Extrait de l’introduction de La première édition de Témoignages sur Israël dans la littérature française paru en 1938.
« […] Dans la mesure où la littérature exprime l’âme d’un peuple, la nôtre apporte une confirmation nouvelle à la parole de Zola […]. Quand les Français s’élèvent contre les persécutions dont les juifs sont l’objet, ils obéissent à l’appel irrésistible de leur conscience.
[…] Nous n’ignorons pas que les écrivains français n’ont pas tous montré de la sympathie aux juifs. Beaucoup, même, parmi ceux que nous avons cités, ne leur ont pas tous témoigné des sentiments favorables. On pourrait nous opposer bien des pages où ils nous font entendre un son de cloche tout différent. La remarque est des plus justes et vaut qu’on s’y arrête.
Nos textes n’émanent pas uniquement d’amis d’Israël. Mais cette constatation détruit-elle la valeur des témoignages que nous avons réunis ? On ne saurait sérieusement le prétendre. Le seul motif qui pourrait les faire récuser serait celui de leur partialité. La question est résolue maintenant. Leurs auteurs ne sont pas suspects de complaisance pour le judaïsme. En les écrivant ils n’ont fait que s’incliner devant la force de la vérité…
Négligeons les voix discordantes. Ce sont des chrétiens eux-mêmes qui nous y convient. Ne retenons que l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la tendance qui se manifeste à rendre plus de justice à Israël […]
Ces témoignages actuels sont un signe des temps. Ils disent que l’époque est révolue où les religions bibliques se regardaient comme ennemies. Une ère nouvelle commence. L’antisémitisme a montré son vrai visage. Il se dresse non seulement contre nous mais contre la chrétienté et la spiritualité en général. Les juifs ne suffisent plus à assouvir sa haine. Il lui faut aller plus loin, s’en prendre aux croyances et aux idées empruntées à Israël, détruire le christianisme issu du judaïsme, anéantir la civilisation fondée sur les notions bibliques d’un Dieu universel, créateur du ciel et de la terre ; du respect de la personnalité humaine ; de la nécessité de la justice ; du progrès moral et religieux trouvant son couronnement dans l’ère messianique. C’est la spiritualité elle-même qui est en péril.
Pour la sauver, il n’est d’autre ressource que l’union de ceux qui tiennent à elle, quelle que soit leur croyance particulière. Israël étant le premier à subir les assauts de la barbarie, c’est auprès de lui que doivent se trouver les défenseurs des valeurs spirituelles de notre temps. Le judaïsme est ainsi le rempart de la civilisation. Les meilleurs esprits s’en rendent compte, c’est pourquoi ils nous rapportent le témoignage de leur sympathie et de leur encouragement. Qu’ils sachent qu’Israël restera à son poste, et qu’ils pourront toujours compter sur lui. Avec l’aide de Dieu, aujourd’hui comme par le passé, il remplira sa mission sacrée, si pleine de périls, mais si belle et si glorieuse. » (p. 17 …41)
J. Kaplan Paris, mars 1938
PREMIERE PARTIE : LA BIBLE
« Le peuple de l’unité, qui n'a voulu qu’un seul Dieu et un seul temple, n’a eu besoin que d’un seul livre pour ne pas périr. » (p.43)
Victor Duruy (1811-1894), Le moniteur Universel, 3 décembre 1871
C’est par la Bible que les Juifs ont exercé leur influence dans le monde
« Malgré leur petit nombre et l’obscurité dans laquelle ils sont presque toujours restés, les Juifs sont le peuple le plus remarquable de l’Orient. L’influence qu’ils n’ont pas exercée par leurs armes, ils l’ont obtenue par leurs livres, le plus vénérable monument des les premiers âges du monde.
La Bible est le livre par excellence, celui du sage et du simple, celui qui depuis deux mille ans nourrit les jeunes générations sous tous les climats, au milieu de toutes les races, à tous les degrés de civilisation. C’est que la Bible, histoire de Dieu même, comme l’appelait le pieux Rollin, développe, exalte le sentiment religieux, mais qu’elle appelle aussi aux vertus domestiques et sociales. Elle demande la prière ; mais plus encore, peut-être, elle veut l’action, c’est-à-dire la charité envers le prochain, et le dévouement envers la patrie […] Il y a là pour tous enseignement fécond. [ …] »
(p.45-46)
Victor Duruy (1811-1894), Histoire Sainte, Préface p.1, Paris, Hachette, 1908
L’ancienneté des livres anciens
« […] Avant Moïse le peuple de Dieu n’avait rien écrit. Il n’a laissé à la postérité que ce qu’il avait recueilli de vive voix de ses ancêtres, c’est-à-dire toute la tradition du genre humain ; et le premier il a rédigé en un volume l’histoire des merveilles de Dieu et de ses manifestations aux hommes, dont le souvenir avait fait jusque –là toute la religion, toute la science et toute la consolation de la famille d’Abraham. La bonne foi de cet auteur apparaît dans la naïveté de son histoire. Il ne prend point de précaution pour être cru, parce qu’il suppose que ceux pour qui il écrit n’en ont pas besoin pour croire, et qu’il ne raconte que des faits publics parmi eux, plutôt pour en conserver la mémoire à leurs descendants que pour les instruire eux-mêmes. » (p.46-48)
J-B Massillon (1663-1742) Sermon sur la vérité de la religion, Œuvres choisies, tome I, p. 240 Paris, Garnier, 1868
Un des plus anciens monuments de l’histoire des hommes
« Quelque opinion que l’on ait sur la composition des livres de l’Ancien Testament, personne ne peut nier qu’ils ne doivent figurer parmi les plus anciens monuments de l’histoire des hommes. En les comparant à tous ceux qui le leur disputent de vénérable vieillesse, il n’en est pas qui les vaillent, et de beaucoup ; sous le rapport de la vraisemblance, de l’ordre, de la continuité et de la beauté […] On dirait que le peuple d’Israël a stipulé pour le genre humain, et parfois même pour la philosophie. » (p.48-49)
Jules Barthélémy-Saint-Hilaire (1805-1895)
La majesté de l’esprit se montre dans les Saintes Ecritures
« Que nous lisions Démosthène ou Cicéron, Platon ou Aristote, ou quelques autres de leur bande, je confesse bien qu’ils attireront merveilleusement et délecteront et émouveront jusques à ravir même l’esprit. Mais si delà nous nous transférons à la Lecture des Saintes Ecritures : veuillons ou non, elles poindrons si vivement, elles perceront tellement notre cœur, elles se ficheront tellement au-dedans de nous, que toute la force qu’on les Rhétoriciens ou Philosophes, au prix de l’efficace d’icelle ne sera que fumée. Dont il est aisé d’apercevoir que les Saintes Ecritures ont quelque propriété divine à inspirer les hommes. Vu que de si loin elles surmontent toutes les grâces de l’industrie humaine. » (p.49-50)
Jean Calvin (1509-1564), Institution de la religion chrétienne, tome 1, p. 23, Paris Honoré Champion, 1911
A suivre ...