Communiqué par
Yohanan

le

17-06-07

Un rabbin débat avec le pape.

 

Et ce qui les divise, c'est toujours Jésus.

Le rabbin, c'est Jacob Neusner, celui-là même à qui Benoît XVI consacre de nombreuses pages de son dernier livre. De leur avis à tous les deux, les débats entre judaïsme et christianisme doivent non pas occulter mais porter à la lumière les prétentions de vérité respectives

par Sandro Magister

 

ROMA, 11 juin 2007 – Dans le livre "Jésus de Nazareth" écrit par Joseph Ratzinger avant et après son élection en tant que pape, un auteur vivant est cité et discuté beaucoup plus que les autres. Dans le chapitre quatre, consacré au Discours sur la Montagne, Joseph Ratzinger s’arrête sur lui pendant au moins quinze pages.

Cet auteur est un juif pratiquant, le rabbin Jacob Neusner. Il vit aux Etats-Unis, et enseigne l’histoire et la théologie du judaïsme au Bard College, Annandale-on-Hudson, New-York. En 1993, il a publié un livre qui a beaucoup frappé celui qui était alors le cardinal Ratzinger: "A Rabbi Talks with Jesus".

Dans "Jésus de Nazareth", le pape explique pourquoi ce livre l’a impressionné de manière si positive: "l’auteur y prend place au milieu du groupe des disciples sur la ‘montagne’ de la Galilée. Il écoute Jésus [...] et parle avec Jésus lui-même. Il est touché par la grandeur et par la pureté de ses paroles et cependant inquiété par l’inconciliabilité définitive qu’il perçoit dans le cœur du Discours sur la Montagne. Il accompagne ensuite Jésus dans son chemin vers Jérusalem [...] et se remet à chaque fois à lui parler. Mais à la fin, il décide de ne pas suivre Jésus. Il reste fidèle à ce qu’il appelle l’Israël éternel".

Le nœud crucial qui empêche le rabbin de croire en Jésus est le fait qu’Il se révèle en tant que Dieu: c’est d’ailleurs ce scandale qui a mené Jésus à la mort. Selon Joseph Ratzinger, c’est justement là que se trouve la valeur du livre de Neusner. La conversation imaginaire entre le rabbin juif et Jésus "laisse transparaître toute la dureté des différences, mais elle a lieu dans un climat de grand amour: le rabbin accepte la différence du message de Jésus et prend congé avec un détachement dépourvu de toute haine. Tout en restant dans la rigueur de la vérité, il n’abandonne pas la force conciliatrice de l’amour".

Pour Benoît XVI, c’est là la voie du vrai dialogue entre juifs et chrétiens. Ne pas occulter les prétentions de vérité respectives, mais les porter à la lumière dans la compréhension et dans le respect réciproque.

Et c’est aussi l’opinion de Jacob Neusner:

"Au cours des deux derniers siècles, le dialogue entre juifs et chrétiens a été un outil des politiques de conciliation sociale et non plus une recherche religieuse sur les convictions de l’autre. […] Avec le livre "Jésus de Nazareth" les débats entre juifs et chrétiens entrent dans une nouvelle ère. Nous sommes désormais en mesure de nous rencontrer dans un exercice de raison et de critique prometteur".

Jacob Neusner a commenté le livre du pape dans un article publié le 29 mai par le quotidien israélien "The Jerusalem Post".

Il s’agit du premier commentaire d’envergure de "Jésus de Nazareth" par une autorité religieuse reconnue, un homme qui non seulement n’est pas chrétien mais appartient à la religion juive. En voici la traduction:

 

Ma discussion avec le pape
 
par Jacob Neusner

 Au Moyen âge, les rabbins étaient contraints de s’engager, devant les rois et les cardinaux, dans des discussions avec des prêtres, pour décider quelle était la vraie religion, le judaïsme ou le christianisme. Le résultat était couru d’avance: les chrétiens gagnaient car ils détenaient l’épée.

