Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses.  

 

Rainer Maria Rilke

La vie est faite de ces petits bonheurs quotidiens dont on se lasse, dont il faut être privé pour apprécier la valeur...  

 

René Ouvrard

 

 

L'ESPACE ET LE TEMPS

 

Voici revenue, avec la rentrée, l'heure des bilans et des résolutions. Une heure seulement, et encore : déjà les habitudes et les obligations nous emportent. Réfléchir, faire le point ? Pas le temps, on verra plus tard. Au signal, chacun reprend son élan pour se démener dans sa petite case, se ruer vers son travail, ses plaisirs, ses soucis. Pas d'espace, on respire mal.

 

C'est la vie quotidienne : ni temps ni espace. Au sein de la collectivité nationale, l'aventure individuelle se déroule dans des limites si étroite, à un rythme si rapide, qu'à peine trouve-t-on, comme on dit, le temps de vivre et que l'on étouffe dans l'espace minuscule imparti pour se mouvoir.

 

Le logement étroit et clos, au sein de la fourmilière ou dans une solitude factice. Courir vers les transports, sur les routes ou les rails, plus vite, toujours plus vite. L'école, la caserne, le travail la paperasserie. Votre carte, votre numéro, votre tour, votre réclamation, votre adresse, votre âge, votre métier ? La maladie, la retraite. Roulez lentement, faites vérifier votre vue, ne buvez pas, priorité à droite, traversez dans les clous, couloir de gauche, guichet n°8, remplissez le formulaire, deux photos et un timbre, contravention, prochaine fois ferez attention, escalier mécanique, gestes mécaniques, pensées mécaniques. La fatigue et la nervosité, l'indifférence et la brutalité, l'ennui et la colère, la violence et sa fille, la peur. Et les vains objets, les loisirs idiots, les fausses idées, les voyages aveugles qui dévorent la vie. L'insignifiance et la sottise, l'aliénation et l'oppression, la pollution et la contrainte. Surtout, partout, pour tous, l'argent, cette obsession.

Les « riches », ce sont ceux qui peuvent faire des choix et qui ont un peu plus d'espace, quelques dizaines de mètres carrés de plus pour habiter, quelques hectares pour se protéger. Aux « pauvres », tout est menace : précarité de l'emploi, médiocrité des ressources, frustration et inégalité, ignorance et arbitraire. Mais la plupart, bon gré, mal gré, entrent pour leur vie entière, dans des tiroirs où ils seront répertoriés, étiquetés, numérotés de toutes les façons imaginables. Pas question d'en sortir, défense de bouger. Obéir, travailler, consommer, à crédit s'il le faut. A vingt ans, achetez le logement que vous paierez jusqu'à la retraite, si tout va bien. La voiture, la télé, le tiercé pour rêver. Le week-end et les vacances pour s'évader, mais tous ensemble et au pas.

Au bout, après le F3 du troisième niveau, bâtiment C dans la ZUP, le dernier casier : 2 mètres sur 50 centimètres, carré D ou P, allée 18 ou 213, concession n°23 224, qui n'est même pas vraiment perpétuelle puisqu'elle n'est attribuée que pour vingt-cinq ans. L'espace toujours, et le temps.

Le pire est qu'au fond personne ne décide. Au procès, le banc des accusés est désespérément vide et le procureur ne peut requérir que contre des fantômes qu'il appelle « société » ou « civilisation ». Certes les exclus, les pauvres seront plus ballottés et maltraités que les favorisés, les privilégiés qui peuvent acheter une petite part de liberté ou d'illusion de liberté. Mais nul ne sait qui exerce l'immense pouvoir de structurer l'espace, qui régit le partage et l'usage du temps, qui impose cette uniformité.

On a envie de hurler avec Faust implorant le temps : « Verweile doch, du bist so schôn » « Arrête-toi, tu es si beau... »

Pierre VIANSSON-PONTÉ

Extrait d'un article du journal Le Monde, du 19 septembre 1975, intitulé « Autogestion de la vie quotidienne ».

 

 

« II est à la fois inévitable et convenable qu'il y ait dans le travail de la monotonie et de l'ennui. D'ailleurs il n'est rien de grand sur cette terre, dans aucun domaine, sans une part de monotonie et d'ennui. II y a plus de monotonie dans une messe en chant grégorien ou un concerto de Bach que dans une opérette. Ce monde où nous sommes tombés existe réellement ; nous sommes réellement chair ; nous avons été jetés hors de l'éternité. Et nous devons réellement traverser le temps, avec peine, minute après minute. Cette peine est notre partage, la monotonie du travail en est seulement une forme. Il n'est pas moins vrai que notre pensée est faite pour dominer le temps et que cette vocation doit être préservée intacte en tout être humain. La succession, absolument uniforme en même temps que variée et continuellement surprenante des jours, des mois, des saisons et des années, convient exactement à notre peine et à notre grandeur. Tout ce qui, parmi les choses humaines, est à quelque degré beau et bon, reproduit à quelque degré ce mélange d'uniformité et de variété ; tout ce qui en diffère est mauvais et dégradant. Le travail du paysan obéit par nécessité à ce rythme du monde ; le travail de l'ouvrier, par sa nature même, en est dans une large mesure indépendant, mais il pourrait l'imiter. »

