ACTUALITES

2006

 

20 juillet

 

"Justes parmi les nations"
Une exposition pour leur rendre hommage

 

ROME, Jeudi 20 juillet 2006 (ZENIT.org) - Le Mémorial de la Shoah présente une exposition temporaire et organise un cycle de films et de conférences en hommage aux « Justes », parmi eux, des chrétiens, pasteur protestant, cardinal, évêque, prêtre, religieuse ou religieux, ou fidèles laïcs.


Le concept de « Juste des Nations » est emprunté à la tradition du Talmud. Il a désigné tout d'abord toute personne non juive ayant manifesté une relation positive et amicale envers les Juifs.
Depuis plus de quarante ans, au nom de l'Etat d'Israël, le Musée Mémorial de Yad Vashem honore sous ce titre les hommes et les femmes, non-Juifs, qui, pendant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, ont aidé des Juifs en danger, au péril de leur vie, sans recherche d'aucun avantage.
Le nouveau porteur du titre de Juste des Nations reçoit une médaille et un diplôme d'honneur lors d'une cérémonie, à Yad Vashem, ou, par les soins de la mission diplomatique d'Israël, dans le pays de résidence, même à titre posthume.
Ce fut le cas, par exemple en Italie, de deux religieuses de Notre-Dame de Sion qui protégèrent des familles - des enfants, mais aussi des hommes dans la serre, et des femmes, sous l'habit religieux - dans leur couvent du Janicule. En cas de perquisition, la cave à charbon avait été aménagée et l'ouverture, donnant dans les cuisines, avait été cachée derrière une armoire à marmites. Les novices montaient la garde jour et nuit. L'occupant arrivera un jour jusqu'à l'armoire, sans cependant songer à la déplacer. La secrétaire de Pie XII, soeur Pascalina Lehnert, bavaroise, vint en personne accompagner une fourgonnette pleine de farine destinée aux nouvelles bouches à nourrir, signe de la sollicitude du pape Pacelli pour les persécutés: les couvents étaient devenus territoire du Vatican, dans l'espérance que ce fût un obstacle de plus contre la persécution......

Selon le site du mémorial, plus de deux mille Français ont reçu ce titre et en particulier le cardinal Jules Saliège et Mgr Pierre-Marie Théas, mais aussi des prêtres catholiques et des pasteurs protestants, comme le pasteur André Trocmé. On peut lire leur histoire, résumée en français sur le site.

Les justes, ou leurs représentants, ont planté des arbres dans « l'Allée des Justes » sur le site du Mémorial Yad Vashem. Aujourd'hui, faute de place, le nom des Justes est gravé sur le Mur d'honneur édifié dans le périmètre du Mémorial. Près de 21 000 Justes ont été ainsi reconnus dans le monde.
 En France, les Justes permirent aux deux tiers des Juifs de survivre à la Seconde Guerre mondiale en dépit de la contribution du gouvernement de Vichy à la déportation.

Présentation de plus de 50 « Justes de France »
Lorsque la guerre éclata, en septembre 1939, il y avait en France environ 300.000 Juifs, dont 110.000 Français depuis plusieurs générations, 70.000 naturalisés Français et 120.000 étrangers et apatrides. En mai 1940, la France accueillit près de 40.000 réfugiés juifs de Belgique, des Pays Bas et du Luxembourg, qui avaient fui sous le choc de l'invasion nazie, et plus tard d'Italie.
L'exposition « Les Justes de France » retrace le parcours et les actions de sauvetage de plus de 50 Justes, organisés en réseaux ou individuels. L'hébergement dans des maisons, fermes, institutions chrétiennes ou à l'échelle d'un village, l'intervention au sein même des camps d'internement, le passage clandestin des frontières, la fabrication de faux papiers civils ou religieux. permirent de sauver des milliers de personnes.
Des extraits du film « Les Justes » d'Emmanuel Finkiel, ainsi que plusieurs entretiens ponctuent l'exposition, tandis qu'une base de données des Justes de France, accessible en plusieurs points du parcours, permet l'accès aux biographies du « Dictionnaire des Justes de France ».
L'exposition est conçue par le Mémorial de la Shoah, sous la direction de l'auteur de ce dictionnaire, Lucien Lazare, historien, ancien combattant de la Résistance française, membre de la commission pour la désignation des Justes pour le Mémorial de Yad Vashem, avec le concours du Musée Mémorial de Yad Vashem, de Jérusalem et en partenariat avec le Comité français pour Yad Vashem (cf. http://www1.yadvashem.org/education/French/homepage.htm).

Commencer par parler des « Justes » à un enfant est souvent pour les familles une façon pédagogique d'évoquer progressivement la tragédie de la Shoah, dont l'horreur insoutenable serait trop violente pour leur jeune psychologie.