Puis, dans les années qui ont suivi le Seconde Guerre mondiale, les débats ont laissé place à la conviction que les deux religions disent la même chose et les différences entre elles n’ont plus été considérées que comme des questions secondaires.

Aujourd’hui, en revanche, un nouveau type de controverse a débuté, où la vérité des deux religions constitue le centre du débat.

Cela marque un retour aux anciens débats, avec leur sérieux intense au sujet des vérités religieuses et leur volonté de poser les questions de fond et de s’engager dans les réponses.

Mon livre, "A Rabbi Talks with Jesus", a constitué l’un de ces récents exercices de débat. Et aujourd’hui, en 2007, le pape a relevé le défi point par point dans son nouveau livre "Jésus de Nazareth". On peut imaginer ma stupeur quand on m’a dit que le chapitre quatre du livre de Benoît XVI "Jésus de Nazareth" contenait une réponse chrétienne à mon livre "A Rabbi Talks with Jesus".

Nous avons donc des papes engagés dans le dialogue théologique judéo-chrétien? Dans l’Antiquité et au Moyen âge, les débats concernant des propositions de vérité religieuse définissaient la finalité du dialogue entre les religions, en particulier entre le judaïsme et le christianisme. Le judaïsme a affronté la question avec force, en accumulant des raisonnements rigoureux construits sur les faits de l’Ecriture commune aux deux parties impliquées dans la confrontation. Des récits imaginaires, comme "Kuzari" de Juda Halevi, ont mis en scène un dialogue entre judaïsme, christianisme et islam, un dialogue présidé par un roi qui cherchait la vraie religion pour son royaume. Le judaïsme était sorti vainqueur du débat qui avait eu lieu devant le roi des Khazars, tout au moins dans la version de Juda Halevi. Mais le christianisme a recherché aussi résolument des soutiens dans le débat, sûr de remporter la confrontation. Des controverses semblables attestaient la confiance commune de toutes les parties dans l’intégrité de la raison et dans les événements des Ecritures partagées.

Ces disputes ont été abandonnées quand les religions ont perdu leur confiance en la capacité de la raison à établir la vérité théologique. A partir de ce moment, par exemple dans "Nathan le sage" de Lessing, les religions ont été conçues pour affirmer une vérité commune à tous et les différences entre les religions ont été mises de côté, comme étant marginales et sans importance. On a dit qu’un président américain avait affirmé: "Peu importe en quoi tu crois, l’important c’est que tu sois un bon citoyen". Ainsi, les controverses entre les religions ont perdu de leur urgence. L’héritage de l’Illuminisme, avec son indifférence à la prétention de vérité des religions, a promu la tolérance religieuse et le respect réciproque à la place de la confrontation entre les religions et à la revendication de connaître Dieu. Les religions ont été perçues comme des obstacles au bon ordre de la société.

Au cours des deux derniers siècles, le dialogue entre juifs et chrétiens a été utilisé pour des politiques de conciliation sociale. Il n’a plus été une recherche religieuse sur les convictions de l’autre. La négociation a pris la place du débat et on a pensé que la prétention de vérité de sa propre religion violait les règles de bonne conduite.

En revanche, dans "A Rabbi Talks with Jesus", j’ai pris au sérieux l’affirmation de Jésus selon lequel la Torah trouvait en lui son accomplissement et j’ai confronté cette affirmation avec les enseignements d’autres rabbins, dans une sorte de débat entre maîtres de la Torah. J’explique, de manière lucide et en aucun cas apologétique, pourquoi, si j’avais vécu en Israël au premier siècle et si j’avais été présent lors du Discours sur la Montagne, je ne me serais pas uni au groupe des disciples de Jésus. J’aurais dit non – mais avec courtoisie –, certain d’avoir de mon côté des raisons et des faits solides.

