|
| |
| 1er dimanche
de l'Avent 2008
Année B |
« ... ‘Nos traditions religieuses, différentes les unes des
autres disent d'une voix forte qu'un monde sans esprit ne sera
jamais humain: elles crient que la guerre ne pourra pas piétiner
l'esprit et l'humanité; elles demandent la paix. Elles veulent la
paix, elles la demandent, elles l'implorent de Dieu dans la prière.
Les religions savent que parler de guerre au nom de Dieu est une
absurdité et un blasphème...Elles espèrent et elles prient pour que
les peuples et les hommes construisent entre eux une communauté
fondée sur la paix....’ »
Appel final de la rencontre des religions et des
cultures pour la paix – Chypre 18 nov08
1° dimanche de l’Avent 2008
Isaïe 63,16...64,7 ; Ps 79 (80) ; 1 Corinthiens
1,3 – 9 ; Marc 13,33 - 37
En ce 1° dimanche de l’Avent 2008 ne sommes-nous pas interpellés
par la coïncidence/correspondance des thèmes de la liturgie de ce
jour – vœu de paix, confiance en l’aide divine, et veille active
dans l’espérance d’un monde renouvelé - et ceux de l’Appel
final de la rencontre des religions et des cultures
pour la paix ; cet appel lancé à Chypre
à la fin de la « 22ème rencontre interreligieuse de prière
pour la paix » (18 novembre) qui avait pour thème
« La civilisation de la paix : religions et cultures en
dialogue » ?
Ce don de la paix a bien son écho dans la 1° Lettre de St
Paul aux Corinthiens 1,3...9 :
« Frères et sœurs, que la grâce et la paix soient avec vous,
de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur. En lui
vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et
toute celles de la connaissance de Dieu ... à vous qui attendez de
voir se révéler Notre Seigneur Jésus Christ ».
Cette paix de Dieu,
si souvent associée à sa miséricorde est commentée dans la tradition
juive qui a nourri Paul et, Jésus Lui-même, tous deux fils
d’Israël.
Ainsi nous pouvons
lire et méditer, comme le Christ et Paul l’ont fait en leur temps,
ces quelques commentaires juifs de l’Ecriture. C’est une occasion
de nous enrichir et de prendre connaissance, dans le respect et
l’estime de chacune de nos deux traditions, du patrimoine que nous
avons en partage.
« Rabbi Eléazar
dit au nom de R. Hanina : que les disciples des sages font
rayonner la paix dans le monde. Il cite ... ‘que l’Eternel fortifie
son peuple ! Qu’Il le bénisse en lui donnant la paix - Ps 19,11».
Traité Berakhot 64a
« Michna 1 : Voici
ce dont l’homme recueille les intérêts en ce monde-ci, tandis que le
principal lui reste pour le monde à venir : honorer père et mère,
accomplir des actes de bonté, œuvrer pour établir la paix entre les
hommes, et par-dessus tout étudier la Thora » Traité Pea
chp. 1,1
« Bar Kappara
enseignait:Un homme doit toujours s’attacher... à la poursuite de la
paix » Traité Yebamoth 109 a
« Rabbi Eléazar a
dit au nom de R. Hanina : les disciples des sages augmentent la paix
dans le monde, car il est dit ‘ tous tes fils seront disciples de
l’Eternel, et grande sera la paix de tes fils (Is. 54,13)»
Traité Nazir 66b
A
propos d’Isaïe 63,16b dont la liturgie de ce 1°
dimanche de l’Avent ne nous donne qu’une partie du verset, mais qui
a son écho au verset 64,7 : «Toi, Seigneur Y., Tu
es notre père, notre rédempteur, tel est ton nom depuis toujours».
On
peut lire dans le traité Chabbat 89b du Talmud de
Babylone : c’est un appel à la solidarité et à l’intercession les
uns pour les autres. Ce pardon imploré par Isaac pour ses
descendants dans ce passage provoque Dieu lui-même. Il est
effectivement le père de ses enfants, les fils d’Israël, comme Isaac
le lui rappelle à la manière très imagée et profonde de cet
extrait :
« Rabbi Samuel b.