 

24 juillet Entretien avec la prieure du monastère de Haïfa

Moyen Orient : un témoignage sur les lieux du conflit
Entretien avec la prieure du monastère de Haïfa (Israël)


ROME, Lundi 24 juillet 2006 (ZENIT.org) - Soeur Maria Giuseppina, prieure du monastère des Carmélites de Haïfa raconte dans cet entretien transmis à Zenit par l'intermédiaire de l'Ordre des Carmélites, comment les religieuses vivent ces moments de conflit, de même que la population israélienne. Haïfa est situé à une quarantaine de kilomètres de la frontière libanaise.


Q : Comment la population réagit-elle au fait de vivre en permanence avec la peur d'une nouvelle alerte et l'angoisse de devoir gagner les abris avant un nouveau bombardement ?

Sr Maria Giuseppina: La situation est grave. Elle dure depuis le 13 juillet lorsqu'on a annoncé qu'ils auraient commencé à bombarder Haïfa. Les missiles arrivent avec une certaine fréquence ; les premiers sont tombés le soir même, près de la Basilique Stella Maris, sur la route qui descend à Haïfa, où une femme est décédée d'une crise cardiaque. Les attaques se sont poursuivies le lendemain, avec les morts, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui. Il y a deux jours toute la zone de Tibériade était touchée et cela fait peur naturellement car toute la population est en état d'alerte. Dieu merci l'école était terminée mais ils ont fermé la grande Université de Haïfa et disent aux mamans qui travaillent de rester chez elles avec leurs enfants. Tout fonctionne au ralenti.

Q : Comment les soeurs vivent-elles ce moment ?

Sr Maria Giuseppina: Nous le vivons en solidarité avec le peuple israélien, avec les arabes, avec les juifs. Nous écoutons les nouvelles et suivons les indications : on nous a demandé de ne pas rester dans les cellules (qui sont tournées vers la mer, précisément d'où arrivent les missiles). Nous avons déménagé les chambres en nous installant dans les couloirs ou dans les chambres qui ne donnent pas sur la mer, par prudence. Nous poursuivons notre vie comme avant. Lorsqu'il y a une alerte nous allons dans la pièce la plus sûre et écoutons les nouvelles à la radio. Lorsque tout est fini, la vie reprend son cours. Nous prions beaucoup en faisant confiance au Seigneur à qui nous nous adressons pour cette situation dont nous ne voyons pas la fin car les deux parties sont plutôt entêtées dans leurs positions. Nous espérons qu'il y aura d'autres interventions d'en haut, pas seulement du Seigneur mais aussi des grands de la terre pour les convaincre à déposer les armes.

Q : Aviez-vous constaté des signes précurseurs du conflit avant le déclenchement des hostilités ?

Sr Maria Giuseppina: Toujours dans l'après-midi du 13 juillet, la sour qui était allée au marché est rentrée en disant qu'elle avait entendu que dans la soirée ils auraient commencé à bombarder Haïfa. C'est à l'heure de la récréation que nous avons entendu les deux premières explosions. Nous n'y pensions pas jusqu'alors, en l'occurence parce que cela n'était jamais arrivé à Haïfa.

Q : Y a-t-il des personnes qui viennent vous demander un réconfort ou de l'aide ?

Sr Maria Giuseppina: Oui ! Il y a par exemple une enfant que nous connaissons qui est venue nous demander de la laisser dormir chez nous car un missile était tombé près de chez elle et elle avait très peur. Le téléphone sonne bien sûr du matin au soir. Tout le monde, aussi bien de l'étranger que de l'intérieur du pays, nous demande ce qui se passe et si nous allons bien. Dimanche 16 juillet c'était la fête de la Vierge du Mont Carmel mais il y avait peu de monde à la messe car précisément au moment où les chrétiens se préparaient pour partir, une forte explosion a fait 9 morts : pris de panique, les gens sont alors restés chez eux. La peur est grande mais en même temps la vie continue.

Q : Sr. Maria Giuseppina, si vous vouliez lancer un appel ou faire une prière, que diriez-vous ?

Sr Maria Giuseppina: Nous, en tant que carmélites, sommes prière et prions, mais nous demandons à tous les chrétiens du monde de prier, car la Terre Sainte est chère à tous et nos communautés sont ici au service de tous. Priez afin que la situation change et que l'on parvienne enfin à la paix désirée ! C'est un appel que je lance de tout mon cour !

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26 juillet A Haïfa, le docteur Nasrallah

A Haïfa, le docteur Nasrallah soigne les blessures de roquettes
Yediot Aharonot, 26 juillet 2006         Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

 

A l'hôpital Rambam, à Haïfa, on s’adresse avec respect à Haitam Nasrallah, 28 ans.