Si j’avais écouté ce qu’il a dit dans le Discours sur la Montagne, je ne serais pas devenu l’un des ses disciples, pour des raisons solides et substantielles. C’est difficile à imaginer, parce qu’on aurait du mal à trouver des mots plus profondément enracinés dans notre civilisation et dans ses plus profondes expressions que les enseignements du Discours sur la Montagne et d’autres paroles de Jésus. Mais il est aussi difficile d’imaginer que l’on entend ces paroles pour la première fois, comme quelque chose de surprenant et d’exigeant, et non comme de simple lieux communs. C’est précisément ce que je propose de faire dans mes conversations avec Jésus: écouter et argumenter. Ecouter les enseignements religieux comme si c’était la première fois et y répondre avec surprise et émerveillement – c’est cela le fruit du débat religieux de nos jours.

J’ai écrit mon livre pour essayer d’expliquer un peu pourquoi, alors que les chrétiens croient en Jésus-Christ et en la bonne nouvelle de son pouvoir dans le royaume des Cieux, les juifs croient en la Torah de Moïse et forment sur la terre et dans leur chair un royaume de Dieu formé de prêtres et d’un peuple saint. Cette foi demande aux fidèles juifs de ne pas adopter les enseignements de Jésus, en s’appuyant sur le fait que ces enseignements contredisent la Torah sur des points importants.

Quand Jésus s’éloigne de la révélation faite par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï, c’est-à-dire la Torah, il se trompe, alors que Moïse est dans le vrai. En établissant la base de cette opposition qui n’est en rien apologétique, j’entends encourager le dialogue entre croyants, chrétiens et juifs.

Pendant longtemps, les juifs ont loué Jésus comme un rabbin, comme un juif vraiment semblable à nous; mais pour la foi chrétienne en Jésus Christ, cette affirmation n’apporte absolument rien. De leur côté, les chrétiens ont loué le judaïsme en tant que religion d’où est venu Jésus, mais nous pouvons difficilement considérer cela comme un véritable compliment.

Souvent, nous avons évité de mettre en évidence les principales différences entre nous, non seulement en réponse à la personne et aux affirmations de Jésus, mais spécialement à propos de ses enseignements.

Il a prétendu réformer et accomplir: "Il vous a été dit… mais moi je vous dis…". Nous, au contraire, nous sommes convaincus, et je l’ai soutenu dans mon livre, que la Torah a été et est parfaite, qu’elle n’a pas besoin d’accomplissements supplémentaires et que le judaïsme construit sur la Torah et les prophètes et les Ecrits, les parties originellement orales de la Torah mises sous forme écrite dans la Mishna, le Talmud, le Midrash – ce judaïsme a été et reste le dessein de Dieu pour l’humanité.

Sur la base de ce critère, j’ai proposé de définir les divergences d’opinion judaïques par rapport à plusieurs enseignements importants de Jésus. C’est un acte de respect envers les chrétiens et d’honneur envers leur foi, parce que nous ne pouvons discuter que si nous nous prenons réciproquement au sérieux. Nous ne pouvons dialoguer que si nous honorons à la fois nous-mêmes et les autres. Dans ma discussion imaginaire, je traite Jésus avec respect, mais je veux aussi débattre avec lui de ce qu’il dit.

Qu’est-ce qui est en jeu ici? Si je réussis à créer une représentation vivante de la discussion, les chrétiens verront les choix faits par Jésus et sauront raviver leur foi en Jésus-Christ, mais aussi en rapport avec le judaïsme.

Je veux mettre en évidence les choix différents que le judaïsme et le christianisme voient s’affronter dans les Ecritures qu’ils ont en commun. Les chrétiens comprendront mieux le christianisme s’ils sont conscients des choix qu’il place devant eux; il en va de même pour les juifs vis-à-vis du judaïsme.

Je veux expliquer aux chrétiens pourquoi je crois au judaïsme et cela devrait aider les chrétiens à définir quelles sont les convictions profondes qu’ils apportent à l’église chaque dimanche.

Les juifs renforceront leur confiance en la Torah de Moïse mais aussi leur respect pour le christianisme. Je veux que les juifs comprennent pourquoi le judaïsme demande un assentiment: "le Miséricordieux cherche les cœurs", "la Torah n’a été donnée que pour purifier le cœur de l’Homme". Les juifs comme les chrétiens devraient trouver dans "A Rabbi talks with Jesus" les raisons qu’ils doivent soutenir, puisque les uns comme les autres découvriront les points essentiels sur lesquels se fonde la différence entre le judaïsme et le christianisme.

