Présentation - Chandeleur - Purification de Marie

 

Le découpage du temps de Carême en 5 semaines liturgiques n’a pas pour but d’en comptabiliser le déroulement en étapes successives et d’en alléger ainsi, artificiellement, le “poids”(Kaved en hébreu), mais d’ouvrir à la “gravité” (même mot, en hébreu : Kaved) de ce temps, invitant à entrer dans l’intensité de sa durée : dynamique intérieure au-delà du temps compté, tout entière portée par la traversée d’une triple résonance:

 

• celle de la voix qui crie dans le désert:

“préparez les chemins d’Adonaï (Lc. 3,4/Is. 40,3)

 

• celle de la voix qui crie du haut de la croix:

“mon Dieu (Elohaï = ma force), pourquoi m’as-tu abandonné?” (Mc. 15,34 /Ps. 22,2)

- la première, ouvrant la voie à l’urgence du retournement des coeurs.

- la seconde annonçant la confrontation solitaire et singulière avec la mort.

 

• entre les deux, une voix -deux fois in-ouïe - venue d’ailleurs:

               1 - « Tu es mon fils, aujourd’hui ».. (Lc. 3,22 /Ps. 2,7)

                     - voix mise à l’épreuve d’une contre-voix venue d’en-bas, incitant à faire la preuve:

                    ‘Si tu es Fils de Dieu...” prouve-le !.. (Lc. 4,1-13 /Dt. 8,3 ; 8,9; Ps. 91,11-12)

               2 - “Celui-ci est mon fils.., maintenez-vous à l’écoute.” (Mc. 9,7/Is. 42,1)

               - invitation à prêter l’oreille, sans preuve.

 

Vers la fin, et comme en écho:

la voix qui, dans un grand cri de nouveau, s’est tue...

ouvrant ainsi au Grand Silence du Samedi-Saint : la Saint Shabbat avant la Pâque:

(Mt. 27,50 . Jn. 31,42 /Ex. 12,46; Za.. 12,10)

 

 

 

 

Le texte que j’ai choisi pour inaugurer ce chemin de

contemplation vers Pâques est tout entier orienté vers le

Grand Silence du Samedi-Saint, il pourrait s’intituler:

“Vers l’heure du changement d’ange”

 

 

L’auteur y puise son inspiration dans une référence au Talmud:

“Quand l’ange de la nuit s’en va

et que l’ange du Jour n ‘est pas encore venu,

à l’heure du changement d’ange,

l’homme connaît une grande angoisse.”

 

 

 

 

de Bernard Feillet

“Ces quelques mots du Talmud m’ont instruit sur l’heure du changement d’ange. Avant moi, d’autres hommes avaient connu cet instant...

La grande souffrance est imprévisible, nous n’y sommes jamais préparés: elle vient du côté de l’amour et non des sources du mal. Nous guettons l’ennemi qui pourrait surgir du désert, le veilleur de la nuit s’est retiré, et seul sur le rempart tandis que nous nous gardons du mal venu d’ailleurs, elle nous attaque de l’intérieur, elle vient de notre dernier refuge: nous sommes acculés à nous-mêmes et il n’y a pas de repli. Nous demeurons seuls, nous ne savions pas que c’était cela notre vie : rien que seuls.

Pour ma part, je suis devenu l’homme du Samedi Saint. C’est mon jour: je le célèbre toute l’année. La mort est la mort, et la vie n’est pas la Résurrection. On découvre, après la mort d’un homme, qu’on ne le connaissait pas vraiment : trop de questions n’ont pas été formulées. Jésus est l’inconnu de l’Evangile et le mystère de Dieu reste inexploré.

La foi qui ne se raconte pas d’histoires est un entre-deux et, pour garder l’image, on pourrait dire un entre-deux anges : l’ange du réconfort de l’agonie, certitude de devoir mourir, et l’ange de la proclamation de la Résurrection la plus belle des incertitudes. Ne pas manquer l’heure du changement d’ange, qui reste pour moi inoubliable: elle est vraie, je ne puis douter qu’il en est ainsi. De ce moment d’évidence, le grand mystère de Dieu développe son infini et il m’est donné d’en percevoir l’espace, puisque je m’en tiens à distance.

L’Ecriture, que nous disons être la Parole de vérité, n’a-t-elle pas reçu son nom, non de la vérité, mais de l’heure vraie où elle s’est inscrite ? La vérité ne peut être dite. A chacun de raconter son combat comme une aventure singulière, non pour la vaincre, mais l’accueillir. L’ange du combat de la nuit quitte Jacob au matin et le laisse blessé. Jacob n’a pu atteindre la vérité, mais il est devenu fort de la lutte même où Dieu s’est révélé inaccessible. Elles nous aveuglent les certitudes de midi, quand l’ombre elle-même se fait trop précise. Redouter surtout trop de lumière.

Quant à l’ange du jour, la merveilleuse surprise, c’est qu’il existe. II se montre dans l’étonnement renouvelé d’être vivant aujourd’hui, blessé, instruit, rajeuni. A ceux qui aiment, je ne dirai pas son nom, car ils le connaissent; à ceux qui sont dans la tristesse de ne pas aimer, je le tairai aussi: il est prématuré pour eux de l’entendre. Son nom est unique dans la vie de chacun. Cet ange n’est pas comparable. L’Evangile le nomme, mais ne dispense pas de l’attendre pour le découvrir peut-être. Il est subversif et joyeux comme la liberté, terrible comme l’avenir. On ne peut anticiper sa venue...

Notre foi parle dans l’urgence de l’instant. Elle se dit dans l’aventure des hommes, dans notre faiblesse et dans l’imaginaire de notre attente. Le plus réel et le plus irréel de ce qui compose notre univers intérieur en discernent les contours et lui permettent de s’épanouir, de se garder intouchable. Elle est charnelle comme un corps d’humanité, spirituelle comme le destin du monde... Notre foi n’est rien d’autre que ce que nous sommes, mise par nous légèrement à distance afin d’être perçue...

Etre croyant est une manière d’être dont la force et la faiblesse importent davantage que les paroles qui tentent de la dire : notre foi est la définition de nous-mêmes, la saisie de notre destin insaisissable.

... Dans nos vies, les anges vont et viennent. Demeure l’imprévisible... Comme tout cela est grave!”

(Extrait de “ La Nuit et le Fou “1983)

 

L’ange du jour est un murmure;

à chacun de prêter une oreille attentive

à l’heure de son passage,

après la nuit.

Stéphane,

sur le chemin...

 

 

 

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  Dernière mise à jour le 28/04/08
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