Le docteur Nasrallah, jeune et bel homme, a étudié médecine en Italie, et effectue actuellement son internat à Haïfa. Les autres médecins de l'hôpital lui prédisent un avenir brillant, malgré son nom encombrant.

Les soldats et patients qui remarquent pour la première fois le badge du jeune médecin le regardent d’abord avec curiosité et même soupçon. Ils se sont rués à l'hôpital à cause des roquettes de Hassan Nasrallah, et voilà qu'un autre Nasrallah les attend dans la salle des urgences ? Mais le regard soupçonneux se transforme très vite en sourire et même en rire.

Le docteur Haitam Nasrallah est chrétien. Il habite Shfar’am (ville arabe proche de Haïfa) et compte épouser sa fiancée, elle aussi habitante de Shfa’am.

Il n’a aucune intention de changer de nom. "D’abord parce que c’est mon nom. Et puis, c’est celui-là, à Beyrouth, qui devrait changer de nom. Pourquoi moi ? Moi et ma famille portons fièrement ce nom depuis des générations. Il signifie « gardien de Dieu ». Je n’ai aucun problème avec ça, sauf pour ce qui est de ces tremblements (produits par les roquettes)."

Alors que Nasrallah regarde la télévision avec ses collègues médecins et spécialistes, et que le leader du Hezbollah apparaît à l’écran, "Yalla (« allez »), parle à ton cousin et dis-lui d’arrêter ces missiles", plaisante
un collègue.

L'un de ses patients sort de l'hôpital, il s'approche du médecin et lui dit : "Tu peux en être sûr, je n'oublierai jamais ton nom.." "Bien sûr, j’espère qu’ils me connaissent par mon travail et pas seulement à cause de mon nom", explique Nasrallah.

"Je soigne quiconque arrive à Rambam, sans considération d'origine, de religion ou de nationalité. Je suis israélien et j’habite Israël. J’en suis fier comme je suis fier des relations extraordinaires qui règnent à l’hôpital entre tout le staff, avec les patients, sans rapport avec la race ou la nationalité", dit-il.

Comme Haitam Nasrallah, plusieurs dizaines de médecins arabes travaillent à Rambam, musulmans, chrétiens et druzes. L’un de ses collègues, le docteur Hani Bahous, 47 ans, espère que la paix au Moyen-Orient adviendra bientôt et que de bonnes relations s'établiront entre tous les peuples, comme celles qui règnent à l’hôpital Rambam et à Haïfa en général.

Alors que nous nous entretenons avec le docteur Nasrallah, les sirènes d'alerte retentissent encore une fois sur Haïfa. Après un certain nombre de regards insistants, il sourit : "OK, OK, je l’appelle et je lui dis d’arrêter."

 

27 juillet Les arabes de Haïfa

 Les Arabes de Haïfa se sentent pris au piège

 

La Croix 27 juillet 2006     www.la-croix.com

 

"Dans cette crise , cela ne sert à rien de désigner un coupable. ]e soutiens la paix et rien d'autre. Je veux un cessez-le-feu des deux côtés." À l'entrée de Wadi Nisnas, le vieux quartier de Haïfa où vit une partie de la communauté arabe, la terrasse du café El-Toro reste désespérément vide. En dépit du danger, Hassan, 39 ans, Arabe musulman, tient à ouvrir son établissement, ne serait-ce que pour accueillir les voisins qui lui rendent visite. « Tout le monde va perdre dans cette crise, affirme son ami Elias, un Arabe chrétien. Israël ne peut pas s'empêcher de montrer ses muscles et cela lui fera un tort considérable. Croyez-moi, je suis plus soucieux du sort de l'État hébreu que la plupart des juifs israéliens. »

Depuis bientôt deux semaines, la crise a mis un million de citoyens arabes israéliens dans une situation impossible. Les missiles et les roquettes du Hezbollah qui s'abattent chaque jour sur le nord d'Israël ne font pas seulement des victimes juives. Des localités arabes comme Sakhnin et Madj Al-Krum ont été touchées. Deux enfants, deux frères âgés de 3 et 9 ans, ont trouvé la mort, la semaine dernière, alors qu'ils jouaient dans une rue de Nazareth. Habib Isa Awad, 48 ans un Arabe chrétien, père de quatre enfants, travaillait dimanche dam un atelier de menuiserie de la zone industrielle de Kiryat Ata, au nord de Haïfa, quand une roquette l'a tué. Et mardi, Daa Abbas, une jeune fille de 15 ans, a été tuée pas une roquette dans son village de Maghar, près de Tibériade.