Qu’est-ce qui me rend si sûr de ce résultat? Je crois que, quand chaque partie comprend ce qui la sépare d’une autre de la même manière que celle-ci et que toutes les deux affirment leur vérité respective en s’appuyant sur de solides raisons, alors tous peuvent aimer et louer le Seigneur en paix – en sachant qu’ils servent vraiment un seul et même Dieu – selon leurs différences respectives. Mon livre est un livre religieux sur la différence religieuse: un raisonnement sur Dieu.

Quand mon éditeur m’a demandé de lui indiquer à quels collègues il devait proposer de présenter mon livre, je lui ai conseillé le grand rabbin Jonathan Sacks et le cardinal Joseph Ratzinger. Le rabbin Sacks m’impressionnait depuis longtemps par ses écrits théologiques pénétrants et solidement argumentés, qui en font un des bons apologistes actuels du judaïsme. Quant au cardinal Ratzinger, j’avais admiré ses essais sur le Jésus de l’histoire et je lui avais écrit pour le lui dire. Il m’avait répondu et nous avions échangé des textes et des livres. J’avais été frappé par sa volonté, que j’avais trouvée courageuse et constructive, de discuter sur la question de la vérité et pas seulement sur les politiques de la doctrine.

Mais maintenant Sa Sainteté a fait un pas de plus et a répondu à ma critique avec un texte créatif d’exégèse et de théologie. Avec son "Jésus de Nazareth" les discussions judéo-chrétiennes entrent dans une nouvelle ère. Nous sommes désormais en mesure de nous rencontrer les uns les autres en un exercice de raison et de critique très prometteur. Les paroles du Sinaï nous conduisent ensemble vers le renouvellement d’une tradition bimillénaire de débats religieux au service de la vérité de Dieu.

Un jour quelqu’un m’a défini comme la personne aimant le plus discuter qu’il ait jamais rencontrée. Maintenant j’ai trouvé quelqu’un qui me tient tête. Benoît XVI est aussi un chercheur de vérité.

Nous vivons une époque intéressante.

Un Echo d'Israel

n°34 mars-avril 2007

 

Relations judéo-chrétiennes : le père Patrick Desbois reçoit les honneurs de l’American Jewish Committee

Cecile Pilverdier    

Le 1er mai 2007, le comité juif américain a honoré le père Patrick Desbois lors de son 101ème congrès à Washington. « Les efforts du père Desbois pour identifier les fosses communes des victimes juives de la Shoa et s’assurer que ces victimes non identifiées de l’holocauste le soient ainsi que son action de rapprochement entre chrétiens et juifs, sont un testament de l’esprit humain et de la puissance du bien » a dit le rabbin Andrew Baker.

Le père Desbois est responsable de la conférence des évêques français pour les relations avec le judaïsme, et consultant au Vatican pour ces mêmes relations.
Ces dix dernières années, son programme : « Opération Ukraine », identifiait les fosses communes des juifs de l’Europe de l’Est, assassinés par les Nazis pendant l’Holocauste. Une fois identifiées, les fosses ont été scellées, protégées et répertoriées. Depuis 1997, Desbois a identifié 500 fosses jusqu’ici non repérées, la plupart en Ukraine.

Le père Desbois a aussi recueilli les témoignages de témoins oculaires des atrocités, y compris ceux du camp d’extermination de Belzec, apportant ainsi des informations au musée mémorial de l’Holocauste des USA, à celui de Paris, au musée mémorial de Belzec, à un projet de l’AJC et au gouvernement de Pologne.
« Je fais ce travail pour combattre la vague négationniste de l’Holocauste, lorsque le dernier survivant sera décédé, ce déni sera pire. »

   
 

Un Echo d'Israel

n°34 mars-avril 2007

A Ramallah une radio pour la paix  

Une nouvelle radio vient de voir le jour, inspirée par la station sud-africaine 702 Talk Radio, qui a participé à la naissance du régime démocratique après celui de l’apartheid.