Nahami a dit au nom de R. Jonathan : Que penser du passage ‘ Tu es
cependant notre père, car Abraham ne nous connaît pas et Israël
ignore qui nous sommes ; c‘est toi, Eternel, qui es notre père,
notre sauveur’ Is. 63,16 ? Dans le monde à venir, le Saint béni
soit-il, - après s’être adressé à Abraham et Jacob – dira à
Isaac : ‘Tes enfants ont péché’ . Isaac répondra : ‘ Maître du
Monde, est-ce qu’ils sont uniquement mes fils ? Ne sont-ils pas
aussi les Tiens ? Lorsqu’ils t’ont assuré ‘Nous le ferons’ et ‘nous
écouterons’ Tu as appelé Israël ‘ Mon fils aîné’. Et à présent, ils
seraient mes fils, et non les Tiens! Je dirais plus : combien de
temps ont-ils péché ? Combien d’années dans une vie humaine ?
Soixante dix. Ôtes vingt années exemptes de punition – les
péchés commis avant l’âge de vingt ans ne sont pas punis cf. Nb
14, 24 - il leur en reste cinquante. Retranche les nuits, il
ne leur en reste que vingt - cinq. Retranche aussi douze années et
demi qu’ils passent à prier, à manger et à satisfaire leurs besoins
naturels, il ne leur en reste plus que douze et demi. Si Tu veux
bien en porter la charge entière, c’est bien. Sinon, partageons-la :
j’en prendrai une moitié et toi l’autre. Et si tu estimes que c’est
à moi de la porter toute, ne T’ai-je pas offert ma personne en
sacrifice ?’.
’Toi seul es notre père’ diront alors les enfants d’Israël. Isaac
leur répondra : ‘ Au lieu de me remercier, remerciez le Saint, béni
soit-il’, et il Le désignera. .Aussitôt les enfants d’Israël
lèveront les yeux vers le Très Haut et diront : C’est toi, Eternel,
qui est notre père, qui dès l’éternité t’appelles notre sauveur (Is.
63,16)
Chabbat 89b cité p. 212 dans Aggadoth du
Talmud de Babylone, Verdier 1982
Ce
commentaire ne veut certes pas exclure la miséricorde première en
toute chose de l’Eternel. Mais elle peut aider à prendre davantage
conscience de la responsabilité que nous avons les uns envers les
autres sur ce chemin du salut où l’amour du Seigneur nous précède
toujours, mais où il veut avoir besoin de nous comme agents actifs,
les uns envers les autres, de sa toute - puissante miséricorde.
Puissance de la miséricorde divine qui s’exprime aussi avec force,
dans une confiance totale en Dieu, avec le Psaume 79 (80),
prière dans la détresse, coupé 4 fois par un refrain, traduit ainsi
par A.Chouraqui :
« Elohim (Dieu) fais nous retourner ;
illumine tes faces et nous serons sauvés » (v. 4)
« Elohim Sebaot (Dieu saint), fais nous retourner illumine tes
faces et nous serons sauvés » (v.8)
« Elohim Sebaot (Dieu saint),retourne donc, regarde des ciels et
vois, sanctionne cette vigne » (15)
« IHVH Elohim Sebaot (Seigneur Dieu saint), fais nous retourner
illumine tes faces et nous serons sauvés » (20)
Précisons que « sanctionner » se dit de toute intervention
divine pour sauver ou punir.
Ainsi la supplication se fait de plus en plus intense s’adressant
à Dieu, au Seigneur Dieu Saint – celui qui sauve –, le Rédempteur
et non plus seulement le Créateur. Ce n’est plus le peuple d’Israël
qui demande à revenir, mais c’est ce peuple qui demande à Dieu de
revenir ! Ce petit peuple d’Israël à qui les commentateurs
rabbiniques font dire à propos du v. 7 de ce psaume :“ Les exilés
poussent un cri -vers L’Eternel – ‘ Inspire-nous la repentance pour
que nous puissions revenir à toi »
Et
à propos des trois derniers versets 19 et 20, de 3° strophe du
psaume de ce dimanche :
« Nous ne t’abandonnerons pas puisque TOI (Seigneur) tu ne nous
abandonnes pas, selon ta promesse transmise par le prophète– 1
Samuel 12, 22 »
“Le salut final ne pourra perdurer que s’il est accompagné d’une
illumination de l’esprit, fruit de l’étude de la Thora – selon le
Prophète Jérémie 31,32 et sv. – cf. Tehilim, Ps
80 pp.1015 … 1025, T.2, Mesorah Publication, Ltd
En ce 1° dimanche de
l’Avent, pouvons-nous alors « veiller » comme le demande le
Christ dans l’Evangile selon Marc 13, 33-37 , sûrs de
Celui qui nous y invite « ...Car Dieu est fidèle Lui qui vous a
appelés à vivre en communion avec son Fils Jésus Christ notre
Seigneur ». 1 Cor.1, 9 ?
