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Car j'apporte le sens de la fête, lequel
était oublié. La fête est couronnement des préparatifs de la fête, la fête
est sommet de montagne après l'ascension, la fête est capture du diamant
quand il t'est permis de le dégager de la terre, la fête est victoire
couronnant la guerre, la fête est premier repas du malade dans le premier
jour de sa guérison, la fête est promesse de l'amour quand elle baisse les
yeux si tu lui parles...
…Je fus ainsi éclairé sur la fête,
laquelle est de l'instant où tu passes d'un état à l'autre, quand
l'observation du cérémonial t'a préparé une naissance. Et je te l'ai dit
du navire. D'avoir été longtemps maison à bâtir à l'étage des planches
et des clous, il devint, une fois gréé, marié pour la mer. Et tu le
maries. C'est l'instant de fête. Mais tu ne t'installes pas, pour en
vivre, dans le lancement du navire.
Je te l'ai dit de ton enfant. De fête
est sa naissance. Mais tu ne vas pas chaque jour, des années durant, te
frottant les mains de ce qu'il soit né. Tu attendras, pour l'autre fête,
tel changement d'état, comme il en sera du jour où le fruit de ton arbre
se fera souche d'un .arbre nouveau et plantera plus loin ta dynastie. Je
te l'ai dit de la graine récoltée. Vient la fête de l'engrangement. Puis
des semailles. Puis la fête du printemps qui te change tes semailles en
herbe douce comme un bassin d'eau fraîche. Puis tu attends encore, et
c'est la fête de la moisson, puis encore une fois de l'engrangement. Et
ainsi de suite, de fête en fête, jusqu'à la mort, car il n'est point de
provisions. Et je ne connais: point de fête à laquelle tu n'accèdes venant
de quelque' part, et par laquelle tu n'ailles ailleurs. Tu as marché
longtemps. La porte s'ouvre. C'est l'instant de fête. Mais tu ne vivras
point de cette salle-ci plus que de l'autre. Cependant je veux que tu te
réjouisses de franchir le seuil qui va quelque part, et réserve ta joie
pour l'instant où tu briseras ta chrysalide. Car tu es foyer de faible
pouvoir, et n'est point de chaque minute l'illumination de la sentinelle.
Je la réserve, s'il se peut, pour les jours de clairons et de tambour et
de victoire. Faut bien que se répare en toi quelque chose qui ressemble au
désir, et exige souvent le sommeil.
A. de Saint Exupéry
"Citadelle"
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La joie parle. Fais le silence en ton
coeur et prête l'oreille.
« Il faut que tu saches me voir : je suis
partout et je t'attends.
« Regarde à l'orée du bois, sur cette
bande incertaine où poussent les fougères, les saponaires et les digitales
: j'y suis.
« Regarde vers les bords de la rivière :
j'y passe, blanche, entre les saules.
« Regarde vers le coin de la rue, sous la
lumière du néon : fais vite, car, dans un instant, je vais disparaître.
« Ce passant que tu considères d'un oeil
distrait, je marche dans son ombre.
« Cette fleur, ce rayon de lune, cette
musique voilée, ce sourire, c'est moi.
« Cette croix du chemin, c'est moi encore.
« La porte de l'Eglise est ouverte ;
entre; je t'attends au creux de la pénombre.
« Je suis partout et je t'attends. »
La joie parle. Ecoute sa voix dans ton coeur, comme le murmure d'une
source cachée.
« Il faut que tu apprennes à me saisir,
car, me saisir une fois, c'est me garder pour toujours.
« Je suis discrète et secrète : je ne
m'impose pas. Je me propose tu dois m'accepter.
« Je suis légère, fugitive. Je passe vite
et, quand je pars, je ne reviens pas.
« Me saisir est l'oeuvre d'un instant :
ne lui permets point de s'évanouir- dans la durée.
« Je n'appelle qu'une fois : si tu
refuses de m'entendre, tu me perds à jamais.
« Je ne m'offre qu'une fois : ne refuse
pas l'offrande. »
Ainsi la joie parle aux hommes. Mais qui l'écoute
Joseph Folliet
"Invitation
à la joie" Centurion.
