« Souviens-toi » ... Documents fondamentaux
En Eglise, relation avec le Peuple juif... depuis la Shoah
« Pénètre le cours des âges » (Dt 32,7) ...
Au lendemain de la Shoah :
1 - De la 2° Guerre Mondiale à Seelisberg, 1947
Redécouverte du lien vital :
2 – Des Constitutions Conciliaires à Nostra Aetate, Vatican II, 1962-1965
A l’écoute de l’inachèvement du dessein de Salut :
3 – Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens à l’égard du judaïsme, 1973
Que dis-tu de toi-même ? :
4 – Orientations et suggestions pour l’application de la déclaration Conciliaire N. Ae., 1975
Nouveau regard :
5 – Note pour une correcte présentation des Juifs et du judaïsme..., 1985
A l’écoute des Ecritures :
6 – Lire l’Ancien Testament, 1997
Acte de mémoire, acte de vérité :
7 – Déclaration de repentance des évêques de France, 1997
Chemin de repentir : 1998
8 – Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, 1998
Accueil du Premier-né, frère aîné :
9 – Le peuple juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible Chrétienne, 2001
Signatures conjointes pour un engagement commun :
10 – Les Douze points de Berlin, ICCJ, 2009
.... « Fais cela et tu vivras » (Lc 10,28) : Dans l’aujourd’hui de l’année 2010... 2011 ...
I -De la Deuxième Guerre mondiale à Nostra Aetate, Vatican II, 1965
Après avoir fait mémoire, le 28 octobre dernier, du 45ème anniversaire de la promulgation de la Déclaration Nostra Aetate - Lien Le Saint–Siège, Vatican II, Nostra Aetate – il peut être utile de reprendre des documents qui l’ont précédée et préparée.
Dès juin 1941, à la faculté de théologie de Lyon un projet de déclaration, due à l’inspiration de l’abbé Chaine[1], voit le jour. Il est remarquable de noter qu’il contient un paragraphe particulièrement parlant en comparaison avec Nostra Aetate. : « L’Eglise ne saurait oublier que les israélites sont les descendants de ce peuple qui fut l’objet de l’élection divine dont elle est le terme, de ce peuple dont est issu le Christ, notre Sauveur et la Vierge Marie, et les Apôtres ; qu’ils ont en commun avec nous les livres de l’Ancien Testament dont nous lisons les pages inspirées dans notre liturgie, dont nous chatons les psaumes pour louer Dieu et pour exprimer l’espérance de son Règne ; que selon la parole de Pie XI nous sommes comme eux les fils d’Abraham, le père des croyants, et que la bénédiction promise à sa descendance est encore sur eux... »[2]
« Une ‘Conférence internationale extraordinaire pour combattre l'antisémitisme’ fut réunie du 30 juillet au 5 août 1947 à Seelisberg (Suisse) par l' ‘International Council of Christians and Jews’. Elle approuva une série de thèses concernant l'enseignement religieux chrétien. Elaboré conjointement par les membres chrétiens et juifs (dont Jules Isaac) de la Commission 3, le texte fut soumis à l'assemblée par les premiers. Il reçut également l'approbation des autorités religieuses chrétiennes respectives. Jusqu'au Concile, ce fut le seul document international auquel les chrétiens pouvaient se référer pour créer un meilleur climat. C'est la partie centrale de l'Adresse aux Eglises qui est appelée
« Les Dix Points de Seelisberg ». » Lien SIDIC 1970 p. 3-5
Ces Dix Points expriment à la fois la conscience du lien unique qui unit les Chrétiens au Peuple Juif, une mise en garde contre la présentation de la Passion marquée par un antijudaïsme traditionnel chrétiens avec, a contrario, des suggestions d’ « étude plus objective et plus approfondie de l'histoire biblique et post-biblique du peuple juif ainsi que du problème juif ; de promouvoir, en particulier, la diffusion de ces connaissances par des publications adaptées aux différents milieux chrétiens ; de veiller à rectifier dans les publications chrétiennes, surtout dans les manuels d'enseignement, tout ce qui s'opposerait aux principes énoncés plus haut. » ; les membres de la conférence plaçant leur « effort commun sous le signe de la parole de saint Paul (Romains XI, 28 à 29) : ‘Ils sont bien-aimés à cause de leurs pères, car les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance’.»
Un des artisans de la Commission 3 de la conférence de Seelisberg a été Paul Demann : « ... Il fut l’un des rares participants francophones, avec, Jacob Kaplan, Jules Isaac, le Père Jean de Menasce et Marie-Madeleine Davy, ‘résistante qui avait beaucoup aidé les Juifs’ ... ainsi que le grand rabbin Safran[3] ...