En tant qu'Arabes, la sympathie des Arabes israéliens va spontanément au peuple libanais. En tant que citoyens israéliens, confrontés à la même adversité, ils se sentent aussi solidaires de leurs compatriotes juifs. Les derniers événements n'ont fait qu'attiser cette schizophrénie permanente, en alimentant une lecture des événements de plus en plus communautaire.

«Quand la guerre éclate, chacun pense d'abord à son peuple et à sa famille», souligne Hassan qui ne cache pas son admiration pour cheikh Hassan Nasrallah, le chef du-Hezbollah, un leader qui promet d'obtenir la libération des prisonniers libanais détenus en Israël. « Quand il dit quelque chose, il le fait et cela fait peur à Israël. » «Moi, je ne l'aime pas, intervient Elias, il mélange la religion et la politique et c'est ce qui pourrit le Moyen-Orient»

Il n'empêche. À la différence des Palestiniens dans les Territoires, les Arabes israéliens de Haïfa travaillent et vivent aux côtés des juifs israéliens. Et ils sont choqués de la même façon quand une roquette tombe sur Haïfa. «J'ai peur, avoue Nadia, 41 ans. Les roquettes ne choisissent pas leur cible. Cela peut tomber sur moi à tout moment et je me sens aussi proche des Libanais que des Israéliens. Je suis chrétienne et je vis dans un quartier mixte, à côté du temple Bahaï: Haifa est la seule ville en Israël où Arabes et juifs peuvent habiter dans le même immeuble et travailler ensemble, au port, à l'hôpital ou à l'université. »

Haïfa, 250000 habitants, compte environ 25000 Arabes dont 60 % de chrétiens, en majorité grecs-catholiques. La tradition de coexistence entre les communautés remonte à Hassan Choukri, l'ancien maire arabe qui avait gouverné la ville entre 1914 à 1920 dans un esprit de tolérance et de respect mutuel. En 1948, quand des milliers d'Arabes palestiniens pliaient bagage pour fuir la guerre, des membres de la Histadrout, la centrale syndicale fondée par Ben Gourion, avaient distribué des tracts demandant à leurs voisins arabes de rester chez eux. La municipalité perpétue cet héritage en favorisant le dialogue entre les communautés et en finançant des programmes d'éducation à destination de la population arabe.

Dans les étroites ruelles de Wadi Nisnas, la plupart des commerçants arabes préfèrent s'abstenir de tout commentaire. Le sujet est trop sensible. «Personne ne nous aime, ni les juifs, ni le Hezbollah. Les Palestiniens disent que nous sommes des Israéliens, les juifs disent que nous sommes des Palestiniens, nous sommes entre les deux, bons pour la poubelle», lance Hassan, sur un ton sarcastique. «Si on gratte un peu, on voit qu'il y a des problèmes, commente le P. Renato Rosso, curé de l'église latine. Les mariages mixtes sont très rares et l'interaction entre juifs et Arabes reste limitée. Les Arabes israéliens ont conservé des liens familiaux avec la Cisjordanie et cela compte beaucoup pour eux. Les musulmans sont travaillés par les islamistes radicaux. Les chrétiens sont un peu plus réalistes, ils savent qu'entre Israël et le Hezbollah, les responsabilités sont partagées. »

Malgré les difficultés, Haïfa, la grande ville du Nord, reste un pôle d'attraction pour tous les jeunes Arabes israéliens de la Galilée. Ziad Abd El Hadi 21 ans un musulman originaire de Nazareth, gère une grande pâtisserie orientale, ouverte il y a six ans par son père. Des montagnes de baklava attendent sur les présentoirs. «En temps normal, nous ouvrons tous les jours de 9 heures du matin à 11 heures du soir et la majorité de nos clients sont juifs. J'ai de la famille au Liban, en Syrie et en Jordanie. En 1948, ils sont tous partis dans des directions différentes. Au fond du coeur, les gens ne s'aiment pas. Si un jour il y a la paix entre Israéliens, Palestiniens et Libanais, ce sera à cause de l'économie. J'ai un employé palestinien qui vient de Jénine en Cisjordanie parce qu'il veut gagner de l'argent. Si Israël avait échangé des prisonniers libanais contre ses soldats, cela aurait évité de tuer des innocents. Tous les hommes sont semblables. Le problème vient des grandes puissances. Israël ne fait qu'obéir aux ordres des ÉtatsUnis. J'ai entendu à la télévision que Bush voulait la guerre entre chrétiens, juifs et musulmans. Le problème, c'est que ni Bush, ni Olmert ne souhaitent la paix. »

FRANÇOIS D'ALANÇON

9 août ne pas attendre

« Les Européens ne doivent pas attendre pour intervenir »

 

La Croix 9 Août 2006           www.la-croix.com                                                            Avraham B. Yehoshua

 

Avraham B. Yehoshua a publié de nombreux ouvrages traduits en français, dont récemment Israël, un examen moral et Le Responsable des ressources humaines,

 

Vous vivez à Haïfa, dans le nord d’Israël frappé par les roquettes du Hezbollah. Comment avez-vous vécu ces dernières semaines ?