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Il y aurait beaucoup à
dire sur la fête. Et d'abord qu'il ne faut point confondre fête et fête.
Certaines fêtes, par leur originalité touchent à la joie grise comme à la
joie dorée, d'autres ne viennent que rarement, comme les jubilés, ou
n'adviennent qu'une fois, comme la Saint-Martin
1918. Quoi de commun entre cette explosion et les mornes solennités
officielles de nos Onze Novembre, prétexte, pour les anciens, à revivre le
bon temps des tranchées?... Le degré de la joie varie avec les fêtes.
Aux origines, la fête et le sacré se
tenaient. La ducasse du Nord rappelle la dédicace de l'église paroissiale;
la vote ou vogue du Midi coïncide avec la fête votive de la paroisse.
Peut-être notre sécularisation, notre laïcisation, le déclin du sens du
sacré expliquent-ils que notre époque connaisse de moins en moins le
sentiment de la fête. Par ailleurs, l'abondance continue ne favorise point
le sentiment. D'une certaine façon, l'abondance et la bombance s'excluent
: il faut avoir de la place dans l'estomac pour y engouffrer la
boustifaille des fêtes; comment absorberions-nous tout ce qu'entonnaient
quelques fois par an, les paysans des temps rabelaisiens ou les convives
aux noces de Gamache?... L'occultation du sacré et la généralisation de la
richesse contribuent également à l'éclipse de la fête.
Dans le passé, toutefois, si la fête
naissait du sacré, le profane prenait sa revanche. L'étymologie de
Christmas et de kermesse rappelle ces origines sacrées; la kermesse étant
d'abord une messe paroissiale et Christian une fête religieuse, la Noël.
Mais, la messe entendue, à minuit ou en plein jour, quelle goguette!
quelle godaille! quelles beuveries! voire quelles orgies! La joie
dorée des fêtes, inaugurée dans l'esprit, peut basculer dans la chair la
plus animale, dans la saoulerie et la coucherie ou, comme disait un
prédicateur canadien, dans la « sacrure, la mouillure et la créature ». Il
y suffit d'un verre de trop. Dans tout village, un Clochemerle sommeille,
qu'un rien peut réveiller et, dans toute ville, une Sodome ou une Gomorrhe
de Carnaval.
Pourtant, la fête
est bonne en soi et sa joie saine. Elle tranche sur le courant et le
banal; par cette coupure, elle dépayse, elle élève. Elle donne libre
carrière, dans un paroxysme, à des énergies accumulées. Elle offre
l'occasion de rapports humains, de rencontres, de liens renoués, de
réconciliations dans la bonne humeur générale. Elle permet l'expression de
l'âme commune dans les familles, les villages, les quartiers, dans les
nations même et, de plus en plus, dans la communauté internationale. La
fête historique de la Fédération consacra, sous les arcs de verdure, la
volonté des
Français d'être un seul peuple, unique et indivisible. Que deviendraient
les relations familiales si, chaque année, les fêtes de Noël et du Premier
de l'An ne faisaient pas une joyeuse obligation de les renouer?... Les
fêtes de famille, sottement décriées, recomposent le mystère familial.
Pourquoi donc les chrétiens
bouderaient-ils la fête et les fêtes? Pourquoi ne s'abandonneraient-ils
point à la joie d'or qu'elles suscitent? L'abstention boudeuse ne serait
qu'orgueil individualiste ou sécession bigote dans un ghetto réfrigéré.
Quand les Puritains vainqueurs soumettaient la joyeuse Angleterre à
l'austérité obligatoire, interdisant même les réjouissances antiques et rustiques du Premier Mai ou de la Saint-Jean, ils n'en étaient pas plus
chrétiens pour cela et travaillaient soit au règne de l'hypocrisie, soit
aux réactions truculentes qui ne manquèrent pas de se faire jour. A cette
morne intransigeance, combien je préfère les gaies entreprises de la
Jeunesse agricole chrétienne, lorsque elle entreprit de ressusciter, par
des fêtes, la joie au village dans nos campagnes menacées de mourir
d'ennui!... Peut-être, dans un monde où le sentiment et le goût de la fête
s'effacent, les chrétiens, surtout les jeunes, devraient-ils se faire les
premiers messagers de la joie d'or.