Le P. Demann livrera encore un très beau témoignage avec son livre Les Juifs... A la première page, comment ne pas être frappé par la force et la modernité du ton, par l’expression ‘frères aînés’ employée dès 1960, par la volonté de lier définitivement le Christianisme au Peuple juif, cet « Israël de la Bible qui est la racine qui nous porte », reprenant ici saint Paul (Rm 11,18) : ‘Séparés de nous par la séparation première, et la plus douloureuse de toutes, les Juifs n’en restent pas moins pour nous des frères à un titre très spécial, et non des étrangers, et même des frères aînés, ‘aînés dans la foi’... Aussi bien leur destinée et leur foi, ainsi que leur existence au milieu de nous, nous concernent au plus profond de nous-mêmes.’ » Télécharger « Paul Démann » Sens 2-2006
En 1966 Paul Démann précise dans un article dans l’Arche, repris dans Sens n° 2 – 2006 sur les liens entre les dix points de Seelisberg et la Déclaration du Concile Nostra Aetate : « Il ne semble pas exagéré de dire que la Conférence de Seelisberg a été dans une large mesure, le point de départ des efforts qui ont abouti à la Déclaration solennelle de Vatican II... La vraie question n’est pas ici celle d’une filiation, d’une dépendance directe entre le message de Seelisberg et la déclaration du Concile, mais simplement celle des rapports, des analogies des deux textes, tels qu’une comparaison même rapide permet de les relever.... [Par exemple] Le premier de ces ‘points’ rappelle que ‘c’est le même Dieu vivant qui nous parle à tous dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament’. Plus amplement mais dans le même esprit, au début de la Déclaration – Nostra Aetate – ‘le Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau testament avec la lignée d’Abraham’...» Télécharger « De Seelisberg à Vatican II » Sens n° 2-2006
Le Grand rabbin Safran, quant à lui, témoigne des travaux de la Conférence de Seelisberg, dans son livre Juifs et Chrétiens, La Shoah en héritage[4] : « Les travaux de cette conférence avaient pour base des documents préparés à l’intention des participants.... Après un consensus obtenu sans difficulté, on est arrivé à formuler une Déclaration qui sera connue sous le nom de ‘Dix Points de Seelisberg ’... invitant à rectifier les thèses anti-juives que l’Eglise, les Eglises, ont diffusé durant des siècles et aider à dissiper les préjugés hostiles au judaïsme et au peuple juif ... La déclaration... fut un pas ... sur la voie d’une meilleure compréhension du judaïsme, d’une meilleure considération des Juifs. Mais cet acte n’était que l’expression de la bonne volonté de certaines personnalités chrétiennes à l’égard du judaïsme et des juifs. Il ne portait pas le sceau des Autorités chrétiennes... »
Par ailleurs, « En mai 1950 à Bad Schwalbach (Allemagne), un groupe de théologiens protestants[5] et catholiques (dont firent partie le pasteur Freudenberg et Karl Thieme) résolut de donner des fondements bibliques plus solides aux thèses de Seelisberg. Le texte fut soumis à différentes ‘Gesellschaften für christlichjüdische Zusammenarbeit ‘ et des modifications y furent apportées. En juillet 1950, il reçut l'approbation de la hiérarchie catholique de Fribourg. De ce texte, nous publions uniquement les thèses qui approfondissent les Dix Points de Seelisberg. » Idem lien SIDIC 1970 p. 5-7
Il est particulièrement intéressant d’y relever la recommandation d’ « être attentifs aux avertissements et aux promesses qu'il [le Seigneur] nous a donnés comme signes dans le fait qu'entre 1933 et 1945, pour la première fois dans l'histoire, des juifs et des chrétiens furent persécutés ensemble » ; ainsi que la conviction que « la signification de la crucifixion du Christ dans l'alliance de Dieu avec Israël est un mystère caché à l'intérieur de la fidélité inébranlable de Dieu pour son Peuple. Et même la partie centrale de l'épître aux Romains (chap. 9-11) ne nous le révèle dans ses traits principaux que par allusion. Comme partout ailleurs dans l'histoire de ce peuple unique, il ne peut être question ici de malédiction, mais bien plutôt de bénédiction que Dieu veut accorder finalement à son Peuple, et avec lui, à tous les peuples. (VII) »
[1] L’abbé Chaine (1888-1948), professeur d’A.T. à la faculté de théologie et aumônier de la paroisse universitaire.
[2] Cf. de Lubac Henri, Résistance chrétienne à l’antisémitisme souvenirs 1940-1944, Fayard, 1988, p. 67 et sv ; repris in Card. Henri de Lubac, Résistance chrétienne au nazisme, œuvre complètes XXXIV, Cerf, 2006, ch.V
[3] Parmi les 70 personnalités venues de 17 pays, on comptait : 28 juifs, dont Jules Isaac, le Rabbin Jacob Kaplan, Grand Rabbin adjoint de France, le Rabbin Alexandre Safran, Grand Rabbin de Roumanie, l'écrivain Josué Jéhouda, de Genève ; le professeur Selig Brodetzki, président du Conseil représentatif des Juifs d'Angleterre ; 23 protestants ; 9 catholiques, dont le Père Marie-Benoît Péteul, le Père Calliste Lopinot, l'abbé Charles Journet, le Père Jean de Menasce, le Père Paul Démann - (Cf. Wikipédia)
[4] Cf. Safran Alexandre, Juifs et Chrétiens, la Shoah en héritage, Labor et Fides, 1996, p 24 et sv
[5] Cf. aussi d’autres Déclarations et réflexions protestantes rassemblées dans un tiré à part 9-10 Sens, 2000
II - Des Constitutions Conciliaires à la Déclaration Nostra Aetate
Vatican II 1962-1965
Lien Le Saint-Siège - Archive - Documents du Concile Vatican II
Gaudium et Spes, Lumen Gentium, Dei Verbum, Nostra Aetate Voici trois documents clés du Concile qui sont à mettre en lien avec la Déclaration Nostra Aetate :
La Constitution dogmatique sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes
La constitution Gaudium et Spes sur L’Église dans le monde de ce temps rappelle que Dieu a créé l’homme à son image et l’a racheté du péché, pour le rétablir et le confirmer dans sa dignité d’homme : « Si le même Dieu est à la fois créateur et sauveur, Seigneur de l’histoire humaine et de l’histoire du salut, l’ordre divin lui-même, loin de supprimer la juste autonomie de la créature, de l’homme en particulier, la rétablit et la confirme au contraire dans sa dignité (n° 41,2).
La Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium
Le concile de Vatican II s’est tourné délibérément vers ce « monde tant aimé de Dieu » (cf. Jn 3,16), pour répondre à sa mission fondamentale « d’aller à toutes les nations », avec un regard neuf, en prenant en compte l’unité plurielle de ce monde dans sa diversité. Il présente d’abord une vision du monde selon laquelle celui-ci est appelé explicitement à faire partie du peuple de Dieu : « A faire partie du peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés (LG n°13).
En effet, dès l’origine, Dieu a créé l’humanité en vue d’un rassemblement de tous. Cette vision d’unité, qui n’est pas encore pleinement réalisée actuellement, mais qu’il s’agit de promouvoir autant que possible, ne date pas d’aujourd’hui, ni du Concile Vatican II : elle est inscrite dans la pensée de Dieu de toute éternité. La Constitution dogmatique sur l’Église insiste sur cette dimension capitale : « A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (Ac 10,35). Cependant il a plu à Dieu que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel (n° 9) ». C’est dans cette optique, à portée universelle, que Dieu appelle d’abord Israël : « C’est pourquoi il s’est choisi le peuple d’Israël pour être son peuple avec qui il a fait Alliance (n° 9) ».
À partir de l’Alliance conclue avec Israël, Dieu propose la nouvelle Alliance en Jésus-Christ : « préparer et figurer l’Alliance nouvelle et parfaite[1] qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait apportée par le Verbe de Dieu lui-même (n° 9) ». C’est donc en Jésus-Christ que se constitue l’Ecclesia, c’est en lui que sont institués ceux qui sont baptisés, c’est en lui que prend forme « un peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint »[2] (n°5). Mais si l’Église devient le peuple de Dieu, si ses membres deviennent des fils adoptifs du Père, cela est accompli par le Fils, qui est né d’une femme, Marie : « Ayant résolu, dans sa très grande bonté et sagesse, d’opérer la rédemption du monde, Dieu ‘ quand vint la plénitude des temps, envoya son Fils né d’une femme… pour faire de nous des fils adoptifs ‘(Gal. 4,4-5) »[3] (idem chap. VIII n° 55). Mais cette femme, Marie, la mère de Jésus, est une fille d’Israël, « la fille de Sion par excellence » (52).
Ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont mystérieusement ordonnés au (nouveau) peuple de Dieu, et parmi ces « appelés » (ou « ordonnés » à), les premiers sont les membres du peuple juif : « Quant à ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au peuple de Dieu. Et en premier lieu, ce peuple qui a reçu les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9,4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11,28-29) (LG n° 16). Le même document précise que les patriarches d’Israël sont la « racine sainte » de l’Église, que c’est sur l’antique olivier, le peuple juif, que se fait en l’Église la réconciliation entre Juifs et Gentils : « L’Église est le terrain de culture, le champ de Dieu (1 Cor 3, 9). Dans ce champ croît l’antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s’opère et s’opérera la réconciliation entre Juifs et Gentils (Rm 11,13-26) » (n° 6).
Ainsi, le mystère de l’Église, présent dans la pensée de Dieu dès avant la création, est entré dans le temps travers toute l’histoire biblique, en vue de l’accomplissement du salut pour toute l’humanité : « avènement du règne de Dieu promis dans les Écritures depuis des siècles » (LG n° 5).
La Constitution dogmatique, Dei Verbum
La Constitution Dei Verbum, consacrée à la question de la Révélation, en évoque les grandes étapes, dont le moment décisif est l’appel d’Abraham : « A son heure, Dieu appela Abraham pour faire de lui un grand peuple (Gn 12,2) ; après les patriarches, il forma ce peuple par l’intermédiaire de Moïse et par les prophètes, pour qu’il le reconnaisse comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis, préparant ainsi au cours des siècles la voie de l’Évangile. (DV n° 3 ) Elle rappelle que c’est en Jésus que s’achève la révélation faite à Israël à l’intention de toutes les nations : Le Christ Seigneur, en qui s’achève toute la révélation du Dieu Très Haut (2 Cor. I, 30 ; 3,16 – 4,6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses Apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins. (DV. n° 7 ).
La Déclaration Nostra Aetate
de Vatican II sur les relations des chrétiens avec les religions non chrétiennes est peut-être passée trop inaperçue, comme n’étant qu’une simple déclaration, et non une constitution. Cependant, théologiquement ancrée dans la ligne de Lumen Gentium, elle se situe au cœur du « mystère de l’Église » avec spécialement le n° 4 concernant le rapport des chrétiens avec les Juifs. Ainsi elle apporte du nouveau, dans la mesure où elle insiste sur le lien existentiel incontournable entre l’Église et le peuple juif, lien spirituel de l’ordre de la foi, dans le contexte historique de la continuité d’Abraham à Jésus, descendant de David, né de Marie, fille d’Israël.
