Vous avez dit  "Assomption"...

 

Les catholiques:

          

 L’assomption corporelle de Marie dans la gloire céleste

 

                         Extrait de  LA FILLE DE SION, considération sur la foi mariale de l’Eglise

                     Joseph Ratzinger, Benoît XVI , 1990, trad. de l’allemand  Ed. Parole et Silence, 2002

 

....   B. Altaner montra avec toute son érudition d’historien que notre affirmation n’est certainement pas attestée selon les sources avant le VI° siècle. Il est donc clair qu’il ne peut s’agir ici de la transmission historique d’un fait historique et que l’affirmation est mal comprise lorsqu’elle est  considérée ou présentée comme telle. Là se situe la différence décisive avec la résurrection de Jésus qui à vrai dire dépasse aussi l’histoire et en ce sens ne constitue pas un fait historique habituel ; pour elle il est essentiel qu’elle remonte dans l’histoire. Le texte de la Bulle dogmatique de 1950 a tenu compte de cette différence; il ne parle pas pour Marie de « resurrectio » ( anastasis) mais  d’assomptio ad caelestem gloriam, non pas de « résurrection » mais d’ « assomption » corps et âme dans la gloire céleste.

Il définit ainsi clairement le contenu d cet article de foi non comme historique mais comme affirmation théologique. Que cela signifie-t-il ? Pour cela il faudrait aborder l’histoire du développement du dogme ainsi que les facteurs déterminants de sa formation.

Il apparaîtrait ainsi que l’élément décisif qui poussa à cette affirmation fut la vénération de Marie ; le dogme tire son origine, son déploiement, son but moins pour ainsi dire du contenu de l’affirmation que de l’acte d’hommage et de glorification. Cela est aussi perceptible dans le texte de la promulgation du dogme lorsqu’il est dit que le dogme  est promulgué en l’honneur du Fils, pour la glorification de sa mère et la joie de toute l’Eglise.

Ce dogme voudrait être un acte de vénération, la plus haute forme de la louange mariale, de la bénédiction.

Ce que l’Orient produit dans la liturgie, les hymnes, les rites, se réalise en Occident sous le mode de la dogmatisation qui voudrait être et  était au principe la forme la plus solennelle de l’hymnologie comme un acte de vénération. (…)

La vénération se rapporte à celle qui vit, qui est à la maison, qui est vraiment parvenue au but au-delà de la mort.  

 (…)   La formule de l’Assomption explicite ce que présuppose la vénération. Toute vénération qui a lieu sous l’attribut « sanctus (a) », suppose une vie unie au Seigneur.

           Elle n’a de sens que si celui que l’on vénère vit et est arrivé au but. On pourrait dire que le dogme de l’Assomption est le degré le plus élevé de la canonisation dans lequel l’attribut « saint » est entendu au sens le plus rigoureux et signifie être totalement et sans partage dans l’accomplissement eschatologique.

   Ainsi apparaît le contexte biblique fondamental qui recouvre finalement toute l’affirmation. (…) Nous pouvons et nous devons du même coup nous souvenir que l’Evangile lui-même prophétise et exige la vénération de Marie

                    «  Oui, désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse ». ( Lc 1,48)

C’est un commandement adressé à l’Eglise dont la mise par écrit par Luc suppose que la louange de Marie existait déjà dans l’Eglise de son temps et que lui-même en fait un commandement de l’Eglise pour toutes les générations. Il voit un tel éloge de Marie poindre la salutation d’Elisabeth « Bienheureuse celle qui a cru… »’(Lc1,45) Dans cette forme la plus ancienne de la louange mariale se reflète l’Unité des Testaments, caractéristique pour tout le thème marial. »

 

 

 

 

Albert Rouet

 

L'on sait que le langage de la résurrection utilise plusieurs oppositions comme haut/bas, baisser/relever. L'assomption a souvent été décrite comme le contraire de la pourriture du corps et du retour à la poussière : «Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption » (Ps 16, 10 = Ac 2, 27). Les croyants estimaient indécent pour Marie de connaître en son corps les misères de la maternité, par exemple, et surtout la peine de la mort. Ils ont inventé la dormition de Marie pour lui éviter toute flétrissure corporelle en laquelle ils pensaient voir un résultat non de la nature mais du péché. Rarement, par exemple, l'art a imaginé une Marie vieillie : comme les Actes décrivent Étienne « beau