 

Simone WEIL La condition ouvrière

 

 

UNE CONVERSION DE CHAQUE JOUR

 

 

 

Les gens du quotidien sont de drôles de gens. Ils se donnent entre eux de drôles de noms. « Bonjour, comment ça va ? — Ça marche, ça tourne. On fait aller. On fait comme on peut... » On dirait qu'il n'y a que deux possibilités . Ou bien on est on, ou bien on est ça.

On, c'est une manière d'être et de faire. On s'abîme dans un groupe de gens quelconques, sans noms, sans odeurs, invertébrés. On se conforme, on fait comme les autres. Même si on ne fait pas la même chose que les autres, on le fait sur le même mode du on, dans une sorte de molle connivence commune qui permet à chacun de s'absenter ou de disparaître. Ne pas déranger : on dort tout le temps et partout. « Ce n'est plus moi qui vis, c'est on qui vit en moi ». Et dire « vivre » est trop fort : c'est on qui vivote en moi ou qui végète en moi. Bienheureuse inertie du on qui poursuit son mouvement rectiligne uniforme et qui demeure à l'abri de toute impulsion étrangère.

Le on est une force qui va, sans savoir où elle va. Qu'importe ! On y va. On produit, on consomme. On n'a pas de problème. On fait son petit bonhomme de chemin, toujours le même. On regarde la télé. On n'a d'autre opinion que celle de on.

Machines

Être ça, c'est pire, c'est être une chose. On a encore une âme, celle du troupeau, mais ça est une machine sans âme. Justement ce à quoi les structuralistes (qui passent un peu de mode) voulaient nous réduire : un processus sans sujet, un engrenage de roues dentées, un déplacement sous programmation. Ça parle, ça mange, ça fait l'amour. Dans ce quotidien-là, il n'y a plus personne, il n'y a jamais personne. Il n'y a ni première, ni seconde, ni troisième personne.

Supposez qu'au lieu de demander « Comment ça va ? », vous demandiez « Comment vas-tu ? ». La machine est interloquée. Bien sûr, elle peut répondre machinalement « Ça va », mais tout de même, quelque chose s'est passé. Presque rien, sans doute. Un appel a été lancé, même s'il est resté sans réponse. Il fait tilt, il fait tinter la machine, il résonne en elle. « Comment vas-tu, toi ? ». Et la machine se demande (ou peut se demander, ce n'est pas sûr) : « Comment ça, moi ». Elle frémit (ou peut frémir). Elle est touchée quelque part, comme en son coeur, elle avait oublié qu'elle en avait un. C'est gênant pour une machine quand on lui dit « Tu ». Normalement, elle devrait répondre « Je ». « Je vais bien, et puis, à la réflexion, non, je ne vais pas si bien que ça ». La catastrophe, quoi, pour une machine. Il arrive aussi dans le quotidien que les machines se détraquent.

Genèse

 Recommençons par le commencement. « Il y eut un soir, il y eut un matin ». La formule revient et Dieu lui-même affiche un contentement régulier. Déjà, tout de suite, la répétition, la monotonie, l'éternel retour du cycle du jour et de la nuit. Là, s'enracinent et s'installent nos habitudes, nos routines, nos manies. Le sommeil et l'éveil, le lever et le coucher, le travail et la pause, le manger et le boire. Nous sommes d'emblée assignés, condamnés à vivre les mêmes séquences, à refaire les mêmes gestes, à penser aux mêmes choses.

Pourtant, grâce à Dieu encore, dans ce même temps de l'uniformité, surgissent d'imprévisibles nouveautés. Voici que s'inventent le ciel et la terre, la lumière et les ténèbres, le firmament et les eaux, les herbes et les fruits, le soleil et la lune. Puis les poissons, les bestiaux, les reptiles, et enfin l'Homme. Autant dire que ça explose dans tous les coins, que ça bouge de partout et tout le temps et que pas une minute n'échappe à la surprise ou à l'émerveillement.

Contrastes

 Tel est le contraste irritant du quotidien. Rien ne semble arriver et pourtant tout peut arriver. Permanence et changement. Banalité et nouveauté. Ordinaire et extraordinaire. Enfouissement et surgissement.

Bienheureux contraste ! Car si le quotidien ne penchait que dans un sens, nous serions morts. Si tout n'était que permanence, nous serions des pierres et nous ne nous en rendrions même pas compte, car nous serions figés dans une identité massive et silencieuse. Nous ne serions que des on ou des ça. Si tout n'était que changement, nous ne serions que des fulgurances instantanées, nous disparaîtrions dans notre apparition même, à la manière des éclairs et de leur éphémère flambée. Nous n'aurions même pas le temps de dire « Je » ou « Nous ».

