n°1

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2 Jérusalem

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Jérusalem que de mystère en ce nom !

n°3 je ne me tairai pas

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Pour Jérusalem je ne me tairai pas.

n°4 logo

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Sion

Sion

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est le nom de famille de la Sainte Vierge.

n°6 marie Jérus

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IN SION

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FIRMATA SUM

FIRMATA SUM

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Voici le chemin !

Tes oreilles entendront derrière toi la voix qui dira: Voici le chemin, marchez-y!
Is 30,20

Souviens-toi

GanenouCM-mains-3-tradition

 

« Souviens-toi » ...  Documents fondamentaux
En Eglise, relation avec le Peuple juif... depuis la Shoah
  « Pénètre le cours des âges » (Dt 32,7)  ...

VaticanIIAu lendemain de la Shoah :
1 - De la 2° Guerre Mondiale à  Seelisberg,  1947
 Redécouverte du lien vital :
2 – Des Constitutions Conciliaires à Nostra Aetate, Vatican II,  1962-1965
 A l’écoute de l’inachèvement du dessein de Salut :
3 – Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens à l’égard du judaïsme, 1973
 Que dis-tu de toi-même ? :
4 – Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration Conciliaire N. Ae., 1975
Nouveau regard :
5 – Note pour une correcte présentation des Juifs et du judaïsme..., 1985
A l’écoute des Ecritures :
6 – Lire l’Ancien Testament, 1997
Acte de mémoire, acte de vérité :
7 – Déclaration de repentance des évêques de France, 1997
Chemin de  repentir : 1998
8 – Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, 1998
Accueil du Premier-né, frère aîné :
9 – Le peuple juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible Chrétienne, 2001
Signatures conjointes pour un engagement commun :
10 – Les Douze points de Berlin, ICCJ, 2009

 ....   « Fais cela et tu vivras » (Lc 10,28) : Dans l’aujourd’hui de l’année 2010... 2011 ...

I -De la Deuxième Guerre mondiale à Nostra Aetate, Vatican II, 1965

Après avoir fait mémoire, le 28 octobre dernier, du 45ème anniversaire de la promulgation de la Déclaration Nostra Aetate  - Lien  Le Saint–Siège, Vatican II, Nostra Aetate –  il peut être utile de reprendre des documents qui l’ont précédée et préparée.

 Dès juin 1941, à la faculté de théologie de Lyon un projet de déclaration, due à l’inspiration de l’abbé Chaine[1], voit le jour. Il est remarquable de noter qu’il contient un paragraphe particulièrement parlant en comparaison avec Nostra Aetate. : « L’Eglise ne saurait oublier que les israélites sont les descendants de ce peuple qui fut l’objet de l’élection divine dont elle est le terme, de ce peuple dont est issu le Christ, notre Sauveur et la Vierge Marie, et les Apôtres ; qu’ils ont en commun avec nous les livres de l’Ancien Testament dont nous lisons les pages inspirées dans  notre liturgie, dont nous chatons les psaumes  pour louer Dieu et pour exprimer l’espérance de son Règne ; que selon la parole de Pie XI nous sommes comme eux les fils d’Abraham, le père des croyants, et que la bénédiction promise à sa descendance est encore sur eux... »[2]

Après la guerre, deux documents sont particulièrement importants : le texte de la Conférence de Seelisberg, 1947, et celui de Bad Schwalbach, 1950. En effet ils ont joué un  grand rôle dans la formation d'une nouvelle attitude des chrétiens vis-à-vis du judaïsme, et ont ainsi influencé d'une manière indirecte l'esprit et la formulation des documents ultérieurs.

« Une ‘Conférence internationale extraordinaire pour combattre l'antisémitisme’ fut réunie du 30 juillet au 5 août 1947 à Seelisberg (Suisse) par l' ‘International Council of Christians and Jews’. Elle approuva une série de thèses concernant l'enseignement religieux chrétien. Elaboré conjointement par les membres chrétiens et juifs (dont Jules Isaac) de la Commission 3, le texte fut soumis à l'assemblée par les premiers. Il reçut également l'approbation des autorités religieuses chrétiennes respectives. Jusqu'au Concile, ce fut le seul document international auquel les chrétiens pouvaient se référer pour créer un meilleur climat. C'est la partie centrale de l'Adresse aux Eglises qui est appelée

 « Les Dix Points de Seelisberg ». »                              Lien SIDIC 1970 p. 3-5

Ces Dix Points expriment à la fois la conscience du lien unique qui unit les Chrétiens au Peuple Juif, une mise en garde contre la présentation de la Passion marquée par un antijudaïsme traditionnel  chrétiens avec, a contrario, des suggestions d’ « étude plus objective et plus approfondie de l'histoire biblique et post-biblique du peuple juif ainsi que du problème juif ; de promouvoir, en particulier, la diffusion de ces connaissances par des publications adaptées aux différents milieux chrétiens ; de veiller à rectifier dans les publications chrétiennes, surtout dans les manuels d'enseignement, tout ce qui s'opposerait aux principes énoncés plus haut. » ; les membres de la conférence plaçant leur « effort commun sous le signe de la parole de saint Paul (Romains XI, 28 à 29) : ‘Ils sont bien-aimés à cause de leurs pères, car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance’.»

Un des artisans de la Commission 3 de la conférence de Seelisberg a été Paul Demann : « ... Il fut l’un des rares participants francophones, avec, Jacob Kaplan, Jules Isaac, le Père Jean de  Menasce et Marie-Madeleine Davy, ‘résistante qui avait beaucoup aidé les Juifs’ ... ainsi que le grand rabbin Safran[3] ...

Le P. Demann livrera encore un très beau témoignage avec son livre Les Juifs... A la première page, comment ne pas être frappé par la force et la modernité du ton, par l’expression ‘frères aînés’ employée dès 1960, par la volonté de lier définitivement le Christianisme au Peuple juif, cet « Israël de la Bible qui est la racine qui nous porte », reprenant ici saint Paul (Rm 11,18) : ‘Séparés de nous par la séparation première, et la plus douloureuse de toutes, les Juifs n’en restent pas moins pour nous des frères à un titre très spécial, et non des étrangers, et même des frères aînés, ‘aînés dans la foi’... Aussi bien leur destinée et leur foi, ainsi que leur existence au milieu de nous, nous concernent au plus profond de nous-mêmes.’ »                        Télécharger  « Paul Démann »   Sens 2-2006

 En 1966 Paul Démann précise dans un article dans l’Arche, repris dans Sens n° 2 – 2006 sur les liens entre les dix points de Seelisberg et la Déclaration du Concile Nostra Aetate : « Il ne semble pas exagéré de dire que la Conférence de Seelisberg a été dans une large mesure, le point de départ des efforts qui ont abouti à la Déclaration solennelle de Vatican II... La vraie question n’est pas ici celle d’une filiation, d’une dépendance directe entre le message de Seelisberg et la déclaration du Concile, mais simplement celle des rapports, des analogies des deux textes, tels qu’une comparaison même rapide permet de les relever.... [Par exemple] Le premier de ces ‘points’ rappelle que ‘c’est le même Dieu vivant qui nous parle à tous dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament’. Plus amplement mais dans le même esprit, au début de la Déclaration – Nostra Aetate – ‘le Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau testament avec la lignée d’Abraham’...»    Télécharger  « De Seelisberg à Vatican II » Sens n° 2-2006

Le Grand rabbin Safran, quant à lui, témoigne des travaux de la Conférence de Seelisberg, dans son livre Juifs et Chrétiens, La Shoah en héritage[4] : « Les travaux de cette conférence avaient pour base des documents préparés à l’intention des participants.... Après un consensus obtenu sans difficulté, on est arrivé à formuler une Déclaration qui sera connue sous le nom de ‘Dix Points de Seelisberg ’... invitant à rectifier les thèses anti-juives que l’Eglise, les Eglises, ont diffusé durant des siècles et aider à dissiper les préjugés hostiles au judaïsme et au peuple juif ... La déclaration... fut un pas ... sur la voie d’une meilleure compréhension du judaïsme, d’une meilleure considération des Juifs. Mais cet acte n’était que l’expression de la bonne volonté de certaines personnalités chrétiennes à l’égard du judaïsme et des juifs. Il ne portait pas le sceau des Autorités chrétiennes... »

 Par ailleurs, « En mai 1950 à Bad Schwalbach (Allemagne), un groupe de théologiens protestants[5] et catholiques (dont firent partie le pasteur Freudenberg et Karl Thieme) résolut de donner des fondements bibliques plus solides aux thèses de Seelisberg. Le texte fut soumis à différentes ‘Gesellschaften für christlichjüdische Zusammenarbeit ‘ et des modifications y furent apportées. En juillet 1950, il reçut l'approbation de la hiérarchie catholique de Fribourg. De ce texte, nous publions uniquement les thèses qui approfondissent les Dix Points de Seelisberg. »  Idem lien   SIDIC 1970 p. 5-7

 Il est particulièrement intéressant d’y relever la recommandation d’ « être attentifs aux avertissements et aux promesses qu'il [le Seigneur] nous a donnés comme signes dans le fait qu'entre 1933 et 1945, pour la première fois dans l'histoire, des juifs et des chrétiens furent persécutés ensemble » ; ainsi que la conviction que « la signification de la crucifixion du Christ dans l'alliance de Dieu avec Israël est un mystère caché à l'intérieur de la fidélité inébranlable de Dieu pour son Peuple. Et même la partie centrale de l'épître aux Romains (chap. 9-11) ne nous le révèle dans ses traits principaux que par allusion. Comme partout ailleurs dans l'histoire de ce peuple unique, il ne peut être question ici de malédiction, mais bien plutôt de bénédiction que Dieu veut accorder finalement à son Peuple, et avec lui, à tous les peuples. (VII) »   

[1] L’abbé Chaine (1888-1948), professeur d’A.T. à la faculté de théologie et aumônier de la paroisse universitaire.
[2] Cf. de Lubac Henri, Résistance chrétienne à l’antisémitisme souvenirs 1940-1944, Fayard, 1988, p. 67 et sv ; repris in Card. Henri de Lubac, Résistance chrétienne au nazisme, œuvre complètes XXXIV, Cerf, 2006, ch.V
[3] Parmi les 70 personnalités venues de 17 pays, on comptait : 28 juifs, dont Jules Isaac, le Rabbin Jacob Kaplan, Grand Rabbin adjoint de France, le Rabbin Alexandre Safran, Grand Rabbin de Roumanie, l'écrivain Josué Jéhouda, de Genève ; le professeur Selig Brodetzki, président du Conseil représentatif des Juifs d'Angleterre ;  23 protestants ; 9 catholiques, dont le Père Marie-Benoît Péteul, le Père Calliste Lopinot, l'abbé Charles Journet, le Père Jean de Menasce, le Père Paul Démann  - (Cf. Wikipédia)
[4]  Cf. Safran Alexandre, Juifs et Chrétiens, la Shoah en héritage, Labor et Fides, 1996, p 24 et sv
[5]  Cf. aussi d’autres Déclarations et réflexions protestantes rassemblées dans un tiré à part 9-10 Sens, 2000