comme un ange » (6, 15) qui « s'endort » à sa mort (7, 6o), Marie se serait endormie. Cette opinion n'est pas partagée par tous : « Marie a subi la mort temporelle », dit une oraison du sacramentaire grégorien du pape Hadrien 1er (fin du VIIIe s.). Il est clair que de telles opinions dépendent de la conception que l'on se fait du corps, et le mépris dans lequel on 1'a tenu dans l'Église provient, entre autres, de la manière dont on a interprété une influence grecque. La Bible possède un réalisme plus sain : pour elle compte moins l'opposition entre l'âme et le corps que la distinction entre, pourrait-on dire, pour résumer, l'individu et la personne; l'individu étant un homme pris isolément, la personne étant l'homme saisi dans toutes ses relations, y compris la relation avec Dieu.

Toutefois des tentatives comme celle de la dormition de Marie possèdent un aspect positif que l'on doit garder, même en admettant que Marie ait connu la mort physiologique.

Il est vrai que l'assomption se définit par rapport au corps que, dit-on, l'Église a souvent méprisé. Pourtant elle prêche une résurrection des corps - scandale pour les Grecs (Ac 17, 32). L'assomption proclame l'éminente dignité du corps de l'homme : ce qu'on a rejeté et qui pourtant existe, ce corps de lourdeurs et de joies, est exalté en Marie. En face d'une spiritualité éthérée, l'assomption porte avec réalisme sur ce que d'aucuns veulent ignorer ou rejeter. Car le corps n'est pas un habit : il nous constitue, nous relie au monde et à la mort. Il est le lieu de notre histoire. Dieu pénètre au fond de l'homme (He 4, 4), il connaît l'effort constant, la guerre que chacun mène pour arriver à être lui-même. Dans cette peine, la grâce agit au niveau de toute la personne, dans son unité. L'opposition entre le corps et l'âme dépend d'une philosophie; mais, quelle que soit la philosophie que l'on suive, le corps exprime que l'homme est en relation, de manière indispensable. En tant que relation à Dieu, la grâce n'entre pas dans le corps faute de pouvoir y échapper, elle pénètre là où l'homme se construit. Il existe une dimension corporelle de la grâce : elle est toujours la vie de Jésus incarné.

L'assomption met en cause l'efficacité même de cette grâce, qui est une active communication de Dieu. Il arrive bien souvent que la grâce soit imaginée comme un don mort, octroyé de-ci de-là, alors qu'elle consiste en la communication d'un dynamisme dont l'action se poursuit, s'étend, se communique. La grâce ne s'identifie pas à un état statique, elle introduit dans une force; elle est vie. Par conséquent on ne peut pas en parler comme d'une chose : elle provoque une évolution. Tout contact avec la grâce produit une réelle transformation. Si Dieu ne peut pas réellement transfigurer ceux qui vivent de lui, alors il n'est jamais que le prête-nom abstrait d'une simple raison de vivre. Dieu est une personne vivante, il transforme l'autre par son contact : en cela consiste la puissance de l'amour. La pauvreté avec laquelle Marie a suivi son Fils en se dépossédant d'elle-même manifeste avec quelle intensité elle s'est donnée à la fidélité. Son corps ne fut pas le compagnon matériel de sa démarche, mais le tissu de sa splendeur. L'Assomption laisse cette beauté glorifier son créateur.

Il faut ajouter ici que l'Assomption apporte un espoir particulier à tous ceux qui souffrent dans leur corps et de leur corps, non pour les en délivrer (Marie ne fut pas à l'abri des atteintes du temps), mais pour leur apprendre qu'un jour ce qu'ils rejettent se déchirera, s'ouvrira et que la gloire de Dieu sera manifestée dans la matière renouvelée.

 

 Marie existe en elle-même et d'autant mieux qu'elle se donne. On ne peut donc en faire n'importe qui ! Son cheminement particulier ne la dissout pas en représentations symboliques. Sa particularité vient de là : parce qu'elle se tient comme personne propre, libre, on peut lire en elle ce qu'accomplit Dieu en ceux qui se livrent à son amour. Marie est le type du croyant. En elle la foi se purifie : elle est vierge; en elle l'amour porte son fruit : elle est mère; en elle l'Esprit place le Verbe : Il ne cesse de faire lever des paroles vraies.