Chaque jour apporte son paquet de constances et son paquet de mutations et nous ne pouvons les identifier que dans leur opposition. Le même se comprend par l'autre et la diversité se déploie sur fond d'unité. Je suis bien le même que ce petit garçon, là sur la photo, jouant au cerceau, pourtant j'ai bien changé depuis cet heureux temps, je ne sais plus où est passé mon cerceau. Vivre est se conserver toujours et se modifier sans cesse : l'un par l'autre, l'un dans l'autre, l'un grâce à l'autre.

Conversions

Chaque matin, nous naissons. Le monde s'ouvre à nous comme au premier jour et nous prenons comme le nouveau-né la décision de vivre (ou parfois de mourir). Cette décision a la figure d'une conversion, c'est-à-dire d'un acte de se-tourner-vers. Vers quoi ? De quel côté ? Eh bien ! justement du côté de ce qui demeure ou du côté de ce qui change. Conversion libre : per-sonne ne peut la faire à notre place et d'elle dépend la couleur de nos jours. Grisaille ou lumière. Tout sera terne ou brillant à la mesure de notre regard et de son préjugé d'accueil ou de fermeture.

Nous sommes donc en un sens « responsables de notre quotidien ». Non pas responsables des choses qui demeurent ou qui surviennent, elles échappent le plus souvent à notre initiative. Mais responsables de leurs teintes et, pour ainsi dire, de la tête qu'elles nous font.

Langueurs

Un regard qui se ferme est un regard qui ne voit dans le présent que du passé. Rien de neuf sous le soleil. Tout cela qui vient est fatalement du déjà vu, du refrain, de la « resucée ». On connaît ça, c'est évident. Le temps est une inlassable photocopieuse, l'Histoire est un consciencieux bégaiement. Et nous avançons, fantômes de nous-mêmes. Et nous baillons, résignés, ennuyés, languissants.

Nous portons des oeillères, des lunettes noires, des filtres. Nos préjugés, nos préventions, nos partis-pris nous font nous replier sur des positions préparées à l'avance. Nous avons des casiers sous la main pour ranger tout ce qui surgit et parer ainsi à toute éventualité. Pour nous, rien n'est plus singulier, tout est général. Tout est destiné à recevoir une étiquette, un nom commun. Et nous disons : « Après tout, ce n'est qu'une chaise, ce n'est qu'un chien, ce n'est qu'un amour ». Dans la logique du « Plus ça change, plus c'est la même chose » ou du « Une de perdue, dix de retrouvées ».

A ce compte-là, même le Beaujolais nouveau a un goût de réchauffé. Même la nouveauté est vieille. Les marchands le savent : il faut proposer aux clients, chaque semaine ou chaque saison, non de la nouveauté vraie, car elle déroute, mais de la vieille nouveauté, de la nouveauté habituelle, systématique, méthodique, parce qu'elle est prévisible, rassurante, entièrement déchiffrable sur nos circuits imprimés.

Tout est vieux et nous aussi. Ce n'est pas une question d'âge, mais de regard. Il y a des vieillards qui ont cinq ans. Il y a des amitiés naissantes qui ont déjà trente ans.

Rencontres

 Il est une autre conversion : à l'inattendu, à l'imprévisible, à l'unique de chaque lieu et de chaque instant, à la singularité de chaque chose et de chaque personne. Sublime parole de Phèdre à celui qu'elle aime, Hippolyte : « Si tes yeux un moment pouvaient me regarder ! 0. Mais le jeune Hippolyte ne la voit que du bout de sa lorgnette quotidienne, comme une belle-mère ou comme une femme parmi d'autres. Il ne perçoit pas cette Phèdre, ici et maintenant, qui souffre et appelle.

Regarder, c'est voir en faisant attention au présent, dans la richesse de son apparition toujours singulière et dans la lumière de son avenir. D'un avenir qu'il nous invite à partager. Car regarder, c'est aussi rencontrer, s'ouvrir à la surprise et à l'aventure. Que de belles histoires nous pourrions vivre ainsi ! Nous les manquons, pour cause d'un regard usagé et d'une âme complètement habituée.

Rencontre : une chance qui ne fait jamais défaut. Là se trouve déjà réalisée cette égalité des chances que nos politiques modernes s'efforcent maladroitement de promouvoir. Chance de

chaque jour nouveau et de sa lumière incomparable. Chances que sont pour nous ces visages que tournent vers nous, jamais semblables, les pierres du chemin, les proches et les lointains.