II - Des Constitutions Conciliaires à la Déclaration Nostra Aetate
Vatican II 1962-1965

Lien Le Saint-Siège - Archive - Documents du Concile Vatican II

Gaudium et Spes, Lumen Gentium, Dei Verbum, Nostra Aetate   Voici trois documents clés du Concile qui sont à mettre en lien avec la Déclaration Nostra Aetate : 

 La Constitution dogmatique sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes

         La constitution Gaudium et Spes sur L’Église dans le monde de ce temps rappelle que Dieu a créé l’homme à son image et l’a racheté du péché, pour le rétablir et le confirmer dans sa dignité d’homme : « Si le même Dieu est à la fois créateur et sauveur, Seigneur de l’histoire humaine et de l’histoire du salut, l’ordre divin lui-même, loin de supprimer la juste autonomie de la créature, de l’homme en particulier, la rétablit et la confirme au contraire dans sa dignité (n° 41,2).  

La Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium

 Le concile de Vatican II s’est tourné délibérément vers ce « monde tant aimé de Dieu » (cf. Jn 3,16), pour répondre à sa mission fondamentale « d’aller à toutes les nations », avec un regard neuf, en prenant en compte l’unité plurielle de ce monde dans sa diversité. Il présente d’abord une vision du monde selon laquelle celui-ci est appelé explicitement à faire partie du peuple de Dieu : « A faire partie du peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés (LG n°13).
 
En effet, dès l’origine, Dieu a créé l’humanité en vue d’un rassemblement de tous. Cette vision d’unité, qui n’est pas encore pleinement réalisée actuellement, mais qu’il s’agit de promouvoir autant que possible, ne date pas d’aujourd’hui, ni du Concile Vatican II : elle est inscrite dans la pensée de Dieu de toute éternité. La Constitution dogmatique sur l’Église insiste sur cette dimension capitale : « A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (Ac 10,35). Cependant il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel (n° 9) ». C’est dans cette optique, à portée universelle, que Dieu appelle d’abord Israël : « C’est pourquoi il s’est choisi le peuple d’Israël pour être son peuple avec qui il a fait Alliance (n° 9) ».
 
À partir de l’Alliance conclue avec Israël, Dieu propose la nouvelle Alliance en Jésus-Christ : « préparer et figurer l’Alliance nouvelle et parfaite[1] qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait apportée par le Verbe de Dieu lui-même (n° 9) ». C’est donc en Jésus-Christ que se constitue l’Ecclesia, c’est en lui que sont institués ceux qui sont baptisés, c’est en lui que prend forme « un peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint »[2] (n°5). Mais si l’Église devient le peuple de Dieu, si ses membres deviennent des fils adoptifs du Père, cela est accompli par le Fils, qui est né d’une femme, Marie : « Ayant résolu, dans sa très grande bonté et sagesse, d’opérer la rédemption du monde, Dieu ‘ quand vint la plénitude des temps, envoya son Fils né d’une femme… pour faire de nous des fils adoptifs ‘(Gal. 4,4-5) »[3] (idem chap. VIII n° 55). Mais cette femme, Marie, la mère de Jésus, est une fille d’Israël, « la fille de Sion par excellence » (52).
 
Ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont mystérieusement ordonnés au (nouveau) peuple de Dieu, et parmi ces « appelés » (ou « ordonnés » à), les premiers sont les membres du peuple juif : « Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au peuple de Dieu. Et en premier lieu, ce peuple qui a reçu les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9,4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11,28-29) (LG n° 16). Le même document précise que les patriarches d’Israël sont la « racine sainte » de l’Église, que c’est sur l’antique olivier, le peuple juif, que se fait en l’Église la réconciliation entre Juifs et Gentils : « L’Église est le terrain de culture, le champ de Dieu (1 Cor 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (Rm 11,13-26) » (n° 6).
 
Ainsi, le mystère de l’Église, présent dans la pensée de Dieu dès avant la création, est entré dans le temps travers toute l’histoire biblique, en vue de l’accomplissement du salut pour toute l’humanité : « avènement du règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles » (LG n° 5).

 La Constitution dogmatique, Dei Verbum

 La Constitution Dei Verbum, consacrée à la question de la Révélation, en évoque les grandes étapes, dont le moment décisif est l’appel d’Abraham : « A son heure, Dieu appela Abraham pour faire de lui un grand peuple (Gn 12,2) ; après les patriarches, il forma ce peuple par l’intermédiaire de Moïse et par les prophètes, pour qu’il le reconnaisse comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis, préparant ainsi au cours des siècles la voie de l’Évangile. (DV n° 3 ) Elle rappelle que c’est en Jésus que s’achève la révélation faite à Israël à l’intention de toutes les nations : Le Christ Seigneur, en qui s’achève toute la révélation du Dieu Très Haut (2 Cor. I, 30 ; 3,16 – 4,6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses Apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins. (DV. n° 7 ).

La Déclaration Nostra Aetate

de Vatican II sur les relations des chrétiens avec les religions non chrétiennes est peut-être passée trop inaperçue, comme n’étant qu’une simple déclaration, et non une constitution. Cependant, théologiquement ancrée dans la ligne de Lumen Gentium, elle se situe au cœur du « mystère de l’Église » avec spécialement le n° 4 concernant le rapport des chrétiens avec les Juifs. Ainsi elle apporte du nouveau, dans la mesure où elle insiste sur le lien existentiel incontournable entre l’Église et le peuple juif, lien spirituel de l’ordre de la foi, dans le contexte historique de la continuité d’Abraham à Jésus, descendant de David, né de Marie, fille d’Israël.
 
Elle reprend comme en synthèse une grande partie de ce qui fait la richesse du Concile Vatican II proprement prophétique pour le temps d’aujourd’hui.
 
Le préambule présente le dessein de Dieu sur toute l’humanité et se réfère « à l’époque où le genre humain devient de jour en jour plus uni […] l’Église examine d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les poussent à vivre ensemble leur destinée »
Il annonce une conclusion, (n° 5), qui appelle les chrétiens à travailler à ce que les humains se reconnaissent tous frères, fils du même Père : « dans une fraternité universelle excluant toute discrimination […] de manière à être vraiment les fils du même Père qui est dans les Cieux ».
 
Les n° 2 et 3 abordent la question de la relation de l’Église avec les diverses religions non chrétiennes, et avec l’Islam, troisième de la famille des religions qui s’enracinent dans la révélation Biblique, par Ismaël, autre fils d’Abraham.
 
Vient alors le n° 4 qui est consacré à la religion juive à « la descendance d’Abraham ». Il constitue un tournant révolutionnaire dont l’Église, quarante-cinq ans après le Concile, n’a pas fini de mettre à jour toutes les virtualités. (lien Vatican II : Nostra Aetate texte intégral)
 
Ce n° 4 de Nostra Aetate a fait l’objet de plusieurs commentaires d’application depuis 1965.
 
                                                                                                                                                                                                        
[1] En latin dans le texte original de Lumen Gentium “ perfecti”, de “ perficio” : « faire complètement, achever ».
[2] S Cyprianus, de Orat. Dom. 23: Pl 4,553
[3] Et avec la citation intégrale de Paul aux Galates : «  Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale ».

III - Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens

à l’égard du judaïsme

Comité épiscopal français pour les Relations avec le Judaïsme., 17 Avril 1973
Lien sur Google  L'attitude des chrétiens à l'égard du judaïsme  Orientations pastorales du 18 avril 1973        

 
Relevons ici les grandes lignes de ces orientations avec quelques extraits particulièrement significatifs:
 
« I – L’existence juive interroge la conscience chrétienne
L’existence actuelle du peuple juif [...] une donnée qui peut faire accéder les chrétiens à une meilleure compréhension de leur foi et éclairer leur vie.
La permanence du peuple juif à travers le temps, sa survie aux civilisations, sa présence comme partenaire rigoureux et exigeant en face du christianisme sont un fait de première importance que  nous ne pouvons traiter ni par ignorance ni par le mépris.
L’Eglise, qui se réclame du nom de Jésus-Christ et qui, par lui, se trouve liée depuis son origine et pour toujours au peuple juif, perçoit dans l’existence séculaire et ininterrompue de ce peuple un signe qu’elle voudrait comprendre en toute vérité. ...
 
II –  Le lent cheminement de la conscience chrétienne
... La prise de position conciliaire doit être considérée davantage comme un commencement que comme un aboutissement. Elle marque un tournant dans l’attitude chrétienne vis-à-vis du judaïsme. Elle ouvre une voie et nous permet de prendre l’exacte mesure de notre tâche. ...
 
III – La vocation permanente du peuple juif
... C’est par le peuple d’Israël que la foi au Dieu unique s’est inscrite dans l’histoire de l’humanité ...
 Selon la révélation biblique, c’est Dieu qui a constitué ce peuple, qui l’a éduqué et instruit de ses desseins, scellant avec lui une Alliance éternelle (Gn 17, 7) et faisant  reposer sur lui  un appel que Saint Paul qualifie d’irrévocable (Rm 11, 29). Nous lui devons les cinq livres de la Loi, les Prophètes et les autres livres sacrés qui complètent son message. Après avoir été rassemblés par la tradition, écrite et orale, ces enseignements furent reçus par les chrétiens sans que pour autant les juifs en soient dépossédés.
Même si, pour le christianisme, l’Alliance est renouvelée en Jésus-Christ, le judaïsme doit être regardé par les chrétiens comme une réalité non seulement sociale et historique, mais surtout religieuse : non pas comme la relique d’un passé vénérable et révolu mais comme une réalité vivante à travers le temps.  Les signes principaux de la vitalité du peuple juif : le témoignage de sa fidélité collective au Dieu unique, sa ferveur à scruter les Ecritures pour découvrir, à la lumière de la Révélation, le sens ultime de la vie humaine, sa recherche d’identité au milieu des autres hommes, son effort constant  de rassemblement en une communauté réunifiée. Ces signes nous posent, à nous chrétiens, une question qui touche le cœur de notre foi : quelle est la mission propre du peuple juif dans le plan de Dieu ? Quelle attente ultime l’anime, et en quoi cette attente diffère-t-elle ou se rapproche-t-elle de la nôtre?...
 