La rencontre de Dieu et de l'homme s'effectue dans le Verbe incarné, mais cette incarnation ne surgit point par génération spontanée. Une patiente adaptation de l'homme prélude à la rencontre du Christ jusqu'à ce point où l'homme est adapté, grâce à l'Esprit, à son sauveur. Pour chacun, c'est la phase mariale de sa vie de croyant, phase qui n'est pas un avant, mais l'attitude d'un fidèle qui sait trop bien qu'il doit encore se convertir pour rencontrer son Seigneur et se laisser prendre par Lui. Ce que l'Esprit fit en Marie, il le poursuit en tout chrétien. Connaître Marie permet de lire la propre histoire de sa foi : « Car tout ce qui est mis au grand jour devient lumière »(Ép 5, 14).

 

Marie

Le centurion « croire et comprendre »

 

Les protestants :

 

André et Francine Dumas

 

Prenons deux peintres étonnants, si typiques, l'un de la Réforme, Rembrandt, l'autre de la Contre-Réforme, Le Gréco. Rembrandt montre surtout l'abaissement de Dieu, lui qui a consacré 145 tableaux (sur 650 environ), 70 eaux-fortes (sur 300) et 575 dessins (sur environ 1500) à la Bible seule. Trente et une fois, il traite de l'histoire d'Abraham, quinze fois de la parabole du Bon Samaritain, dix-huit fois de la scène d'Emmaüs, mais jamais du jugement dernier, jamais de la transfiguration ou des noces de Cana, thèmes les plus favoris de l'iconographie médiévale, puis du baroque.

Le Gréco, au contraire, peint très souvent le couronnement de la Vierge, les adieux de Jésus à Marie, l'Immaculée Conception, etc.

Il y a là deux mondes, spirituels et iconographiques. Peut-être peut-on dire aussi que l'art roman insiste sur l'Incarnation, tandis que le gothique, de plus en plus, se consacre au règne de Marie.

Certes, l'élévation de l'homme existe aussi par la Résurrection en Christ, mais c'est une traversée dramatique, invisible, annoncée elle aussi par des anges, comme l'Incarnation. En est-il de même de Marie, transportée en gloire au Ciel, en figuration de l'Eglise déjà triomphante ? En un mot, l'Assomption n'est-elle pas fortement humaniste, fût-ce par le moyen de l'Eglise, tandis que l'Incarnation n'économise jamais l'incognito, ni la discrétion, ni la merveille et ni non plus la folie d'Emmanuel, Dieu-avec-nous, dans la crèche et sur la Croix.

Nous ne voulons en rien disqualifier l'art baroque et encore moins Le Gréco, pour exalter l'art né de la Réforme et l'unicité inoubliable de Rembrandt. Mais nous avons voulu faire toucher des yeux et du doigt combien les divergences théologiques ont d'immenses conséquences aussi sur la spiritualité, sur l'art, sur la culture et sur toute la civilisation pendant des siècles

 

 

 

 

 Les orthodoxes:

 

LE MYSTERE DE LA DORMITION DE MARIE.

 

 Pour célébrer et vivre en vérité ce mystère, il est indispensable d'être saisi par l'émerveillement de la véritable Théologie : les merveilles de l'Économie du salut sont désormais accomplies dans le temps de l'Esprit par la Liturgie. Le temps nouveau de la Résurrection dévoile comment « Dieu-avec-nous = fait toute chose nouvelle. L'humanité est libérée de la mort; le mot lui-même disparaît du vocabulaire liturgique : il n'y a plus qu'une « dormition =, un sommeil par rapport à nous, en fait l'éveil définitif à la Lumière. L'effusion de l'Esprit-Saint porte ainsi son fruit de vie éternelle en cette humanité toute animée par lui. Mais c'est surtout dans le rayonnement de la Transfiguration que se dévoile ce mystère :« Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons ardemment comme sauveur, le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son Corps de Gloire » (Ph 3,20-21).

La Dormition de Marie ne peut être isolée de l'Économie du salut, victoire progressive de l'Amour sur la mort. Dans le déroulement des temps ce salut était donné dans l'espérance de Celui qui devait venir. Dans la Plénitude des temps, Marie est personnellement l'humanité nouvelle « contemporaine = du Christ et de ce qu'il vit « une fois pour toutes ». Dans les derniers temps que nous vivons, l'Église est cette humanité nouvelle : dans son mystère se vit la gestation du monde, l'enfantement du « Christ total », une dormition eschatologique par laquelle le Règne vient... Il y va de la libération et de l'espérance de tous les hommes. La Théotokos et ceux qui « se sont endormis dans le Seigneur = sont désormais les acteurs vivifiants, dans le Seigneur de l'histoire, de la Venue tant désirée :« Oh oui ! viens, Seigneur Jésus !»