Elle reprend comme en synthèse une grande partie de ce qui fait la richesse du Concile Vatican II proprement prophétique pour le temps d’aujourd’hui.
Le préambule présente le dessein de Dieu sur toute l’humanité et se réfère « à l’époque où le genre humain devient de jour en jour plus uni […] l’Église examine d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les poussent à vivre ensemble leur destinée »
Il annonce une conclusion, (n° 5), qui appelle les chrétiens à travailler à ce que les humains se reconnaissent tous frères, fils du même Père : « dans une fraternité universelle excluant toute discrimination […] de manière à être vraiment les fils du même Père qui est dans les Cieux ».
Les n° 2 et 3 abordent la question de la relation de l’Église avec les diverses religions non chrétiennes, et avec l’Islam, troisième de la famille des religions qui s’enracinent dans la révélation Biblique, par Ismaël, autre fils d’Abraham.
Vient alors le n° 4 qui est consacré à la religion juive à « la descendance d’Abraham ». Il constitue un tournant révolutionnaire dont l’Église, quarante-cinq ans après le Concile, n’a pas fini de mettre à jour toutes les virtualités. (lien Vatican II : Nostra Aetate texte intégral)
Ce n° 4 de Nostra Aetate a fait l’objet de plusieurs commentaires d’application depuis 1965.
[1] En latin dans le texte original de Lumen Gentium “ perfecti”, de “ perficio” : « faire complètement, achever ».
[2] S Cyprianus, de Orat. Dom. 23: Pl 4,553
[3] Et avec la citation intégrale de Paul aux Galates : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale ».
III - Orientations pastorales sur l’attitude des chrétiens
à l’égard du judaïsme
Relevons ici les grandes lignes de ces orientations avec quelques extraits particulièrement significatifs:
« I – L’existence juive interroge la conscience chrétienne
L’existence actuelle du peuple juif [...] une donnée qui peut faire accéder les chrétiens à une meilleure compréhension de leur foi et éclairer leur vie.
La permanence du peuple juif à travers le temps, sa survie aux civilisations, sa présence comme partenaire rigoureux et exigeant en face du christianisme sont un fait de première importance que nous ne pouvons traiter ni par ignorance ni par le mépris.
L’Eglise, qui se réclame du nom de Jésus-Christ et qui, par lui, se trouve liée depuis son origine et pour toujours au peuple juif, perçoit dans l’existence séculaire et ininterrompue de ce peuple un signe qu’elle voudrait comprendre en toute vérité. ...
II – Le lent cheminement de la conscience chrétienne
... La prise de position conciliaire doit être considérée davantage comme un commencement que comme un aboutissement. Elle marque un tournant dans l’attitude chrétienne vis-à-vis du judaïsme. Elle ouvre une voie et nous permet de prendre l’exacte mesure de notre tâche. ...
III – La vocation permanente du peuple juif
... C’est par le peuple d’Israël que la foi au Dieu unique s’est inscrite dans l’histoire de l’humanité ...
Selon la révélation biblique, c’est Dieu qui a constitué ce peuple, qui l’a éduqué et instruit de ses desseins, scellant avec lui une Alliance éternelle (Gn 17, 7) et faisant reposer sur lui un appel que Saint Paul qualifie d’irrévocable (Rm 11, 29). Nous lui devons les cinq livres de la Loi, les Prophètes et les autres livres sacrés qui complètent son message. Après avoir été rassemblés par la tradition, écrite et orale, ces enseignements furent reçus par les chrétiens sans que pour autant les juifs en soient dépossédés.
Même si, pour le christianisme, l’Alliance est renouvelée en Jésus-Christ, le judaïsme doit être regardé par les chrétiens comme une réalité non seulement sociale et historique, mais surtout religieuse : non pas comme la relique d’un passé vénérable et révolu mais comme une réalité vivante à travers le temps. Les signes principaux de la vitalité du peuple juif : le témoignage de sa fidélité collective au Dieu unique, sa ferveur à scruter les Ecritures pour découvrir, à la lumière de la Révélation, le sens ultime de la vie humaine, sa recherche d’identité au milieu des autres hommes, son effort constant de rassemblement en une communauté réunifiée. Ces signes nous posent, à nous chrétiens, une question qui touche le cœur de notre foi : quelle est la mission propre du peuple juif dans le plan de Dieu ? Quelle attente ultime l’anime, et en quoi cette attente diffère-t-elle ou se rapproche-t-elle de la nôtre?...
IV – Ne rien enseigner qui ne soit conforme à l’esprit du Christ
Il est urgent que les chrétiens cessent définitivement de se représenter le juif suivant les clichés qu’une agressivité séculaire avait forgés...