Pouvons-nous, sans nous lasser, être solidaires du monde
d’aujourd’hui, avec les croyants des autres traditions religieuses
également soucieuses de paix ? Prenant garde à être fidèles chacun
selon l’appel de Dieu., sans savoir le moment, mais sûrs de la venue
du Seigneur, selon les promesses bibliques?
Encourageons-nous les uns les autres à nous tourner vers l’Eternel,
selon le meilleur de nos traditions respectives, tout en unissant
nos efforts comme le proclame l’Appel lancé à Chypre :
Aucun homme, aucun peuple, aucune
communauté n'est une île. L'autre, l'amitié, le pardon et l'aide
d'autrui sont indispensables. Nous avons un destin global commun: ou
nous vivrons ensemble en paix ou nous périrons ensemble... La guerre
n'est jamais inévitable et elle endeuille aussi le cœur du
vainqueur.
Il n'y a pas de haine, de conflit, de mur, qui puisse résister à la
prière à l'amour patient qui se fait dialogue, au pardon. Le
dialogue n'affaiblit pas, au contraire il fortifie. C'est la vraie
alternative à la violence. Rien n'est perdu avec le dialogue. Tout
peut devenir possible....Que Dieu octroie alors au monde le grand
don de la paix grâce à la prière de tous les croyants! »
|
| 2°dimanche
|
:
Isaïe 40, 1- 5 et 9-11 ; Ps 84 (85) ; 2 P. 3,
8- 14; Marc 1, 1- 8
« La
Constitution liturgique du II° Concile du Vatican semble inviter à
faire de l’Avent le terme du cycle dominical lorsqu’elle déclare que
l’Eglise : ‘ déploie tout le Mystère du Christ tout au long de
l’année, de l’incarnation et de la nativité jusqu’à l’ascension,
jusqu’au jour de la Pentecôte, et jusqu’à l’attente de la bienheureuse
espérance et de l’avènement du Seigneur’ » - Eglise en Prière tome 4
p. 106 -107, Desclée 1983.
Mis en
ouverture du cycle liturgique « l’Avent se présente aussi comme un
temps d’attente : dans l’attente de la fête joyeuse de la Nativité, il
oriente surtout les chrétiens vers le retour glorieux du Seigneur à la
fin du monde » - cf. idem p. 107-
Après
avoir situé la 2° Lettre de Pierre, nous verrons comment
elle peut nous aider à nous préparer en ce temps de l’Avent, dans la
dynamique des travaux et des orientations du Synode sur la Parole de
Dieu, et en cette année spécialement dédiée à St Paul.
Situer la 2° Lettre de Pierre :
Avec
Pierre comme référent, cette lettre date probablement de 125-130 ap.
J-C. L’ensemble de ce qui est dit invite à y voir un écrit issu de la
communauté chrétienne de Rome dont les destinataires « ont reçu, par
la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, une foi du même prix
que la nôtre ...
L’allusion aux lettres de Paul en 2 P 3,15-16- « laisse
entendre que l'auteur s'adresse en fait aux chrétiens des terres
pauliniennes (Grèce et Asie Mineure). Quelques indications ...invitent à
penser qu'il s'agit d'anciens païens (1,4; 2,18-20)».
Introduction au N.T. Daniel Marguerat, Labor et Fides 2004 p.436.
La
description de la venue de ce «Jour du Seigneur» en 2 P 3, 9 -13
reprend l’avertissement mis dans la bouche de Jésus par les synoptiques
avec des accents d’apocalypse, qui ne sont pas étrangers aux apocalypses
juives :
«
Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle
ne doit pas l’être (que le lecteur comprenne) ... Car en ces jours-là il
y aura une tribulation ... Et après cette tribulation le soleil
s’obscurcira, la lune ne donnera plus de lumière, les étoiles se
mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux
seront ébranlées. Et alors on verra le Fils de l’homme venant dans les
nuées avec grande puissance et gloire. Et il enverra les anges pour
rassembler les élus ... Mc 13,14 ...27
Enfin
cette lettre rejoint aussi l’espérance juive, telle qu’elle se trouve
exprimée dans ce Psaume de Salomon 18, 6-10 :
«
Que Dieu purifie Israël par sa bénédiction pour le Jour de miséricorde,
pour le jour choisi où il suscitera son Messie! Heureux ceux qui vivront
en ces jours-là afin de voir les biens que le Seigneur accomplira pour
la génération à venir, sous le sceptre correcteur du Messie du Seigneur,
dans la crainte de son Dieu, avec la sagesse de l’Esprit, la justice et
la force – Is 11,2 – pour qu’il dirige les hommes par ses œuvres de
justice dans la crainte de Dieu, de manière à les établir en présence du
Seigneur comme une génération bonne par crainte de Dieu, aux jours de
miséricorde » - L’Espérance juive à l’heure de Jésus, P.