 

Prière :

 

Tu es bienheureuse, Vierge sainte, que Dieu a choisie pour devenir sa mère. En ce jour, il t'a enlevée de ce monde pour le jardin de lumière, jusqu'à l'éternité. La mort est inhérente à la nature de l'homme. Elle est la fin de ce qui est revêtu de chair. Aussi, comme une voie intérieure, tu as accepté la mort de la nature. Comme le tabernacle que fit Moïse, ainsi le Fils unique qui est sorti de toi a protégé ton corps. Que ta prière soit une protection pour ceux qui célèbrent ta fête. Salut, ô fille de David, Vierge pleine de grâce, sainte et pleine de beauté. Salut, Sion sainte. Les cieux et les cieux des cieux t'ont accueillie pour que tu partages la joie de ton Unique et de ton Dieu. Amen.

 

 

En étant habité par la tradition juive :
 

  Icône de l'Assomption-Dormition    

                                                                                 .

Ici, la mort est figurée vaincue : Marie, en bas, étendue morte sur un lit - et Marie, ressuscitant dans la main du Christ, montant vers le haut. D'en bas, tournée vers le haut. "Version" de tout l'être d'en bas vers le haut.

La mort, en effet, doit être comprise ainsi, dans cette perspective de version vers la vie. La mort est à penser à partir de la vie, et non la vie à partir de la mort.

 

La mort est comme les temps morts du mouvement du balancier d'une horloge. Ces temps sont pris dans un mouvement de vie. Même s'il est des temps de chute, où tout semble tourner à la mort, il faut toujours penser à partir de la vie. Même la maladie et la mort sont à comprendre dans le mouvement de vie. La mort participe du mouvement de vie. Mouvement de vie intensément présent dans cette icône, avec une extraordinaire énergie, du bas vers le haut.

Sur certaines icônes de l'Assomption on voit, tout en haut, Marie au moment de l'Annonciation, quand elle reçoit la Parole et que le Verbe se fait chair en elle. Quelque chose de grand se passe alors, d'infiniment grand. La Parole descend dans tous les niveaux de son être jusqu'au tréfonds. Ce n'est pas physiquement seulement que le Christ est, en cet instant, conçu en son sein. Il y a plus. Marie se trouve totalement nue face à Dieu, au plus intime de son être devant la Face de l'Eternel.

Et l'Apocalypse dit que la femme - Marie, le peuple de Dieu, Israël, l'Eglise - est nourrie dans le désert pendant 1260 jours. Nous l'avons vu, cela évoque la manne. "C'est la manne", öm hz, zèh man. Or ömz, zèman signifie "temps". L'écoute de la Parole est liée au mystère du temps.

 

Comme cela est fortement présent dans cette icône de l'Assomption ! Dans cette version du bas vers le haut qu'elle exprime ! Je pense à Lévinas qui définit le temps comme "version du Même vers l'Autre"; version de la créature vers l'Eternel. Il se tourne vers ses créatures, et toutes les créatures se tournent vers Lui.

Et vivre dans le temps, c'est vivre notre con-version, version les uns vers les autres, et version ensemble vers Dieu. Ensemble vers Dieu :

"Ne préférez absolument rien au Christ lequel daigne nous conduire tous

"ensemble à la vie éternelle"

(Règle de St. Benoît. chap. 72)

L'icône de la fête, qui représente Marie figure de l'humanité toute entière, exprime ce "tous ensemble dans le même temps".

 

 

I

Par hasard, j'ai découvert une étude de Frédéric Marins intitulée "Le récit de la Dormition de la Vierge", dans laquelle il publie un manuscrit grec du troisième siècle, trouvé à la bibliothèque du Vatican, et antérieur donc au concile de Nicée (351). Il s'agit d'une christologie primitive beaucoup plus mûre, me semble-t-il, que nos christologies actuelles.

Frédéric Manns analyse ce récit et montre que la fête de Souccoth est, au troisième siècle, au tréfonds de la tradition qui concerne la mort de Marie et sa résurrection : la Dormition.

 

On retrouve dans ce récit de nombreux éléments communs aux deux fêtes de la Dormition et de Souccoth : les palmes, les nuées, la lampe et la lumière, les parfums et l'encensoir, et surtout le Mont des Oliviers. Et, dans les icônes de la Dormition, on retrouve nombre de ces éléments. Sur certaines, (icônes 1 et 3) on voit aussi les apôtres venir de toutes parts, sur les nuées, se rassembler autour de la couche de la sainte Mère.