Joseph Folliet
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Au
temps du romantisme et de Weber la musique invitait à la valse.
Moi je vous inviterai, par mes paroles, à la joie.
Entrez dans la danse, dans la danse de joie.
Sur le pont qui va de la terre au ciel, tout le monde y danse,
Entrez dans la danse de joie
Prenez-vous tous par la main, follement, formez la farandole
Sautez, dansez
Entrez dans la danse de joie.
Pour danser la danse de joie, pas besoin
d'orchestre,
Pas même de binious et de bombardes;
Ni de galoubets et de tambourins,
La musique du coeur suffit, tour à tour douce ou violente,
Tour à tour en sourdine ou en plein éclat,
Les musiques intérieures - et les chansons qui viennent du coeur aux
lèvres,
Suivez la cadence, entrez dans la danse Entrez dans la danse de joie.
Dans la danse de la joie verte,
Aux refrains du vent dans les feuillages,
Aux martèlements de la pluie sur les toits et les feuilles,
Aux chansons des petites sources, aux grondements des cataractes, et à la
complainte de la mer,
A l'harmonie des sphères dans les cieux,
Dansez devant Dieu comme le roi David devant l'Arche d'Alliance,
Entrez dans la danse - la danse de joie.
Dans la danse de la joie grise,
A la musique quotidienne et ménagère,
Tintements des casseroles, cliquetis des assiettes, des couteaux et des
fourchettes,
Respirations ralenties des sommeils, berceuses des mères à leurs enfants,
Grignotements des horloges qui rongent la durée,
Pétillements des feux dans les âtres,
Entrez dans la danse de joie.
Dans la danse de la joie dorée,
Aux fracas des excavatrices, des perforatrices, des marteaux-pilons et des
bulldozers,
Aux coups rythmiques du marteau sur le bois, aux crissements des scies qui
découpent le métal,
Aux mélopées des pâtres dans les champs et des laboureurs sur leurs
sillons,
Aux mugissements des boeufs, aux bêlements des moutons, aux hennissements
des chevaux,
Aux fanfares des buccins triomphateurs, des clairons et des trompettes,
Entrez dans la danse de joie.
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Dans la
danse de la joie blanche,
Aux ruminations méditatives des orgues,
Aux douces modulations des chants grégoriens,
Aux splendeurs carrées et baroques du cantique choral;
Aux plaintes syncopées des spirituals, trombones et saxophones de Dieu,
Entrez dans la danse de joie.
Dans la danse de la joie rouge,
Avec les gémissements des malades et les délires des agonisants,
Avec les cris des blessés,
Avec les clameurs des martyrs, torturés et suppliciés,
Avec les larmes et les sanglots des épouses et des mères,
Avec les appels à la justice de Dieu,
Entrez dans la danse de joie.
Sur le pont qui va de la terre au ciel, on
y danse,
On y danse sur tous les tons et sous toutes les couleurs,
Entrez dans la danse de joie.
Tenez-vous par la main et formez la farandole.
Si tous les gars, si toutes les filles du monde voulaient se donner la
main,
Cela ferait une belle danse à la ronde, autour du monde,
Une belle danse de joie.
Dansez sur le pont qui va de la terre au
ciel,
Laissez vos affaires et vos soucis,
Quittez ces airs renfrognés et ces mines moroses,
Laissez-vous emporter par la joie,
Dans la danse, dans la danse,
Sur le pont qui va du temps à l'éternel.
Et nous pénétrerons au Paradis,
Dans la danse, dans la danse,
Rattachés par des mains fraternelles,
Dans la danse, dans la danse,
Tous réglés par le même rythme d'amour,
Dans la danse, dans la danse,
Et nous entrerons en chantant dans la joie
éternelle de Dieu.
Et nous danserons dans l'éternité de Dieu.
Dans la profondeur infinie de Dieu.
Dans la joie de Dieu.
Entrez dans la danse de joie.
Amen. Alleluia !
Joseph
Folliet
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De passage au Pays basque : Saint-Jean-de-Luz,
Hendaye...
