Le messianisme : une espérance millénaire
Cette espérance est aussi ancienne que la prophétie. Pour les Juifs, croire en la venue du Messie, c'est espérer qu'un temps viendra - appelé en hébreu « les jours du Messie » - où la Paix, la Justice et la Fraternité régneront sur la terre entière, où selon la merveilleuse image du prophète Isaïe (11,6-9) : «le loup habitera avec la brebis et le tigre reposera avec le chevreau... De leurs glaives, les peuples forgeront des socs de charrue et on n'apprendra plus l'art des combats. »
En ces jours qui seront une période bénie pour toutes les nations, le peuple d'Israël cessera d'être en butte à l'opprobre ou à l'oppression des peuples. Partiellement ou totalement regroupé sur sa terre ancestrale (Is 35,10) il fera de Jérusalem un centre spirituel de l'univers où s'élèvera « une maison de prières pour toutes les nations » (Is 56,7 ; Sophonie 3,9). Toutes les formes d'idolâtrie auront cessé et, selon l'expression de Zacharie (14,9) reprise par la liturgie juive quotidienne, « en ce jour, l'Eternel sera Un, et son Nom, Un ».
Ces jours sont annoncés comme devant être ceux du « Messie » ou du Roi-Messie. Messie se dit en hébreu : Mashiah ; en grec Christos ; d'où Christ en français. Ce mot signifie : « Oint de l'Eternel » ; c'était l'appellation des rois d'Israël, des grands-prêtres consacrés dans leurs fonctions par une onction d'huile sainte.
D'après la tradition, le « Messie » qui présidera cette ère de félicité universelle sera un homme descendant de la maison de David, sur lequel, selon la description même des prophètes Isaïe et Zacharie notamment, « reposera l'esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force... Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays... La justice sera la ceinture de ses reins et la loyauté l'écharpe de ses flancs... »
L'idée messianique est une des idées les plus anciennes de la tradition juive, qui, à travers les différents courants de pensée juive - talmudique, mystique, rationaliste, moderne, etc. - a reçu de multiples variantes.
A travers toutes celles-ci, des constantes fondamentales demeurent et nourrissent aujourd'hui comme hier la foi du peuple juif. D'une « foi parfaite », le Juif continue à espérer que «viennent les jours du Messie ». Mais le Messie n'est pas encore venu puisque la Paix et la Fraternité ne règnent pas encore ici-bas.
De plus, cette espérance n'est pas pour le Juif une attente passive, elle est espérance active, engagement de vie ; elle est l'expression de cette coopération de Dieu et de l'homme, elle est marche en avant dans l'histoire, par l'acceptation renouvelée de l'élection
Les chrétiens
Le vocabulaire chrétien a souvent opposé l'« Ancienne Alliance », celle du judaïsme considérée comme vieillie, à la « Nouvelle Alliance », celle « accomplie » en Jésus. Pourtant, dans la perspective biblique, il n'y a qu'une Alliance de Dieu avec les hommes, constamment reprise et renouvelée, depuis Adam, Noé, Abraham, Moise.
Pour les chrétiens, dire que Jésus a « accompli » la Loi et l'Ancienne Alliance (Cf. Mt 5,17), c'est dire qu'il a, en Fils du Père, vécu jusqu'au bout cette Loi et cette Alliance. C'est par Jésus, homme juif, que les païens ont accès à l'unique et éternelle Alliance annoncée par Jérémie 31,31, et Ezéchiel 16,60. C'est dire enfin qu'il a inauguré l'ère messianique de justice et de paix, que jusqu'à la Parousie nous devons faire advenir.
Quelques citations
| Dr Fouks. « La conscience juive face à l'histoire». |
Le messianisme me paraît un aspect absolument essentiel du judaïsme ; il se présente comme un refus de la réalité apparente de l'Histoire, un refus de la domination des empires, de l'esclavage et de la domination de César; c'est une des choses qui est à mettre à l'actif du Judaïsme d'avoir conçu que le bonheur apparent et la victoire apparente pouvaient couvrir une misère innommable, et d'avoir vu que l'essentiel n'est pas une restauration matérielle ; mais l'élévation et la libération, la fin de l'esclavage et de l'aliénation.» |
| Edmond Fleg « NOTE », ANTHOLOGIE JUIVE. |
Ce qui sépare le Judaïsme du Christianisme, ce ne sont pas les réa-lités, essentiellement juives, de l'amour de Dieu et du prochain, ni la conception du Royaume des cieux et de la vie future, depuis long-temps traditionnelles à l'époque de Jésus ; le schisme vint principalement de ce que les Chrétiens considèrent les promesses messianiques comme réalisées tandis que les Juifs continuent à attendre et à espérer le Messie promis. |
| Maïmonide 13e ARTICLE DE FOI |
Je crois, d'une foi parfaite... à la venue du Messie, et quoi qu'il retarde son arrivée, j'attendrai tous les jours sa venue. |