V – Accéder à une compréhension juste du judaïsme
... Les chrétiens, ne serait-ce que pour eux-mêmes, doivent acquérir une connaissance vraie et vivante de la tradition juive ...
a) S’il est vrai que pour nous, l’Ancien Testament ne délivre son sens ultime qu’à la lumière du Nouveau Testament, cela suppose qu’il soit accueilli et reconnu d’abord en lui-même (Tim. 3,16) ...
b) C’est sous-estimer les préceptes du judaïsme que de n’y voir que des pratiques contraignantes ...
c) Il est actuellement plus que jamais difficile de porter un jugement théologique serein sur le mouvement de retour du peuple juif sur "sa" terre. En face de celui-ci, nous ne pouvons tout d’abord oublier en tant que Chrétiens le don fait jadis par Dieu au peuple d’Israël d’une terre sur laquelle il a été appelé à se réunir (cf. Gn 12, 7; 26, 3-4; 28, 13; Is 43, 5-7; Jr 16, 15; So 3, 20).
VI – Promouvoir la connaissance et l’estime mutuelles – (N. Ae. 4 § 2)
... Susciter dans le peuple chrétien une meilleure compréhension du judaïsme, de sa tradition, de ses coutumes et de son histoire.
La première condition est que tous les chrétiens aient toujours le respect du juif, quelque soit sa manière d’être juif. Qu’ils cherchent à le comprendre comme il se comprend lui-même au lieu de le juger selon leurs propres modes de penser ...
La seconde condition est que, dans les rencontres entre juifs et chrétiens, soit reconnu le droit de chacun de rendre pleinement témoignage de sa foi sans être pour autant soupçonné de vouloir détacher de manière déloyale une personne de sa communauté pour l’attacher à la sienne propre. ... Le peuple juif a été l’objet, comme peuple, d’une ‘Alliance éternelle’ sans laquelle la ‘nouvelle Alliance’ n’aurait pas d’existence ...
VII – L’Eglise et le peuple juif
a) Le peuple juif a conscience d’avoir reçu, à travers sa vocation particulière, une mission universelle à l’égard des nations. L’Eglise, pour sa part, estime que sa mission propre ne peut que s’inscrire dans ce même propos universel de salut.
b) Israël et l’Eglise ne sont pas des institutions complémentaires. La permanence comme en vis-à-vis d’Israël et de l’Eglise est un signe de l’inachèvement de Dieu. ... Mais, si juifs et chrétiens accomplissent leur vocation suivant des voies distinctes, l’histoire montre que leurs cheminements se croisent sans cesse. Leur souci commun ne concerne-t-il pas les temps messianiques ? Aussi faut-il souhaiter qu’ils entrent enfin dans la voie de la reconnaissance et de la compréhension mutuelles et ... se tournent ver le Père dans un même mouvement d’espérance qui sera une promesse pour toute la terre.
c) Les paroles de Jésus lui-même et l’enseignement de Paul témoignent du rôle du peuple juif dans l’accomplissement de l’unité finale de l’humanité, comme unité d’Israël et des nations...
Réflexions à propos des réactions au document des évêques français par C.A. Rijk
Article intégral SIDIC 1973/3 pp. 35-39
« ... Le document ainsi que les multiples réactions qu'il a provoquées font le point et révèlent les attitudes qui se manifestent par rapport au difficile problème des relations entre l'Eglise et le judaïsme. Tout d'abord le document lui-même montre le sérieux de certaines autorités de l’Eglise qui veulent mettre en pratique les directives du Concile Vatican II ... Le comité épiscopal français se situe ainsi clairement dans la perspective de la mise en œuvre de « Nostra Aetate »...[ et ] manifeste bien que la déclaration du Concile est un commencement plus qu'un aboutissement. En effet, le document français marque une évolution de la pensée chrétienne par rapport au Concile. Pour pouvoir déceler et évaluer cette évolution il faut d'abord lire et étudier sérieusement le texte lui-même. Cela va de soi, mais il n'est peut-être pas inutile d'insister sur cette condition préalable élémentaire. Il n'y a eu que trop de réactions basées sur une lecture inexacte, partielle ou superficielle du texte.
...L'évolution de la pensée à partir de la déclaration du Concile est visible en plusieurs points. Voici les plus importants: en plusieurs endroits le texte est plus explicite que le Concile; ainsi quand il s'agit de l'antisémitisme et surtout de la compréhension du judaïsme. Ensuite, tandis que « Nostra Aetate » dit avec saint Paul, que les « juifs restent très chers à Dieu dont les dons et l'appel sont sans repentance », le document français parle de la vocation permanente du peuple juif et essaie d'en préciser le contenu. Puis, dans un effort sincère pour comprendre et respecter l'identité juive, le texte considère le lien entre le peuple juif et la terre promise et essaie de définir une attitude chrétienne en face de l'énorme complexité de tous ces problèmes »...
Aujourd’hui, où en sommes- nous?
IV - 1° décembre 1974 – janvier 1975 : Orientations et suggestions pour l'application de la déclaration conciliaire Nostra Aaetate n. 4
« Il importe que les chrétiens cherchent à mieux connaître les composantes fondamentales de la tradition religieuse du judaïsme et qu'il apprennent par quels traits essentiels les juifs se définissent eux-mêmes dans leur réalité religieuse vécue ».
