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Eté 2010

André Beauchamp, théologien québecois

 

"J'aime le repos, dit Dieu.
Vous vous faites mourir à travailler.
Vous faites du sur temps pour prendre des vacances,
vous vous agitez, vous ruinez vos santés.
Vous vous surmenez à travailler trente-cinq heures par semaine
quand vos pères tenaient mieux le coup à soixante heures.
Vous vous dépensez tant pour un surplus d'argent et de confort.
Vous vous tuez pour des babioles.
Dites-moi donc ce qui vous prend !
Moi, j'aime le repos, dit Dieu.
Je n'aime pas le paresseux.
Je le trouve simplement égoïste car il vit aux dépens des autres.
Moi, j'aime le repos
Quand il vient après un grand effort
Et une tension forte de tout l'être.
J'aime les soirs tranquilles après les journées dures.
J'aime les dimanches épanouis après les six jours fébriles.
J'aime les vacances après les saisons d'ouvrage.
J'aime la retraite quand la carrière est terminée.
J'aime le sommeil de l'enfant épuisé par ses courses folles.
J'aime le repos, dit Dieu.
C'est ça qui refait les hommes.
Le travail, c'est leur devoir, leur défi.
Leur effort pour donner du pain et vaincre les obstacles.
Je bénis le travail.
Mais à vous voir si nerveux, si tendus,
je ne comprends pas toujours
quelle mouche vous a piqués.
Vous oubliez de rire, d'aimer, de chanter.
Vous ne vous entendez plus à force de crier.
Arrêtez donc un peu. Prenez le temps de perdre votre temps.
Prenez le temps de prier. Changer de rythme, changez de cœur.
J'aime le repos, dit Dieu.
Et au seuil du bel été, je vous le dis à l'oreille
quand vous vous détendez dans la paix du monde,
Je suis là près de vous
Et je me repose avec vous".

Ne pas avoir le temps de méditer, c'est n'avoir pas le temps de regarder son chemin, tout occupé à sa marche.
[Antonin Sertillanges]

Pâques 2010 Abbé Jules Suiliard ,Inspiré de textes de Maurice Zundel,

Je crois, Seigneur,
à la vie d'un Autre que moi.
Je crois que la vie éternelle,
c'est la vie d'un Autre en moi.
Je crois que cette vie m'est confiée :
confiée à mon amour,
à ma protection, à ma défense.

Parce que je crois à ta fragilité,
 
au risque infini que tu cours
dans le coeur des hommes,
à la tragédie éternelle de ton amour,
toujours offert,
mais souvent refusé,
je crois que ma vie
se joue dans la tienne
et que ce qu'il faut sauver,
ce n'est pas moi,
mais toi, en moi et dans le coeur
de mes frères.
Je crois que si tu dois ressusciter,
tu ne le peux que dans ma vie,
que dans mon coeur,
que dans mon amour.

Aux frontières de l'éternité et du temps

SE dresse le Christ ressuscité.

Sa résurrection donne sens

à l'univers entier

et à chacune de nos vies.

Patriarche Athênagoras (1886-1972)

 
Carême 2910

© Père Max Bobichon 

 

 

Est-ce là le jeûne qui me plaît,
le jour où l'homme se mortifie ?
Courber la tête comme un jonc,
se faire une couche de sac et de cendre,
est-ce là ce que tu appelles un jeûne,
un jour agréable au Seigneur ?

N'est-ce pas plutôt ceci,
le jeûne que je préfère :
défaire les chaînes injustes,
délier les liens du joug ;
renvoyer libres les opprimés,
et briser tous les jougs ?
N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé,
héberger chez toi les pauvres sans abri,
si tu vois un homme nu, le vêtir,
ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair ?

Alors ta lumière éclatera comme l'aurore,
ta blessure se guérira rapidement,
ta justice marchera devant toi
et la gloire du Seigneur te suivra.

    Isaïe 58, 5-8

 

Trouver Dieu,
c'est le chercher
sans cesse :
le gain de la recherche,
 c'est de chercher encore.
Le désir de l'âme
est comblé par là même
 qu'il demeure insatiable,
 car c'est proprement
voir Dieu
que de n'être jamais rassasié
de le désirer.

Saint Grégoire de NYSSE

 

 

Nouvel an 2010

J.-P. Dubois-Dumée

 

Bénis tous ces jours devant nous


Bénis, Seigneur, ,cette nouvelle année,
tous ces jours devant nous
qui vont passer comme un éclair,
jours de joie et jours de peine.

Apprends-nous à les purifier de toute vanité
et de toute impatience
pour qu'ils soient remplis tout entiers
de ta plénitude.

