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Le rire n'est-il pas l'œuvre du diable ?
Doit-on le permettre à l'homme ?
Tel fut le débat des "gens d'Église"
pendant toute la période du Moyen Âge. A l'époque il est vrai, les cours ne
se privaient certainement pas de plaisanteries et de rires à la suite de
festins bien arrosés. Sans doute aussi le peuple trouvait-il des occasions
de rire. Mais il fallut attendre le XIIIe siècle pour qu'un François
d'Assise fasse entrer le rire dans la spiritualité.
Aujourd'hui le rire est considéré comme un
élément de sociabilité et même comme une thérapie. Souhaitons que nos
contemporains trouvent dans la société davantage de raisons de rire que de
pleurer...
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Rire, un phénomène culturel...
Le rire, cette expression apparemment si
naturelle à l'homme, est d'abord un phénomène culturel : Il diffère selon
les civilisations et évolue selon les époques. Au Moyen Âge, il fut un enjeu
idéologique d'importance. C'est ce qu'illustre excellemment le roman
d'Umberto Eco, le nom de la rose, qui met en scène un moine
ultra-rigoriste, Jorge de Burgos, grand ennemi du rire. Pour éclaircir un
peu les rapports complexes que l'Église médiévale entretient avec le rire,
il faut, une fois encore remonter à la Bible.
On trouve dans l'Ancien Testament, deux
mots bien distincts pour désigner le rire : sâhaq qualifie un rire «
joyeux, positif » (c'est le nom d'Isaac, cet enfant d'un couple de
vieillards salué par le rire dans un passage de la Genèse, qui est à lui
seul une petite comédie pleine d'humour), et lâaq, un rire moqueur,
souvent méchant. Le latin n'a plus qu'un mot, risus, et un verbe, ridere,
pour rire, et pour sourire, un verbe, adridere.
Le Moyen Âge, quant à lui, emploiera
toute une gamme de mots autour de deux pôles : risus (le rire), et
derisio (la moquerie). Il précisera la nature du rire par des
expressions : le risus cum cacchinis, le gros rire, accompagné de
tremblements, en étant la pire forme, particulièrement condamnée parce
qu'elle déforme ce corps humain déjà si méprisé par le christianisme du
début à l'époque.
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Le rire, caractéristique de l'homme
est-il condamnable ?
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A l'époque médiévale, en effet, le rire
faisait l'objet de deux définitions contradictoires. La première, héritée
des Pères de l'Église grecque et largement diffusée dans l'Occident latin,
condamne le rire. La seconde, qu'on trouve d'abord chez le philosophe
grec-païen- Aristote, reprise par le Latin Quintilien, puis relayée par tous
les grands auteurs chrétiens du Moyen Âge, affirme, à l'inverse, que le rire
est le propre de l'homme : elle emploie l'expression Homo risibilis, qui ne
veut pas dire l'homme risible, ridicule, mais l'homme dont la
caractéristique est le rire. Il en résulte une controverse entre
théologiens, illustrée par un sujet traditionnel de débat à l'Université de
Paris au XIIIe siècle :Jésus a-t-il ri une seule fois dans sa vie ? Car les
Évangiles ne montrent jamais jésus riant. Or Jésus, dans sa vie terrestre,
est le modèle de l'Homme. Les grands saints monastiques offerts en exemple
par l'hagiographie n'ont d'ailleurs, comme jésus, jamais ri. Ou bien ils
passent leur vie ici-bas dans la tristesse, ou bien ils sont impassibles. Au
rire s'oppose la vraie joie, l'extase réservée à une petite élite
monastique, contrepoint de la béatitude céleste, ce privilège des élus.
Cette joie exclut le rire. Le rire est le propre de l'homme, mais c'est
l'homme déchu et pécheur : le rire lui-même est un péché. |
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Rire, une attitude du corps...
Comment concilier deux opinions aussi
opposées ? Le Moyen Âge a d'abord défini le rire : une longue liste de
textes théoriques permet de préciser sa place dans les systèmes de valeur de
l'époque. D'autre part, les auteurs ont cherché à faire rire avec toute une
littérature médiévale illustrant tour à tour le comique, l'esprit, l'humour,
l'ironie, la caricature, la parodie, le grotesque... L'historien dispose
donc d'une philosophie et d'une théologie du rire, d'une part et d'une
psychologie et d'une esthétique du rire de l'autre. Comment traquer,
derrière ces documents écrits, ce qu'était vraiment la pratique du rire ?