IV – Ne rien enseigner qui ne soit conforme à l’esprit du Christ
Il est urgent que les chrétiens cessent définitivement de se représenter le juif suivant les clichés qu’une agressivité séculaire avait forgés...
 
V – Accéder à une compréhension juste du judaïsme
 ... Les chrétiens, ne serait-ce que pour eux-mêmes, doivent acquérir une connaissance vraie et vivante de la tradition juive ...
a) S’il est vrai que pour nous, l’Ancien Testament ne délivre son sens ultime qu’à la lumière du Nouveau Testament, cela suppose qu’il soit accueilli et reconnu d’abord en lui-même (Tim. 3,16) ...
b) C’est sous-estimer les préceptes du judaïsme que de n’y voir que des pratiques contraignantes ...
c) Il est actuellement plus que jamais difficile de porter un jugement théologique serein sur le mouvement de retour du peuple juif sur "sa" terre. En face de celui-ci, nous ne pouvons tout d’abord oublier en tant que Chrétiens le don fait jadis par Dieu au peuple d’Israël d’une terre sur laquelle il a été appelé à se réunir (cf. Gn 12, 7; 26, 3-4; 28, 13; Is 43, 5-7; Jr 16, 15; So 3, 20).
 
VI – Promouvoir la connaissance et l’estime mutuelles – (N. Ae. 4 § 2)
... Susciter dans le peuple chrétien une meilleure compréhension du judaïsme, de sa tradition, de ses coutumes et de son histoire.
La première condition est que tous les chrétiens aient toujours le respect du juif, quelque soit sa manière d’être juif. Qu’ils cherchent à le comprendre comme il se comprend lui-même au lieu de le juger selon leurs propres modes de penser ...
La seconde condition est que, dans les rencontres entre juifs et chrétiens, soit reconnu le droit de chacun de rendre pleinement témoignage de sa foi sans être pour autant soupçonné de vouloir détacher de manière déloyale une personne de sa communauté pour l’attacher à la sienne propre. ... Le peuple juif a été l’objet, comme peuple, d’une ‘Alliance éternelle’ sans laquelle la ‘nouvelle Alliance’ n’aurait pas d’existence ...
 
VII – L’Eglise et le peuple juif
a) Le peuple juif a conscience d’avoir reçu, à travers sa vocation particulière, une mission universelle à l’égard des nations. L’Eglise, pour sa part, estime que sa mission propre ne peut que s’inscrire dans ce même propos universel de salut.
b) Israël  et l’Eglise ne sont pas des institutions complémentaires. La permanence comme en vis-à-vis d’Israël et de l’Eglise est un signe de l’inachèvement de Dieu. ... Mais, si juifs et chrétiens accomplissent leur vocation suivant des voies distinctes, l’histoire montre que leurs cheminements se croisent sans cesse. Leur souci commun ne concerne-t-il pas les temps messianiques ? Aussi faut-il souhaiter qu’ils entrent  enfin dans la voie de la reconnaissance et de la compréhension  mutuelles et ... se tournent ver le Père  dans un même mouvement d’espérance qui sera une promesse pour toute la terre.
c) Les paroles de Jésus lui-même et l’enseignement de Paul témoignent du rôle du peuple juif dans l’accomplissement de l’unité finale de l’humanité, comme unité d’Israël et des nations...
 
Réflexions à propos des réactions au document des évêques français par C.A.  Rijk
                           Article intégral  SIDIC 1973/3 pp. 35-39
 
«  ... Le document ainsi que les multiples réactions qu'il a provoquées font le point et révèlent les attitudes qui se manifestent par rapport au difficile problème des relations entre l'Eglise et le judaïsme. Tout d'abord le document lui-même montre le sérieux de certaines autorités de l’Eglise qui veulent mettre en pratique les directives du Concile Vatican II ... Le comité épiscopal français se situe ainsi clairement dans la perspective de la mise en œuvre de « Nostra Aetate »...[ et ] manifeste bien que la déclaration du Concile est un commencement plus qu'un aboutissement. En effet, le document français marque une évolution de la pensée chrétienne par rapport au Concile. Pour pouvoir déceler et évaluer cette évolution il faut d'abord lire et étudier sérieusement le texte lui-même. Cela va de soi, mais il n'est peut-être pas inutile d'insister sur cette condition préalable élémentaire. Il n'y a eu que trop de réactions basées sur une lecture inexacte, partielle ou superficielle du texte.
...L'évolution de la pensée à partir de la déclaration du Concile est visible en plusieurs points. Voici les plus importants: en plusieurs endroits le texte est plus explicite que le Concile; ainsi quand il s'agit de l'antisémitisme et surtout de la compréhension du judaïsme. Ensuite, tandis que « Nostra Aetate » dit avec saint Paul, que les « juifs restent très chers à Dieu dont les dons et l'appel sont sans repentance », le document français parle de la vocation permanente du peuple juif et essaie d'en préciser le contenu. Puis, dans un effort sincère pour comprendre et respecter l'identité juive, le texte considère le lien entre le peuple juif et la terre promise et  essaie de définir une attitude chrétienne en face de l'énorme complexité de tous ces problèmes »...
                    Aujourd’hui, où en sommes- nous?        

IV - 1° décembre 1974 – janvier 1975 : Orientations et suggestions pour l'application de la déclaration conciliaire Nostra Aaetate n. 4

 Lien le Saint-Siège Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme.


« Il importe que les chrétiens cherchent à mieux connaître les composantes fondamentales de la tradition religieuse du judaïsme et qu'il apprennent par quels traits essentiels les juifs se définissent eux-mêmes dans leur réalité religieuse vécue ».
Cette importante déclaration du document officiel récemment publié par la Commission pour les relations judéo-chrétiennes du Vatican « Orientations et suggestions pour l'application de la déclaration conciliaire Nostra Aaetate n. 4 » est fondamental pour tout dialogue sérieux entre juifs et chrétiens. Il ouvre en même temps des perspectives d'étude et d'écoute qui demandent une grande ouverture d'esprit et une remise en question des habitudes de pensée et des attitudes traditionnelles.... » SIDIC vol VIII - 1975/2 (pages 03) Présentation
 

Extraits du document

 « Que les chrétiens cherchent à mieux connaître les composantes fondamentales de la tradition religieuse du judaïsme et apprennent par quels traits essentiels les juifs se définissent eux-mêmes dans leur réalité religieuse vécue ...

 1 - Le dialogue ...  suppose le désir de se connaître mutuellement et de développer et approfondir cette connaissance [...] Moyen privilégié pour favoriser la connaissance mutuelle... Et pour approfondir les richesses de sa tradition propre. ... La condition du dialogue est le respect de l'autre tel qu'il est, de sa foi surtout, et de ses convictions religieuses ...

 2 - La liturgie ... On s'efforcera de mieux comprendre que  l’Ancien Testament garde une valeur propre et perpétuelle (cf. Dei Verbum par. 14 et 15)

 3  - Enseignement et éducation ... Une meilleure compréhension du judaïsme en lui-même et dans sa relation au christianisme grâce aux enseignements de l'Eglise, aux études et recherches, au dialogue qui a pu s'instaurer... Ce qui suppose une formation approfondie des enseignants et des éducateurs ...

... Encourageant aussi la collaboration avec les " savants "juifs ...

 4 – Action sociale et commune ... Dans l’esprit des prophètes, juifs et chrétiens collaboreront volontiers dans la poursuite de la justice sociale et de la paix au niveau local, national et international...

Conclusion ... Le problème entre juifs et chrétiens concerne l'Eglise en tant que telle puisque c’est en  ' scrutant son propre mystère’  qu’elle est affrontée au mystère d’Israël. Il garde donc toute son importance,  même dans les régions où il n'existe pas de communauté juive. Ce problème a également un aspect œcuménique : le retour des chrétiens aux sources et aux origines de leur foi, entée sur l’ancienne Alliance, contribue à la recherche de l’unité dans le Christ, pierre angulaire. ... »

 
Parmi les réactions
 

De Sr Katharine Wolff, nds,  lors d’une session à Lausanne le 9 avril 1992

 « Paru le 1° décembre 1974 – présenté en janvier 1975 – ce document  est beaucoup plus pratique que Nostra Aetate, dans le sens qu’il prend des domaines très concrets de la vie qu’il développe pour montrer quelle est la pratique à laquelle nous sommes appelés maintenant par Nostra Aetate ; en même temps il contient quelques idées nouvelles. Il commence par souligner encore une fois le lien spirituel et historique entre le christianisme et le judaïsme et parle des conséquences qui en découlent. La nouveauté la plus importante, à mon avis, c’est ce qu’il dit explicitement dans l’introduction : ‘ Il est essentiel de se comprendre et de se respecter les uns les autres, c'est-à-dire que les chrétiens – et c’est la nouveauté – doivent comprendre les éléments fondamentaux de la tradition juive et ils doivent apprendre ce qui est essentiel à la réalité religieuse vécue des juifs aujourd’hui, d’après leur propre compréhension juive’.... Dans ce texte c’est un vrai dialogue qui permet de chercher à comprendre comment l’autre se voit. Le document parle alors de quatre domaines où il est nécessaire de travailler : le dialogue, la liturgie, l’éducation-enseignement et les actions sociales communes ... »

 De H. Siegman, Executive Vice-President Synagogue Council of America, New York

  « Deux événements majeurs encadrent les dix années qui viennent de s'écouler: la Déclaration  Vatican sur les Juifs (Nostra Aetate n. 4) en 1965 et « Orientations et Suggestions » pour la mise en application de Nostra Aetate n. 4 paru en janvier 1975. ...  Malgré tous ses manques, ce document marque un progrès par rapport à Nostra Aetate. ...