A.B. Yehoshua : C’est difficile mais, avec mon épouse, nous avons la chance de pouvoir passer régulièrement les week-ends dans notre appartement de Tel-Aviv. Pendant la semaine, nous restons à la maison. À chaque alerte, nous allons passer quelque temps dans une pièce sécurisée. Ma situation à Haïfa n’est pas comparable avec celle des gens qui vivent plus au nord, le long de la frontière avec le Liban. Cette guerre est venue soudainement, comme la guerre des Six Jours ou celle de Yom Kippour. Pour la première fois depuis la guerre d’indépendance de 1948 que j’ai vécue comme un enfant de 12 ans, une grande partie de la population civile est prise pour cible.

– Cette guerre est-elle légitime?

– Oui, et pas seulement à cause des actes commis par le Hezbollah. Le Hezbollah n’est pas une

organisation terroriste banale mais une organisation militaire, avec des unités combattantes, des missiles, des bases, un système économique, des médias et des représentants au Parlement et au gouvernement. Le Hezbollah est un État militaire dans l’État du Liban. Le Liban ressemble à une très belle dame cultivée qui aurait un bulldog, un chien meurtrier, libre de faire ce qu’il veut. Le Hezbollah jouit de la protection de l’État libanais et mène une guerre totale contre les civils d’un autre État dont il réclame l’élimination. C’est une situation unique.

– Vous avez récemment signé un appel au gouvernement israélien à accepter un cessez-le-feu mutuel avec le Liban. Le Hezbollah peut-il être neutralisé par des moyens militaires ?

- Non. La seule solution est de faire une forte pression sur le Liban pour qu’il contrôle le Hezbollah. Je suis très content de l’initiative française et du projet de résolution présenté avec les États-Unis. La France peut jouer un rôle de leader au sein de l’Europe dans cette crise. Le retrait israélien du Liban ne pourra être résolu que par l’établissement d’une zone démilitarisée contrôlée par une force internationale. Si cela marche, cette action pourra se répéter avec les Palestiniens. Depuis dix ans, je dis que la clé du règlement au Proche-Orient est entre les mains des Européens, qui ne doivent pas attendre comme dans le cas de l’ex-yougoslavie. Si les Européens en ont le courage, s’ils aiment la Terre sainte, ils doivent venir ici aider les deux parties à se séparer, en créant des zones tampons démilitarisées, dans une sorte d’armistice qui mènera à la paix. L’Europe démocrate, unifiée, pacifiée et prospère doit trouver la force d’être plus active dans la recherche d’une solution.

– Vous avez fait partie des intellectuels israéliens qui ont soutenu l’accord de Genève signé en 2003 par des Israéliens et des Palestiniens. Le conflit avec le Hezbollah soutenu par l’Iran et la Syrie ne relègue-t-il pas au second plan la question israélo-palestinienne ?

– Le Hezbollah a fait des dégâts énormes dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Le Hezbollah a réussi à rallier contre lui toute l’opinion publique israélienne, des colombes aux faucons. S’il y avait des élections en Israël, la droite l’emporterait très largement. Aujourd’hui, les Israéliens pensent que les retraits du Liban et de Gaza n’ont produit que des tirs de missiles et de roquettes. Après la guerre, quand nous dirons à l’opinion publique israélienne qu’il faut agir pour le règlement de la question palestinienne, on nous répondra que nous sommes naïfs et dangereux. Si au moins il y avait un cessez-le-feu à Gaza pendant un ou deux ans pour montrer aux Israéliens qu’on peut aller plus loin avec la Cisjordanie, cela pourrait faciliter une solution. Mais si les Palestiniens de Gaza pensent qu’ils peuvent répéter ce qu’a fait le Hezbollah, tout sera en ruine.

– Le modèle d’économie capitaliste et de société de consommation qui s’est développé en Israël depuis vingt ans n’est-il pas plus fragile que celui, plus spartiate, des fondateurs ?

- Effectivement, nous devrons repenser très profondément l’avenir de notre société qui s’est développée sur un modèle américain trop hédoniste. Dans cette guerre, les pauvres souffrent énormément, tandis que les riches continuent de vivre comme d’habitude. Notre société doit être dirigée autrement. Le fossé entre les classes ne doit pas être si grand.

– Est-ce que cela veut dire qu’Israël ne peut pas être un pays comme les autres ?