Le rire passe d'abord par le corps, et il
faut saluer l'effort novateur des historiens pour étendre aujourd'hui
au-delà des textes et des monuments, aux images et aux gestes. Les
législateurs des règles monastiques du début du Moyen Âge avaient d'ailleurs
bien vu cette relation entre le rire et le corps. Les incitations au rire
qu'envoie Satan doivent être arrêtées par le filtre des oreilles et les
stimulations obscènes qui partent de l'intérieur de l'homme doivent être
arrêtées par la barrière des dents et le verrou de la bouche. Car le rire
est la pire chose qui puisse sortir d'une bouche humaine. Une saine hygiène
de la bouche doit culminer dans la répression du rire, la Règle du maître
dont s'inspira saint Benoît est à cet égard exemplaire. Et pourtant, ces
moines qui bannissent si sévèrement le rire du monastère, s'amusaient à de
savants jeux de mots dont ils faisaient même des recueils : les Joca
monachonum...
Comment donc traiter cette documentation
fragmentaire et parfois contradictoire ? Comment faire coïncider la
condamnation du rire par un théologien, le rire de tel ou tel personnage
historique sujet d'une chronique ou une parodie de la cène (Cena Cypriani )?
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Une littérature
cependant pleine de rires...
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Un fait capital est toutefois bien
attesté : au Moyen Âge, on ne rit pas seul. De qui, de quoi rit-on ?
Répondre à ces questions est un bon moyen de parvenir au coeur des
structures sociales et des mentalités collectives d'une société. C'est une
forme révélatrice de sociabilité. Il existe pourtant une plaisanterie
"féodale", en ancien français le gab : il s'agissait de récits d'exploits
imaginaires et extraordinaires- par exemple couper en deux, d'un seul coup
d'épée, un chevalier et son cheval... A l'opposé de ce rire partagé, il
existe peut-être un rire dissonant, comme ce rire hérétique dont parle
Emmanuel Le Roy Ladurie, évoquant le "petit sourire" des paysans cathares du
XIIIe siècle. Notons enfin l'évident plaisir avec lequel on se moque, au
Moyen Âge, des clercs et des paysans présentés comme des sauvages, des
brutes (Ivain de Chrétien de
Troyes, Aucassin et Nicolette, etc.). Remarquons aussi la tendance de la
littérature, tant en latin qu'en langue vulgaire, à faire déraper le rire
vers l'érotique, le scatologique et l'obscène. Résultat du refoulement
imposé par l'Église ? Trait d'archaïsme ? Modes spécifiques du rire ? Cette
littérature médiévale pleine de rires, que seul le folklore peut permettre
d'interpréter, fourmille également de cas plus étranges. Par exemple, celui
de l'enfant qui rit au moment où on veut le tuer, ou celui de la « pucelle
qui n'avait pas ri depuis six ans » dans la Perceval de Chrétien de Troyes. |
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Un temps pour rire,
un temps pour pleurer...
Trois grandes tendances des
manifestations du rire se dégagent au Moyen Âge. Du IVe au Xe siècle, le
rire fut réprimé et étouffé. C'est l'époque du rire diabolique : tandis que
les Anciens voyaient en Zoroastre un personnage merveilleux parce que, seul
de tous les humains, il avait, à sa naissance, ri au lieu de pleurer, saint
Augustin et Isidore de Séville, prenant le contre-pied de l'interprétation
de ce prodige,
affirment que Zoroastre a ainsi prouvé
son caractère monstrueux.
Pendant le Moyen Âge central (XII e au XIIIe siècle), on assiste à une phase de libération contrôlée du rire. On
distingue alors un bon et un mauvais rire. La montée des laïcs et l'essor
des littératures en langues vulgaires offrent un espace libre du comique :
rire des guerriers, des fabliaux, des étudiants goliards. La société
se contemple dans un miroir, aperçoit ses ridicules, se plaît à la satire et
à la parodie. L'humanisme du XIIe siècle introduit dans le dossier biblique
des citations d'auteurs latins plus favorables au rire. Un Jean de
Salisbury, évêque de Chartres, marie le libéral Horace au sévère
Ecclésiaste. Un type de roi plaisantin apparaît, le Rex
facetus,
qui doit faire rire ses courtisans. Les
théologiens élaborent une nouvelle casuistique qui définit les conditions du
rire licite : Alexandre de Malès, Albert le Grand, Thomas d'Aquin consacrent
des "questions" au rire et à la dérision. Le roi de France, Saint Louis,
s'astreint à ne pas rire le vendredi, jour de la mort du Christ - et n'y
arrive pas toujours.