Les Orientations sont le premier document catholique officiel, émanant du plus haut niveau d'atorité qui regarde le judaïsme comme un mouvement religieux riche et vivant également dans sa période post-chrétienne. C'est peut-être l'apport le plus important du document.
Le document invite les catholiques à étudier le judaïsme sous tous ses aspects et à mettre un terme à l'ignorance qui a été la racine de l'hostilité et de la rancœur passées. C'est un encouragement à la mise en place de structures organisées pour l'étude du judaïsme à l'intérieur du système d'éducation catholique; on a même prévu la création de chaires spéciales pour les études juives.
Egalement significatif est le passage des Orientations qui dit que l'Ancien Testament et la tradition juive fondée sur lui ne doivent pas être comparés au Nouveau Testament de façon à présenter l'Ancien Testament comme une religion de justice et de légalisme, en opposition à l'accent mis sur l'amour de Dieu et du prochain dans le Nouveau Testament. Le passage cite des sources spécifiquement bibliques qui montrent en effet la place centrale donnée à l'amour.
Les catholiques sont invités à apporter leur soin au choix des lectures liturgiques, aux homélies basées sur ces textes et aux traductions de textes liturgiques, en particulier les passages que les chrétiens, s'ils sont mal informés peuvent mal comprendre à partir de préjugés. Encore plus importante peut-être est l'invitation faite aux chrétiens pour les inciter à chercher à apprendre « par quels traits essentiels les Juifs se définissent eux-mêmes à la lumière de leur propre expérience religieuse ». Une véritable ouverture aux catégories juives et le respect de leur auto-définition rendraient possible pour la première fois, un dialogue honnête et fructueux entre l'Eglise et la Synagogue.
Mais, les Orientations n'ont pas visé à être une fin mais le commencement d'un processus. Ce que l'Eglise catholique a fait, c'est de créer les instruments de travail qui rendent possible un nouvel examen de tous les éléments de sa vie interne — l'enseignement, la formation des prêtres, l'intelligence de la Bible, la catéchèse — en fonction de ce qui touche au judaïsme. Ces instruments de travail n'existaient pas auparavant, et ceci explique pourquoi si peu de chose est sorti de la déclaration de Vatican II sur les Juifs.
Dans leur lutte pour réaliser pleinement les promesses contenues dans les Orientations, les ministres officiels de l'Eglise et les théologiens, dont les efforts infatigables ont fait aboutir cette nouvelle étape, rencontreront, j'en suis persuadé, ouverture et estime, et — partout où cela sera possible — soutien et réciprocité de la part de la communauté juive.»
  SIDIC VIII - 1975/3 (pages 04 - 13) Juifs et chrétiens en dialogue officiel

    

V - Notes pour une correcte présentation
des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse
            de l’Eglise catholique -Catholiques et juifs : nouveau regard

  Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme – Le Vatican, 24 juin 1985
Lien sur  site Le Saint - Siège + le titre complet  du document 

 «  Ceux qui travaillent dans la prédication ou dans la catéchèse sont directement concernés par ce troisième document du 24 juin1985, qui leur est spécialement adressé. Ce texte est le plus long des trois ... Il reprend et développe des points contenus dans les deux premiers textes – Nostra Aetate et la déclaration [Orientations] de 1974...En les lisant tous les trois, les uns après les autres, on voit vraiment une continuité et un développement... » Sr Katharine Wolff, nds, Lausanne, le 9.04.1992.

« En invitant ses fidèles à porter un nouveau regard sur le peuple juif, le 24 juin 1985, l'Eglise catholique a marqué une étape nouvelle dans le dialogue entre juifs et chrétiens. Après la Déclaration Nostra Aetate et les Orientations et suggestions pour sa mise en œuvre, la Commission du Saint Siège pour les relations religieuses entre l'Eglise et le peuple juif s'est adressée cette fois-ci tout spécialement à ceux et celles qui, dans l'Eglise, ont la vocation expresse de proclamer la Parole de Dieu: les prédicateurs et les catéchistes...
... Il nous semble que ce texte, tel qu'il est, marque une étape de plus dans la reconnaissance du «frère aîné»: il est une invitation pressante pour l'Eglise catholique à revoir son enseignement, et pour chaque chrétien à renouveler sa foi en Jésus, né du peuple juif pour toute l'humanité. C'est cet aspect positif que nous voulons souligner ... en  raison  des  rapports  uniques  qui  existent  entre le christianisme et le judaïsme, liés au niveau même de leur propre identité... Les juifs et le judaïsme n'occupent pas une place occasionnelle et marginale dans la catéchèse et la prédication, mais  que  leur présence indispensable  y  soit  intégrée de façon organique (Notes 1,2), et que cela se vérifie aussi dans la vie de foi de chaque chrétien! » SIDIC, Vol XIX 1986/2
 SIDIC Vol XIX 1986/2 version anglaise (si la version française n’est pas encore en ligne) 

  

Plan et extraits du document

  Considérations préliminaires

« ... L’information au sujet de ces questions concerne tous les niveaux d’enseignement et d’éducation du chrétien. Parmi les moyens d’information, ceux qui suivent ont une importance particulière : Manuels de catéchèse; Livres d’histoire;  Moyens de communication sociale (presse, radio, cinéma, télévision). L’usage efficace de ces moyens présuppose une formation approfondie des enseignants et des éducateurs, dans les écoles normales, les séminaires et les universités » (AAS 77, 1975, p. 73).C’est à ce but qu’entendent servir les paragraphes qui suivent.
I. Enseignement religieux et Judaïsme
1. Dans la Déclaration Nostra Aetate n. 4 ...
2. En raison de ces rapports uniques qui existent entre le christianisme et le judaïsme ...
3. Cet intérêt pour le judaïsme dans l’enseignement catholique n’a pas seulement un fondement historique ou archéologique ... Il s’agit donc d’une préoccupation pastorale pour une réalité toujours vivante, en rapport étroit avec l’Église ...
4. Il faut rappeler déjà ici le texte dans lequel les « Orientations et Suggestions »  ont cherché à définir la condition fondamentale du dialogue: « le respect de l’autre tel qu’il est ... »
5. La singularité et la difficulté de l’enseignement chrétien concernant les juifs et le judaïsme ...
6. Finalement, « en ce domaine, l’imprécision et la médiocrité nuiraient énormément » au dialogue judéo-chrétien (Jean Paul II, discours du 6 mars 1982) ... »
7. « En vertu de sa mission divine, l’Église ... »
8. L’urgence et l’importance d’un enseignement précis, objectif et rigoureusement exact sur le Judaïsme ...
II. Rapports entre Ancien et Nouveau Testament 
1. Il s’agit de présenter l’unité de la Révélation biblique (AT et NT) et du dessein divin ...
2. Il s’agit d’événements singuliers concernant une nation singulière mais qui, dans la vision de Dieu qui révèle son propos, sont destinés à recevoir une signification universelle et exemplaire ...
3. De l’unité du plan divin découle le problème du rapport entre l’Ancien Testament et le Nouveau ...
4. ... 5. ...    6. ..   La lecture typologique ne fait que manifester les insondables richesses de l’AT ... 8. La typologie signifie en outre la projection vers l’accomplissement du plan divin quand « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15, 28 ...) 9. L’Exode, par exemple ... 10. En outre, en soulignant la dimension eschatologique du christianisme, on arrivera à une plus grande conscience ... 11. Attentifs au même Dieu qui a parlé, suspendus à la même parole, nous avons à témoigner d’une même mémoire et d’une commune espérance en Celui qui est le maître de l’histoire. ...
III. Racines juives du Christianisme
1. Jésus était juif et l’est toujours resté... 2. Les rapports de Jésus avec la loi biblique et ses interprétations plus ou moins traditionnelles sont sans doute ... 3. Il est aussi à noter que Jésus enseigne souvent dans les synagogues ... et dans le Temple ... 4. Ainsi le Fils de Dieu s’est incarné dans un peuple et une famille humaine (cf. Gal 4, 4; Rom 9, 5)
5. Ses rapports avec les Pharisiens ne furent pas totalement ni toujours polémiques....
6. Jésus partage, avec la majorité des juifs palestiniens d’alors ... 7. Paul aussi, comme d’ailleurs Jésus lui-même, a utilisé des méthodes de lecture et d’interprétation de l’Ecriture et d’enseignement aux disciples, communs aux Pharisiens de leur temps... 8. Il faut encore noter que les Pharisiens ne sont pas mentionnés dans les récits de la Passion. ... 9. Tout ceci devrait aider à mieux comprendre l’affirmation de saint Paul (Rom 11, 16 ss.) sur la « racine » et les « branches »....
 IV. Les Juifs dans le Nouveau Testament
1. ... Une présentation objective du rôle du peuple juif dans le NT ...
2. La question délicate de la responsabilité de la mort du Christ doit être vue dans l’optique de la Déclaration conciliaire « Nostra Aetate, 4 » et des « Orientations et Suggestions » (§ III) ...
V. La Liturgie
1. Juifs et chrétiens font de la Bible la substance même de leur liturgie: pour la proclamation de la parole de Dieu ...
2. Ceci est particulièrement visible dans les grandes fêtes de l’année liturgique, comme la Pâque. ...
VI. Judaïsme et christianisme dans l’histoire
1. L’histoire d’Israël ne finit pas en 70 ...
La permanence d’Israël (alors que tant de peuples anciens ont disparu sans laisser de traces) est un fait historique et un signe à interpréter dans le plan de Dieu. ...
 2. L’éducation et la catéchèse doivent s’occuper du problème du racisme, toujours actif dans les différentes formes d’antisémitisme.
VII. Conclusion
L’enseignement religieux, la catéchèse et la prédication doivent préparer, non seulement à l’objectivité, la justice, la tolérance, mais à la compréhension et au dialogue.

 

Un commentaire de  Jean-Paul II peut aider à  entrer dans la réflexion que propose cette note :

  « ... La première dimension de ce dialogue, c’est-à-dire la rencontre entre le peuple de Dieu de l’ancienne Alliance ... et le peuple de Dieu de la nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue intérieur à notre Eglise, s’établissant entre la première et la deuxième partie de la Bible. ... Une seconde dimension de notre dialogue – véritable et centrale – est la rencontre entre les Eglises chrétiennes d’aujourd’hui et le peuple actuel de l’Alliance conclue avec Moïse ... une troisième dimension de notre dialogue ...juifs et chrétiens sont, les uns et les autres, en tant que fils d’Abraham, appelés à devenir une bénédiction pour le monde (cf. Gn 12,2). » (Jean-Paul II à Mayence, 1982)

VI - Lire l’Ancien Testament
Comité épiscopal français, 1997

 LIRE L'ANCIEN TESTAMENT. CONTRIBUTION A UNE LECTURE CATHOLIQUE DE L'ANCIEN TESTAMENT POUR PERMETTRE LE DIALOGUE ENTRE JUIFS ET, 1997         Texte inégral

 « Le Comité épiscopal français pour les relations avec le Judaïsme a publié, en date du 14 mai 1997, une note pour montrer que la lecture chrétienne n'efface pas la lecture juive des Écritures, et que celles-ci demeurent pour tous « Parole de Dieu ». Dans le dialogue entre Juifs et Chrétiens, il est une difficulté récurrente : la manière dont les Chrétiens lisent ce qu'ils appellent « l'Ancien Testament ». En effet, ce texte, qui est fondamental pour les deux religions, est compris par les Chrétiens à partir de l'événement du Christ.

