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Enseignement
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education |
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L'enseignant tiraillé...
Rencontre
avec Jean PEYROT
Le Pr Jean Peyrot occupa des postes importants dans l'Éducation
nationale et dans des Associations d'enseignants.
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L'école, le collège, le lycée sont-ils des lieux d'éducation
ou simplement d'enseignement ?
Il faut
d'abord distinguer entre l'idéal des buts proclamés et les réalités. Si
l'enseignement, dans sa partie instruction, dépend exclusivement des
compétences des maîtres et de leurs connaissances sur les disciplines
enseignées, le domaine de l'éducation dépend aussi, et pour une grande part,
de la société environnante. En effet, il faut prendre en considération
l'éducation transmise par la famille, les groupes sociaux et les groupes
d'âges, les bandes de copains notamment. Si la part de l'enseignement doit
déboucher sur une éducation des élèves, en pratique cette tâche dépend
surtout des groupes sociaux dans lesquels ceux-ci se situent.
Aujourd'hui, l'enseignant est tiraillé entre les finalités de l'instruction
et celles de l'éducation. La fonction éducative de l'enseignement est mise
en difficulté par l'opposition entre la conception des professeurs et celle
des parents. En cela, il y a toujours eu dissemblance entre école publique
et école privée. De même avec les organismes de formation professionnelle.
C'est une des raisons pour lesquelles l'école publique, qui s'adresse à
tous, est aussi une école laïque. Un consensus a été réalisé autour d'une
notion d'humanisme. En outre, les enseignants de l'école publique se sont
interdit de déborder sur des domaines qui relèvent de la famille, dont celui
de la religion. Cette abstention relève d'un respect de la cellule familiale
et de l'enfant lui-même. Selon la tendance actuelle, les familles demandent
à l'école de mettre en oeuvre une éducation plus poussée et plus étendue,
afin de suppléer à leurs propres carences, et de contrecarrer les effets,
jugés mauvais, des médias, des copains et de la société de consommation.
On aurait
tort de penser qu'aujourd'hui les divergences entre éducation et
enseignement vont s'atténuer. Elles risquent au contraire de s'accroître.
N'oublions jamais le rôle des modèles éducatifs, les fameux exemples, qui
existent à travers l'attitude des maîtres, celle des parents et surtout les
exemples pris dans l'enseignement littéraire et les suggestions innombrables
proposées par les médias. Il faut considérer aussi que, si l'éducation
dépendait uniquement de l'école, elle deviendrait rapidement une éducation
totalitaire.
Qu'entend-on par éducation
et
formation ?
Je suis
assez réticent à utiliser le mot formation C'est une mauvaise transposition
du mot anglais. La formation est toujours liée à un but très particulier,
l'adaptabilité d'une personne à des fonctions précises, alors que
l'éducation doit porter sur toutes les facultés humaines. Aujourd'hui, on a
tendance à prononcer le mot « formation » toutes les fois qu'un individu ne
réussit pas « II n'a pas reçu la formation nécessaire ».
Quand on
emploie le terme formation dans le domaine arboricole, c'est dans le but de
donner volontairement à un arbre une forme particulière, destinée à
l'ornement ou à la production. Mais cela conduit à l'uniformité, ce qui
n'est pas souhaitable quand il s'agit d'êtres humains, pour lesquels, au
contraire, il convient de permettre le développement de la personnalité dans
sa totalité. À titre de comparaison, regardons du côté de la formation
militaire ou de celle des séminaires (certains !), où il est nécessaire de
s'adapter au moule...
L'éducation c'est tout autre chose.
Éducation : peut-on parler de valeurs à transmettre aux niveaux
individuel et social ?
Valeurs, en général, tout le monde est généralement d'accord sur le terme,
mais
quand il s'agit d'apporter des précisions, les divergences surgissent.
