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LA PAIX :
Discours prononcé à l’Office International de l’Education, Genève 1932
(…)
Pour pouvoir nous atteler à la tâche du rétablissement du psychisme humain,
nous devons prendre l’enfant comme point de départ (…)
Nous
devons l’étudier non comme un être dépendant, mais comme une personne
autonome qui doit être considéré en fonction de sa personnalité individuelle
propre. Nous devons croire à l’enfant comme à un messie, comme à un sauveur
capable de régénérer la race humaine et la société. Pour accepter cette idée
nous devons nous faire humbles. Alors seulement nous pourrons cheminer vers
l’enfant comme les rois mages, chargés de pouvoirs et de présents et se
fiant à l’étoile de l’espérance. (…)
L’enfant
n’est pas un adulte en miniature. Il est d’abord et avant tout le détenteur
d’une vie personnelle qui a des caractéristiques et un but spécifiques. Le
but de l’enfant pourrait se résumer dans le mot incarnation.
L’incarnation de la personnalité humaine doit se réaliser en lui.
Le travail
de l’enfant, entièrement orienté vers cette incarnation, a des rythmes et
des caractéristiques vitales totalement différents de ceux de l’adulte.
C’est pourquoi il est le grand transformateur de son milieu et l’être social
par excellence.
(…) Dans le
monde extérieur, c’est en effet une nouvelle sorte de gestation qu’il
entreprend pour incarner l’esprit dont les semences sont latentes et
inconscientes chez lui.
Au cours de
ce travail dont il ne devient conscient que progressivement et qu’il réalise
au moyen de ses expériences au contact du monde extérieur, l’enfant a besoin
de soins délicats.
Il
accomplit sa tâche avec une sagesse intérieure ,guidé par des lois analogues
à celles qui guident toute autre tâche accomplie dans la nature, suivant des
rythmes d’activité qui n’ont pas la moindre ressemblance avec eux de
l’adulte agressif porté à la conquête .
Ce concept
de travail d’incarnation ou de gestation spirituelle
impliquant pour l’enfant une activité totalement différente de celle que
l’adulte déploie dans la société n’est pas une idée nouvelle, bien au
contraire. (…) Elle nous revient avec toute la force d’un rite sacré.
La plupart
d’entre nous célèbrent deux fêtes : Noël et Pâques… Ces très anciennes
fêtes, que commémorent-elles ? Une seule et même Personne. Mais elles
célèbrent séparément et distinctement l’incarnation et la mission sociale de
cette Personne.
Dans
l’histoire de la vie de Jésus son incarnation dure jusqu’à la puberté,
jusqu’à l’âge d’environ treize ans, quand le jeune garçon dit : « pourquoi
me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon
Père ? »
(…) La
bonne ou la mauvaise santé psychique de l’homme, sa force ou sa faiblesse de
caractère, la lumière ou l’obscurité de son esprit dépendent de la
possibilité pour l’enfant d’avoir eu ou non une vie spirituelle calme et
achevée.
Si au
cours de cette période précieuse et délicate de sa vie l’enfant subit une
forme sacrilège d’asservissement (par une éducation faite des préjugés de
l’adulte) les germes de la vie qui sont en lui deviendront stériles (…)
Nous avons,
quant à nous -poursuit Maria Montessori -, pris en compte la personnalité de
l’enfant, pris en lui-même et pour lui-même, et nous lui avons offert, dans
nos écoles, toutes les possibilités pour se développer en créant un
milieu répondant aux besoins de son développement spirituel. Alors il
nous a révélé une personnalité différente de celle qui était jusque-là prise
en considération, ayant même des caractéristiques complètement opposées à
celles qui lui étaient attribuées par les autres. Avec son amour
passionné pour l’ordre et le travail, l’enfant , placé dans un tel contexte,
témoigne de capacités intellectuelles très supérieures à celles qu’il
est sensé avoir . Il est clair que, dans les systèmes traditionnels
d’éducation, l’enfant recours instinctivement à la dissimulation, dans le
but de cacher ses aptitudes et de se conformer aux attentes des adultes qui
l’étouffent.
L’enfant se
plie à la cruelle nécessité d’avoir à se cacher lui-même, enfouissant dans
son subconscient une force de vie qui cherche à s’exprimer, et qui,
inévitablement est frustrée. Chargé de ce fardeau secret, il finira, lui
aussi, par perpétuer les nombreuses erreurs de l’humanité.
Le lien
entre l’éducation et la question de la paix se trouve ici même,
et non dans l’impact du contenu
de la culture transmise à l’enfant…
(…)
L’enfant qui n’a jamais appris à travailler par lui-même, à se fixer des
buts pour sa propre action, ou à être maître de lui et de sa volonté est
reconnaissable dans l’adulte qui laisse aux autres le soin de le guider et
ressent constamment le besoin d’être approuvé par les autres (…)
L’enfant
jusqu’ici, (…) n’a jamais été en mesure de tester ses énergies créatrices ;
il n’a jamais été en mesure d’établir en lui le genre d’ordre intérieur
dont la première conséquence est un sens assuré et infaillible de la
discipline. (...)
Que
l’enfant fasse mieux que ses camarades, qu’il soit le premier et qu’il passe
triomphale-
ment ces
examens éphémères qui rythment sa vie monotone d’esclave. Les hommes ainsi
éduqués de cette façon n’ont pas été préparés à rechercher la vérité et à
la considérer comme partie intégrante de leur vie, ni à être charitables à
l’égard des autres, ni à coopérer avec eux pour créer un monde meilleur pour
tous. (…)
pp. 25 – 45
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