Braconnages

Pour qui sait regarder, les inventions sont quotidiennes. Michel de Certeau l'a montré dans un beau livre, L'invention du quotidien. On dit parfois que les faibles ou les humbles sont dépassés par les événements et condamnés à mener une vie petite et passive. C'est oublier qu'ils savent eux aussi regarder et tirer mille partis surprenants de leurs rencontres. Ils sont aux aguets, prêt à sauter sur l'occasion. Au moment opportun, ils savent combiner de manière originale les éléments les plus divers qui leur sont présentés. « Ainsi, au supermarché, la ménagère confronte des données hétérogènes et mobiles, telles que les provisions au frigo, les goûts, appétits et humeurs de ses hôtes, les produits meilleur marché et leurs alliages possibles avec ce qu'elle a déjà chez elle... ». Alors, même la consommation devient une invention.

Mille manières de bricoler, mille manière de braconner, mille manières de cuisiner. C'est la revanche des faibles sur les forts. Les puissants voudraient les enfermer dans un quotidien planifié. Mais les faibles ont leurs astuces, leurs tactiques, leurs trouvailles, qui peuvent subvertir et retourner les situations les mieux verrouillées ou les plus désespérées.

Michel de Certeau cite Witold Gombrowicz : « J'ai dû, vous le comprenez, recourir toujours davantage à de tout petits plaisirs, presque invisibles, des à-côtés. Vous n'avez pas idée combien, avec ces petits détails, on devient immense, c'est incroyable comme on grandit ».

Amours

Il arrive à ceux qui occupent le devant de la scène et se croient portés par un destin supérieur d'ironiser sur les pratiques de ceux qu'ils estiment contraints à la résignation. « Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a ! ». Comme cette formule est discutable !

« Avoir ce que l'on aime » serait donc un idéal ! Si cela signifie « réaliser son rêve », cela est impossible, un rêve ne se réalise jamais. Pour passer dans la réalité, il doit en tenir compte et donc se transformer, s'amender. Si cela signifie « posséder, dominer, contrôler ce que que l'on aime », cela veut dire qu'on ne l'aime pas.

« Aimer ce que l'on a ». Si cela signifie être attentif aux choses et aux personnes que nous croisons chaque jour, les rencontrer, c'est merveilleux. Mais il faut ajouter que cela nous conduit à comprendre ceci : les aimer, c'est justement ne plus les « avoir ». C'est dans le lieu et le temps du quotidien, dans les gestes, paroles et regards échangés que se jouent — et c'est grave — la vie et la mort de nos amours.

Evreux, novembre 1994

 Georges LEVESQUE

 

 

LA MANNE ET LE PAIN QUOTIDIEN

 

Dans l'aventure de la sortie d'Égypte qui mena Israël jusqu'en la terre promise, la longue marche au désert est coupée par une série de manifestations de la tendresse de Dieu

 

La manne et la Torah

 

II y a le don de la manne (Exode 16). Sur la réclamation des Israélites regrettant les oignons d'Egypte, il y aura le don des cailles, l'eau qui sourd du rocher frappé par Moïse (Exode 17) et qui, dans la tradition midrashique des Juifs, accompagnait les pérégrinations d'Israël à travers le désert. Comme l'apôtre Paul le dit, le rocher suivait Israël dans son errance dans le désert et « quand Moïse suivait ce rocher, c'était déjà le Christ

(1 Corinthiens 10, 4). Israël se rappelle la manne que Dieu donnait quotidiennement pour que chacun en ait sa part, toute sa part, mais rien que sa part. Le reste devait, en effet, fondre au soleil, une fois le jour levé. On n'avait pas envie de prendre plus que sa part, puisque de toutes façons, le lendemain, une autre part tomberait du ciel. Le jour du Shabbat, il tomberait deux rations pour que l'on n'ait pas, par son travail, à enfreindre le jour consacré au Seigneur.

Israël gardait un tel souvenir de ce don de la manne qu'un rabbin commentant le livre de l'Exode s'écriait : « Voyez comme Dieu a aimé Israël : habituellement, c'est l'eau qui tombe du ciel et le blé qui monte de la terre. Or, en donnant la manne, Dieu a voulu renverser pour nous les lois de la création : il a fait monter l'eau vers le ciel — comme dit la Bible, "La rosée montait" — et il a fait descendre le blé sous forme de manne ». Si Dieu a tellement aimé Israël qu'il a changé pour lui les lois de la création, on peut penser que, lorsqu'à la fin du monde il ramènera à lui le monde qu'il a créé, il changera encore pour lui les lois de la création et redonnera la manne.

La manne avait cessé un jour de Shabbat après qu'Israël, ayant traversé le Jourdain, était entré dans la terre promise (Josué 5,12). Les rabbins disaient : « Si la manne a cessé lors de l'entrée en Terre Promise, un jour de Shabbat, elle reviendra à la fin des temps, un jour de Shabbat, quand le Messie reviendra ». En attendant ce jour, Israël avait appris que Dieu suivait son peuple et le nourrissait au jour le jour, qu'il veillait sur chacun des siens, lui procurant sa part de manne, sa part de cailles et sa part d'eau.