L'enseignement est confronté à ce problème en permanence, même dans les
domaines scientifiques, où la valeur prépondérante est pour moi l'honnêteté
intellectuelle : dire ce que l'on sait, et pas autre chose, reconnaître les
limites du savoir, reconnaître que l'on s'est trompé.
Il y a
aussi et surtout des valeurs morales qui conditionnent la vie en société,
mais dans certains cas, cela suppose que ces valeurs soient partagées par
les acteurs de la vie sociale. Car certaines valeurs demandent de la
réciprocité. Exemples : faut-il être tolérant avec ceux qui ne le sont pas ?
Faut-il accorder la liberté aux ennemis de la liberté ?
Plus
simplement, il est des comportements significatifs de valeurs partagées :
ainsi la façon, pour un enseignant, de rendre les copies aux élèves, même si
elles supposent quelques remarques. Le respect de la personne est une valeur
primordiale.
On
constate qu'une formation donnée dans certaines écoles (surtout celles qui
sont qualifiées de « grandes ») peut exacerber l'esprit de concurrence et
développer l'agressivité, qui deviennent alors des valeurs considérées comme
essentielles pour conduire à la réussite professionnelle... en écrasant
éventuellement l'autre au passage. Singulier retournement des valeurs,
lorsqu'elles sont poussées à l'extrême !
L'éducation ne doit-elle pas conduire à l'épanouissement de
la
personnalité !
Dans
l'idéal oui. Mais il faut savoir accepter qu'un élève « se perde »
Responsabilité épouvantable (voir le danger de la drogue). C'est alors
l'échec de l'éducation et de
l'éducateur
Il faut
considérer que l'éducation initiale, disons jusqu'à 18 ans, est
fondamentale, ce qui ne veut pas dire qu'au cours d'une vie, il ne puisse y
avoir des renversements de situation. Il y a toujours de bonnes et de
mauvaises rencontres.
En
général, les enseignants estiment que l'éducation qu'ils ont reçue est la
bonne. Ils tendent à la transmettre. Phénomène « de miroir ». Admettre que
les élèves puissent dépasser le maître, cela est très difficile, à moins
qu'ils s'appliquent à eux-mêmes la parole de St Jean-Baptiste « Il faut
qu'ils croissent et que je diminue ».
Dès
le départ, il faudrait se poser
ces
questions : Qu'est-ce qu'être mal éduqué, ou au contraire bien éduqué ?
Est-ce être conforme à des modèles sociaux préétablis ? Mais y a-t-il
encore, dans notre environnement quotidien des modèles à proposer ?
La
bonne éducation c'est, sans doute, de faire en
sorte
que les individus se
sentent heureux dans ce qu'ils sont et ce qu'ils font ; donc que les élèves
puissent accéder à cet état d'équilibre qui aura des répercussions dans
toute leur vie.
[Propos
recueillis par René Cassier]
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Il n'y a pas d'éducation
sans autorité
Sans doute plus difficile à exercer
aujourd'hui, l'autorité des parents reste le levier principal de
l'éducation
Agnès AUSCHITZKA
paru dans La Croix du
10/05/2006 |
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Les parents démissionneraient, ne
sauraient plus dire non à leurs enfants, faisant d’eux de véritables
tyrans, incapables de supporter la moindre frustration, ou encore, dans
les cas extrêmes, des délinquants… C’est du moins le discours
caricatural qu’on entend parfois aujourd’hui. Selon un sondage CSA paru
dans La Croix en novembre dernier, deux Français sur trois
estimaient que «le contrôle insuffisant des parents sur les enfants»
était la principale raison des violences urbaines qui sévissaient alors
dans certaines banlieues.
Quand un enfant grandit avec difficulté, voire dérape, la faute en
reviendrait nécessairement à ceux qui l’élèvent. Comme si toutes les
défaillances – insuffisances, échecs, délits – d’un enfant n’étaient que
la conséquence de celles de ses tuteurs légaux.