Cette importante déclaration du document officiel récemment publié par la Commission pour les relations judéo-chrétiennes du Vatican « Orientations et suggestions pour l'application de la déclaration conciliaire Nostra Aaetate n. 4 » est fondamental pour tout dialogue sérieux entre juifs et chrétiens. Il ouvre en même temps des perspectives d'étude et d'écoute qui demandent une grande ouverture d'esprit et une remise en question des habitudes de pensée et des attitudes traditionnelles.... » SIDIC vol VIII - 1975/2 (pages 03) Présentation
« Que les chrétiens cherchent à mieux connaître les composantes fondamentales de la tradition religieuse du judaïsme et apprennent par quels traits essentiels les juifs se définissent eux-mêmes dans leur réalité religieuse vécue ...
1 - Le dialogue ... suppose le désir de se connaître mutuellement et de développer et approfondir cette connaissance [...] Moyen privilégié pour favoriser la connaissance mutuelle... Et pour approfondir les richesses de sa tradition propre. ... La condition du dialogue est le respect de l'autre tel qu'il est, de sa foi surtout, et de ses convictions religieuses ...
2 - La liturgie ... On s'efforcera de mieux comprendre que l’Ancien Testament garde une valeur propre et perpétuelle (cf. Dei Verbum par. 14 et 15)
3 - Enseignement et éducation ... Une meilleure compréhension du judaïsme en lui-même et dans sa relation au christianisme grâce aux enseignements de l'Eglise, aux études et recherches, au dialogue qui a pu s'instaurer... Ce qui suppose une formation approfondie des enseignants et des éducateurs ...
4 – Action sociale et commune ... Dans l’esprit des prophètes, juifs et chrétiens collaboreront volontiers dans la poursuite de la justice sociale et de la paix au niveau local, national et international...
Parmi les réactions
« Paru le 1° décembre 1974 – présenté en janvier 1975 – ce document est beaucoup plus pratique que Nostra Aetate, dans le sens qu’il prend des domaines très concrets de la vie qu’il développe pour montrer quelle est la pratique à laquelle nous sommes appelés maintenant par Nostra Aetate ; en même temps il contient quelques idées nouvelles. Il commence par souligner encore une fois le lien spirituel et historique entre le christianisme et le judaïsme et parle des conséquences qui en découlent. La nouveauté la plus importante, à mon avis, c’est ce qu’il dit explicitement dans l’introduction : ‘ Il est essentiel de se comprendre et de se respecter les uns les autres, c'est-à-dire que les chrétiens – et c’est la nouveauté – doivent comprendre les éléments fondamentaux de la tradition juive et ils doivent apprendre ce qui est essentiel à la réalité religieuse vécue des juifs aujourd’hui, d’après leur propre compréhension juive’.... Dans ce texte c’est un vrai dialogue qui permet de chercher à comprendre comment l’autre se voit. Le document parle alors de quatre domaines où il est nécessaire de travailler : le dialogue, la liturgie, l’éducation-enseignement et les actions sociales communes ... »
« Deux événements majeurs encadrent les dix années qui viennent de s'écouler: la Déclaration Vatican sur les Juifs (Nostra Aetate n. 4) en 1965 et « Orientations et Suggestions » pour la mise en application de Nostra Aetate n. 4 paru en janvier 1975. ... Malgré tous ses manques, ce document marque un progrès par rapport à Nostra Aetate. ...
V - Notes pour une correcte présentation
des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse
de l’Eglise catholique -Catholiques et juifs : nouveau regard
« Ceux qui travaillent dans la prédication ou dans la catéchèse sont directement concernés par ce troisième document du 24 juin1985, qui leur est spécialement adressé. Ce texte est le plus long des trois ... Il reprend et développe des points contenus dans les deux premiers textes – Nostra Aetate et la déclaration [Orientations] de 1974...En les lisant tous les trois, les uns après les autres, on voit vraiment une continuité et un développement... » Sr Katharine Wolff, nds, Lausanne, le 9.04.1992.
Plan et extraits du document
Considérations préliminaires
« ... La première dimension de ce dialogue, c’est-à-dire la rencontre entre le peuple de Dieu de l’ancienne Alliance ... et le peuple de Dieu de la nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue intérieur à notre Eglise, s’établissant entre la première et la deuxième partie de la Bible. ... Une seconde dimension de notre dialogue – véritable et centrale – est la rencontre entre les Eglises chrétiennes d’aujourd’hui et le peuple actuel de l’Alliance conclue avec Moïse ... une troisième dimension de notre dialogue ...juifs et chrétiens sont, les uns et les autres, en tant que fils d’Abraham, appelés à devenir une bénédiction pour le monde (cf. Gn 12,2). » (Jean-Paul II à Mayence, 1982)
VI - Lire l’Ancien Testament
Comité épiscopal français, 1997
LIRE L'ANCIEN TESTAMENT. CONTRIBUTION A UNE LECTURE CATHOLIQUE DE L'ANCIEN TESTAMENT POUR PERMETTRE LE DIALOGUE ENTRE JUIFS ET, 1997 Texte inégral
« Le Comité épiscopal français pour les relations avec le Judaïsme a publié, en date du 14 mai 1997, une note pour montrer que la lecture chrétienne n'efface pas la lecture juive des Écritures, et que celles-ci demeurent pour tous « Parole de Dieu ». Dans le dialogue entre Juifs et Chrétiens, il est une difficulté récurrente : la manière dont les Chrétiens lisent ce qu'ils appellent « l'Ancien Testament ». En effet, ce texte, qui est fondamental pour les deux religions, est compris par les Chrétiens à partir de l'événement du Christ.