  

L'eau et la Torah

Si la manne était attendue, l'eau l'était autant, elle aussi reviendrait à la fin des temps. L'eau était tellement importante dans le désert qu'elle était devenue synonyme de la vie. Comme, pour Israël, ce qui donnait la vie ou la mort (Deutéronome 32, 47), c'était l'obéissance ou non à la Torah. L'eau était vite devenue symbole de la Torah ; celle-ci, comme la prière, inondait la vie du croyant au jour le jour et réglait chaque instant de sa vie. Celui qui pratique la Torah est « comme un arbre planté au bord de l'eau : quoi qu'il arrive, jamais son feuillage ne sèche » (Psaume 1, 3). Ainsi méditaient les rabbins en lisant le récit de la manne au désert.

 

La Torah et Jésus

Qu'ont pensé les rabbins en entendant Jésus annoncer le Royaume ? Ils étaient tellement sûrs de leur eau et leur manne, tous deux symboles de la Torah, qu'ils avaient fait de cette Torah la Sagesse qui présidait à la création du monde (Siracide 24, 23-34) et en réglait le quotidien depuis l'origine des temps. Tout avait été créé selon la Torah, chaque jour que Dieu faisait était comblé de cette présence, comme, au temps du désert, chaque matin apportait sa manne, tandis que l'eau suivait les pas d'Israël.

Si tel était le don de la Torah, aussi quotidien que le don de la manne et de l'eau, avait-on encore besoin de prophètes ? Attendre encore un prophète eût été avouer qu'elle était incapable de donner, seule, sa plénitude au monde, et qu'elle avait besoin d'un complément pour atteindre à sa réalisation parfaite dans le monde à venir. C'est pourquoi, au temps de Jésus, beaucoup de juifs n'attendaient plus rien des prophètes. Certains sages acceptaient cependant que Dieu puisse encore surprendre. Sans rien retirer à la plénitude de la Torah, à cette tendresse qui, au jour le jour, guidait l'agir de l'homme, comme autrefois, au jour le jour, Dieu l'avait nourri et désaltéré dans le désert, ils laissaient à Dieu la possibilité de faire du neuf, de dépasser dans sa tendresse ce qui apparaissait déjà si grand qu'on pouvait le penser suffisant.

D'autres, davantage tournés sur le péché de l'homme, pensaient que si la Torah était éternelle, modèle et guide du monde depuis l'origine, l'homme n'avait pas été fidèle à la Torah. II n'avait pas indexé sur elle chaque instant de sa vie, de sorte que la Torah s'était affadie. Pour beaucoup, le Temple suffisait à donner le pardon du péché, d'autres pressentaient que quelque chose avait été cassé par le péché. Ceux-là espéraient qu'un jour le médecin divin viendrait les guérir et les restituer dans la plénitude de la Torah et de l'Amour où Dieu avait plongé le monde à l'origine.

 

Nouvelle Torah pour un nouveau quotidien

Ces courants, tous plus mystiques les uns que les autres, regardaient Jésus agir comme un prophète, déclarer le Royaume de Dieu en marche, inauguré. On guettait ses paroles. D'où lui venait cette autorité qui le faisait interpréter la Torah des pères avec un souffle si nouveau ? Il demandait à l'homme et à la femme de se regarder dans la dignité qui était la leur, lors de la création du monde quand ils avaient été créés « à l'image de Dieu » (Genèse 1, 26), et donc de vivre leur quotidien d'époux dans cette attention mutuelle et indissoluble à la présence de Dieu dans l'autre ? (Matthieu 19, 1-9). Il disait à ces juifs victimes de l'occupation romaine d'aimer leurs ennemis (Matthieu 5, 44), comme si tous les hommes, amis ou ennemis, étaient eux aussi restitués dans la dignité originelle, comme s'ils étaient à nouveau recréés et qu'il n'y avait plus de guerres !

 N'était-ce pas un doux rêve ? Jésus ne présentait cependant pas cela comme un rêve ou un idéal lointain à poursuivre. Il en faisait la loi du quotidien et terminait le sermon sur la montagne en disant : « Celui qui écoute Mes paroles et ne les met pas en pratique ressemble à un homme qui construit sa maison sur le sable » (Matthieu 7, 26). Les juifs de son temps disaient : « Celui qui a de belles idées sans les mettre en pratique ressemble à un arbre qui aurait beaucoup de feuilles, mais pas de racines. Arrive le vent et l'arbre tombe. Celui qui n'a que la pratique sans la méditation de la Torah ressemble à un arbre qui n'aurait que des racines et pas de feuilles. II meurt lui aussi. Celui qui a à la fois la pratique et la méditation de la parole, celui-là est un arbre planté au bord de l'eau et jamais son feuillage ne tombe. » Jésus reprenait le dicton juif. Mais, peut-être parce qu'il est venu habiter notre quotidien et y faire sa demeure, l'exemple qu'il prend n'est plus celui de l'arbre, mais celui de la maison bâtie sur le roc. Peut-être voulait-il déjà dire que la maison serait une Église bâtie sur celui qu'il avait déjà nommé Pierre.

