pays, contrôlé par
les Kurdes. Ils venaient d'y célébrer la messe. Trois jours plus tard, un
autre prêtre catholique et cinq jeunes chrétiens auraient été enlevés à
Bagdad, selon l'agence de presse catholique Asianews. Assimilés aux
«croisés» américains par les milices d'Al-Qaida, honnis par certains
chiites, en raison de la passivité de leurs Églises face aux persécutions de
Saddam Hussein, et malgré l'opposition de Jean Paul II à l'intervention
américaine, les chrétiens sont devenus un enjeu dans la guerre. Depuis la
chute de Saddam Hussein, ils sont de plus en plus nombreux à fuir à
l'étranger. De 60 000 à 100 000 chrétiens auraient ainsi déjà quitté le
pays. George Bush a même proposé dimanche dernier, lors de son entretien
avec Benoît XVI
de les regrouper dans une sorte de réserve
d'Indiens, la plaine de Ninive, près de Mossoul. Un plan rejeté par le
Vatican et les évêques irakiens...
L'Irak est
en train de se vider de ses chrétiens ! Or, les chrétiens d'Irak ne sont ni
des convertis, ni membres d'une diaspora : ils sont originaires de ce pays
!Ils étaient présents en Irak avant le VIIe siècle, date de
l'arrivée des musulmans. Aujourd'hui, nous sommes victimes d'une
islamisation planifiée, organisée par les islamistes radicaux. Nous avons
assisté à trois vagues d'émigration. La première, au début de la guerre en
2003. Puis en 2006, après le discours du pape à Ratisbonne. Les
fondamentalistes musulmans ont alors commencé à se venger sur la communauté
chrétienne. Aujourd'hui, la violence n'a jamais été aussi forte. Cela a
commencé il y a trois mois. A Bagdad, Mossoul et Bassorah, les trois grandes
villes irakiennes, les milices chiites et celles, sunnites, d'Al-Qaida ont
distribué des tracts dans les quartiers chrétiens disant : "Soit vous
vous convertissez à l'islam d'ici à 24 heures, soit vous quittez votre
maison en laissant toutes vos affaires." Ensuite, il y a eu des
enlèvements, surtout à Aldorah, quartier de Bagdad et deuxième lieu de
peuplement chrétien en Irak. Désormais, les miliciens entrent dans les
maisons, fusils à la main. Je connais une famille chrétienne, qui sous la
menace, s'est convertie à l'islam, pour être tranquille... Malgré cela, les
miliciens ont kidnappé les trois filles de la maison ! Il faut avoir du
courage pour dire la vérité ! Combien de manifestations ont été organisées
en Europe pour dénoncer tout cela? Aucune. Je suis scandalisée par la
timidité du Vatican et l'hypocrisie de la communauté internationale !
Nous mourons dans un silence assourdissant. Or, il faut soutenir les
chrétiens d'Irak. Les fondamentalistes instrumentalisent l'islam afin de
s'emparer du pouvoir et des ressources économiques. Ne les laissons pas
faire ! Car ils sont une menace pour l'Europe mais aussi pour l'islam
modéré. Il faut réagir, ne serait-ce que pour montrer aux musulmans modérés
que la communauté internationale ne les abandonne pas. Un journaliste
libanais musulman a écrit récemment dans un article sur le sujet:
"L'islam sans les chrétiens est un islam mort."
Aujourd'hui, nous n'avons plus le temps de
réfléchir. La situation n'a jamais été aussi grave. J'ai passé trois
semaines à Bagdad. C'était l'horreur. Chaque heure apporte une nouvelle
effroyable. Une personne tuée, kidnappée, la déflagration d'une explosion.
La vie à Bagdad se résume à une suite d'instants de terreur. Désormais, les
Irakiens n'ont plus d'espoir. Les gens dans la rue disent : "Hier,
c'était mieux qu'aujourd'hui. Et aujourd'hui sera toujours mieux que demain.