 Comment faire pour que la lecture chrétienne non seulement respecte mais s'enrichisse de la lecture juive, et pour que la conception chrétienne de la nouvelle Alliance n'élimine pas l'Alliance avec Israël ? C'est à ce problème délicat de la lecture catholique de l'Ancien Testament que s'attache un document de 20 pages du Comité épiscopal pour les relations avec le Judaïsme. A la seule fin de faciliter le dialogue entre Chrétiens et Juifs. Chaque parole a sa richesse propre.... » (Bruno Chenu)           Télécharger Lire l’Ancien Testament, 1997, Bruno Chenu Présentation, SENS 7-1998

 

Présentation du texte (extrait)

  « Puisse ce document contribuer à mieux reconnaître les difficultés de la lecture à éviter les interprétations contestables, à entrer surtout dans une connaissance plus profonde de l'Ancien Testament, Parole de Dieu pour les Juifs et les Chrétiens, dans le respect de nos identités respectives ».

Père Jean DUJARDIN, Prêtre de l'Oratoire, secrétaire du Comité Épiscopal pour les relations avec le Judaïsme           Mgr Gaston POULAIN, Evêque de Périgueux Président du Comité Episcopal pour les relations avec le Judaïsme[1]

 Plan et extraits du texte

 I - Le commentaire des lectures bibliques du dimanche
Le point de départ de notre réflexion est l'usage liturgique de la Bible.
Sur trois années le lectionnaire propose, chaque dimanche, trois textes dont une page de l'évangile. Le but de ces lectures choisies est de nous ouvrir à la connaissance des Ecritures dans leur ensemble. C'est le temps, la fête, ou l'évangile lui-même qui commandent le choix du premier texte, le plus souvent extrait de l'Ancien Testament....

 II – L’unité des Ecritures
Commenter un texte de l'Ancien Testament à la lumière de l'évangile : quoi de plus légitime pour un chrétien? Mais pour qu'il soit juste, ce commentaire doit se fonder sur l'unité de l'Ecriture. Celle-ci manifeste la cohérence du projet divin déjà à l'œuvre dans l'Ancien Testament et, pour le chrétien, pleinement révélé en Jésus et dans son Eglise....
Chaque passage de l'Écriture a un sens propre qu'on ne peut écarter ni rejeter. Chaque événement a sa richesse propre et sa valeur permanente: l'appel d'Abraham, l'Exode, l'Alliance du Sinaï, les événements de la vie de Jésus. Ce qui advient ne supprime pas ce qui est déjà advenu mais en manifeste la capacité de renouvellement et ouvre un avenir. Aucune parole ne dévalorise la précédente. Chacune contribue à la compréhension de l'ensemble....

III - Pour une lecture positive de l’Ancien Testament
... Dès l'Ancien Testament, l'action de Dieu et la foi de l'homme prennent corps dans une histoire, qui comporte réussites et échecs, rêves et désespoirs, gestes de tendresse et violences. La Bible témoigne de l'œuvre persévérante de Dieu qui fait entendre sa parole dans un monde rebelle, et en même temps de l'effort de l'homme qui rencontre Dieu. La parole de Dieu s'inscrit dans une histoire très humaine. Les préceptes de la Torah et les avertissements des prophètes .... demeurent le fondement de l'engagement moral du juif et du chrétien.
IV - L’accomplissement des Ecritures selon le Nouveau Testament
1. - Une question complexe  Souligner ainsi fortement la valeur permanente de la parole de Dieu dans l'Ancien Testament conduit à s'interroger sur cette expression fréquente du Nouveau Testament : « Afin que l'Écriture s'accomplisse ». L'accomplissement est une notion-clé pour comprendre l'Écriture et la portée de la mission et de la vie de Jésus. Comment l'entendre d'une manière qui ne dévalorise pas la lecture de l'Ancien Testament, et qui demeure pleinement ouverte à l'intelligence que le Nouveau Testament nous en livre ?...
2. - Les difficultés d’interprétation  Avec le développement des premières communautés chrétiennes, une nouvelle question apparaît. Nous découvrons le conflit entre les juifs demeurés juifs et les juifs qui suivent la «Voie» (Ac 9, 2). Dans ce contexte naît une divergence sur l'interprétation des Écritures. ...
 3. – Validité de l’Ancien Testament
 Que signifie alors le recours à l'Ancien Testament pour le temps qui suit la venue de Jésus ? Il nous rappelle tout d'abord que l'accès aux paroles de Jésus passe par l'écoute de la Parole de Dieu tout entière et par une expérience personnelle du mystère du Christ.... Il s'agit d'y reconnaître l'actualité de la Parole de Dieu. ...
Nous n'avons pas le droit de fermer une interrogation sur le destin du peuple juif. Saint Paul l'a laissée ouverte en méditant sur le mystère d'Israël. ...

 V – L’Alliance nouvelle et éternelle
Affirmer la valeur permanente de l'Ancien Testament nous oblige encore à examiner le rapport qui existe pour nous entre l'ancienne et la nouvelle Alliance. L'alliance est la notion centrale de toute l'Écriture ... Cela ne peut pas être sans conséquence sur le regard que nous portons sur le peuple juif aujourd'hui encore, et, par conséquent, sur la manière dont il vit de la parole de Dieu ...
1. - L’Alliance expression de l’initiative  et de la fidélité divine  En appelant l'homme à la vie et à la domination sur le monde, en faisant de lui son partenaire, « Faisons l'homme à notre image et comme notre ressemblance » (Gn 1,26), Dieu indique le sens de la création et dévoile la finalité de l'histoire humaine. Par la théologie de l'Alliance, la Bible exprime l'initiative et la fidélité divine...
2. - L’Alliance avec Israël Au milieu des nations, Israël est le peuple de l'Alliance parce qu'il a entendu et accueilli la parole divine: « Tout ce que dit le Seigneur, nous le ferons et nous l'entendrons » (Ex 24,7). Cette acceptation le constitue désormais comme un peuple différent. Il a été choisi pour cette écoute et cette obéissance. Israël a pour mission de manifester le dessein de Dieu qui s'étend à toutes les nations : « Par ta postérité, se béniront toutes les nations de la terre » (Gn 12,3). C'est par l'élection et par l'Alliance qu'Israël existe comme peuple (Dt 4, 20 ; 4, 37-38).

 Israël est constitué comme le témoin de l'amour de Dieu au milieu des nations. ...
3. - Une ou plusieurs Alliances ? Mais y a-t-il une ou plusieurs alliances? La liturgie de l'Eglise catholique emploie le mot au singulier et au pluriel. ... La Bible parle aussi d'alliances (Rm 9, 4; Ep 2, 12). Elle énumère: l'Alliance avec Noé ...l'Alliance avec Abraham ... l'Alliance du Sinaï ... Dans la célébration eucharistique, nous faisons mémoire de « l'Alliance nouvelle et éternelle ». ... Comment comprendre cette diversité d'approches ?
4. - L’avertissement prophétique  Quand l'Écriture parle de plusieurs alliances, elle met en évidence la nécessité d'approfondissements et de reprises à travers le temps. Elle n'accrédite pas l'idée de la substitution d'une alliance à une autre, elle souligne au contraire la fidélité de Dieu et la continuité du projet divin initial. ... [d’une] même Alliance. La nouveauté réside en ce qu'elle sera « inscrite au fond de leur être » ou encore « écrite sur leur cœur » (Jr 31, 33)...  Mais, à la vérité, ces ruptures et ces restaurations, cette continuité et ces renouvellements, montrent que, dans le rapport entre Dieu et l'homme, rien n'est jamais acquis. ...
5. - La nouvelle Alliance en Jésus-Christ  A ce rappel de la permanence de l'Alliance, se rattache l'importance donnée par le récit évangélique à la naissance de Jésus au sein du peuple juif. Il a été circoncis, racheté comme premier né. ... Enfin il a été juif jusque dans sa mort. Saint Paul confirme cette insertion de Jésus dans l'Alliance. Jésus s'est fait « sujet de la Loi » (Ga 4,4). Il a inscrit sa vie, ses actes, ses paroles, sa mission à l'intérieur de la Loi donnée au peuple d'Israël. ...
6. -  Le rapport entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliances....Ce serait une erreur de comprendre le caractère éternel de la nouvelle Alliance, manifestée par l'acte de Jésus, comme si tout ce qui le précède perdait son sens. L'Ancien Testament demeure « Parole de Dieu » aussi bien pour le peuple juif que pour l'Eglise chrétienne. 
Conclusion
Nous recevons la Bible comme le fondement et l'inspiration de la vie présente. C'est « en contemplant l'infinie richesse des saintes Ecritures que nous rejoignons le peuple auquel, dès le début, fut révélée l'annonce du salut, le peuple juif ». Reconnaître à l'Ancien Testament sa valeur permanente, c'est ouvrir la possibilité même du dialogue entre juifs et chrétiens.... »

  VII - Déclaration de repentance des évêques de France

Relations avec le judaïsme - 30 septembre 1997, à Drancy

  « A l'occasion des anniversaires qui ont marqué la Shoah et en préparation au Grand Jubilé de l'An 2000, un certain nombre d'actes et de déclarations de repentance, de demandes de pardon, ont vu le jour au sein des Eglises. Est-ce que la reconnaissance des fautes est à l'encontre de la sainteté ? Au contraire, comme Edward K.Kaplan le dit: "le repentir nous ouvre à la Sainteté". » SIDIC vol. XXX 1997/3  