- D’autres pays sont passés par des périodes encore plus difficiles. La France a connu l’occupation allemande, il y a eu le Cambodge et le Vietnam, sans compter le Liban qui vit un nouveau désastre. Nous avons fait de grands progrès économiques et nous sommes très actifs sur le plan culturel, mais nous avons un nouvel ennemi. Ce que dit le Hezbollah, même les Palestiniens n’osent pas le dire. La majorité des Palestiniens reconnaît l’existence de l’État d’Israël. En privé, les gens du Fatah nous disent qu’il faut écraser le Hezbollah. Pour eux, le Hezbollah incarne un fondamentalisme religieux obscur qui entrave toute possibilité d’arrangement dans la région. L’Iran et le Hezbollah jouent avec des fantasmes hitlériens terribles qui n’aboutiront à rien.

– Avec ce qui se passe, c’est difficile d’être optimiste pour la paix dans la région…

- C’est vrai, mais j’ai quatre petits-enfants, et bientôt un cinquième. Je ne peux pas me permettre d’être pessimiste.

RECUEILLI À JÉRUSALEM PAR FRANÇOIS D’ALANÇON

 

16 août Chemin de paix
chemin spirituel

Déclaration du cardinal Etchegaray au moment de quitter le Liban

« Le chemin [de la paix] est aussi et surtout un chemin spirituel »


ROME, Mercredi 16 août 2006 (ZENIT.org) – « Ce chemin [de la paix], long et abrupt, est aussi et surtout un chemin spirituel. Aucun effort ne tiendra s’il ne s’accompagne pas de la paix des esprits et des cœurs », a affirmé le cardinal Etchegaray, à la nonciature de Beyrouth, avant de quitter le Liban au terme de sa mission.

Déclaration

   Je suis venu à Beyrouth juste le temps de célébrer la fête de l’Assomption de Marie en priant au nom du pape Benoît XVI pour la paix au Liban et dans le Proche-Orient.

Ma visite a coïncidé avec les premières heures de l’arrêt des hostilités, un arrêt qui a coûté beaucoup de temps et d’énergie et qu’on espère franc et massif. Cet arrêt doit permettre le déploiement de toutes les forces de paix. Nous devons remercier ceux qui, aux divers échelons nationaux et internationaux, se sont ingéniés à ouvrir avec obstination un chemin, praticable dans la mesure où tous s’y engageront résolument la main dans la main : nul ne peut être laissé sur le bord.

Ce chemin, long et abrupt, est aussi et surtout un chemin spirituel. Aucun effort ne tiendra s’il ne s’accompagne pas de la paix des esprits et des cœurs. C’est pour cela que nous avons prié à Notre Dame de Harissa et le peuple libanais l’a bien compris en venant si nombreux malgré les difficultés.

Seule la soumission à Dieu nous fera casser la logique du mal où s’empêtre l’homme marqué par la violence aveugle et suicidaire. Par mes contacts avec les Autorités religieuses et politiques, je témoigne que les chrétiens et les musulmans sont prêts à tout mettre en œuvre pour rebâtir ensemble leur Pays blessé. La paix n’est pas le simple essoufflement de ceux qui se sont battus ; elle est le souffle pur d’une famille qui croit en vérité que tous ses membres sont frères parce que également aimés de Dieu.

Je pense beaucoup aux déplacés du Sud Liban qui cherchent, souvent dans les larmes, à retrouver leur maison et leur terre. Je demande à toutes les Institutions gouvernementales et non gouvernementales de ne pas ralentir, bien plus d’intensifier une aide qui longtemps encore sera nécessaire.

Je vous assure que le Pape demeure très attentif aux souffrances et aux nécessités tant spirituelles que matérielles de tous les Libanais.

Maintenant que les armes se taisent, le Liban pourra mieux faire sentir que son cœur bat toujours pour l’unité de la Patrie et pour la paix entre les peuples.

 
16 août Messe de l'Assomption à Harissa

Homélie du card. Etchegaray au sanctuaire de Notre Dame du Liban
Messe de l’Assomption à Harissa


ROME, Mercredi 16 août 2006 (ZENIT.org) – « Le vrai chemin [de la paix] est encore plus spirituel que politique. Aucune paix définie par des accords ne tiendra si elle ne s’accompagne pas de la paix des cœurs », affirme le cardinal Etchegaray.
Le cardinal Roger Etchegaray, envoyé spécial de Benoît XVI, a en effet prononcé l’homélie lors de la célébration de la messe de l’Assomption qu’il a présidée au sanctuaire de Notre Dame du Liban, à Harissa, hier, 15 août.


Homélie


Frères et soeurs du Liban,
de Terre Sainte,
de toute la Terre, de l’Orient à l’Occident!