Quel crédit faut-il accorder à cette analyse, dont on sait qu’elle a ses
adeptes dans certains milieux politiques ou religieux ? Comme ses
collègues qui agissent sur le terrain, Françoise Coulon, psychologue
clinicienne et animatrice bénévole d’un groupe de paroles à Marseille –
réunissant parents musulmans et chrétiens –, ne croit pas à la thèse de
l’unique responsabilité parentale et encore moins de la culpabilité. «
De tels propos, insiste celle qui, en dix ans, a rencontré des centaines
de pères et de mères, ne tiennent pas compte de la complexité de la
relation éducative ni des multiples facteurs qui permettent qu’au final,
des parents fassent autorité ». |
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«Personne n’a envie que son enfant
devienne un hors-la-loi» |
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Avis partagé par tous ceux qui savent
qu’un enfant n’est pas le résultat de la seule éducation familiale et de
la bonne volonté des parents. Sinon, en effet, comment expliquer que,
dans une même famille, il est des enfants qui roulent bien et à grande
vitesse et d’autres qui s’immobilisent ou déraillent ? Plutôt que de
parents démissionnaires, qui sauraient ce qu’ils ont à faire pour leur
enfant et ne le feraient pas, sans doute faudrait-il parler du nombre
croissant de parents démunis, découragés, dépassés par leur tâche. En
mal d’autorité.
C’est en tout cas l’avis d’Alain Bruel, qui a fait toute sa carrière
comme juge au tribunal pour enfants de Paris. Pour lui, à part quelques
très rares cas, les parents ont le souci de bien faire avec leurs
enfants, même si parfois ils n’en ont pas les moyens. « Personne n’a
envie que son enfant devienne un hors-la-loi. »
C’est aussi la conviction de Jean-Marie Petitclerc, prêtre salésien et
éducateur spécialisé qui, sur le terrain ou auprès des politiques de
tout bord, martèle sans relâche : « Les parents et les éducateurs
d’aujourd’hui ne sont pas pires que ceux d’hier. Les enfants et les
jeunes non plus. En revanche, éduquer et grandir dans une société en
mutation, comme est la nôtre, dans une société soumise au diktat de
l’économie peut devenir, dans certains cas, mission quasi impossible. » |
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Notre société maintient cette
illusion de toute-puissance de l'enfant |
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Visibles dans les cités des banlieues
chaudes et dans les salles d’audience des tribunaux, ces situations
limites n’en existent pas moins, souvent dissimulées, dans les milieux
favorisés et protégés. Tant il est vrai que perdre sa crédibilité aux
yeux de son enfant, ne plus avoir d’autorité sur lui, ça n’arrive pas
qu’aux autres.
En témoigne cette conseillère du service téléphonique Inter-Service
parents de l’École des parents (lire adresses ci-dessous) : « Les
“bonnes familles” n’échappent pas aux problèmes d’autorité aujourd’hui.
Souvent, c’est en pleurant que les parents me confient : “Vous savez,
chez nous, on s’occupe des enfants, on ne leur laisse pas faire
n’importe quoi, on a des valeurs. Alors, je ne comprends pas qu’il ou
elle me traite comme un chien ou qu’il agisse de cette manière,
n’accepte aucune contrainte, aucune remarque de notre part.” »
En fait, depuis toujours, un enfant pense que pour être heureux, la vie
doit être facile et sans ombre, apporter sans effort richesse, confort
et plaisir immédiat et sans limite. La tâche des parents et des
éducateurs est précisément de les aider à sortir de cette illusion. Mais
aujourd’hui, notre société occidentale, par les valeurs qu’elle promeut,
ne maintient-elle pas cette illusion de toute-puissance chez l’enfant et
le jeune, et parfois aussi chez les adultes qui sont censés les éduquer
? |
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L’urgence d’une solidarité
éducative ne fait aucun doute |
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« S’opposer à son enfant, c’est
normal pour un parent, explique Franck Louvier, père de quatre enfants,
âgés de 12 ans à 22 ans. Devoir s’opposer à une société en défendant des
valeurs à contre-courant de celles qui organisent la société, cela
relève du grand art. » Et d’ajouter : « Mieux vaut être bien armé
soi-même, si l’on veut garder le cap au milieu des turbulences. »
À constater le succès de librairie des guides d’éducation, la
fréquentation de plus en plus nombreuse des groupes d’échange (lire
ci-contre) ou encore les demandes d’aide à la parentalité, ce père de
famille, engagé dans la pastorale familiale de son diocèse, ne doit pas
être le seul à éprouver la nécessité de renforcer son autorité.