Chaque jour est un don que tu nous fais,
Seigneur, chaque jour
est le commencement de ton Royaume.
Bénis, Seigneur, cette nouvelle année.

Bénis ceux qui s'efforcent,
au milieu des guerres et des violences,
de bâtir un monde plus fraternel.
Bénis tous les peuples de la terre
 afin qu'ils soient dans la paix.

Bénis tous ceux qui souffrent
de la maladie, de l'injustice, de la haine,
du malheur innocent.
Bénis tous ceux qui, cette année,
vont te rejoindre.

Bénis tous ceux qui te reconnaissent
comme seul Seigneur,
Bénis ton Eglise
partagée, divisée,
rassemble-la dans l'unité.
Bénis tous ceux qui forment ton peuple.

Bénis, Seigneur, oh oui,
bénis tous ceux que j'aime,
tous ceux que je rencontrerai cette année.
Bénis, Seigneur, toutes mes démarches,
imprègne de prière toute ma vie.

Bénis, Seigneur, cette nouvelle année,
aide-nous à vivre tout au long des jours
 dans l'allégresse et la sérénité,
la tendresse et la fidélité. Amen.

Bénédiction juive pour le nouvel an

 

Birkat ha-Schanim !

Bénis pour nous cette année,
Seigneur, notre Dieu, qu'elle nous soit profitable.

Donne la rosée et la pluie
en bénédiction sur toute la face de la terre. Abreuve la surface du globe ;
rassasie le monde entier de ta bonté, remplis nos mains de tes bénédictions.

 Veille sur cette année, délivre-la de tout mal, de toute destruction et de toute calamité.
Qu'elle soit une année d'espérance, qui nous conduise à la paix.
Epargne-la de tout mal, ainsi que ses produits et ses fruits.

Notre terre, Seigneur, bénis-la, par des pluies bienfaisantes et généreuses.

Comme pour les bonnes années de bénédiction, qu'elle apporte la vie, l'abondance et la paix.

 Béni sois-tu, Seigneur, qui bénis les années.

 

Noel 2009

Paul VI

A Noël, Jésus vient à nous

sous les traits attendrissants

de l'enfance,

pour nous infuser

une confiance illimitée

en sa douce innocence ;

pour réveiller en nous

l'enfant que nous avons été

et que, près de lui,

nous pouvons redevenir.

HYMNE MELCHITE POUR NOËL

 L'étoile courait dans les hauts du ciel
Montrant aux Mages de la terre que le Roi-messie était né.
Venez, prosternons-nous, adorons-le.

 La pierre que vit Daniel,
Taillée, mais non point de main d'homme,
Cette pierre était le Christ
Né de la Vierge sans mariage.

O Toi qui as réconcilié les cimes et les abîmes
Par ta naissance adorable et glorieuse,
Réconcilie, Seigneur, les prêtres et les Rois,
Et veuille ta clémence affermir Ton Église.

Avent 2009  

Toi, Soleil sans déclin

 

Seigneur Jésus,

Soleil levant,

voici venir la nuit la plus longue de l'année.
Malgré les lampes allumées

notre destin nous échappe inexorablement.
Qui sommes-nous ?

D'où venons-nous ?

Où allons-nous ?

 

Toi, Soleil sans déclin,

lève-Toi à l'horizon de cette terre.

Que ta lumière brille sur nous et en nous.
Et qu'elle esquisse sur nos visages

le sourire de l'enfant que nous attendons.

 

Dans la main de Dieu, que craindrais-je ?

Ne perds pas de temps

à sonder les origines et la fin.

Avance hardiment, joyeusement.

Garde allumée la lampe des vierges sages

et ne manque pas la venue de l'époux ;

Il  s'avance voilé

dans tous ceux dont la chair est blessée

d'injustice, de sang, de crasse.

Avance. Un pas. Un autre.

Dans l'attente qui est espérance.

 Marie Rouanet

 

Automne 2009 Version japonaise du Psaume 23

Seigneur, règle l'allure de mes pas.

Je ne me précipiterai pas.

Tu m'incites à des pauses régulières.

Tu me pourvois d'images paisibles

qui rétablissent ma sérénité.

Tu me conduis sur la voie de l'efficacité

par le calme de l'esprit et ta direction de paix.

 

Même si j'ai un grand nombre de choses
à accomplir chaque jour,

je ne me tourmenterai pas

car ta présence, Seigneur, m'accompagne.
Ton immortalité, ta grandeur

me garderont en équilibre.

Tu ménages le délassement

et le renouveau au plus fort de mon activité,
car tu imprègnes mon esprit

de tes huiles de tranquillité.