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Enfin un sourire
sur les visages
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C'est à cette époque que le sourire
trouve sa place dans la sculpture gothique : sourire de l'ange de la
cathédrale de Reims, sourires des vierges sages face aux vierges folles qui
ricanent. Un mot venu de la Bible fait fortune : hilaris (joyeux, riant),
qui s'applique surtout au visage. Le terme
hilari vultu
(au visage riant) apparaît dans des
chartes pour caractériser les donateurs. Saint François d'Assise en fait un
idéal de spiritualité et un comportement typique de la piété franciscaine,
pratiqué par les joyeux joculatores Dei, les jongleurs de Dieu. Les
jeunes frères du premier couvent franciscain d'Oxford prennent ce mot
d'ordre tellement au sérieux qu'ils
ont des crises de fou rire et que leurs supérieurs doivent les ramener à
plus de mesure. |
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Rire s'apparente par le
plaisir, la suspension du réel, la transgression des normes et la
substitution de règles nouvelles, à la liberté et l'enfance, ou le retour à
l'enfance. Le rire naît d'un hiatus, rupture du temps social, sérieux et
quotidien ».
E.
Blondel
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Dans la dernière période du Moyen Âge, (XIVe
et XVe siècle), peut-être à cause des tristesses de cette époque de guerres
et de calamités, apparaît enfin le rire débridé dont le Russe Mikhail
Bakhtine s'est fait l'historien. Pour lui, le peuple urbain se libère alors
du refoulement imposé par l'Eglise, et la ville retentit du rire de la place
publique et du rire carnavalesque. Rabelais peut retrouver Aristote et
déclarer : « Pour ce que rire est le propre de l'homme ». La cour des
princes résonne de rires, tandis que trône le bouffon. Et le rire des fous
retentit, de La Nef des fous de Sébastien Brandt à l'Eloge de la folie
d'Erasme, en passant par les tableaux de Jérôme Bosch...
Le combat de Carnaval et de Carême est la
figure emblématique des contradictions internes de la société et de la
culture médiévales, qui rit de plus en plus mais fait encore souvent triste
mine.
(Conférence de J. Le Goff
- Séminaire sur le rire, Revue Histoire, 9/92 (Extraits))
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Le rire autorisé, désinhibé voire
prescrit dans un contexte socioculturel du Moyen âge va laisser place au
rire joyeux et épicurien de la Renaissance. Avec Rabelais et les autres
humanistes, le rire est anobli, revalorisé et positivé. Il exprimerait la
joie de vivre et serait inhérent aux plaisirs sensoriels. Il emprunte à
Aristote la conception d'une spécificité humaine. Il peut être un instrument
thérapeutique et d'hygiène mentale visant le maintien et l'entretien de la
santé individuelle et sociale. Au 17° siècle le rire devient une des
principales expressions de la Joie, mais à condition qu'elle soit modérée et
que ce soit par effet de surprise devant l'inattendu ou une émotion de haine
et de mépris de ce dont on rit (Descartes). Pour Spinoza, contrairement à la
tradition chrétienne médiévale la joie comme le rire sont en Dieu. Mais la
grande théorie de Hobbes est que le rieur a un sentiment de supériorité.
Plus tard Voltaire affirme « L'homme est
le seul animal qui rit et qui pleure. Comme nous ne pleurons que de ce qui
nous afflige, nous ne rions que de ce qui nous égaye. Les raisonneurs ont
prétendu que ce rire naît de l'orgueil, qu'on se croit supérieur à celui
dont on rit, quiconque rit éprouve une joie gaie dans ce moment là sans
avoir un autre sentiment »
Kant voit dans la plaisanterie une
harmonie entre l'Esprit et le Corps. Pour les partisans des théories
intellectualistes du 19°, le rire est la perception subite d'un désaccord
entre le concept de l'objet et l'objet lui-même. Chez Schopenhauer, le
risible consisterait dans le manque de convenance, la contradiction, le
désaccord observé soudainement entre la pensée et l'objet réel. Le rire peut
être aussi une sorte de décharge psychologique de l'individu, une émotion
forte qui se manifeste physiologiquement. Enfin Bergson exprime que le
comique naîtra quand les hommes remis en groupe dirigeront toute leur
attention sur un d'entre eux faisant taire leur sensibilité et exerçant leur
seule intelligence. C'est la fonction sociale qui l'intéresse.