Ensemble, saluons Notre-Dame de Harissa qui nous accueille, elle qui, dans sa ronde maternelle d’amour, justement en ce jour du 15 août, nous fait embrasser toute la famille humaine, telle qu’elle la voit du haut du ciel, telle que la voit le Dieu trinitaire qui a créé chacun à son image.

Mercredi dernier quand, à midi, le pape Benoît XVI m’a demandé de venir en son nom célébrer cette divine liturgie, j’étais le cœur plein de l’Evangile du matin (Mt 15, 21-28) qui évoquait précisément le passage de Jésus "dans la région de Tyr et de Sidon" et transmettait le cri d’une mère: "aie pitié de moi, Seigneur, fils de David", arrachant ainsi la guérison de sa fille: "femme, ta foi est grande". Vraiment, le vieux et fidèle ami du Liban que je suis , ne pouvait avoir de meilleur argument pour répondre à l’appel du Pape. Oui, peuple libanais, très grande est votre foi, et je suis ici pour vous assurer que le successeur de Pierre veut confirmer votre foi aujourd’hui si éprouvée au point que certains laissent percer la parole agonisante de Jésus : "mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?"

Dans l’épaisseur de l’horrible nuit où vous êtes plongés, il vous faut d’abord et avant tout témoigner à quel point la paix et la prière sont vitalment liées l’une à l’autre.

La paix ? Qui n’en parle pas ? Qui ne la désire pas, même parmi ceux qui font la guerre ? Mais combien sont prêts à tout sacrifier pour elle ? La prière ? Quel croyant ne prie pas le "Dieu Tout Puissant" ? Mais combien y voient autre chose qu’un refuge aux heures de panique ou une dérobade face à ses propres responsabilités ? Prier pour la paix est le test le plus sûr que nous prenons au sérieux et la paix et la prière, l’une avec l’autre, l’une par l’autre.

Quelle paix solide, à bâtir coûte que coûte entre peuples aux mémoires meurtries par un passé et un présent jalonnés de révoltes, de vengeances ! Quelle paix féconde comme la rosée, à faire germer sur cette terre biblique où toutes les contradictions qui divisent le monde trouvent une expression et un symbole ! Il faut être clair : le conflit israélo-palestinien est un de ces drames qui, s’il ne trouvait rapidement une solution équitable, ne pourrait laisser nulle part aucun Etat innocent ni même intact pour son propre avenir. Si la justice et la vérité ne sont pas égales pour les deux peuples, elles ne sauraient alors être ni justice ni vérité et il n’y aura pas de paix durable dans le monde.

Certes, la paix en ce Proche-Orient ne peut être différente de celles qui se cherchent partout ailleurs, elle est pétrie de la même justice, de la même fraternité entre les peuples. Mais ici les raisons de paix sont plus pressantes parce que nourries de la vision messianique décrite par Isaïe et de l’exemple du Christ venu habiter parmi nous pour donner un nouveau départ à "la paix sur terre". Non seulement le Christ nous donne la paix, mais il est lui-même "notre paix". En personnifiant la paix, saint Paul en a fait une vie plus encore qu’un message, la vie de Celui qui, détruisant "le mur de la haine" a créé dans sa propre chair crucifiée, à partir de frères ennemis, un seul homme nouveau (Ep 2, 11-17). Toutes ces expressions si actuelles sont extraites de la Lettre aux Ephésiens. Mais il n’y a pas que les chrétiens à être ainsi interpellés par leur Maître: toute la grande famille des descendants d’Abraham, bien plus, toute l’humanité qui s’est trouvée pèle-mêle dans l’arche de Noé pour se sauver du déluge commence aujourd’hui à prendre conscience de son unité foncière à travers les différences parfois exacerbées de races, de cultures et de religions. Vivre ensemble est partout un défi et un programme, mais particulièrement ici.

Je suis venu au Liban au nom du Pape comme messager de paix et nous sommes unis à ceux qui aujourd’hui même se rassemblent pour une messe dans la cité mariale de Nazareth. Là-bas et ici, nous partageons les souffrances, les angoisses, les espérances de peuples pris dans le tourbillon d’une guerre fratricide sur laquelle Benoît XVI a dit que "rien ne peut justifier l’effusion de sang innocent, d’où qu’il provienne" (2 août) et n’a cessé de réclamer le cessez-le-feu.