Reste que les parents, aussi bons soient-ils, ne peuvent pas être les
seuls à poser les interdits et les limites, et à guider les enfants. «
Il faut tout un village pour élever un enfant et le conduire à l’âge
adulte », dit un proverbe africain. L’urgence d’une solidarité éducative
ne fait aucun doute.
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Secrets d'éducation
Par Madeleine-Marcelle
JULLIARD
Psycho-sophrologue
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Il est difficile de dire ce
qu'il faut faire pour une éducation réussie. Il n'y a pas de recette
miracle. C'est une attention de tous les instants. Et comme nous, parents,
ne sommes pas parfaits et attentionnés en permanence, la seule condition
pour ne pas être épuisés par une tension et une angoisse perpétuelles, le
seul secret, c'est "être adulte soi-même", ne plus se sentir dépendant de
personne et avoir confiance en soi.
Le rôle des parents est
d'abord de donner de l'amour à leurs enfants, et de leur transmettre leur
savoir, leur expérience et leurs valeurs, en prenant conscience des
priorités. Leur apprendre les lois et les limites qu'impose la vie en
société et savoir dire non pour établir ces limites. Cela n'empêche pas
d'être positif plus que répressif, d'encourager et motiver l'apprentissage
scolaire, de valoriser l'enfant tout en lui accordant une confiance limitée
et, pour que la réciproque s'établisse, surtout ne pas dire une chose et son
contraire constamment...
Chaque enfant tu
accepteras, qu'il soit unique et incomparable respectueusement.
Combien de parents sont tentés
de comparer leur enfant, soit avec ses frères ou soeurs ou avec d'autres
enfants du voisinage qui sembleraient plus doués. Ou encore, lui reprocher
de ressembler à tels parents qui auraient une réputation négative. Certes
nous héritons de certains gènes de caractère mais chaque individu grandit
dans un contexte différent. Même les enfants d'une même fratrie peuvent
avoir des parents différents, car ils évoluent suivant les circonstances de
la vie, et chaque naissance a lieu dans un contexte psychologique différent.
Prendre soin de sa santé
tu lui apprendras et le respect du corps également.
Il est certain que si les
parents ne sont pas attentifs et respectueux de leur propre santé, l'enfant
qui les prend pour modèles, aura bien du mal à prendre soin de lui. Faire
des activités ensemble, en famille, peut être une bonne façon de découvrir
ses limites.
La différence tu lui
enseigneras et la tolérance également.
Il est possible de critiquer
sans pour autant mépriser un comportement ou une culture que nous
n'apprécions pas. La meilleure façon est de prendre du recul, d'essayer de
comprendre et de ne pas juger de façon péremptoire.
La négociation tu
autoriseras, mais l'autorité parentale l'emportera.
Les enfants d'aujourd'hui sont
très éveillés, très " branchés "; il est difficile de les influencer car ils
ont toujours une bonne raison pour faire capituler les parents. Il serait
bon que ceux-ci apprennent à gérer leur stress, et prennent le temps de la
réflexion, donner quelques explications et clore le conflit par un avis
ferme et définitif lorsque c'est nécessaire.
De la réalité tu
l'informeras mais le rêve lui permettra également.