 La leçon devenait claire pour les contemporains de Jésus : par ses paroles, il remplaçait, il achevait, il accomplissait l'eau de la Torah et le don de la manne. Aussi ne furent-ils pas surpris quand, après un temps de prédication, Jésus, devant la foule qui avait faim, multiplia les pains (Marc 6 et 8) et les leur partagea. Comme Moïse (Exode 16 ; Nombres 11, 21-23) avait fait, comme Elisée (2 Rois 4, 42-44) avait fait, ces prophètes d'autrefois. C'était maintenant en Jésus que la Torah se faisait quotidienne et que la manne était donnée dans sa dimension définitive.

 

La miséricorde et le pardon

Pourtant, cette manne de Jésus posait bien des questions. Pouvait-on se croire aux temps eschatologiques, à la fin du monde arrivée, au Royaume achevé, alors qu'il suffisait d'ouvrir les yeux pour voir les Romains sous les murs et le péché en chacun ? Sans doute fallait-il accepter qu'avec le don suprême, Jésus avait aussi apporté le pardon et la miséricorde. De fait, il passait le plus clair de son temps à dire le pardon et la miséricorde : « Ce n'est pas sept fois qu'il vous faut pardonner, c'est soixante dix fois sept fois ! » (Matthieu 18, 22). Le pardon doit être aussi quotidien que le don de la manne était autrefois quotidien. Le pardon ne se mesure pas à l'étroitesse de notre coeur, mais à la mesure du don de Dieu. Si Dieu t'a remis des millions de journées de travail (cf Matthieu 18, 23-35. 10 000 talents  représentaient plusieurs vies en journées de travail), comment peux-tu ne pas remettre à celui qui te doit encore quelques petites journées ? Dans ce grand élan de pardon, Dieu ne fait acception de personne et le publicain retourne chez lui aussi justifié que le pharisien (Luc 18, 9-14). Ainsi comprenait-on que le don apporté par le Christ et qui pouvait paraître trop grand pour qu'on pût y correspondre, se vivrait désormais dans le pardon quotidien.

 

Le Pater

Tout pouvait maintenant se dire dans une prière au Père. Jésus apprend à ses disciple le « Notre Père ». « Notre Père, qui es aux cieux, que Ton règne vienne ». Apporte ce Royaume qui est trop grand pour l'homme, mais que tu lui donnes. « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme elle est faite dans le ciel ».

Que l'homme puisse être déjà ajusté à Dieu comme il le sera plus tard dans le ciel, que le paradis puisse être déjà maintenant sur terre, alors qu'on ne l'espérait que dans le ciel. Tout cela parce que tu t'es incarné, que tu es venu habiter sur la terre et y vivre divinement ta vie d'homme, pour que nous puissions à notre tour y vivre divinement notre vie d'homme.

« Donne-nous aujourd'hui le pain que l'on espérait, le pain du grand retour ! » Dans la version ancienne du « Notre Père », telle qu'elle peut être reconstituée dans la rythmique araméenne, on pense que la formulation était : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de demain ». Quand l'Église primitive a compris que ce pain avait été définitivement donné la veille de la mort du Christ, dans le don qu'il allait faire de sa vie sur la croix, l'Église n'a plus demandé « le pain de demain ». Celui-ci était arrivé, donné lors de la Cène, la veille de l'accomplissement, la veille de sa mort. Le pain de demain, comme autrefois la manne dans le désert, était maintenant devenu le pain quotidien : « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien », ce pain auquel nous pouvons communier à chaque messe, cette Torah qu'est Jésus et qui devient le quotidien de nos vies, même quand nous ne pouvons assister à la messe, ce Pain de la vie divine communiquée aux hommes pour qu'ils vivent à présent ce qui les attend dans le ciel.

Mais bien sûr qu'ils ne peuvent la vivre sans que tu leur donnes en permanence le pardon et la miséricorde ! Alors, « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Si le Royaume n'est pas encore arrivé parce que le péché demeure encore, pardonne-nous jusqu'au jour du grand combat, jusqu'au jour de la grande tentation, jusqu'au jour où le monde en son entier sera confronté au retour en gloire de Celui qui est venu le sauver. Alors, ce jour-là, « qu'on ne pourra pas voir sans mourir », jour que les juifs appellent le jour de « l'épreuve », « fais qu'il ne soit pas le jour de notre chute ». Mais comme tu l'as fait tous les jours de notre vie, ce jour-là aussi, « délivre-nous du Mauvais ».