 C’est ainsi que commence la présentation du numéro 3, 1997, de la revue SIDIC suivis d’articles sur le thème de « La sainteté » ; vient ensuite la Déclaration de repentance des Evêques de France p. 27 à 29  Lien  - Eglise catholique de France à Conférence des évêques de France > Textes et déclarations p.2> :
 Extraits de la Déclaration
 « Événement majeur de l'histoire du XXème siècle, l'entreprise d'extermination du peuple juif par les nazis pose à la conscience des questions redoutables qu'aucun être humain ne peut écarter. L'Église catholique, loin d'en appeler à l'oubli, sait que la conscience se constitue par le souvenir et qu'aucune société, comme aucun individu, ne peut vivre en paix avec lui-même sur un passé refoulé ou mensonger.
L'Église de France s'interroge. Elle y est conviée comme les autres Églises par le Pape Jean Paul II à l'approche du troisième millénaire : « Il est bon que l'Église franchisse ce passage en étant clairement consciente de ce qu'elle a vécu (...). Reconnaître les fléchissements d'hier est un acte de loyauté et de courage qui nous aide à renforcer notre foi, qui nous fait percevoir les tentations et les difficultés d'aujourd'hui et nous prépare à les affronter » ...
Le temps est venu pour l'Église de soumettre sa propre histoire durant cette période en particulier, à une lecture critique, sans hésiter à reconnaître les péchés commis par ses fils et à demander pardon à Dieu et aux hommes....
Ainsi, face à la législation antisémite édictée par le gouvernement français - à commencer par le statut des juifs d'octobre 1940 et celui de juin 1941 qui ôtaient à une catégorie de Français leurs droits de citoyens, qui les fichaient et qui faisaient d'eux des êtres inférieurs au sein de la nation - face aux décisions d'internement dans des camps de juifs étrangers qui avaient cru pouvoir compter sur le droit d'asile et sur l'hospitalité de la France, force est de constater que les évêques de France ne se sont pas exprimés publiquement acquiesçant par leur silence à ces violations flagrantes des droits de l'homme et laissant le champ libre à un engrenage mortifère.
Nous ne jugeons ni les consciences ni les personnes de cette époque, nous ne sommes pas nous-mêmes coupables de ce qui s'est passé hier, mais nous devons apprécier les comportements et les actes. C'est notre Église et nous sommes obligés de constater aujourd'hui objectivement que des intérêts ecclésiaux entendus d'une manière excessivement restrictive l'ont emporté sur les commandements de la conscience et nous devons nous demander pourquoi...
Dès la veille de la guerre, Mgr Saliège recommandait aux catholiques du XXème siècle de chercher la lumière dans l'enseignement de Pie XI plutôt que dans tel édit d'Innocent III au XIIIème siècle. Pendant la guerre des théologiens et exégètes à Lyon et à Paris mettaient prophétiquement en relief les racines juives du christianisme, en soulignant que la tige de Jessé avait fleuri en Israël, que les deux Testaments étaient indissociables, que la Vierge, le Christ, les Apôtres étaient juifs et que le christianisme est lié au judaïsme comme la branche au tronc qui l'a portée. Pourquoi de telles paroles furent-elles si peu écoutées ?...
Par la suite, quand la persécution s'est aggravée et que s'est enclenchée sur le territoire français la politique de génocide du IIIème Reich, relayée par les autorités de Vichy mettant à la disposition de l'occupant ses services de police, quelques évêques courageux  ont su élever la voix pour protester avec éclat, au nom des droits de la personne contre les rafles de populations juives. Ces paroles publiques alors peu nombreuses furent entendues par beaucoup de chrétiens. On ne saurait oublier les nombreuses démarches accomplies par les autorités ecclésiastiques pour sauver des hommes, des femmes, des enfants en danger de mort, ni le flux de charité chrétienne qui s'est déployé à la base, avec une générosité multiforme et en courant les plus grands risques, pour le sauvetage de milliers et de milliers de juifs.
De leur côté et bien avant ces interventions, sans hésiter à choisir la voie de la clandestinité, des religieux, des prêtres, des laïcs ont sauvé l'honneur de l'Église, souvent de manière discrète et anonyme. Ils l'ont fait aussi, en particulier dans les Cahiers du Témoignage chrétien, en dénonçant avec force le poison nazi qui menaçait les âmes de toute sa virulence néo-païenne, raciste et antisémite, et en rappelant en toute occasion la parole de Pie XI : « Spirituellement, nous sommes des sémites ». C'est un fait historique établi que grâce à toutes ces actions de sauvetage venues des milieux catholiques ainsi que du monde protestant et des organisations juives, la survie d'un grand nombre de juifs a pu être assurée....
Pourtant, comme l'a écrit François Mauriac, «un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n'ont pas crié et quelles qu'aient été les raisons de leur silence » (3)....
Aujourd'hui nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l'Église en France a alors failli à sa mission d'éducatrice des consciences et qu'ainsi elle porte avec le peuple chrétien la responsabilité de n'avoir pas porté secours dès les premiers instants quand la protestation et la protection étaient possibles et nécessaires, même si par la suite il y eut d'innombrables actes de courage.
C'est là un fait que nous reconnaissons aujourd'hui. Car cette défaillance de l'Église de France et sa responsabilité envers le peuple juif font partie de son histoire. Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d'entendre cette parole de repentance.
Cet acte de mémoire nous appelle à une vigilance accrue en faveur de l'homme dans le présent et pour l'avenir. » Dans la primitive Eglise, membre de la communauté chargé de l'annonce de l'Evangile.Amour de Dieu et du prochain.Réunion de l'ensemble des évêques.Peuple chrétien confié à un évêque.Lettre solennelle du Pape adressée à l'Eglise catholique.Bienveillance de Dieu pour les hommes.Ensemble des chrétiens - excepté les prêtres et religieuxCulte public qui englobe l'ensemble de la prière de l'Eglise et les célébrations sacramentelles.Société d'hommes et de femmes qui s'engagent par voeux à suivre le Christ.Appellation donnée aux évêques, aux prêtres en raison de la mission pastorale qui leur est confiée.Transgression volontaire d'une règle ou d'un commandement divin - point de rupture entre Dieu et l'homme.Chrétien qui a reçu le sacrement de l'Ordre pour être signe du Christ pasteur.Concile oecuménique ouvert par le pape Jean XXIII qui réunit à Rome tous les évêques du monde.
                                                                                       Mgr Olivier de Berranger, Evêque de Saint Denis
                                         Mgr Gaston Poulain, Président du Comité épiscopal pour les relations avec le Judaïsme
Voici des extraits de la réponse du président du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF) qui était alors Henri Hajdenberg :
 « ... A quelques jours de l’anniversaire du premier statut des Juifs en octobre 1940, courageusement l’Eglise de France se penche sur «  un passé refoulé ou mensonger »...
Avec une hauteur de vue qui l’honore, l’Eglise de France prend ici explicitement la mesure de l’enseignement du mépris par Jules Isaac....
Le cardinal de Lubac ainsi que quelques autres, tels l’Abbé Chaine ou le Père Riquet, rédigèrent des protestations non publiées contre le nouveau statut des Juifs en 1941. Avec le petit cercle clandestin de Témoignage chrétien, le groupe de Lyon de l’Amitié chrétienne, ou encore des laïcs chrétiens tel Gilbert Dru, ils refusèrent la quasi osmose entre l’Etat et l’Eglise qui prenait corps en ces années noires...
L’appel publié en chaire des évêques à l’été 1942, eût une réelle résonance ...
Ici, à Drancy, hommage et reconnaissance doivent être rendus à tous ces Justes, auxquels nous associons le pasteur Boegner qui s’est élevé contre les persécutions antisémites, ainsi que nombre de protestants, notamment ceux de Chambon sur Lignon, qui ont caché des familles juives ...
Votre parole de repentance par laquelle l’Eglise implore le pardon de Dieu et des hommes constitue un tournant majeur. L’instant est solennel. Votre déclaration marquera son temps...
Votre demande de pardon si intense, si forte, si poignante, ne pourra qu’être entendue par les victimes survivantes et par leurs enfants. Elle trouve un écho profond dans nos cœurs et nos esprits. Sans effacer le passé, sans permettre l’oubli, le pardon demandé soulage de la charge du ressentiment. Sans nul doute, la portée historique de votre déclaration fraye des chemins nouveaux dans le champ des relations entre Chrétiens et Juifs. »
 Aujourd’hui, où en sommes-nous?

VIII - Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah
Le Vatican, 16 mars 1998

Lien le Saint-Siège – la curie romaine – conseil pontificaux / Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme.
« Mon souhait fervent est que le document : Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah, que la Commission pour les Relations religieuses avec le Judaïsme a préparé sous votre direction, contribue véritablement à guérir les blessures provoquées par les incompréhensions et les injustices du passé. Puisse-t-il permettre à la mémoire de jouer le rôle qui lui revient dans l’édification d’un avenir où jamais plus l’indicible injustice de la Shoah ne sera possible. » Jean – Paul II au cardinal Cassidy -Vatican, le 12 mars 1998
 Le Service International de Documentation judéo-chrétienne, SIDIC, en collaboration avec l'Université Pontificale Grégorienne et l'Université «Tor Vergata» de Rome, a organisé du 22 au 25 septembre 1997 à Rome, un symposium international sur le thème « Le bien et le mal après Auschwitz: implications éthiques pour aujourd'hui». (Cf. Présentation). Les conférences reprises dans ce numéro peuvent aider à entrer dans une réflexion sur cette tragédie incommensurable... » SIDIC  vol. XXXI - 1998/