" En Europe, les médias ne tiennent que le compte des attentats et du
nombre de morts. Mais, pour chaque bombe explosée, ce sont des dizaines de
familles brisées ! Désormais, les Irakiens rêvent de l'époque de Saddam
Hussein! C'est fou, mais c'est la vérité: je chéris moi-même ce temps-là !
Car, même si la répression était sans pitié, la liberté d'expression
inexistante, au moins pouvions-nous marcher dans la rue sans être tenaillés
par la peur. Nous sommes un peuple fatigué, dévoré par la souffrance. Je
crie, car je porte dans mon ventre, dans ma gorge, les cris de tous les
Irakiens.»
Propos recueillis par Anne Guion
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Sectarismes
Dans les Années folles
(on parle ici du vieux XXe
siècle, où il se passait des choses cocasses), le jésuite et scientifique
Pierre Teilhard de Chardin avait des soucis avec Rome, qui lui reprochait
notamment quelques positions théologiques alors audacieuses. Jugé dangereux
pour la foi, l'auteur de la Messe sur le monde fut mis à l'index.
Dans nos années si sages (on parle ici du printemps 2007), quelques coupeurs
de têtes sortis d'on ne sait trop quelle forêt s'inquiètent : ils ont
découvert que l'Institut Teilhard-de-Chardin, qui veille sur les archives de
ce grand géologue et paléontologue, était gratuitement hébergé au Muséum
d'histoire naturelle, à Paris, et que cela menaçait la République. « Pour
faire cesser une atteinte intolérable au principe de laïcité » (sic),
ils pétitionnent auprès de leur ministre de tutelle. Ces militants courageux
se prévalent du soutien de plusieurs syndicats. Étrange retournement d'une
histoire volontiers ironique. L'Église a réhabilité Teilhard, au point qu'un
lycée catholique porte son nom. Maintenant, c'est au nom de la laïcité qu'on
l'attaque. On progresse ?
Oui, on progresse.
Mais à l'envers. Car, au même moment, on
apprend que d'autres s'inquiètent de voir Jean-Marie Petitclerc rejoindre
l'équipe de Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville. Cette
nomination serait illégitime et préoccupante. Non pas parce que Jean-Marie
Petit-clerc est incompétent (cela ne poserait aucun problème idéologique),
mais parce qu'il est prêtre catholique. Vous qui connaissez bien cet ami des
pauvres, salésien, polytechnicien et expert ès banlieues, vous partagerez
sans doute ma perplexité. Voici que l'on brandit l'étendard des droits de la
République pour bafouer le pluralisme. Il faut peut-être se résigner à
constater l'éternel retour en force de cet antichristianisme que dénonçait
René Rémond, antichristianisme d'autant plus agressif qu'il se révèle
désormais ignare et démuni de vraies causes à défendre.
Comment répondre ?
Pas simple. Franchement, rire
fait du bien, mais ne suffit pas. L'autre solution pourrait être de prendre
le monde exclusivement au tragique - et, c'est vrai, il ne l'est que trop
souvent. On peut alors couper les ponts et s'enfermer dans un cercle
rassurant, là où les chrétiens sont bons et les autres bêtes, voire
méchants. Cela ne fera pas changer le monde, bien au contraire, mais, au
moins, nous serons purs... C'est un peu comme cela que l'on risque de
comprendre la position du Vatican, lorsque Rome appelle à boycotter Amnesty
International parce que cette ONG réclame une dépénalisation de
l'avortement. On peut se demander quelle mouche a piqué Amnesty, institution
jusqu'ici pluraliste, au-dessus de toute polémique et surtout vouée au
combat contre la torture, les exécutions capitales et les arrestations
arbitraires. On peut avoir du mal à comprendre cet engagement d'une ONG
incontestable sur un terrain que l'on sait contesté. On peut, on doit
interroger, interpeller. C'est le rôle prophétique des Églises. Mais la
question s'avère complexe. La souffrance des femmes victimes de viols ne
peut laisser indifférent, surtout lorsqu'elle devient une arme politique
atroce. Une fois que l'on a condamné sans nuance, le plus difficile reste
donc devant soi. Comment expliquer positivement le message chrétien sans se
retrouver toujours plus enfermé dans le ghetto du non ? Il faut que Rome
sache trouver des mots qui ne découragent pas ceux qui agissent avec
d'autres pour le bien du monde.