Certes la vie n'est pas un
long fleuve tranquille... et les enfants sont exigeants. Cependant, s'il ne
faut pas leur cacher la vérité, il serait dommage de casser leurs rêves. Car
c'est à partir de ces rêves d'enfants ou d'adolescents que se construit leur
avenir, à commencer par la réussite de leur scolarité. S'ils sont persuadés
qu'il est inutile d'avoir des diplômes, s'ils ne choisissent pas leurs
études selon leurs désirs et leurs aptitudes, ils ne pourront pas rêver de
leur avenir et le regretteront toute leur vie. Même si les moyens financiers
font défaut, le rêve peut s'accomplir - par des cours du soir ou autres -
certes avec un peu plus de temps mais aussi plus de satisfaction.
Le travail se partagera
avec les loisirs équitablement.
Il est vrai que la réussite
nécessite beaucoup de contraintes, de discipline et de travail, mais pour
une tête bien pleine il est utile d'avoir aussi une vie équilibrée, avec du
sport et quelques loisirs, selon les goûts de l'enfant.
Les punitions
corporelles tu éviteras car l'enfant les imitera inévitablement.
Quelquefois la main est plus
prompte qu'on ne le voudrait, ce n'est pas trop grave si c'est exceptionnel
; surtout pas d'excuses à l'enfant mais lui expliquer qu'il a dépassé les
limites et que la prochaine fois il sera sanctionné sévèrement s'il
récidive. Pendant ce temps entraînez-vous à respirer trois fois avant de
lever la main si vous êtes tenté !
De le culpabiliser tu
éviteras mais le responsabiliser lui profitera avantageusement.
Évidemment, les enfants ne
sont pas plus parfaits que leurs parents et il leur arrive parfois - ou
souvent - de faire des bêtises. Dans ces cas il est préférable de ne pas
trop culpabiliser l'enfant, mais plutôt de lui démontrer son erreur, de la
lui faire réparer le mieux possible et l'engager à ne plus recommencer.
Papa affirmera la loi en
séparant l'enfant de sa maman progressivement.
Dans l'ensemble, les pères
d'aujourd'hui s'intéressent à leurs enfants, mais cette fibre paternelle est
d'autant plus intéressante qu'elle a aussi un rôle psychologique : l'enfant
a besoin que ses deux parents s'intéressent à lui pour éviter qu'il fusionne
avec un seul. Cela lui permettra de grandir avec autonomie et moins
d'anxiété.
Dans son lit s'endormira
afin de ne pas nuire à l'intimité des parents. Amour et tendresse lui
exprimera par des paroles et moins de caresses en grandissant.
je
suis toujours étonnée de rencontrer des parents, qui se plaignent des
angoisses de leur enfant parce qu'ils ignoraient ces deux règles, qui
cadrent les limites corporelles et psychologiques du jeune enfant. Il est
vrai qu'il est plus facile de prendre un enfant dans le lit conjugal, que de
lui prodiguer, la nuit, des paroles réconfortantes et fermes. Parce que
c'est surtout le rôle du père, et qu'il hésite n'étant pas sûr du résulta,
surtout s'il doit se lever tôt le lendemain. Mais il faut être ferme,
l'enfant
comprendra rapidement qu'il est inutile d'insister. (Sauf si l'enfant est
malade ou pour d'autres raisons, mais cela doit rester exceptionnel.)
Plaintes ou confidences
ne parlera qu'entre adultes ou avec un "psy" éventuellement.
Combien de jeunes adultes ne trouvent pas leur équilibre, car pendant toute
leur enfance et adolescence, leur mère et leur père s'adressaient à eux
comme à un confident, leur confiant leurs soucis ou leurs dévergondages.
L'enfant - et
même
l'adolescent - qui n'a pas acquis la maturité nécessaire,
s'angoisse fortement, et cette anxiété s'inscrit dans ses neurones pour
longtemps.