Grelot, Desclée 1978, p.101
Comment cette lettre peut - elle nous préparer en ce temps de l’Avent ?
Toute
tournée vers « ce retour glorieux du Seigneur » cette lettre est une
incitation à vivre une attente active et actualisée selon notre temps.
La
lecture liturgique de ce 2° dimanche de l’Avent se termine au
verset 14 avec un appel à la sainteté:
« Dans l’attente de ce jour, biens - aimés, faites donc tout
pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables dans la paix».
Et
nous pouvons même compléter la lecture de ce jour par les versets
15 et 16 puisque Paul y est à l’honneur !
« Tenez la longanimité de notre Seigneur pour salutaire, comme notre
cher frère Paul vous l’a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été
donnée. Il le fait d’ailleurs dans toutes les lettres où il parle de ces
questions ».
La
Tradition a toujours associé Paul à Pierre pour constituer « les deux
poumons de l’Eglise ». Il est intéressant de voir comment Paul propose à
son tour aux communautés chrétiennes d’attendre le retour du Seigneur
Il écrit aux versets 2,12...16 de la Lettre aux
Philippiens,
«Ainsi donc, mes bien-aimés,... travaillez avec crainte et tremblement
à accomplir votre salut... afin de vous rendre irréprochables et purs,
‘enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et
pervertie’ - Dt 32,5-, d’un monde où vous brillez comme des foyers de
lumière, en lui présentant la Parole de vie. Vous me préparez ainsi un
sujet de fierté pour le Jour du Christ, car ma course et ma peine
n’auront pas été vaine»
Et
pour nous aujourd’hui comment nous préparer à vivre ce temps de l’Avent
en Eglise et être « foyers de lumière présentant la Parole de
Dieu »?
Le
récent synode sur la Parole de Dieu n’est-il pas un appel à vivre un
chemin d’Avent en Eglise avec St Paul ?
En
effet, ce synode a été un « foyer de lumière présentant la Parole de
vie», rappelant l’importance des relations avec la communauté juive,
pour retrouver nos sources vives, et travailler ensemble au bien de
l’humanité
Aussi,
il peut être bon de réfléchir à ce qu’a écrit, dès 1970, depuis
Jérusalem, un juif, Schalom Ben Chorin, dans l’une de ses études pour
mieux connaître le christianisme, Voici ce qu’il propose en référence au
verset 2, 14 de la Lettre de
Paul aux Ephésiens :
«
Ce qui a constitué, au fil des siècles, un élément d’hostilité entre
les Juifs et les peuples christianisés peut et doit devenir un lien.
C’était là l’objectif fondamental de Paul qui voyait en Jésus celui qui
allait mettre un terme à l’inimitié entre Israël et les nations - Eph
2,14: ‘ C’est lui, en effet, qui est notre paix ; de ce qui était divisé
il a fait une unité. Dans sa chair il a détruit le mur de
séparation : la haine.’ Lorsqu’on lit ce verset de l’Epître aux
Ephésiens tout en se souvenant de l’histoire séculaire des dures
persécutions des Juifs par l’Eglise, on croit percevoir, dans ses
paroles, une cruelle ironie. A notre époque, après l’immense tragédie du
génocide d’une part, et de la résurrection de l’Etat d’Israël d’autre
part, on commence à observer, du côté chrétien, un mouvement inverse ...
Dans le contexte de ces efforts, il me paraît indispensable que soit
établi un nouveau rapport avec les sources du
christianisme qui doivent être reconnues comme étant des sources juives.