Comment faire pour que la lecture chrétienne non seulement respecte mais s'enrichisse de la lecture juive, et pour que la conception chrétienne de la nouvelle Alliance n'élimine pas l'Alliance avec Israël ? C'est à ce problème délicat de la lecture catholique de l'Ancien Testament que s'attache un document de 20 pages du Comité épiscopal pour les relations avec le Judaïsme. A la seule fin de faciliter le dialogue entre Chrétiens et Juifs. Chaque parole a sa richesse propre.... » (Bruno Chenu) Télécharger Lire l’Ancien Testament, 1997, Bruno Chenu Présentation, SENS 7-1998
« Puisse ce document contribuer à mieux reconnaître les difficultés de la lecture à éviter les interprétations contestables, à entrer surtout dans une connaissance plus profonde de l'Ancien Testament, Parole de Dieu pour les Juifs et les Chrétiens, dans le respect de nos identités respectives ».
Plan et extraits du texte
I - Le commentaire des lectures bibliques du dimanche
Le point de départ de notre réflexion est l'usage liturgique de la Bible.
Sur trois années le lectionnaire propose, chaque dimanche, trois textes dont une page de l'évangile. Le but de ces lectures choisies est de nous ouvrir à la connaissance des Ecritures dans leur ensemble. C'est le temps, la fête, ou l'évangile lui-même qui commandent le choix du premier texte, le plus souvent extrait de l'Ancien Testament....
II – L’unité des Ecritures
Commenter un texte de l'Ancien Testament à la lumière de l'évangile : quoi de plus légitime pour un chrétien? Mais pour qu'il soit juste, ce commentaire doit se fonder sur l'unité de l'Ecriture. Celle-ci manifeste la cohérence du projet divin déjà à l'œuvre dans l'Ancien Testament et, pour le chrétien, pleinement révélé en Jésus et dans son Eglise....
Chaque passage de l'Écriture a un sens propre qu'on ne peut écarter ni rejeter. Chaque événement a sa richesse propre et sa valeur permanente: l'appel d'Abraham, l'Exode, l'Alliance du Sinaï, les événements de la vie de Jésus. Ce qui advient ne supprime pas ce qui est déjà advenu mais en manifeste la capacité de renouvellement et ouvre un avenir. Aucune parole ne dévalorise la précédente. Chacune contribue à la compréhension de l'ensemble....
V – L’Alliance nouvelle et éternelle
Affirmer la valeur permanente de l'Ancien Testament nous oblige encore à examiner le rapport qui existe pour nous entre l'ancienne et la nouvelle Alliance. L'alliance est la notion centrale de toute l'Écriture ... Cela ne peut pas être sans conséquence sur le regard que nous portons sur le peuple juif aujourd'hui encore, et, par conséquent, sur la manière dont il vit de la parole de Dieu ...
1. - L’Alliance expression de l’initiative et de la fidélité divine En appelant l'homme à la vie et à la domination sur le monde, en faisant de lui son partenaire, « Faisons l'homme à notre image et comme notre ressemblance » (Gn 1,26), Dieu indique le sens de la création et dévoile la finalité de l'histoire humaine. Par la théologie de l'Alliance, la Bible exprime l'initiative et la fidélité divine...
2. - L’Alliance avec Israël Au milieu des nations, Israël est le peuple de l'Alliance parce qu'il a entendu et accueilli la parole divine: « Tout ce que dit le Seigneur, nous le ferons et nous l'entendrons » (Ex 24,7). Cette acceptation le constitue désormais comme un peuple différent. Il a été choisi pour cette écoute et cette obéissance. Israël a pour mission de manifester le dessein de Dieu qui s'étend à toutes les nations : « Par ta postérité, se béniront toutes les nations de la terre » (Gn 12,3). C'est par l'élection et par l'Alliance qu'Israël existe comme peuple (Dt 4, 20 ; 4, 37-38).
VII - Déclaration de repentance des évêques de France
Relations avec le judaïsme - 30 septembre 1997, à Drancy
« A l'occasion des anniversaires qui ont marqué la Shoah et en préparation au Grand Jubilé de l'An 2000, un certain nombre d'actes et de déclarations de repentance, de demandes de pardon, ont vu le jour au sein des Eglises. Est-ce que la reconnaissance des fautes est à l'encontre de la sainteté ? Au contraire, comme Edward K.Kaplan le dit: "le repentir nous ouvre à la Sainteté". » SIDIC vol. XXX 1997/3
VIII - Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah
Le Vatican, 16 mars 1998
Plan du document avec des extraits
IX- Le Peuple Juif et ses Saintes Ecritures
dans la Bible chrétienne
Commission Biblique Pontificale, Nov. 2001
Lien le Saint-Siège Le peuple Juif et ses Saintes Écritures dans la Bible Chrétienne
« La Commission biblique pontificale vient de publier un important document portant sur ‘Le peuple juif et ses Ecritures dans la Bible chrétienne’ ... Dans l’introduction et la conclusion, la Commission émet le souhait que ce texte qui ne cède « pas à un irénisme facile » (Présentation du P. A. Vanhoye dans L’Osservatore Romano du 5 décembre 2001) « contribue … à faire avancer le dialogue entre juifs et chrétiens, dans la clarté et dans l’estime et l’affection mutuelles » (p. 6).