Cette nouvelle radio, 93.6 RAM FM émet de Ramallah en anglais et est financée en partie par Isaac Kirsh, Juif sud-africain qui a fondé la 702 Talk Radio de son pays. Pour lui : « Il existe un besoin pour un débat quotidien sur les questions qui affectent à la fois les Israéliens et les Palestiniens ».

L’investissement a été de 2 millions de dollars et la radio ne recevra d’aide ni du gouvernement ni d’associations, c’est la publicité qui lui permettra de fonctionner.

Toutes les heures il y aura des flashes d’informations venant de Middle East Eyewitness News. Seront également diffusé de la musique et des programmes où les auditeurs pourront intervenir. Les journalistes sont palestiniens, israéliens et étrangers. Le rédacteur en chef de la station, Andrew Bolton dit : « Notre mission est de raconter la même histoire aux deux côtés. Nous sommes apolitiques, et nous n’aurons aucune ligne politique autre que celle de la paix ».

Cécile Pilverdier

 

   

 

 

BBC
23/03/2007

Rabbin J.Sacks

 

Mémoire et esclavage

 

Bonjour. A ce jour la plupart des familles juives auront commencé les longs préparatifs de la fête Pâque, la fête qui rappelle la libération des Israélites de l'esclavage au temps de Moïse. Et par un heureux hasard du calendrier, cette année nous penserons à un autre chapitre de l'histoire de la liberté, parce que le 25 mars est le 200ème anniversaire de l'abolition du commerce d'esclave en Grande-Bretagne en 1807.

 Pourquoi nous donnons-nous la peine de nous rappeler des événements très anciens, alors que la bataille est finie, la cause gagnée et l'esclavage, dans la plupart des parties du monde, rangé dans les cartons de l'histoire ? Un aspect fascinant de la Bible hébraïque est que ses auteurs faisaient partie des premiers historiens, deux tiers de ses livres sont de l'histoire, et pourtant l’hébreu ancien n'avait aucun mot pour désigner l'histoire. A sa place la Bible utilise un autre mot : zakhor. Souvenir. Il y a une différence entre histoire et mémoire (souvenir).

 Je vois les choses ainsi : l’histoire est son  histoire – history is his-story -, quelque chose qui est arrivé un jour quelconque à quelqu'un d'autre. Mais la mémoire (le souvenir) est mon histoire. Elle fait partie de « qui je suis ». C'est pourquoi, à Pâque, nous ne faisons pas que rappeler l'histoire. Nous la re-actualisons dans l'alimentation que nous mangeons et la manière dont nous sommes assis, comme si nous étions là, en Egypte, tous les siècles passés. La pâque juive est une fête de mémoire(souvenir) et nous manifestons notre foi en transmettant nos mémoires à nos enfants, comme nos parents l’ont fait pour nous.

 Je pense que Moïse savait que la bataille pour la liberté n'est jamais définitivement gagnée. Elle doit être menée par chaque génération. Trop de personnes aujourd'hui encore vivent sans les droits humains fondamentaux, liberté de parole, autorité de la loi, ou droit de pratiquer sans crainte leur religion. Une forme d'esclavage peut avoir été supprimée mais d'autres restent. Voilà pourquoi nous nous souvenons, non seulement de ce qui est arrivé, mais aussi de ce qui n'est pas encore arrivé. La solidarité humaine engage et je ne suis pas déjà libre si d'autres mangent encore le pain de malheur.

 La mémoire(souvenir) est notre système satellite de navigation pendant que nous traçons notre route à travers le désert du temps vers la société bonne où chacun est traité comme s'il était vraiment l'image de Dieu. C’est pourquoi nous rendons grâce ce week-end pour ce grand jour de l'histoire britannique il y a 200 ans, nous rappelons que le voyage vers la liberté n'est pas encore fini et qu’il y a des batailles qui doivent toujours être gagnées.