Mes trois ouvrages consacrés à ce « retour » se placent dans cette
perspective. ... le but de ma trilogie, qui se termine ici, est de faire
percevoir cette réalité juive du Nouveau Testament à la fois aux Juifs
et aux Chrétiens, et de rapprocher ainsi les uns et les autres dans le
cadre du dialogue».
Marie. Un regard juif sur la Mère de Jésus, Postface de S. Ben
Chorin, DDB 2001.
Ce
rapprochement entre juifs et chrétiens peut donc être « chemin en
l’attente », dans l’élan de la prophétie d’Isaïe
40,1 ...11, proposée par la liturgie dans la 1°lecture de ce 2°
dimanche de l’Avent : :
« Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les
terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé
...»
Prophétie reprise aussi dans l’Evangile de ce jour : « A travers le
désert une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa
route. Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un
baptême de conversion pour le pardon des péchés » Mc 1,3- 4
qui
nous permet de prier en vérité et dans l’espérance le Ps 84 (85)
de ce dimanche -cf. Const. ND Sion n 5 - nous souvenant
aussi qu’il fait spécialement partie de la liturgie juive de Yom
Kippour, le jour du Grand Pardon :
«J’écoute: que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix
pour son peuple. Son salut est proche de ceux qui le craignent et la
gloire habitera notre terre. Amour et vérité se rencontrent, justice et
paix s’embrassent...»
Oui, la
lecture de la 2° Lettre de Pierre récapitule la portée de
cette véritable attente prophétique de l’Avent :
«Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse ... c’est
pour vous – pour nous ! – qu’Il patiente: car Il n’accepte
pas d’en laisser quelques uns se perdre ; mais il veut que tous aient le
temps de se convertir».
C’est
bien pour cela qu’est venu le Christ Jésus, comme le proclame
Jean-Baptiste au début de cet Evangile selon Marc 1,1-8
à propos de ce Fils de Dieu qui «baptise dans l’Esprit
Saint» ; pour tous ceux qui, comme nous aujourd’hui, à la suite de
Pierre, Paul, et de tous les apôtres, en l’Eglise de tous les temps,
croient en Lui.
Avoir
en 2° lecture de ce 2° dimanche, la 2° Lettre de Pierre,
en complémentarité des lettres pauliniennes des autres dimanches
d’Avent permet encore de rejoindre Paul qui rappelait aux
Corinthiens, en 1 Cor. 3,6...9 :
«Moi, j’ai planté, Apollos – ou Pierre, ou un autre Apôtre... –
a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance... celui qui
plante et celui qui arrose ne font qu’un... car nous sommes tous
coopérateurs de Dieu ...»
|
|
3° dimanche |
Isaïe 61, 1-2a, et 10–11 ; Magnificat ; 1 Thessaloniciens 5,16-24 ;
Jean 1,6-8 et 19-28
«
Pour présenter aux fidèles avec plus de richesses la table de la Parole
de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors bibliques » -Vatican
II, De la sainte liturgie § 51, 4 déc. 1963
«
Dans les Saints Livres, en effet le Père qui est aux cieux vient avec
tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux ; or
la force et la puissance que recèle la parole de Dieu sont si grandes
qu’elle constitue, pour l’Eglise son point d’appui et sa vigueur, et
pour les enfants de l’Eglise, la force de leur foi, la nourriture de
leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle. Dès lors
ces mots s’appliquent parfaitement à la Sainte Ecriture : ‘ Elle est
vivante donc, et efficace la Parole de Dieu (Hb 4,12) qui a le pouvoir
d’édifier et donner l’héritage avec tous les sanctifiés’(Act.
20,32 ; 1 Thes. 2,13) ». Vatican II, Dei Verbum § 21-
Entrons
donc en ce 3° dimanche de l’Avent comme en conversation avec Dieu avec
les extraits de la table de la Parole des Ecritures, tirés de la
richesse des trésors bibliques des deux Testaments pour notre
sanctification.
La
1ère°Lettre de Paul aux
Thessaloniciens, en
5,16-24, est une invitation à la joie,
à la prière, à l’écoute de l’Esprit
Saint, à l’accueil de la Parole divine
transmise par les prophètes. Paul termine par une prière :
« Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout
entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre
âme et votre corps pour la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est
fidèle le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l’accomplira » (v.23).