 

Ma coupe déborde d'une joyeuse énergie.
L'harmonie et l'efficacité seront le fruit de mon labeur,
car je marcherai dans tes pas, Seigneur,

et j'habiterai dans ta demeure pour toujours.

 

été 2009 Jean-Marc Chauveau .

Seigneur, j'ai entendu l'appel


de cette nef en plein ciel,
et je suis entré.

Et me voici saisi, désemmuré de moi-même,
arraché à l'inutile ressassement de mon obscurité,
soudain exalté par cette offrande de pierre
dans la grande lumière de la nudité.
Et je fais mien, Seigneur, ce cantique
dressé sous la voûte des vents,
plus fort que mes rages,
que mes doutes,
que tous les va-et-vient de mes hésitations.

Seigneur, à de pauvres idoles,
nous avons trop souvent
offert notre regard promis à ta splendeur.
Nous avons trop souvent usé nos pas incertains
sur des chemins de nuit.
Trop souvent... mais aujourd'hui, Seigneur,
nous voici rétablis dans notre joie de vivre.
Ta lumière déferle en nous
comme une vague de l'esprit,
pour nous révéler
l'insaisissable profondeur de notre vie,
le secret timide et lumineux de notre désir,
pour nous révéler
toute la liberté spacieuse d'un cœur offert.

Seigneur, j'ai entendu l'appel
de cette nef en plein ciel,
et je suis entré.
Et me voici saisi.
La matière elle-même tressaille d'allégresse,
dessine le clair mouvement de mon âme,
m'offre la figure de mon espérance,
ouvre l'éclat de mon cœur multiple
assoiffé de Toi, Seigneur,
lumière née de la lumière. 

Pâques  Pentecôte

2009

Grégoire de Narek  

 

O Toi dont le nom brûle toutes les lèvres

Seigneur, Seigneur,
Dispensateur de dons,
Toi qui es essentiellement bon,
Gouverneur équitable de toute créature,
Toi qui tiras du néant toutes choses.

Gloire invisible,
Puissance redoutable,
Extrême véhémence.

Inaccessible, insaisissable,
Indicible, insondable, intangible,
Inépuisable,
Sans origine et sans âge...

Confiance infaillible,
Repos tumultueux,
Ineffaçable Signe,
Spectacle sans bornes,
O Nom brûlant sur toutes les lèvres...
 

 

Amour, ô Transparence,
Promesse inaltérable...

Bras souverain, main secourable,
Refuge merveilleux, grâce infinie,
Trésor inentamable...

Trace dissimulée, imperceptible sente,
Figure omniprésente.
Modèle unique,
Miséricorde sans égale,
Les mots me manquent...
Que ne puis-je T'offrir une louange à ta mesure !

Seigneur, Seigneur,
je Te bénis, je Te célèbre,
je T'annonce, je Te proclame,
je Te supplie à perdre haleine...

 

  Pierre de Blois (1135-1204),

fut chancelier de l'archevêque de Canterbury et archidiacre de Londres

 

Le Christ qui a reçu l'Esprit n'a pas fait ses dons aux hommes avec mesure, et Il ne cesse pas encore de faire ses dons. "Tous nous avons reçu de sa plénitude" (Jn 1,46) et "il n'est personne qui puisse se dérober à sa chaleur" (Ps 18,7). C'est lui dont le feu est en Sion et la fournaise en Jérusalem (Is 31,9). C'est le feu que le Christ est venu allumer sur la terre. Aussi s'est-Il manifesté par des langues de feu. De ce feu Jérémie dit : "Il a envoyé d'enhaut un feu en mes os et il m'a enseigné" (Lam 1,13).
A cause de la diversité de charismes, l'Esprit Saint est désigné tantôt par le feu, tantôt par l'huile, tantôt par le vin, tantôt par l'eau. Il est feu, car Il allume toujours : en effet celui qui a été embrasé une seule fois par lui ne cesse de brûler, c'est-à-dire d'aimer avec ardeur. "Je suis venu, dit-Il, allumer un feu sur la terre, et quel est mon désir sinon qu'il brûle?" 
   
  

 

Pâques 2009

 

 

 

 

 François d’Assise               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Louis Sintas sj

 

Chantez au Seigneur un chant nouveau :
car il a fait des merveilles.
Sa main a sanctifié son Fils
son bras puissant l'a glorifié.

Que les cieux se réjouissent
et que la terre exulte,
que tourbillonnent la mer et ce qui la remplit,
que jubilent les plaines
et tout ce qu'elles produisent !

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur gloire et honneur,
rendez au Seigneur la gloire de son Nom !