 

La Cène

 La veille de sa mort, Jésus prit du pain, cette manne d'autrefois, et leur dit : « Ce pain, c'est Moi, livré pour vous ». Ce pain, c'est toute ma Torah, tout mon enseignement, cette Torah créatrice du monde dont je viens de vous donner le secret originel en vous rendant votre dignité originelle. Ce pain vous est donné comme je vous suis livré et comme je vais donner ma vie pour vous. Puis il prit le vin, ce vin qui devait « ruisseler des collines » chez le prophète Amos (9, 13), quand arriveraient les temps eschatologiques. II prend le vin en disant : « Ceci est le calice de mon sang ».

La joie eschatologique passe par le sacrifice du Maître, par l'Alliance, par les noces qu'il offre, noces où l'Époux donne sa vie en élan d'amour en même temps que de pardon. Il n'était pas possible à l'homme de vivre le don à cette hauteur vertigineuse sans être en permanence sous la miséricorde et le pardon. Ainsi le pain et le vin résumaient-ils, en les accomplissant dans leur dimension définitive, d'une part ce que Dieu avait été comme don quotidien pour son peuple, don de la manne et don de la Torah, d'autre part et en même temps ce que Dieu avait été comme pardon quotidien dans le sang des sacrifices offerts chaque jour au Temple.

 

Les Noces au quotidien

 

Jésus était à la fois le don parfait, la Torah parfaite, le pardon parfait, le Temple nouveau. L'Église pouvait naître de ces noces définitives scellées dans le sang. Elle n'aurait qu'à célébrer le mémorial de ces noces et à l'appliquer, au jour le jour, à la vie des baptisés. Chaque baptisé serait plongé dans ces noces, uni à la Croix et à la Résurrection du Christ. Chaque jour de sa vie se vivrait avec lui, dans la prière du « Notre Père », dans la prière quotidienne. Et même chaque instant du jour, puisqu'il faut « prier sans cesse » pour recevoir sans cesse la joie des noces offertes.

Toutes les étapes de la vie seraient marquées par ces noces : le mariage comme la mort. Elles se vivraient dans la famille comme elles se vivraient dans la communauté de ceux qui, chaque dimanche, célèbrent leur Sauveur. Elles se vivraient non seulement au quotidien, mais elles se vivraient en chacun, puisque chacun était maintenant Temple de l'Esprit-Saint (1 Corinthiens 6, 19), comme autrefois chacun ramassait sa portion de manne. Chaque jour était sanctifié et chaque homme était sanctifié. Tout cela pourrait paraître trop beau, si nous ne confessions que tout cela ne peut se vivre que dans le pardon, sans lequel notre peu d'aptitude, voire notre peu d'empressement à recevoir le don, se découragerait au point de nous faire oublier l'appel qui nous est fait et l'amour qui nous y est révélé. Il n'aspire à rien d'autre qu'à la divinisation de notre quotidien dans la rencontre dès cette terre avec Dieu.

 

 Jacques BERNARD

 

 

LA VIE QUOTIDIENNE
DE JÉSUS ENFANT

« Il redescendit avec eux et revint à Nazareth » (Luc 2, 51).

« De trente-trois, il en vécut trente sans paraître » (Pascal).

 

Les gens de Nazareth

 Nazareth est une localité qui vit sur elle-même, à l'écart. Jusqu'au IVe siècle de l'ère chrétienne, on n'y signale aucune infiltration grecque ou latine, alors que le reste du pays est fortement « occupé ». C'est une population simple, campagnarde, artisanale. Les Nazaréens, dans leur façon de parler l'araméen, langue vulgaire de l'époque, ont un accent du terroir qui les fait reconnaître entre tous les autres et qui les ridiculise : « Comment, dira Nathanaêl, quelque chose de bon peut-il sortir de Nazareth ? » (Jean 1, 46). Les habitants de Nazareth sont des « am-ha-arets », des hommes de la terre.

Jusqu'à douze ans, officiellement, on ne sait rien ou presque de Jésus. Mais l'on pourra conjecturer. Le peu dont on soit informé concerne son apprentissage professionnel. Joseph, qui est charpentier par tradition familiale, l'instruit dans le même métier. S'il agit ainsi, c'est entre autres en vertu de raisons religieuses. Pour les juifs, le travail manuel est sacré. « Celui qui gagne sa vie par son travail est plus grand que celui qui s'enferme oisivement dans l'impiété » disent les rabbins. Rabbins et prêtres doivent exercer un métier en plus de leur ministère. Le travail dont il s'agit n'est pas un travail intellectuel ou abstrait. Il ne suffit pas d'exercer son métier, il faut le transmettre à ses fils.

 Pour les douze premières années « obscures », tel est, avant le voyage à Jérusalem, le seul élément dont on soit sûr, quoiqu'il ne figure pas dans le récit des évangiles.