Cette
confiance en ce « Dieu de la paix qui
[vous] sanctifie tout entiers ... qui est fidèle »,
Paul en est tout imprégné par son enfance et
sa jeunesse juives, dans l’écoute de la Parole divine, la Thora,
écoute qui engage dans une éthique vis-à-vis du prochain :
Dans le Traité de Bérakot 16b nous
pouvons lire
« Perle dans la bouche de Rabbi Méir : mets tout ton cœur et toute
ton âme à apprendre mes voies et à veiller sur les portes de ma Thora,
garde ma Thora dans ton cœur et que ma crainte soit devant tes yeux.
Garde ta bouche de tout péché, purifie-toi et sanctifie-toi toi-même de
toute faute et de tout péché et je serai avec toi partout.
Une
perle dans la bouche des rabbins de Yabné (1° siècle) : je suis une
créature et mon prochain est une créature ; moi j’ai ma besogne dans la
ville et lui a sa besogne dans les champs ; moi je me lève de grand
matin pour ma besogne et lui aussi ; de même qu’il ne jalouse pas ma
besogne, moi, non plus, je ne jalouse pas sa besogne. Peut-être
diras-tu : moi je fais beaucoup et lui peu ; nous avons appris : égaux
celui qui fait peu et celui qui fait beaucoup, pourvu seulement qu’il
dirige son cœur vers le ciel ».
La sanctification
est vécue par les chrétiens en
Jésus-Christ ; c’est pourquoi Paul prie pour les Thessaloniciens :
«Que
Le Dieu de la Paix... garde parfaits et sans reproche votre esprit,
votre âme et votre corps pour la venue de Notre Seigneur Jésus Christ.
Il est fidèle le Dieu qui appelle, tout cela il l’accomplira
(v23) ».
Mais
Paul les met en même temps en garde en leur disant « n’éteignez pas
l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais
discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ;
éloignez vous de tout ce qui porte la trace du mal (v.19-20) ».
Cette
mise en garde nous concerne encore aujourd’hui, spécialement en ce 3°
dimanche de l’Avent qui nous offre en partage deux extraits du premier
chapitre de l’Evangile selon St Jean.
Pour
en saisir toute la portée il peut être
bon de les re-situer : Les versets Jn 1,6-8 font partie
du Prologue de Jean : Jn 1,1-18, hymne
d’inspiration sapientielle et Jn, 1, 19-28.constitue le
début du récit évangélique, avec le témoignage effectif de
Jean-Baptiste dans l’histoire.
Jean le
Baptiste est « voix qui crie à travers le désert », dans la
lignée des prophètes d’Israël dans le cadre de l’Alliance au cœur de
l’histoire. Jean est le prophète témoin de « Celui qui est au milieu
de vous que vous ne connaissez pas » comme il le dit aux prêtres et
aux Lévites envoyés par les Juifs de Jérusalem pour l’interroger.
(v.26). Il est là pour avertir que le
temps est venu : « aplanissez le chemin du Seigneur »
Les
interrogations des Juifs se réfèrent à leur attente : attente du Messie,
d’Elie, qui, selon leur tradition doit revenir ; attente aussi du grand
Prophète annoncé - Moïse le dit au
peuple d’Israël en Dt 18,15 « Le Seigneur ton Dieu suscitera
pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi –
Moïse – que vous écouterez ».
Ce verset est ainsi commenté dans le
Talmud de Babylone au Traité Yebamoth 90 b
« Ecoute : ‘ A lui vous obéirez’ (Dt 18,15), est-il dit. Il faut
comprendre que même s’il te demande de transgresser un des commandements
de la Thora, comme le fit pour un moment Elie sur le mont Carmel, tu
dois obéir – C’est un cas particulier, puisqu’il est écrit : A lui vous
obéirez
Les
questions des Juifs autant que le témoignage de Jean se situent donc,
dans l’Evangile, dans cette attente.
Le 3°
Livre d’ Isaïe manifeste cette attente, exprimée dans la première
lecture de ce jour qu’il conviendrait de reprendre dans l’intégralité du
chapitre 61 d’Isaïe pour en saisir toute la force.
A
l’instar du « Serviteur » du 2° Isaïe, aux chapitres 42, 49, 50, 53,
celui dont il est question en Isaïe 61 a
« l’Esprit
du Seigneur Dieu sur lui ... consacré par l’onction ... envoyé porter
la bonne nouvelle aux pauvres, guérir les coeurs brisés, annoncer la
délivrance ... la liberté » (v.1), il annonce « la
consolation des affligés de Sion », « la
restauration des villes en ruine », « la richesse reçue des
nations », « les cris de joie au lieu de l’humiliation »
(v. 2-4), « la conclusion d’une alliance éternelle »
(v.8) par « le Seigneur Dieu qui aime le droit, qui hait
l’injustice » Alors la fille de Sion « pleine d’allégresse, son
âme exulte en son Dieu... qui fait germer la justice et la
louange devant toutes les nations » (v.10-11).
