La Trinité selon Chagall
Dans cette lithographie intitulée «Quai de la Tournelle" (1960), Marc Chagall «en-visage- d'une manière étonnante le mystère de la Trinité.
Il évoque d'une manière originale les trois personnes. Notamment par un jeu subtil des trois couleurs : rouge, bleue et verte.
Une fois réunies, tels les pixels des trois couleurs primaires de la télévision, elles ne donnent à percevoir que la lumière blanche.
Dieu est à l'œuvre, trois en un. Cette lumière vivifiante se répand sur la cité jardin des hommes.
Bientôt, il va «faire Dieu-.
Déjà le sol de la ville au premier plan, est inondé d'une lumière éblouissante. Le regard se tourne vers l'orient d'où le Christ reviendra, lui le véritable "levant"
Une jeune femme nue est assise à même le sol, son doux visage et son corps sont rouges, couleur sang.
Patiente, silencieuse.
Dans son recueillement de mère elle contemple son secret, le bouquet futur des fleurs qui germeront et s'épanouiront dans la terre des hommes.
Le rouge, ici, est créateur.
Le bleu du Christ transparaît en elle.
Car c'est lui qui lui fait face.
Jaillissant du tombeau, homme de la jubilation, le Christ nous invite à la danse d'une Parole qui tient ses promesses pour que nous ne vivions plus en rampant, ou à genoux devant nos semblables, et encore moins devant Dieu.
Le Christ occupe un espace bleu à la forme arrondie du ventre d'une femme enceinte.
Tout est d'un bleu profond, sauveur.
Les eaux du passage, sources d'eau vive. bientôt, vont abreuver le désert de la ville assoiffée.
A gauche, au-dessus de la femme, surgissent deux personnages aux contours bleutés, eux aussi.
Enlacés, accouplés, dans le vert émeraude de la tendresse.
Ils paraissent s'entretenir de leur destinée commune.
Le vert de l'effusion accorde le rouge de la femme au bleu du Christ.
Voici une aube surprenante qui ne doit rien au soleil.
Soleil noir qui s'éclipse devant le plaisir et le chant des amants.
L'Esprit de Dieu plane sur l'œuvre des hommes. il s'épanche sur la ville et sanctifie nos maisons.
Le vert, la couleur de la croissance, inaugure en nos réalités quotidiennes la fécondation réciproque de la terre et du ciel.