 

Les parlers de Nazareth

La langue maternelle de Jésus est l'araméen, langue différente de l'hébreu, mais assez proche et qui, depuis trois siècles environ, l'a supplanté dans le parler de Palestine. Plus tard Jésus, devenu adulte, vivra dans une société trilingue : il entendra parler l'hébreu, langue sacrée, l'araméen, langue courante et connaîtra au moins des rudiments de grec, langue officielle du bassin méditerranéen.

Pour le moment, il n'en est encore qu'à apprendre l'araméen. S'initier à un langage est gros de conséquence. C'est adopter la structure mentale qui résulte de son génie. Jésus s'accoutume à un parler sémitique. Le premier caractère est de répugner à l'abstrait. Tout vocable sémitique est lié aux deux réalités concrètes de la bouche qui le prononce et de l'objet qu'il désigne, sans ces adjectifs qui, dans les langues évoluées, diluent le sens des mots. Les adjectifs qui subsistent expriment les qualités élémentaires : grand, petit, lourd, sage. Le moins possible aussi de degrés de comparaison (comparatifs et superlatifs) qui correspondent souvent à une inflation verbale.

 Soit que Joseph et sa mère lui enseignent les rudiments, soit qu'il apprenne à écrire dans le « beth ha séfer » de son village, voilà pour le jeune Jésus, un vocabulaire réduit à l'essentiel : substantifs.

 

La maison de prières

Du foyer de ses parents, Jésus, guidé par Joseph, va bientôt être mené à la maison de prières de son village, la synagogue de Nazareth. La synagogue est à la fois lieu de prière et d'études. On y enseigne la Loi. On y célèbre les offices de la semaine ou ceux des fêtes. Ce n'est pas un sanctuaire, le seul lieu saint d'Israël étant le Temple de Jérusalem.

 La synagogue est une institution spécifiquement juive qui ne comporte pas de clergé. Les croyants s'y rassemblent pour prier Dieu et s'instruire, chacun pouvant, à son tour, officier au nom de la communauté tout entière. Le rabbin surveille le déroulement du culte, mais il ne l'assume pas seul. Rien, dans sa mise, ne le distingue des autres fidèles. Simplement, quand il officie, il met sur ses épaules le châle de prières, le « talith », vêtement rituel de l'homme s'adressant publiquement à Dieu pour reconnaître sa grandeur.

 Joseph emmène l'enfant Jésus à la synagogue dès ses premières années. Il l'y mène au minimum trois fois par semaine : le sabbat (vendredi soir et samedi), le lundi et le jeudi où a lieu la lecture de la Torah. Il l'y mène aussi pour les grandes fêtes ; pour ce jour de l'an « religieux » qu'est la Pâque, évocatrice de la libération d'Égypte ; pour le jour de l'an « civil » qu'est « Rosh Hashana », anniversaire de la création du monde. Il l'y mène enfin pour « Kippour », le grand jeûne d'expiation, qui dure de la tombée de la nuit au crépuscule suivant. Pour un enfant comme Jésus qui n'a pas atteint la majorité religieuse, c'est-à-dire la treizième année, un demi-jeûne suffit. Bref, il l'y mène pour toutes les solennités et anniversaires des grands faits de l'histoire juive.

 Voici Joseph à son banc, revêtu de son « talith » aux offices où l'on sort la Loi. Il a la tête couverte, en signe de soumission et de crainte devant l'Éternel. A côté de lui, l'enfant Jésus, la tête également couverte, tantôt attentif à la célébration du culte, tantôt distrait et fatigué par ces prières qui lui paraissent souvent interminables dans une langue qu'il ne connaît pas.

Jésus apprend à dire « Amen », moment décisif de sa participation au culte. Comme dit le Talmud, « l'enfant acquiert une part au salut futur, dès qu'il commence à dire : Amen ». Il apprend à distinguer les grands moments de la prière, correspondants aux divisions de la journée : l'office du soir, l'office du matin, l'office de l'après-midi.

L'enfant Jésus grandit en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Luc 2, 52). Il a douze ans : il approche de son initiation religieuse, de la « bar-mitswa », qui se pratique à treize ans et marque l'intégration complète du jeune juif à la communauté d'Israël. Cette solennité accomplie, Jésus sera, religieusement parlant, adulte. Il pourra compter parmi les dix hommes assemblés, dont la présence est nécessaire pour célébrer l'office synagogal. Pendant plusieurs mois, Jésus s'est préparé à cette cérémonie, apprenant les prières et le texte de la « Torah » qu'il devra lire publiquement et, comme Joseph, il revêtira le « talith » pour entrer à la synagogue. Pour la première fois, c'est lui qui célèbrera l'office du Shabbat.

  

D'après le livre de Robert ARON,
Les années obscures de Jésus
(Grasset, 1960)

 

 

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Mis à jour le 30/06/2010

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