Mais l’hémorragie est particulièrement sanglante parmi vous, peuple libanais, dont 30% des victimes ont moins de 12 ans. Nous prions pour les mères de famille qui enveloppent de larmes leurs foyers déchiquetés. Nous accompagnons le million de déplacés précipitamment en un mois sur une terre naturellement hospitalière. Nous remercions la Caritas libanaise et les organisations humanitaires de tous pays affrontées à une solidarité surhumaine. Ce n’est ni le lieu ni le moment de faire un bilan complet : mais devant Dieu nous pouvons déjà mesurer l’ampleur du mal et aussi le prix de la guérison espérée. Aucun remède ne pourra nous guérir s’il ne va pas jusqu’à la racine du mal et si humblement chacun ne reconnaît pas que l’ennemi ce n’est pas seulement l’autre mais aussi soi-même. Chacun de nous, chaque jour, par notre manière de penser et de vivre avec les autres, nous prenons parti pour ou contre la paix.

Certes, la promotion de la paix ne peut demeurer artisanale, réduite au bricolage de mille petits gestes : pour dire adieu à la guerre, il ne suffit pas de dire bonjour à la paix. Malgré toutes nos critiques, malgré toutes nos impatiences, nous devons rendre hommage aux divers responsables de la société, nationale et internationale, qui s’ingénient à frayer un chemin sur les pentes abruptes d’une paix pour tous les peuples de la région où s’enchevêtrent de plus en plus les problèmes du monde entier.

Mais le vrai chemin est encore plus spirituel que politique. Aucune paix définie par des accords ne tiendra si elle ne s’accompagne pas de la paix des coeurs. Dieu seul peut liquéfier des coeurs endurcis, surtout à une époque où la paix elle-même est devenue belliqueuse en laissant la violence s’infiltrer dans la vie quotidienne et en suscitant la peur qui animalise l’homme et le fait aboyer plus que crier au secours. Aucune religion ne peut non plus sans l’offenser capter son Dieu, voire le capturer pour le mettre dans son camp contre un autre. Mais toute religion est invitée aujourd’hui instamment à faire appel au Dieu "clément et miséricordieux". Car notre misère humaine est bien profonde et nous avons besoin de la miséricorde divine qui est encore plus profonde. Dans un climat de haine que nous respirons trop souvent, seul le pardon peut conduire à la réconciliation, un pardon qui n’est ni l’usure du temps, ni l’oubli, ni le calcul intéressé, ni la faiblesse complice, ni même la pitié condescendante. Un pardon que l’homme blessé, humilié, bafoué n’osera donner qu’à l’exemple du Dieu d’amour qui depuis le péché du premier homme ne peut plus aimer qu’en pardonnant au point que l’homme devient à son tour miséricordieux. Alors, et alors seulement, la terre est respirable et habitable d’une paix débordante de joie.

Nous prions pour toutes les guerres qui défigurent partout le visage du Dieu Créateur, la guerre "à la une", les guerres oubliées, les guerres cachées. Mais comment ne pas exprimer ici notre compassion pour nos frères de l’Irak qui, d’un mois à l’autre accumulent des victimes: 1.800 morts comptés, rien qu’au mois de juillet!

S’il est vrai qu’aimer quelqu’un c’est lui dire: "tu ne mourras pas", aujourd’hui avec plus de force qu’il y a 21 ans quand Jean Paul II m’envoya au Liban déjà tout meurtri, je veux crier: Liban, tu ne mourras pas!

Peuple libanais, entend le Christ qui te dit: "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme" (Mt 10,28). Non, tu ne mourras pas! Sous les décombres fumantes de violence, de vengeance, derrière les meurtrissures de ton corps humilié, nous découvrons encore intacte ton âme, nous ne désespérons pas de toi. Malgré toutes les menaces du dehors et du dedans, tu demeures ce que tu es au fond de toi-même, une terre de communion et de partage. Jamais la montagne et la mer ne pourront te manquer: la montagne pour t’identifier et la mer pour dialoguer. Sois fidèle à ta vocation historique de faire coexister les cultures et les religions pour les présenter, tel un modèle réduit, fragile mais vivant, à l’imagination assoupie ou essoufflée d’une humanité qui a perdu ses raisons de vivre ensemble. Tu ne te défends pas pour toi tout seul, mais pour tous les peuples de la terre.

Peuple libanais, regarde avec tendresse du côté des jeunes. Rongés par l’horreur et le désespoir, en proie à toutes les séductions y compris celle de quitter le pays, ils attendent que les aînés et le communautés ecclésiales leur apprennent à goûter la vraie vie qui puise sa sève printanière dans les Béatitudes.
 

     
     
     

 

Ressources

20/07/06 : "Justes"

24/07/06 "Entretien"

26/07/06"Dr.Nasrallah"

27/07/06 "Arabes de Haïfa"

09/08/06 "ne pas attendre"

16/08/06 " chemin de paix"

16/08/06 "Messe Assomption"

 

 

 

  Dernière mise à jour le 28/04/08
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