 Plan du document avec des extraits

 I. La tragédie de la Shoah et le devoir de mémoire
Le XXe siècle touche à sa fin et l’on voit poindre l’aube d’un nouveau millénaire de l’ère chrétienne....
Ce siècle a été le témoin d’une tragédie indicible et qui ne pourra jamais être oubliée: la tentative de la part du régime nazi d’exterminer le peuple juif, entraînant le massacre de millions de juifs. Femmes et hommes, personnes âgées et jeunes, enfants et nourrissons, furent persécutés et déportés uniquement en raison de leur origine juive. Certains furent tués immédiatement, tandis que d’autres furent humiliés, maltraités, torturés et totalement dépouillés de leur dignité humaine, puis assassinés. Très peu de ceux qui sont entrés dans les camps ont survécu, et ceux qui y sont parvenus ont été marqués à vie. C’était la Shoah. Il s’agit de l’un des événements les plus importants de l’histoire de ce siècle, un événement qui nous concerne tous aujourd’hui encore.
Face à cet horrible génocide, auquel les dirigeants des nations et les communautés juives elles-mêmes eurent du mal à croire au moment même où il était accompli de façon impitoyable, personne ne peut rester indifférent, encore moins l’Église, en raison de ses profonds liens de parenté spirituelle avec le peuple juif et de sa mémoire des injustices du passé. La relation entre l’Église et le peuple juif est différente de celle qu’elle entretient avec toute autre religion. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de rappeler le passé. L’avenir commun des juifs et des chrétiens exige que nous nous rappelions, car « il n’y a pas d’avenir sans mémoire ». L’histoire elle-même est la memoria futuri.
En présentant cette réflexion à nos frères et sœurs de l’Église catholique à travers le monde, nous demandons à tous les chrétiens de s’unir à nous pour réfléchir sur cette catastrophe qui frappa le peuple juif et sur l’impératif moral d’assurer que jamais plus, l’égoïsme et la haine ne grandiront au point de semer tant de souffrance et de mort. Tout particulièrement, nous demandons à nos amis juifs ‘dont le terrible destin est devenu un symbole de l’aberration à laquelle l’homme peut arriver quand il se tourne contre Dieu’ de nous écouter avec un cœur ouvert.
 II. Ce dont nous devons nous souvenir  
Au cours de son témoignage unique au Saint d’Israël et à la Torah, le peuple juif a enduré de nombreuses souffrances à différentes époques et en de nombreux lieux. Mais la Shoah a certainement été la pire des souffrances. Les mots seuls ne pourraient exprimer l’inhumanité avec laquelle les juifs ont été persécutés et massacrés au cours de ce siècle. Tout cela pour la seule raison d’être juifs.
L’amplitude même du crime soulève de nombreuses questions... Le fait que la Shoah ait eu lieu en Europe, c’est-à-dire dans des pays d’antique civilisation chrétienne, soulève la question de la relation entre la persécution de la part des nazis et l’attitude, au fil des siècles, des chrétiens envers les juifs.  
III. Les relations entre juifs et chrétiens  
L’histoire des relations entre juifs et chrétiens a été tourmentée. Le Pape Jean-Paul II l’a reconnu lors de ses multiples appels aux catholiques en vue de faire le point sur nos relations avec le peuple juif. En effet, le bilan de ces relations au cours de ces 2000 ans a été plutôt négatif....
 IV. L’antisémitisme nazi et la Shoah  
Nous ne pouvons donc pas ignorer la différence qui existe entre l’antisémitisme, fondé sur des théories contraires à l’enseignement constant de l’Église sur l’unité de la race humaine et sur l’égale dignité de toutes les races et de tous les peuples, et les sentiments séculaires de méfiance et d’hostilité que nous appelons anti-judaïsme, dont des chrétiens ont été coupables, malheureusement. ...
Toutefois, on peut se demander si la persécution des juifs par les nazis n’a pas été facilitée par les préjugés anti-juifs enracinés dans les esprits et les cœurs de certains chrétiens. Le sentiment anti-juif parmi les chrétiens les rendit-ils moins sensibles, ou même indifférents, aux persécutions dirigées contre les juifs par le national-socialisme lorsque celui-ci arriva au pouvoir?...
Les chrétiens apportèrent-ils toute l’aide possible aux personnes persécutées, et en particulier aux juifs persécutés?  Nombreux furent ceux qui le firent, d’autres pas. Ceux qui aidèrent à sauver la vie de juifs dans la mesure de leur pouvoir, allant même jusqu’à mettre leur propre vie en danger, ne doivent pas être oubliés...
Pour les chrétiens, ce poids écrasant qui pèse sur la conscience de leurs frères et sœurs lors de la Seconde Guerre mondiale doit être un appel à la repentance.
Nous regrettons profondément les erreurs et les fautes de ces fils et filles de l’Église. Nous faisons nôtres les paroles de la Déclaration Nostra aetate du Deuxième Concile du Vatican, qui affirme sans équivoque: «L’Église … ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les juifs ». Nous rappelons et reprenons ce que le Pape Jean - Paul II déclara dans son discours aux représentants de la communauté juive à Strasbourg en 1988: «Je répète à nouveau avec vous la plus ferme condamnation de tout antisémitisme et de tout racisme, qui s’opposent aux principes du christianisme ». L’Église catholique rejette donc toute persécution contre un peuple ou un groupe humain en tout lieu et en tout temps. ... Au moment même où nous présentons cette réflexion, « de nombreux êtres humains sont encore victimes de leurs frères ».
 V. Tournés ensemble vers un avenir commun  
Considérant les relations futures entre les juifs et les chrétiens, nous appelons tout d’abord nos frères et sœurs catholiques à prendre une conscience renouvelée des racines hébraïques de leur foi. Nous leur demandons de garder à l’esprit que Jésus était un descendant de David; que la Vierge Marie et les Apôtres appartenaient au peuple juif; que l’Église tire sa substance de « la racine de cet olivier franc sur lequel ont été greffées les branches d’olivier sauvage des païens ». (Rm 11, 17-24); que les juifs sont nos frères bien-aimés, et qu’ils sont même, dans un certain sens, nos « frères aînés ».
Au terme de ce millénaire, l’Église catholique désire exprimer sa profonde douleur pour les fautes commises par ses fils et filles au cours des siècles. Il s’agit d’un acte de repentance (teshuva) car, en tant que membres de l’Église, nous partageons les péchés comme les mérites de tous ses fils. L’Église regarde avec un profond respect et une grande compassion l’expérience de l’extermination, la Shoah, que le peuple juif a endurée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas de simples mots, mais bien d’un profond engagement...
 Nous prions pour que notre douleur face à la tragédie que le peuple juif a endurée au cours de ce siècle conduise à de nouvelles relations avec le peuple juif. Nous désirons transformer la conscience des péchés du passé en une ferme résolution en vue d’édifier un avenir nouveau dans lequel il n’existera plus de sentiment anti-juif parmi les chrétiens, ni de sentiment antichrétien parmi les juifs, mais au contraire un respect mutuel partagé, comme il convient à ceux qui adorent l’Unique Créateur et Seigneur et qui ont un Père commun dans la foi, Abraham.
Enfin, nous invitons tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté à réfléchir profondément sur la signification de la Shoah. Les victimes, du fond de leurs tombes, et les survivants, à travers le témoignage poignant de ce dont ils ont souffert, sont devenus une voix retentissante, appelant l’attention de toute l’humanité. Se rappeler de cette terrible expérience, c’est devenir pleinement conscient de l’avertissement salutaire qu’elle contient: jamais plus il ne faudra permettre aux semences empoisonnées de l’anti-judaïsme et de l’antisémitisme de s’enraciner dans le cœur humain. » - Le 16 mars 1998.
Cardinal Ed. Idris Cassidy, Président, Mgr Pierre Duprey, Vice-Président, R.P. Rémi Hoeckman, o.p.,Secrétaire.
 Aujourd’hui, où en sommes-nous ?

IX- Le Peuple Juif et ses Saintes Ecritures
dans la Bible chrétienne

 Commission Biblique Pontificale, Nov. 2001
Lien le Saint-Siège Le peuple Juif et ses Saintes Écritures dans la Bible Chrétienne

  « La Commission biblique pontificale vient de publier un important document portant sur ‘Le peuple juif et ses Ecritures dans la Bible chrétienne’ ... Dans l’introduction et la conclusion, la Commission émet le souhait que ce texte qui ne cède « pas à un irénisme facile » (Présentation du P. A. Vanhoye dans L’Osservatore Romano du 5 décembre 2001) « contribue … à faire avancer le dialogue entre juifs et chrétiens, dans la clarté et dans l’estime et l’affection mutuelles » (p. 6).

Nous en publions quelques extraits qui portent sur l’étude des « juifs » dans saint Jean, avec l’aimable autorisation des Editions de la Librairie vaticane ... » SIDIC – 2001-2002/1-3 (pp. 39-41)
                                                                  Plan du document

 Index (NB : Sur le site du Saint-Siège)

 Préface par le Cardinal Joseph Ratzinger
Introduction (1)

I. Les Saintes Ecritures du Peuple Juif dans la partie fondamentale de la Bible chrétienne  (2-18)
A. Le Nouveau Testament reconnaît l'autorité des Saintes Écritures du peuple juif (3-5)
B. Le Nouveau Testament s'affirme conforme aux Écritures du peuple juif (6-8)
C. Écriture et tradition orale dans le judaïsme et le christianisme (9-11)
D. Méthodes juives d'exégèse employées dans le Nouveau Testament (12-15)
E. L'extension du canon des Écritures (16-18)

 II. Thèmes fondamentaux des Ecritures du peuple juif  et leur  Réception dans la foi au Christ (19-65)
A. Compréhension chrétienne des rapports entre Ancien et Nouveau Testament (19-22)
B. Thèmes communs fondamentaux (23-63)
C. Conclusion (64-65)

 III. Les Juifs  dans le Nouveau Testament (66-83)
A. Points de vue divers dans le judaïsme d'après l'exil (66-69)
B. Les Juifs dans les évangiles et dans les Actes des Apôtres (70-78)
C. Les Juifs dans les lettres de Paul et d'autres écrits du Nouveau Testament (79-83)