Index (NB : Sur le site du Saint-Siège)
Préface par le Cardinal Joseph Ratzinger
Introduction (1)
II. Thèmes fondamentaux des Ecritures du peuple juif et leur Réception dans la foi au Christ (19-65)
A. Compréhension chrétienne des rapports entre Ancien et Nouveau Testament (19-22)
B. Thèmes communs fondamentaux (23-63)
C. Conclusion (64-65)
III. Les Juifs dans le Nouveau Testament (66-83)
A. Points de vue divers dans le judaïsme d'après l'exil (66-69)
B. Les Juifs dans les évangiles et dans les Actes des Apôtres (70-78)
C. Les Juifs dans les lettres de Paul et d'autres écrits du Nouveau Testament (79-83)
IV. Conclusions (84-87)
A. Conclusion générale (84-85)
B. Orientations pastorales (86-87)
Notes
Le plan détaillé sur le site du Saint-Siège permet de se référer directement au passage du texte choisi.
L’introduction de cet ouvrage (Le Peuple Juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible Chrétienne) donne des clés de lecture sur les ‘rapports que la Bible chrétienne établit entre les chrétiens et le peuple juif’, pp.15-16 :
« 1. ... La question qui se pose est la suivante : quels rapports la Bible chrétienne établit-elle entre les chrétiens et le peuple juif ?
A cette question, la réponse générale est claire : entre les chrétiens et le peuple juif, la Bible chrétienne établit des rapports multiples et très étroits[1] », et cela pour une double raison, d’abord parce que la Bible chrétienne se compose, en majeure partie, des ‘Saintes Ecritures’(Rm 1, 2) du peuple juif, que les chrétiens appellent ‘ l’Ancien Testament’ ; ensuite, parce que la Bible chrétienne comprend, d’autre part, un ensemble d’écrits, qui, exprimant la foi au Christ Jésus, mettent celle-ci en relation étroite avec les Saintes Ecritures du peuple juif. Ce second ensemble, on le sait, est nommé ‘ Nouveau Testament’, expression corrélative d’ ‘Ancien Testament’.
L’existence de rapports étroits est indéniable. Un examen plus précis des textes révèle, toutefois, qu’il ne s’agit pas de relations toutes simples ; elles présentent, au contraire, une grande complexité, qui va de l’accord parfait sur certains points à une forte tension sur d’autres. Une étude attentive est donc nécessaire. La Commission Biblique s’y est consacrée ces dernières années. ... La Commission Biblique espère contribuer ainsi à faire avancer le dialogue entre Chrétiens et Juifs, dans la clarté et l’estime mutuelles. »
Ces commentaires permettent de mesurer, par exemple, ce que représentent les rapports continuité-discontinuité-progression. Il y a ‘rupture’ d’une certaine manière. Mais cette rupture qui se produit dans la lecture chrétienne n’engendre pas pour autant un rejet d’alliance pour la communauté juive qui continue de vivre son étape dans la relation d’alliance-promesse avec Dieu :
« 40. Sur le thème de l’alliance de Dieu avec son peuple, les écrits du Nouveau Testament se situent dans une perspective d’accomplissement, c’est-à-dire de continuité fondamentale et de progrès décisif, lequel comporte nécessairement des ruptures sur certains points.
La continuité concerne avant tout la relation d’alliance, tandis que les ruptures concernent les institutions de l’Ancien Testament, qui étaient sensées établir et maintenir cette relation. Dans le Nouveau testament cette relation est établie sur un fondement nouveau, la personne et l’œuvre du Christ Jésus, la relation d’alliance s’en trouve approfondie et élargie, ouverte à tous grâce à la foi chrétienne. ...
42. ... La conclusion qui se dégage de tous ces textes est que les premiers chrétiens avaient conscience de se trouver en profonde continuité avec le dessein d’alliance manifesté et réalisé par le Dieu d’Israël dans l’Ancien Testament. Israël continue de se trouver dans une relation d’alliance avec Dieu parce que ‘l’alliance – promesse’ est définitive et ne peut pas être abolie. Mais les premiers chrétiens avaient conscience de vivre dans une nouvelle étape de ce dessein, étape qui avait été annoncée par les prophètes, et qui venait d’être inaugurée dans le sang de Jésus, « sang d’alliance », parce que versé par amour (Ap 1,5b-6). »
La conclusion s’ouvre sur des orientations pastorales se référant particulièrement à Nostra Aetate :
« 86. Recommandant, entre chrétiens et Juifs, « la connaissance et l'estime mutuelles », le Concile Vatican II a déclaré que cette connaissance et cette estime « naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue fraternel ». Le présent document a été rédigé dans cet esprit; il espère apporter une contribution positive en ce sens et favoriser même dans l'Église du Christ l'amour envers les Juifs, comme le souhaitait le Pape Paul VI le jour de la promulgation du document conciliaire Nostra Aetate. ...
De la part des chrétiens, la condition principale d'un progrès en ce sens est d'éviter toute lecture unilatérale des textes bibliques, aussi bien de l'Ancien Testament que du Nouveau Testament, et de s'efforcer, au contraire, de bien correspondre au dynamisme d'ensemble qui les anime et qui est précisément un dynamisme d'amour ... »
X - Les 12 points de Berlin
ICCJ, Berlin, Juillet 2009