 

   

Guysen Israel news
04/ 2006

La shoah oubliée: les fusillades collectives en Ukraine;  une interview de Patrick Desbois.

http://www.guysen.tv/?vida=1100---    

 

   

 

Paru
le 9 novembre 2006 dans
La Croix

www.la-croix.com

 

Toulouse a rendu hommage au cardinal Saliège  

 

TOULOUSE

De notre correspondant régional

 

La lettre pastorale de Mgr Jules Saliège, archevêque de Toulouse, dont il ordonna la lecture publique le 23 août 1942 dans tout son diocèse, est restée célèbre : elle fut la première prise de position ferme d’un évêque de France en faveur des juifs, victimes de rafles dans tout l’Hexagone depuis le début de juillet 1942. Cette lettre fut au centre du colloque historique organisé la semaine dernière à l’Institut catholique de Toulouse, en hommage au cardinal Saliège (il entra au Sacré Collège en 1946) à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort, le 5 novembre 1956. Un colloque qui a permis de remettre en perspective l’engagement d’un homme au coeur de la tourmente, de comprendre le cheminement d’une conviction qui s’affirmait haut et fort, et surtout d’analyser le retentissement de l’événement.

Nommé archevêque de Toulouse en 1928, Mgr Saliège s’élève très vite contre la montée du national- socialisme. Dès le 12 avril 1933 (avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne cet été-là), il dénonce l’antisémitisme nazi lors d’une réunion au théâtre du Capitole : « La Vierge, le Christ, les premiers disciples étaient de race juive. Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a portée ? » Des convictions que l’archevêque toulousain a déclinées dans les années 1930. Et le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, venu au colloque de Toulouse, de rappeler une autre lettre pastorale de Mgr Saliège, contre le racisme, datée du 19 février 1939 : « Une erreur plus dangereuse que le communisme, erreur qui remplit de malheureux les camps de concentration. » Après la défaite française de juin 1940, Mgr Saliège a certes affirmé son respect pour le régime de Vichy. Il était « hanté par la déchristianisation de la France, la baisse de la moralité, la recherche du plaisir et de la vie facile », précise l’historien Germain Sicard. Mais « Mgr Saliège est un maréchaliste tiède et un pétainiste sélectif », estime l’historien Pierre Laborie. Durant l’été 1942, les rafles de juifs se multiplient : 13 000 arrestations en juillet dans la zone occupée ; 12 000 à partir d’août en zone libre. Mgr Saliège est au courant des traitements subis par les juifs dans les camps d’internement de son diocèse, à Noë et Récébédou. Il n’est pas le seul. Mais l’heure est au silence. La lettre du 23 août 1942 déchire ce silence. « Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes, a-t-il écrit. Tout n’est pas permis contre eux (…). Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères, comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »

D’autres protestations épiscopales suivirent – Mgr Théas (Montauban), le 26 août ; Mgr Delay (Marseille) en septembre ; le cardinal Gerlier (Lyon) ; Mgr Moussaron (Albi),Mgr Vanstenberghe (Bayonne) – mais n’auront pas le même retentissement. Sans doute parce que, du fait du retour de Pierre Laval à la tête du gouvernement (printemps 1942) et de l’amorce d’un divorce entre une partie des Français et le régime de Vichy, « l’opinion réagit d’autant mieux à la lettre de Mgr Saliège qu’elle avait envie de l’entendre, comme l’explique Pierre Laborie. On passe progressivement du juif coupable au juif victime. » De fait, des milliers de reproductions spontanées ont circulé dans de nombreux diocèses. 

JEAN-LUC FERRÉ

 

 

 

 

Paru
le 2 août 2006 dans
La Croix

www.la-croix.com

Entretien avec le P. Patrick Desbois

Directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme,

consulteur de la Commission pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme

Par CLAIRE LESEGRETAIN

 

"L'empressement de tous doit être mis au service de la paix"

 

Quel bilan faites-vous après ces trois semaines de guerre au Proche-Orient?