Aujourd’hui dimanche: «Fête de la Pelote »,
inaugurée par une messe dans la salle de sports municipale.
Les gradins sont combles devant un autel tout simple
dressé au milieu de la salle, sous un plafond où pend un immense filet.
Cortège d’entrée de jeunes en costumes du pays :
un groupe de solides gars, pantalons blancs
ceinturés de rouge
et béret basque posé en angle très ouvert sur leur
tête, comme les toits de tuiles rouges arrondies sur leurs maisons
pittoresques,
un groupe de jeunes filles tenant également
au-dessus de leur tête des arceaux fleuris,
un groupe de jeunes garçons tout en blanc
accompagnent le prêtre.
Flûtes, tambourins et grelots.
Et les chants éclatent en basque, syllabes rudes
martelées par une foule convaincue et soudée.
BAI BIHOTZAREN ERDITIK DEZAGUN
KANTA GOGO TIK!
Oui, de tout notre coeur, chantons avec
allégresse!
Un mot me frappe parce qu’il revient souvent : Agur!
agur! agur! Reçois! reçois! reçois! nos hommages, ô Dieu!
Après la consécration, trois jeunes de 17-18 ans
costumés sont venus devant l’autel, entre la foule et le célébrant
recueilli. Ils ont exécuté pendant quelques minutes des mouvements
corporels bien rythmés et bien accordés qui se terminèrent par une lente
inclinaison devant le Christ présent. Puis ils se retirèrent, hiératiques,
l’un derrière l’autre, simplement, mais fièrement et dans un grand silence
de la foule qui, unie à eux, avait de cette façon exprimé sa prière
d’hommage...
C’était beau, c’était bouleversant parce que c’était
criant de vérité.
Rien « d’hérétique» ni de farfelu dans tout cela,
mais au contraire la fidélité de tout un peuple tel qu’il est, sans rien
renier de sa personnalité, à ce Christ reconnu tel qu’Il est, Dieu incarné
ressuscité, qui fut Lui-Même, le premier si fier de son Pays, si
respectueux de ses traditions et en même temps si fidèle à son Père
transcendant.
Sans doute auras-tu vécu en vacances, de ces
liturgies très humaines, originales, dans le bon sens du mot, c’est-à-dire
marquées par l’âme régionale.
Vacances, temps de découvertes de ces liturgies très
incarnées qui sont autant d’expressions variées d’une Foi commune.
Quel enrichissement de saisir l’élan personnel de
prière des autres, de sentir vibrer leur coeur et leur corps, à leur
manière bien à eux.
C’est beau ces hommes qui prient dans la sincérité,
l’authenticité de leur incarnation, aussi fortement enracinés dans cette
terre où ils sont nés que dans leur Foi au Christ universel.
Tradition vivante!
Unité dans la Foi, oui!... mais négation de
soi-même, non!
Célébrer le même sacrifice du Christ, oui!... mais
sacrifier la personnalité savoureuse de son terroir, non!
Les vacances terminées, quand nous reviendrons à
l’église de notre vie habituelle, nous ne retrouverons pas ces gestes, ces
paroles qui n’étaient pas du « folklore » mais la marque attachante d’une
région. Peut-être apporterons-nous alors, dans nos liturgies coutumières
plus de sincérité, plus de jeunesse, plus de vérité, nous souvenant des
liturgies si vivantes et si vraies de nos frères basques, bretons,
auvergnats, alsaciens, savoyards, corses, espagnols, tyroliens.., tous nos
frères de là-bas où il faisait si bon vivre dans nos cheminements d’été.
Il y a des chocs spirituels qu’on garde en soi
longtemps, plus longtemps qu’on ne pense et qui, même devenus
inconscients, continuent de porter du fruit, de nous orienter, étoiles
dans la nuit.
Sans doute serons-nous étonnés, lorsque, franchi le
seuil de la mort, nous verrons que telle remontée, telle conversion
peut-être, dans nos vies, ce sont telles liturgies d’été de nos frères de
là-bas qui en furent l’origine.
Du livre « Lumières d’été » de
Marcel Lorgeou
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