En
méditant cette prophétie d’Isaïe, on se rend compte à quel point le
Magnificat de Marie, lors de la
visite de sa cousine Elisabeth, future mère de Jean-Baptiste, est tissé
de toute l’attente du peuple d’Israël ; ce
cantique du Magnificat
justement proposé en ce dimanche, comme chant responsorial à la place du
psaume habituel.
La
Lettre de Paul nous incite, comme les Thessaloniciens, à nous réjouir,
et nous sommes dans l’allégresse avec Marie en son Magnificat. Mais Paul
nous met aussi en garde de discerner la valeur de toute chose, sans
éteindre l’Esprit, ni repousser les prophètes .Qu’est-ce à dire pour
notre temps ? Comment concrétiser cet avertissement ?
Peut-être en faisant
nôtre la demande du Cardinal Kasper, à la 20e
rencontre
du Comité de liaison international
juif-catholique
le 11 novembre dernier à Budapest.. Il
a en effet invité catholiques et juifs à « coopérer
pour le bien de l'humanité » et à s'opposer « à toutes les
attitudes antisémites », mais aussi « anticatholiques et
antichrétiennes », et à « toute forme de discrimination ».
Il a souhaité la coopération entre juifs et catholiques « pour la
justice, la solidarité et la paix, pour aider les nécessiteux, et les
faibles, pour répandre la compassion et la miséricorde dans un monde
toujours plus froid et sans pitié ». « L'avenir de notre dialogue
dépendra d'eux, a-t-il souligné. Encourageons les jeunes pour que cette
rencontre soit un nouveau pas positif et constructif pour le long chemin
de nos relations et pour qu'elle puisse offrir au monde un témoignage de
compréhension réciproque et de respect aussi de nos diversités ».
N’est-ce pas un chemin aplani pour «
rendre témoignage à la Lumière», à la suite du Christ
dans l’Eglise de notre temps avec,
« Nostra Aetate comme boussole
pour l'avenir » ?
« Le
dialogue, a affirmé encore
le président de la commission vaticane,
n'est pas un engagement secondaire, ce n'est pas une option possible,
mais une obligation intérieure et un devoir ; le document conciliaire
parle du patrimoine spirituel commun des chrétiens et des juifs et
encourage la compréhension et le respect réciproques, surtout dans le
domaine des études bibliques ».
Isabelle Denis ND Sion Paris
|
|
4° dimanche de l’Avent 2008 |
Samuel 7,1...16 ; Ps 88
(89) ; Romains 16,25-27 ; Luc 1,26-38
« L’amour du Seigneur sans
fin je le chante ; ta fidélité je l’annonce d’âge en âge. Je le dis,
c’est un amour bâti pour toujours ; ta fidélité est plus stable que les
cieux. Avec mon Elu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon
serviteur : j’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône
pour la suite des âges »
Ps 88(89) ,1-5
Ce 4° dimanche de l’Avent est l’ultime étape de notre
préparation aux fêtes de la Nativité du Christ.
Pendant ce mois de décembre 2008 nous avons d’abord médité sur
l’attente du messie, les yeux tournés vers son second avènement :
« Le saint temps de l’Avent, qui
rappelle la première attente du Messie, s’ouvre dans l’Eglise par la
solennelle annonce du second avènement de Jésus-Christ.
Ainsi, au début de l’année
ecclésiastique l’Esprit de Dieu fixe nos regards sur la fin des siècles,
afin que, dès les premiers pas de la carrière, nous envisagions d’un œil
sérieux nos dernières destinées … Entrons pieusement dans l’esprit de
l’Eglise et appelons de tous nos voeux le règne de Jésus-Christ ».
Miettes
Evangéliques
pp.9-10, 1°dimanche de l’Avent, Théodore Ratisbonne, Notre Dame de Sion
Nous avons été aussi à l’écoute des
prophéties avec Jean-Baptiste :
Cette espérance de David, nous en avons un témoignage dans le
Second Livre de Samuel 7, 1...16,
dans la 1°
lecture de ce dimanche, lorsque le Seigneur envoie le prophète Nathan
dire à David : « Je te ferai un nom aussi grand que celui
des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple d’Israël,
il s’y établira, je l’y planterai et il ne tremblera plus et les
méchants ne viendront plus l’humilier ... (2
Sm 7,9-10) ».