Par petites touches, la Présence est ainsi suggérée sur les icônes. Mystère de la Dormition imprégné de la spiritualité de Souccoth. Annonce de "la Fête" éternelle.

Entre parenthèses, l'Eglise a peu de mémoire d'elle-même à travers la fête de Souccoth. C'est pourtant une tradition johannique rapportée dans ce récit de la Dormition de la Vierge. Il nous provient probablement d'une communauté de Palestine qui s'était constituée autour de Marie et de Jean, à qui Jésus l'avait confiée.

Sur certaines icônes  les douze apôtres symbolisent l'Eglise, mais avec une dimension élargie par la présence d'évêques symbolisant les nations et par la présence de femmes : c'est vraiment l'Eglise ; L'Église toute rassemblée autour de la Vierge, elle-même figure par excellence de l'Église, comme nous le méditerons plus tard.

J'ai essayé, ailleurs déjà, d'élaborer une christologie à la lumière du judaïsme, dans laquelle le mystère du Christ peut se définir par la manifestation eschatologique du Royaume. Plusieurs théologiens vont dans ce sens. Dans la manifestation eschatologique du Royaume, le Christ ressuscité entre définitivement dans son "être personne".

De même, la résurrection de l'homme est son entrée dans son "être personne" de façon définitive. Là s'achève notre processus de "devenir personne", dans la résurrection. Là aussi, le Royaume s'établit dans tous les recoins de notre corporéité.

Marie, elle, meurt, et elle ressuscite, comme le montrent les icônes, dans la main du Christ. Elle devient celle où le malkhout, le royaume, s'établit jusqu'au plus secret de son être. Elle entre dans l'être, définitif, de sa personne. Elle est ressuscitée.

Sentez-vous, déjà, le parallèle avec Souccoth ? Il reste toujours en l'homme, dans ce monde, un peu de mah, "quoi", chose, tandis que, déjà, peu à peu, il devient mi, "qui", personne. Tout s'achève dans la résurrection. Il entre alors dans son être définitif de personne, et le Royaume s'établit totalement en lui. Il est ressuscité.

Mais, même dans l'autre monde, il y a un devenir. Car la résurrection ne peut être purement individuelle. Elle est toujours communautaire, ecclésiale.

Et la résurrection même du Christ, comme celle de Marie, est, encore en germe, communautaire. C'est ce qu'expriment les icônes.

Voyez ce petit personnage dans la main du Christ, enveloppé comme de langes, comme Lazare dans son suaire. Marie ressuscite, comme Lazare. Elle est encore comme "non développée", même dans le ciel. Cela signifie qu'elle reste germe. Elle est ressuscitée, mais il y a encore une plénitude de résurrection, de réfection de son être, qui doit s'accomplir, même dans l'autre monde.

  

Sur certaines icônes, Marie est représentée comme dans l'icône de l'Ascension, figure de l'Eglise par la sainteté et la prière, tournée vers la terre dans la sainteté, et tournée vers le ciel, comme orante.

Il y a là une grande maturité du sens ecclésial, car elle est représentée vraiment comme figure de l'Eglise mais en grand respect du fondement juif de la Tradition, comme on peut le voir en méditant sur l'Ascension.

 

Ailleurs, Marie est représentée dans l'attitude de l'Annonciation. Cela est important, car, lors de l'Annonciation, Marie accepte la Parole de la Révélation : "Qu'il m'advienne selon ta parole !" Parce qu'elle a assumé ainsi sa responsabilité éthique, tout le processus de personnification a pu s'accomplir. Et cela se répercute sur les apôtres et l'Eglise, comme dans un mouvement circulaire sur l'icône.

Nous sommes continuellement en train de sortir du monde des choses pour entrer dans le mystère du "devenir personne", et ce processus du devenir s'approfondit et s'achève dans la résurrection. Et c'est là que la manifestation eschatologique du royaume s'établira en nous dans toute sa splendeur. Là, l'histoire du salut arrivera à son terme. Et non seulement tout sera alors transmis dans la main du Christ, mais, comme le dit saint Paul, "le Christ transmettra tout dans la main de son père." C'est ainsi que l'on voit que l'icône de la Dormition est comme pénétrée de l'odeur de Souccoth. C'est Manns qui l'a découvert et qui montre que cela était ainsi vécu, dès le IIIème siècle.

 

                                                                                   Un moine d'occident

 

 

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  Dernière mise à jour le 28/04/08
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