Tu observeras tous
changements afin de détecter rapidement séduction, viol ou attouchements.
Toutes les
victimes qui ont été violées ne portent pas plainte, et je reçois des
parents affligés, culpabilisés, car ils ne se sont doutés de rien pour leur
enfant. Ou bien des victimes elles-mêmes qui doutent encore de la réalité
des faits et de leur propre comportement. Mais pour recueillir de tels aveux
il est nécessaire que la confiance règne entre parents et enfants.
Observons
pour finir que l'éducation est un vrai métier et que pourtant aucune école
officielle ne dispense cette formation. Que chaque parent prenne donc le
temps de s'informer, lire, demander des conseils, dans certains cas se fasse
aider par un psychologue, pour trouver la meilleure solution à chaque
problème rencontré.
Et
reconnaissons que nous parents, grandissons aussi, en élevant nos enfants.
M.M.J.
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Les enjeux
du marché mondial
de l'éducation
Emmanuel Davidenkoff
Rédacteur en chef adjoint de « Phosphore »
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Au premier regard, le paysage mondial
de l'éducation semble en pleine expansion. L'enseignement supérieur,
notamment, dessine depuis dix ans de nouvelles frontières:
européennes, avec le processus d'harmonisation des cursus initié en
1998 et connu sous le nom de code «LMD» (licence, mastère, doctorat);
mondiales, avec la montée en puissance d'offres de formation
nouvelles, par exemple en Asie. L'augmentation des chiffres de la
mobilité étudiante plaide également pour cette interprétation.
Ajoutées aux possibilités infinies d'échanges qu'offre l'Internet
(accès à des bases de données ou à des cours dans le monde entier,
formation à distance...), ces évolutions promettent un élargissement
tout aussi infini de la circulation des idées et des savoirs. |
Mais ce mouvement centrifuge est
contrebalancé par un mouvement centripète d'intensité égale, voire
supérieure. Car à mesure qu'émerge un «marché mondial de l'éducation» se
créent les outils de mesure de ce marché. Il s'agit essentiellement des
évaluations réalisées par des chercheurs, à l'exemple du classement de
Shanghaï pour les universités; ou par des médias, à l'instar des « rankings
» (classements) d'écoles de commerce publiés par la presse anglo-saxonne. Or
la nature d'une évaluation est de refléter avant tout les valeurs de
l'évaluateur. Ainsi pour les écoles de commerce, le choix est tranché depuis
belle lurette: la variable « retour sur investissement» financier occupe le
premier rang dans les pondérations effectuées par le Financial Time;
ou le Wall StreetJournal. Premier rétrécissement de l'horizon, la
réduction de la valeur d'une formation à cet axiome
«Dis-moi combien tu rapportes, je te
dirai ce que tu vaux.»
Mais les effets de cette mise en concurrence
mondiale auront une conséquence peut-être plus grave l'homogénéisation des
contenus et des méthodes d'enseignement, consécutive à la nécessité de
«coller» aux critères imposés par les évaluateurs. Le risque est ici de voir
progresser une «pensée unique» des nouvelles élites mondialisées. On en sait
les effets ravageurs pour les avoir éprouvés, par exemple, dans la politique
menée dans les années 90 par le Fonds monétaire international (FMI) en
direction des pays pauvres. Elle a été dénoncée par le prix Nobel d'économie
Joseph Stiglitz comme le produit du primat de valeurs exclusives au sein du
FMI: fanatisme du marché, vision du capitalisme comme le meilleur système
économique...
Ce péril n'a donc rien de fantasmatique. Le
politologue américain Jospeh Nye l'a d'ailleurs théorisé dès la fin des
années 80 à travers le concept de «soft power», qui décrit
l'influence que la culture, les médias ou l'enseignement permettent
d'exercer par la séduction (par opposition à l'influence qu'assure le
«hard power» par la contrainte économique et/ou militaire). Pour autant,
le «soft power» se constate plus qu'il ne s'exerce, notamment aux
États-Unis où il n'existe pas de politique fédérale de l'enseignement
supérieur. Il relève de l'infusion plus que de la diffusion; de la
capillarité et non du complot.