[Le rire, Eric Smelda-PUF]
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En rire ou en pleurer
Les sensibilités, les cultures,
l'éducation font de nous des êtres très différents devant la chose risible
(non pas ridicule qui ne fait jamais rire). La situation comique qui
conservera sa capacité à faire rire en tous temps et tous lieux est
finalement assez rare. De toute façon le rire ne se commande pas et je ne
ferais pas rire en riant moi-même. Les clowns et les grands humoristes ne
rient jamais et s'ils nous font rire par les situations où ils se trouvent
c'est parce qu'ils nous renvoient à nos propres mésaventures
Le bouffon du roi jadis devait être très
habile pour faire rire des choses graves du royaume afin de faire passer la
pilule de l'accusation. Le comédien aussi - voyez Molière - qui nous fait
rire de nous-mêmes en riant des autres sera plus efficace pour ma conversion
que le sermon triste du moralisateur.
N'avons-nous pas des attitudes totalement
différentes devant le même événement. L'ivrogne qui zigzague un soir sur le
trottoir engendre, selon la gravité de son cas un rire moqueur ou un secours
compatissant et réprobateur selon notre conscience. L'enfant souvent plus
inconscient de l'infirmité dont il ne mesure pas la détresse, aura tendance
à rire de "l'anormal" sans voir la souffrance à aider. Le rire, surtout
collectif, peut même l'entraîner à la méchanceté. Par ailleurs, le collégien
qui a réussi à faire exécuter une sottise par un copain dont toute la classe
va rire quand il se fait "pincer", ne rit pas lui-même mais savoure le rire
des autres dont il est l'initiateur.

L'enfant n'est quand même pas toujours
aussi vicieux pour faire rire aux dépens des autres et certains jeux du rire
entre eux sont plein d'innocence : « Je te tire par la barbiche, le premier
qui rira aura un soufflet ». Et c'est celui qui se retient le plus qui
éclate le premier.
L'anormal, la différence radicale, la
vulgarité sont-ils donc naturellement risibles pour l'ordinaire de
l'humanité ? En ce domaine il n'y a pas d'ordinaire ni d'universel mais au
contraire des attitudes très diverses selon l'âge, l'éducation, la
sensibilité. Quand les peintres du 16° siècle (Breughel, Jérôme Bosch,
Cranach) peignaient les estropiés, les culs de jatte sur leur traîneau, les
vieilles femmes édentées donnant de l'argent à un jeune gigolo,
voulaient-ils nous faire rire ou nous provoquer sur un problème de leur
société ? Il semble évident que le mobile du rire particulièrement sur
l'image évolue dans les coutumes et dans le temps. On ne rit plus
aujourd'hui de ce qui a fait rire nos ancêtres. Mais au fait de quoi rit-on
encore aujourd'hui ? Rit-on dans les rave-parties ?J'entends plus souvent
dire "on s'est bien éclaté" mais plus rarement "on a bien ri". Dommage !
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Jésus Homme-Dieu qui a pleuré sur
Jérusalem, n'est pas présenté comme n'ayant jamais ri. Pourtant les
personnages des deux testaments pratiquent un peu le rire ou en font
mention. Plus souvent il est vrai chez les impies que chez les justes. Et
même aussi parfois la même personne car le rire peut se transformer. En
effet l'incrédulité peut se muer petit en petit en heureuse stupéfaction.
C'est le cas en particulier de Sara et de son rire célèbre. [Gn 17 et
21] |
Le rire du sot et du méchant
Ainsi le rire est considéré, dès l'ancien
testament comme une attitude malséante. Chez les esprits dérangés ou
pernicieux il est exagéré, les justes sont plus discrets [Si 27,23].
Les railleurs soufflent sur le feu, les
sages apaisent les colères [Prov, 29,8]. Le pêcheur rit en commettant ses
fautes [Si 17,24] En particulier les mauvais sont le plus souvent moqueurs.