Jean Pierre Denis « la vie » 21 juin 2007-06-26
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La haine de proximité
Sans préjuger de la prochaine politique
sociale du gouvernement, on ne peut que souhaiter l'effacement d'un aspect
majeur de la dynamique de la campagne du candidat de l'UMP. Pour s'exprimer
de façon un peu abrupte - ce qu'il sut très bien faire aussi - l'idée était
de soutenir les exaspérés qui pâtissent de l'incivilité ou des privilèges de
certains autres.
Et l'on dresse l'oreille, un nouveau 1789 se
profile-t-il, conduit par un homme élancé dans le vide laissé par une gauche
qui aurait failli sinon trahi? Enfin l'on s'attaquerait à la toute puissance
de l'actionnariat, aux profits outrecuidants? Détrompez-vous, le profiteur
incriminé ne pavoise pas au château, il s'agit de votre voisin qui touchera
dix euros
de retraite de plus que vous dans le cadre
d'un régime spécial. Et le révolutionnaire de proposer, bravache, la remise
à plat du régime des retraites.
En fait la tactique est généralisée. On
considère les théâtres sociaux de base: le logement, les retraites, la
sécurité sociale, le travail, les transports... Et dans chaque cas, on fait
apparaître des différences, les avantages de certains, peut être mineurs
mais très visibles, et sensibles entre proches. Et d'opposer les smicards
aux RMistes, les réguliers et les sans-papiers et surtout, les personnes
d'origine étrangère et les Français bon teint. Les différences qui sautent
aux yeux offrent en effet d'assez fortes probabilités de frictions.
Du coup, le problème n'aurait jamais été la
fortune de certains par rapport à d'autres mais que certains pauvres le
soient moins que d'autres. Et d'ailleurs, les exclus ont d'autres soucis en
tête que de pointer du doigt les hérauts du CAC 40. Il est trop loin le
milliardaire profiteur pour vraiment le haïr. Mais quel honnête lève-tôt ne
connaît un ignoble lève-tard? Quel voyageur en règle n'a pas croisé un
coupable fraudeur à portée d'insulte?
Il était temps que se lève le magicien
providentiel réussissant à nous faire croire que la question de la justice
se posait seulement entre les pauvres mais pas entre
les nantis et les démunis. Et ce point de vue se donne comme une bonne leçon
de réalisme et de modernisme à l'adresse de la gauche.
Comme on s'occupe à rétablir la justice
entre les pauvres, les mieux pourvus peuvent dormir tranquille et même
parader puisqu'ils font rêver. Ils occupent la position magistrale d'être
hors de portée du quolibet et d'être omniprésents à l'image. On ne va tout
de même pas se révolter contre ceux dont le spectacle nous enchante. Tandis
qu'il est toujours là le jeune en bas de l'escalier, le voisin qui touche
des allocations douteuses. Reste à se haïr entre voisins et à louer le faste
des puissants qui s'exhibent.
Nous voilà dissuadés de penser que les
princes qui croisent sur des yachts ont le moindre privilège. Et dès lors
sans honte, en effet, pourquoi se cacheraient-ils? Et l'exhibition paraît
une louable franchise. Qu'on se le dise, ce n'est là que de la bonne fortune
chèrement acquise par le mérite et l'ascèse dont l'image nous ravit tandis
qu'il nous nargue toujours, l'ennemi de palier qui a trois sous de plus. Il
reste à espérer qu'il ne sera pas fait politique d'un ressort électoral qui
sembla fondé sur la haine de proximité.
Yves Bernabeu « La croix »
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