En même temps les évènements nous montrent
que ce temps de paix pour Israël et les Nations est encore loin
d’être accompli dans notre histoire présente. Et l’attente de la
communauté juive, de l’ère
messianique du shalom
annoncé par les prophètes reste pour nous un appel
incontournable.
Comme le déclarait déjà en 1973 le
Comité épiscopal français des relations avec
le judaïsme, au § 7 :
« La permanence comme en vis-à-vis
d’Israël et de l’Eglise est le signe de
l’inachèvement du dessein de Dieu ... Les paroles de Jésus lui-même et
l’enseignement de Paul témoignent du rôle du peuple juif dans
l’accomplissement de l’unité finale de l’humanité, comme unité d’Israël
et des nations ... Mais si Juifs et chrétiens accomplissent leur
vocation par des voies distinctes, l’histoire montre que leurs
cheminements se croisent sans cesse. Leur souci commun ne concerne-t-il
pas les temps messianiques ?»
Miettes Evangéliques,
p.457 Théodore Ratisbonne
Le Cardinal de Bérulle,
évoqué au début de cette méditation
peut lui aussi nous proposer un chemin
en « Ce mystère qui était resté dans le silence depuis
toujours et aujourd’hui manifesté » :
« Il y a trois naissances du
CHRIST : l’éternelle, la temporelle et la spirituelle : la première est
à admirer, la seconde à adorer, la troisième à imiter. La naissance
temporelle rend gloire à l’Eternelle : c’est pourquoi lorsqu’elle
s’accomplit les anges chantent : ‘Gloire à Dieu dans les hauteurs’. Ils
ne chantent pas tant de la naissance temporelle que de la naissance
éternelle, que le Fils, qui aime être engendré, honore et à laquelle il
rend gloire.
Nous devons nous aussi rendre gloire
à la génération spirituelle, à la génération temporelle et à
l’éternelle. De même qu’Il fut engendré en Lui-même afin de naître
encore parmi nous, de même doit-il naître en nous afin de naître aussi
par nous dans les autres. Mais il doit naître en nous avant de pouvoir
naître par nous dans les autres, de même qu’Il naquit en la Vierge Marie
avant de pouvoir naître par elle pour le monde entier, comme on le tire
de ces paroles : ‘Ce qui est né en elle vient de l’Esprit Saint’; voici
qu’il est déjà né en elle avant que de venir au jour. Il est dit d’autre
part : ‘l’Etre saint qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu, pour
signifier sa naissance
dans le monde ». Collationes
fol. 281, année 1611 Cardinal de Bérulle
Alors dans l’attente des célébrations de
la Nativité du Christ Jésus, implorons donc avec Isaïe :
« Cieux, faites venir le
Juste comme une rosée ; qu’il descende des nuées comme une pluie
bienfaisante : que la terre s’entrouvre et donne naissance au Sauveur »
Is. 45,8
En disant avec Paul :
« Gloire à Dieu, le seul
sage, par Jésus Christ et pour les siècles des siècles. AMEN »
Rm 16,27
Sûrs d’être chaque année
davantage comblés en la venue de Celui qui est pour nous le
Vie puisque :
« Le cœur de l’homme est fait pour
Dieu ; et par conséquent tout ce qui est moindre que Dieu ne saurait
combler ses désirs. De là cette faim et soif insatiables de ceux qui
cherchent leur bonheur en dehors de Dieu.
...Le rassasiement, c’est à dire le
comble de la paix et de la joie, c’est Jésus-Christ lui-même. Il est
venu pour nous donner la vie, et il veut que nous la goûtions en
abondance.
…Une seule chose peut remplir la
profondeur insondable de notre cœur. Cette chose unique, c’est l’amour
infini, et cet amour, c’est Dieu. Dieu est amour, dit l’Evangile, et
l’amour s’est fait chair. L’amour incarné c’est Jésus-Christ ;
Jésus-Christ est devenu notre pain, notre nourriture, notre breuvage… »
Miettes Evangéliques
p. 354, Théodore.
Ratisbonne
Isabelle Denis ND Sion
Paris |
|