Cela commence dès l'enfance [Prov 13,11 puis à l'âge adulte [Prov 15,12]. Ce
dernier verset précise qu'ils fuient la compagnie des gens sensés.
Cette gausserie peut concerner [Jr 20,7],
la parole de Dieu lorsque le prophète parle ou [2Ch 30,10] qui relate le
refus de certaines tribus d'aller à la reconstruction du temple. Elle peut
aussi concerner la personne de l'homme de Dieu [Ps 22,8 -35,24 et Lm 3,14].
Dans le Nouveau Testament le rire des
impies éclate lors de la Passion du Christ. Les passants [MC 15,29], ou les
magistrats [Lc 23,35]. Plus tard, dans les Actes, deux rires méchants sont
retenus, celui des Athéniens à la prédication de Paul sur la résurrection [Ac
17,32] et celui de ceux qui refusent les signes proches du jugement [2P
3,3].
En conclusion provisoire, on peut retenir
qu'il est plus pertinent de ne pas censurer les méchants qui n'acceptent pas
les remontrances. Réprimandé, le juste t'aimera [Prov 9,8]
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Le rire du croyant sensé |
Au mieux le sage est plus discret, les
insensés exagèrent lorsqu'ils rient mais il a plus. Dans le livre Qohelec
(ou Ecclesiaste), on trouve un temps pour rire [Qo 7,3] un autre pour
pleurer,mêlés dans quatorze autres moments à partager avec leur contraire :
semer et moissonner, se taire et parler,... Dieu se moque des moqueurs, dès
ici-bas [Prov 3,34] le juste, lui se moquera (plus tard) de l'impie [Ps
52,81 Un ami de job lui affirme que Dieu lui remettra le rire dans la bouche
[Job 8,21]. Ces futurs n'isolent-ils pas leurs destinataires encore
davantage ?
Deux progrès cependant : la femme forte
sourit au lendemain [Prov 31,25], (mas c'est pour un futur proche) et avec
plus de portée numérique (mais les verbes sont au passé) on a le rire de
joie des Israélites revenant d'Egypte vers Jérusalem : "Notre bouche
s'emplit de rire et nos lèvres de chansons" [Ps 126,2]. Mais le même psaume,
oppose en deux fois, larmes et chant sans le rire [Ps 126,5].
D'autre part, trois exemples de récits
d'ordre historique sont plus personnalisés. C'est d'abord un roi païen
persécuteur exaspéré par la raillerie du plus jeune des frères Machabées
condamnés à mort. Mais sa victime subira un supplice plus cruel [2 M 97,39]
Puis aussi les zélateurs de faux dieux
qui entendent Elie [1 R18,27] les inviter à crier plus fort leur prière pour
être exaucés, leurs dieux ne les ont peut-être pas entendus ou étaient
occupés à autre chose. Enfin dans une lettre de Jérémie aux déportés à
Babylone, il revient comme un refrain après une description matérielle des
statues d'idole : vous pouvez conclure que ce ne sont pas des dieux, n'ayez
aucun respect pour eux [Ba 6,14 - 6,22 -6,28]
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Dans le Nouveau Testament, la Bible
plaint ceux qui rient maintenant, leur rire ne durera pas [Lc 6,25]. La joie
est promise à ceux qui pleurent [Lc 6,21]. St Jacques insiste pour sa part «
Que votre rire se change en deuil, et Dieu vous relèvera » [Jc 4,9]. |
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C'est dire que le rire n'est toujours pas
tenu en grande considération en tant que tel. Il n'est pas question d'un
rire thérapeutique et il ne doit pas se confondre avec une joie même
éternelle.
Les Proverbes, même un peu plus prolixes
sur la sagesse [Prov 8,30 et s.] disent que lors de la Création, elle
"joue devant Dieu et prend
ses délices parmi les enfants des hommes."
Selon certains spécialistes le mot jouer
devant Dieu peut se traduire aussi par rire. Pourquoi pas ?
François BAUMSTARK
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L'essentiel de ce dossier
est tiré du n°48 : décembre 2003 d'"Ecoutes et Regards" bimensuel
lyonnais qui a cependant un dépôt vente à St Bernard Montparnasse, place
R. Dautry à PARIS 15ème |
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