La partie est donc ouverte. En Europe, elle
se jouera sur la capacité des États à développer des instruments
d'évaluation et de régulation des systèmes d'enseignement. Ceux-là devront
être susceptibles de préserver la diversité de mise en oeuvre des valeurs
universitaires, qui sont par ailleurs largement communes entre les
différents pays. Non tant la concurrence que la complémentarité. Non tant le
rétrécissement ou l'expansion que l'échange et la mutualisation.
« La Croix » 23 juin 2006
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La fin
de l'école n'est
pas
pour demain
Serge
Ravet
Que
deviendra l'école en 2020 ? Pour faire pièce aux Cassandres de tout poil,
Serge Ravet, spécialiste des nouvelles technologies, entrevoit des modes
d'enseignement enrichis par Internet.
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Et si l'école disparaissait...
Si les enfants apprenaient
demain depuis leur domicile, leur lit, leur planche de skateboard, un
professeur virtuel surgissant à l'improviste sur tous les supports
numériques disponibles : ordinateur, console de jeux, téléphone portable,
baladeur, etc.. Est-ce l'avenir éducatif - guère réjouissant - que nous
réservent les nouvelles technologies ? Serge Ravet, spécialiste de leur
utilisation dans le monde scolaire et l'univers de la formation
professionnelle, directeur de l'Institut européen du e-learning (EIfEL),
nous confie sa vision idéale de l'école en 2020 : des enseignants encore en
chair(e) et en os, mais dont les habitudes de travail auront été
bouleversées.
La Vie.
Comment imaginez-vous l'école en 2020? Existera-telle toujours, alors que
l'essor des nouvelles technologies autorisera l'apprentissage à la maison,
le homeschooling comme disent les Américains?
Serge
Ravet : La fin de l'école n'est pas pour demain ! La vision futuriste d'un
enseignement à domicile généralisé, sur ordinateur, me paraît triviale et
peu enrichissante. Ce ne serait finalement qu'un avatar des cours par
correspondance (Internet succédant aux services postaux), sans rénovation
des pédagogies. Par contre, les nouvelles technologies pourront aider
l'école à s'affranchir des contraintes spatiales qui la conditionnent
aujourd'hui les professeurs ne seront plus tributaires d'un lieu et pourront
enseigner à l'extérieur, en classe verte » quasi permanente - s'installer
six mois dans un musée, par exemple -, les enfants conservant l'accès à des
ressources pédagogiques numériques depuis leur PC. L'école existerait non
plus comme une enceinte où l'on s'agrège par commodité, mais comme un lieu
de rassemblement autour de projets communs, comme la place publique où l'on
célèbre la réussite des apprentissages.
Comment
travailleront les enseignants ?
S. R Ils
joueront le rôle de chefs d'orchestre. Fini la transmission directe du
savoir dans un schéma ancestral d'émission-réception : l'enseignant fera
intervenir virtuellement des personnes de tous horizons, susceptibles de
contribuer à l'éducation des jeunes. En 2020, les profs pourront amener la
discipline, ou ses représentants, à l'élève, et non plus tenter d'emmener
l'élève vers la discipline. Les nouvelles technologies ne tueront pas le
métier, mais le pousseront à évoluer. Un individu débarquant aujourd'hui
dans une classe après une hibernation de 200 ans la retrouverait presque
inchangée ! J'espère surtout que l'avenir verra le décloisonnement des
disciplines. Aujourd'hui, on travaille en silos : une heure de maths avec
tel prof, puis une d'histoire avec tel autre. La technologie permet de
casser ce modèle, finalement un peu industriel, parce qu'elle facilite les
échanges et les collaborations : le prof de sport bâtira aisément un prof et
à quatre mains avec son collègue de bio. Autre exemple : des Français
pourront suivre des cours de physique se déroulant en Chine et y participer
à distance, de même que nos classes s'organiseront pour accueillir des
camarades virtuels connectés depuis le bout du monde. Rien à voir avec
l'utilisation répandue aujourd'hui des nouvelles technologies, à savoir un
CD-Rom de chinois disponible au CDI !