 IV. Conclusions (84-87)
A. Conclusion générale (84-85)
B. Orientations pastorales (86-87)

Notes
Le plan détaillé sur le site du Saint-Siège permet  de se référer directement au passage du texte  choisi.
L’introduction de cet ouvrage (Le Peuple Juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible Chrétienne) donne des clés de lecture sur les ‘rapports que la Bible chrétienne établit entre les chrétiens et le peuple juif’, pp.15-16 :
« 1. ... La question qui se pose est la suivante : quels rapports la Bible chrétienne établit-elle entre les chrétiens et le peuple juif ?
A cette question, la réponse générale est claire : entre les chrétiens et le peuple juif, la Bible chrétienne établit des rapports multiples et très étroits[1] », et cela pour une double raison, d’abord parce que la Bible chrétienne se compose, en majeure partie, des ‘Saintes Ecritures’(Rm 1, 2) du peuple juif, que les chrétiens appellent ‘ l’Ancien Testament’ ; ensuite, parce que la Bible chrétienne comprend, d’autre part, un ensemble d’écrits, qui, exprimant la foi au Christ Jésus, mettent celle-ci en relation étroite avec les Saintes Ecritures du peuple juif. Ce second ensemble, on le sait, est nommé ‘ Nouveau Testament’, expression corrélative d’ ‘Ancien Testament’.
L’existence de rapports étroits est indéniable. Un examen plus précis des textes révèle, toutefois, qu’il ne s’agit pas de relations toutes simples ; elles présentent, au contraire, une grande complexité, qui va de l’accord parfait sur certains points à une forte tension sur d’autres. Une étude attentive est donc nécessaire. La Commission Biblique s’y est consacrée ces dernières années. ... La Commission Biblique espère contribuer ainsi à faire avancer le dialogue entre Chrétiens et Juifs, dans la clarté et l’estime mutuelles. »
Ces commentaires  permettent de mesurer, par exemple, ce que représentent les rapports continuité-discontinuité-progression. Il y a ‘rupture’ d’une certaine manière. Mais cette rupture qui  se produit dans la lecture chrétienne n’engendre pas pour autant un rejet d’alliance pour la communauté juive qui continue de vivre son étape dans la relation d’alliance-promesse  avec Dieu :
« 40. Sur le thème de l’alliance de Dieu avec son peuple, les écrits du Nouveau Testament se situent dans une perspective d’accomplissement, c’est-à-dire de continuité fondamentale et de progrès décisif, lequel comporte nécessairement des ruptures sur certains points.
La continuité concerne avant tout la relation d’alliance, tandis que les ruptures concernent les institutions de l’Ancien Testament, qui étaient sensées établir et maintenir cette relation. Dans le Nouveau testament cette relation est établie sur un fondement nouveau, la personne et l’œuvre du Christ Jésus, la relation d’alliance s’en trouve approfondie et élargie, ouverte à tous grâce à la foi chrétienne. ...
42. ... La conclusion qui se dégage de tous ces textes est que les premiers chrétiens avaient conscience de se trouver en profonde continuité avec le dessein d’alliance manifesté et réalisé par le Dieu d’Israël dans l’Ancien Testament. Israël continue de se trouver dans une relation d’alliance avec Dieu parce que ‘l’alliance – promesse’ est définitive et ne peut pas être abolie. Mais les premiers chrétiens avaient conscience de vivre  dans une nouvelle étape de ce dessein, étape qui avait été annoncée par les prophètes, et qui venait d’être inaugurée dans le sang de Jésus, «  sang d’alliance », parce que versé par amour (Ap 1,5b-6). »
La conclusion s’ouvre sur des orientations pastorales se référant particulièrement à Nostra Aetate :
« 86. Recommandant, entre chrétiens et Juifs, « la connaissance et l'estime mutuelles », le Concile Vatican II a déclaré que cette connaissance et cette estime « naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue fraternel ». Le présent document a été rédigé dans cet esprit; il espère apporter une contribution positive en ce sens et favoriser même dans l'Église du Christ l'amour envers les Juifs, comme le souhaitait le Pape Paul VI le jour de la promulgation du document conciliaire Nostra Aetate. ...
De la part des chrétiens, la condition principale d'un progrès en ce sens est d'éviter toute lecture unilatérale des textes bibliques, aussi bien de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament, et de s'efforcer, au contraire, de bien correspondre au dynamisme d'ensemble qui les anime et qui est précisément un dynamisme d'amour ... »

X - Les 12 points de Berlin
ICCJ, Berlin, Juillet 2009
 

« Les douze points de Berlin, une mise à jour de Seelisberg
Durant le congrès de l’Amitié internationale judéo-chrétienne tenu à Berlin du 5 au 8 juillet 2009, les participants ont discuté et adopté les «Douze points de Berlin», que nous reproduisons ci-après...
 Cet appel, diffusé par le Conseil International des Chrétiens et des Juifs (CICJ), se veut une mise à jour des Dix points de Seelisberg en fonction des avancées du dialogue et des défis actuels... » Jean Duhaime – Cf. idem JCRelations
Plan des 12 Points de Berlin avec des extraits
« Pour construire une nouvelle relation entre Juifs et Chrétiens ...
Le temps du réengagement : ... Nous, le Conseil International des Chrétiens et Juifs ainsi que nos organisations membres, sommes déterminés à renouveler notre engagement sur les dix points de Seelisberg qui inspirèrent nos débuts....
Un appel aux Chrétiens et aux communautés chrétiennes
 Nous invitons tous les Chrétiens et toutes les communautés chrétiennes à se joindre à notre effort permanent pour éradiquer tous les vestiges de mépris à l’encontre des juifs et pour resserrer les liens avec toutes les communautés juives dans le monde... :
1. combattre l’antisémitisme qu’il soit raciste, religieux ou de toute autre forme.
Au niveau biblique ...Au niveau de la liturgie ...Au niveau du catéchisme ...
2. Promouvoir le dialogue interreligieux avec les Juifs ...
3. Développer une compréhension théologique du judaïsme ... son intégrité spécifique ...
4. Prier pour la paix à Jérusalem
Un appel aux Juifs et aux communautés juives
Nous invitons tous les Juifs et toutes les communautés juives à se joindre à notre effort permanent pour éradiquer tous les vestiges d’animosité et de caricature à l’encontre des Chrétiens, et à resserrer les liens avec les Eglises chrétiennes à travers le monde ... :
5. Reconnaître les efforts accomplis par de nombreuses communautés chrétiennes de la fin du vingtième siècle pour réformer leur attitude à l’égard des Juifs ...
6. Réviser les textes Juifs et la liturgie à la lumière de ces réformes chrétiennes ...
7. Faire la différence entre la critique impartiale d’Israël et l’antisémitisme ...
8. Encourager l’Etat d’Israël dans ses efforts à réaliser les idéaux inscrits dans son acte de naissance, tâche qu’Israël partage avec de nombreuses nations dans le monde ...
Nous invitons les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, ainsi que tous les peuples de foi et de bonne volonté, à toujours respecter les autres et à accepter les différences et la dignité de chacun... :
9. Améliorer l’éducation interreligieuse et interculturelle...
10. Promouvoir l’amitié et la coopération entre les religions ainsi que la justice sociale dans une société globalisée...
11. Améliorer le dialogue avec les organismes politiques et économiques...
12. Se rallier à tous ceux dont le travail répond aux exigences environnementales ...
 
Nous, le Conseil International des Chrétiens et Juifs, ainsi que et les organisations membres, nous nous engageons à relever tous ces défis et à assumer toutes ces responsabilités.
 « L’ICCJ a bien choisi le lieu pour énoncer les 12 points de Berlin.
Réparer est toujours possible, poursuivre cette réparation en lui insufflant une dynamique nouvelle s’impose. Le dialogue entre Juifs et Chrétiens serait accompli, c’est là la grande tentation de ceux qui ont pris acte du concile Vatican II et se soucient peu du travail des consciences qui évoluent selon un rythme qui lui est propre. En milieu juif on peut également choisir de refermer la porte, en disant : le magistère s’est exprimé pour le monde catholique, nous n’avons rien à ajouter! ...
Il s’agit pour nous de comprendre que les églises chrétiennes, par le paragraphe 4 – de Nostra Aetate - de Vatican II pour le monde catholique, et par la déclaration de Leuenberg, pour les Eglises issues de la réforme ont procédé à une transformation théologique qui est de l’ordre d’un séisme. Cette transformation en appelle à une réaction de notre part. Il ne s’agit pas d’oublier la Shoah et le déni théologique qui l’a précédée. Il ne s’agit pas non plus de pardonner, ce pardon ne nous appartient pas. Mais à partir du tremblement de terre théologique que Vatican II a imposé au monde catholique, il nous faut entrer en dialogue avec ce nouveau monde qui émerge....
 
Les 10 points de Seelisberg constituaient cette base commune pour l’humanité après la Shoah – ils attestent que nul ne peut survivre seul, muré dans son chagrin ou son indifférence. Les 12 points de Berlin veulent reprendre le témoin et avancer, nous faire grandir en humanité...
Nous, Juifs et Chrétiens, nous sommes différents et nous le resterons. Cette différence est avant tout une richesse. Nous sommes partenaires et ceci a une implication double. Mus par le sentiment de culpabilité, les Chrétiens se sont tournés vers les Juifs en traduisant ce sentiment par des paroles fortes et des actes de repentance. Nous, les Juifs, en étions les récipiendaires, accablés par notre douleur et cherchant à relever la tête pour respirer tout simplement, dans un monde où l’humanité, oxygène et lumière à la fois, nous paraissait trop rare. Soixante ans après les 10 points de Seelisberg, il est temps pour notre génération d’enfants de survivants et de victimes d’inventer une modalité nouvelle pour ce dialogue. En scrutant notre propre tradition, nous pouvons en trouver le moyen. Nous avons entendu la repentance de nos amis chrétiens, nous devons maintenant assumer notre place de partenaire dans cette entreprise, sans susciter de malaise et de culpabilité immédiate auprès de nos frères...
 
Une fois ces difficultés apurées, nous pouvons nous tourner ensemble vers le monde et réfléchir à des défis nouveaux : la justice sociale, l’écologie, l’éthique, la paix (3ème partie des 12 points énoncés). Nous ne serons pas souvent d’accord sur les moyens, mais attelés aux mêmes objectifs. Notre énergie déployée ensemble pour aboutir à ce programme maximum nous mettra sur la voie de l’accomplissement des Écritures. L’étude partagée de nos textes, libérés de la lecture close de l’apologie, nous permettra d’en mieux saisir les enseignements ...»
 
En 2005, dans son commentaire  Pour Enseigner Nostra Aetate –  Document édité par le Consistoire de Paris -– le Grand Rabbin Gilles Bernheim écrivait : «  parmi toutes les richesses qui rendent les Juifs et les chrétiens compagnons sur la route vers D. je soulignerai une caractéristique : l’espérance. Juifs et chrétiens sont pèlerins sur cette terre, des hommes et des femmes en marche ». (p.17)
 
Où en sommes-nous aujourd’hui,
Un demi-siècle après  la Conférence des Dix points de Seelisberg,
Quarante cinq ans après la déclaration Nostra Aetate au Concile Vatican II,
Dix ans après le texte  Le peuple juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible Chrétienne
Trois ans après les Douze points de Berlin, aux signatures conjointes, juifs et chrétiens ?
 
Savons-nous rendre grâce pour tout le chemin parcouru ? Poursuivre courageusement en  accueillant et en offrant  chaque nouvelle étape ? Nous nourrir des Ecritures pour « écouter/obéir en agissant » et  « agir en écoutant/obéissant » - cf. Ex 24,7- ? Avancer en nous soutenant les uns les autres quels que soient les obstacles, en étant sûrs de la promesse biblique reçu du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, confirmée en Jésus-Christ : « Fais cela et tu vivras » (Luc 10,28) ?
 
                                                                                   Isabelle Denis nds ww.sion.org

    

[1] Devenu depuis le Service national des relations avec le judaïsme9

A noter

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Décoration de Soeur Ionel
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