P. Patrick Desbois: Un bilan extrêmement négatif. On est aux marches de la guerre. La grande question est de savoir pourquoi le Hezbollah a commencé à lancer des roquettes le 12 juillet sur la frontière libano-israélienne alors que cette frontière était calme. Il y a encore quelques mois, on pou­vait monter sur le mont Hermon, à la frontière, pour contempler le Liban...

- Le président du Conseil repré­sentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman, lors de sa rencontre avec Domi­nique de Villepin la semaine der­nière, a évoqué l'Iran qui « cherche à se doter d'arguments dans une négociation globale ».

- Sans doute, mais on n'en est pas sûr... Ce qui est sûr, c'est que, du côté israélien, on ne peut accepter que des centaines de roquettes tombent chaque jour sur la popu­lation.

- Vous qui êtes en relation régulière avec des Israéliens, comment réagissent-ils?

- Ils sont très sensibles aux victi­mes civiles au Liban. Je ne connais aucun ami juif qui se réjouisse des morts libanais ou qui considère les victimes de Cana comme un inci­dent. Ils ne peuvent que déplorer les civils et les enfants tués au Liban.

- Que pensez-vous de la réaction des chefs religieux libanais, chré­tiens et musulmans, réunis hier au siège du patriarcat maronite de Bkerké, au nord de Beyrouth, qui ont « rendu hommage au Hez­bollah » chiite et à sa « résistance » contre les troupes israéliennes au Liban?

- Je n'ai pas vu le communiqué en question et ne me prononcerai donc pas. J'espère seulement que les Libanais ne seront pas pris en otages. Au niveau médiatique, il me semble important de s'infor­mer auprès de tous les médias: français -notamment La Croix-, américains, arabes, espagnols. Cette pluralité permettant d'avoir un point de vue le plus équilibré possible et de garder à l'esprit que la plupart des personnes tuées ou blessées n'ont rien à voir avec ce conflit, qu'il s'agisse des enfants de Cana ou des civils de Haïfa.

Par tradition, c'est vrai, la France est très proche du Liban et il est normal que ces bombardements de civils libanais bouleversent profondément les esprits. Mais, dans l'ensemble, tout le monde a une opinion mesurée et sait bien qu'on est obligé de regarder l'envers des cartes. L'empressement de tous doit être mis à trouver des solutions pour la paix.

-Avez-vous été sollicité en ce sens par les évêques de France?

- Comme l'a écrit le cardinal Jean-Pierre Ricard aux évêques catholiques du Liban, le 16 juillet, je sais que tous «nous prions pour que cessent les actes de violence contre les populations innocentes». C'est d'ailleurs ce qu'a fait ces jours-ci l'imam de Haïfa en appe­lant, dans son prêche, à la cessation des conflits.

- Comment le dialogue judéo-catholique peut-il être utile en ce moment?

- Ce que nous avons tous à faire de mieux, c'est d'activer nos ré­seaux d'amitié pour appeler à la paix, tant du côté judéo-chrétien qu'islamo-chrétien. De même pour l'Amitié judéo-musulmane fondée en France il y a un an.

- Assiste-t-on à Beyrouth à des actes hostiles à l'encontre de la communauté chrétienne?

-Je n'ai pas d'informations allant dans ce sens. En revanche, je sais que des groupes de pèlerins français continuent de se rendre en Israël, en étant prudents bien sûr, et cela est très important.

- Comment voyez-vous l'évolution de la situation?

- J'espère que tous les hommes de bonne volonté se lèvent pour éviter la guerre, car, si la guerre est déclenchée, nous savons qu'il y aura énormément de pertes civiles et militaires côté israélien et qu'énor­mément de civils libanais perdront la vie. Israël est très inquiet à l'idée d'être obligé de revenir au Liban. Car ils ont en mémoire les conflits précédents et savent que le Liban est un bourbier. Si Israël y retourne, ce sera à contrecoeur.

RECUEILLI PAR CLAIRE LESEGRETAIN

 

 

 

 

 

 

Table

02-08-06   La Croix

09-11-06 La Croix

23-03-07 BBC

04-07 Echo d'Israël