Quelle place occuperont demain les parents
d'élèves ?
S. R .Je
les imagine bien plus impliqués. Bien sûr, ils correspondront par courriels
avec les enseignants, pour poser une question, se renseigner sur un manuel.
Mais ils pourront surtout s'associer aux « espaces numériques de travail »,
ces bureaux virtuels accessibles à tous depuis un ordinateur, qui seront
développés par les enseignants et les élèves (voir encadré ci-contre) : ils
y déposeront des contributions, écrites comme audiovisuelles, raconteront
leur métier, leur histoire. Ils participeront à la construction des savoirs
et d'une mémoire collective. Déjà, le stylo et le papier le permettent, mais
les nouvelles technologies accéléreront la capture et la valorisation de
tout ce capital humain. Au-delà des parents d'élèves, chacun pourra jouer,
aux côtés des enseignants, un rôle de maître d'apprentissage. Des embryons
existent : voyez le site internet www.cyberpapy.com, sur lequel des seniors
offrent à distance un soutien scolaire gratuit à des jeunes en difficulté.
Hier, pour les devoirs, on épaulait son voisin de palier ; demain, le
pouvoir de ces « aidants » sera démultiplié.
Vous
décrîvez une évolution à vos yeux idéale. Mais qui devrait se voir largement
contrariée...
S. R. Par
les intérêts corporatistes des enseignants, en effet. Ils se sentent souvent
menacés par ces changements. Mais ce que je décris n'atteint en rien leur
dignité, au contraire : ils sont aujourd'hui enfermés dans un lieu, une
discipline, il s'agit de les en libérer. En 2020, le Wi-Fi sera partout, les
élèves auront accès à Internet en classe depuis les ordinateurs qui
serviront de cahiers. Les adultes qui voudront rester sur un mode
d'enseignement traditionnel vivront des heures douloureuses, sauf à
installer des systèmes de brouillage. Ils devront aussi accepter que
l'auditoire les écoute d'une seule oreille : de plus en plus, en effet, les
élèves deviendront multitâches, exécutant plusieurs activités à la fois.
Faire autre chose, en classe, qu'écouter le prof sera reconnu comme une
compétence en soi !
Propos
recueillis
par
Mathilde Matthieu
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Premiers
tests
1970 Première apparition
d'ordinateurs à l'école
(58 au total) dans des lycées
expérimentaux.
2002 Le conseil général des Landes
distribue un ordinateur portable à la totalité des élèves de 4e. Une
expérience répétée, en 2004, par les Bouches-du Rhône et l'Ille-et-Vilaine.
Mais le bilan de ces opérations - coûteuses - reste mitigé : les enseignants
ne bouleversent guère leurs pratiques. Dans les Landes, seuls 20 % utilisent
les PC à des fins pédagogiques.
2003
Expérimentation des ENT (espaces numériques
de travail). Lidée : un bureau virtuel, accessible sur Internet depuis
l'école ou la maison, pour consulter ses notes, communiquer par e-mails
(entre profs et parents, entre enseignants), réviser ses leçons en ligne,
échanger des vidéos pédagogiques, des fiches de cours... Les débuts
s'avèrent laborieux.
2004
Opération «Portable à un euro », lancée par
le gouvernement auprès des étudiants; 28% d'entre eux sont aujourd'hui
équipés.
2007/2008 Les ENT devraient être
opérationnels et généralisés dans la moitié des académies françaises.
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