 

Un printemps tout neuf fendille les vieilles écorces. Les bourgeons s'ouvrent au grand air et la vie reprend de plus belle, chantant gaiement sa victoire sur les morts de l'hiver.

Tordu, perclus, noué comme un vieux cep de vigne, l'homme, et l'âge ne fait rien à cela, se sent soudain enveloppé d'une si vieille écorce, si épaisse, qu'aucune vie, jamais plus, ne saurait en surgir.

Mais la sève est plus puissante que les plus vieilles écorces. Elle est surprenante. Dans nos existences aussi, elle est capable d'ouvrir de petites fissures, voire d'énormes brèches, par où le courage et la joie pourront à nouveau fleurir.

Seigneur Jésus, tu es notre sève, fais vite éclater nos carapaces.

 

janvier 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert decourtray

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié,

Toi pour qui mille ans sont comme hier,

un jour qui s'en va, une heure dans la nuit.

A l'aube de cette année

que nos habitudes et nos rêves appellent nouvelle,
apprends-nous la vraie mesure du temps qui fuit et des choses qui passent.

 

D'âge en âge tu as été notre refuge.

Avant que naissent les montagnes,

avant que tu enfantes la terre et le monde,

de toujours à toujours, Toi, tu es Dieu.

Garde-nous de galvauder Ton Nom trois fois Saint !
Toi, l'Au-delà de tout,

garde-nous de te confondre avec nos mots,

nos idées, nos solutions, nos inventions.

 

Donne-nous de comprendre ton amour davantage
au cours de l'année qui commence !

Que ton Esprit brise et ouvre nos cœurs

pour qu'ils te donnent le Nom de Père.

Qu'il dessille nos yeux pour qu'ils contemplent,
dans la grisaille du temps qui s'écoule sans pitié,
la trace de l'amour qui ne passe pas,

de la vie filiale et fraternelle

née pour toujours de ta miséricorde !

 

Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite

sur la terre comme au ciel.

Ton règne est déjà venu, il viendra, il vient !

Il vient partout où des hommes

collaborent avec Toi à l'œuvre que tu leur confies

pour qu'elle devienne l'ébauche de la Jérusalem céleste !
Que tout au long de cette année se noue,

à l'intime de nos fragiles amours,

l'Alliance qui les purifie, les transfigure et les éternise
dans le Royaume de ton éternelle tendresse !

 

Que brille pour nous, à chaque étape de notre recherche,
assez de lumière pour stimuler notre marche

vers le Royaume sans ombre !

Affermis au cœur de nos combats toujours recommencés
l'assurance que, malgré les victoires répétées de la haine,
de l'oppression et de l'égoïsme,

l'effort humain pour établir, sur la terre comme au ciel,
la paix, la liberté et le partage,

prépare le Royaume inaltérable !

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous comme nous pardonnons.

Donne-nous de désirer et de partager aujourd'hui
la nourriture qui vient de Toi !

Donne-nous d'attendre l'aube de chaque jour
comme une promesse du pain de la vie,

la vie temporelle et la vie éternelle !

 

Toi le Père prodigue qui ne te lasses pas

d'attendre le retour de tes enfants perdus,

pardonne-nous nos offenses

comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Toi qui nous pardonnes comme nous pardonnons,
apprends-nous d'abord à pardonner comme tu nous pardonnes !

 

C'est en servant ses frères

dans l'humilité d'un extrême amour

que ton Fils nous a manifesté le pardon

qui nous ouvre l'accès du monde nouveau ;

apprends-nous à pardonner comme lui,

pour que d'autres puissent découvrir à leur tour

le chemin et la joie de ton Royaume !

 

Ne nous laisse pas succomber à la tentation

mais délivre-nous du mal.

Préserve-nous, par dessus tout,

de la tentation de refuser ton pardon !

Préserve-nous de l'assurance du pharisien satisfait,

donne-nous celle du publicain pardonné !

Préserve-nous de la suffisance des puissants,

donne-nous l'espérance des pauvres !

 

En ces jours où tes enfants se souhaitent du bonheur,

libère-nous, Toi, Notre Père,

du péché qui empoisonne la source de la vraie joie.

Arrache-nous à l'emprise du Prince des Ténèbres :

il est le père du mensonge,

à l'œuvre partout où nous nous trompons les uns les autres.

Il est l'ennemi de la vie,

à l'œuvre partout où nous nous détruisons,

parce que nous aimons le pouvoir, l'argent et la mort.

Délivre-nous !

 

Ton Fils a brisé les chaînes de l'antique servitude !

Donne-nous de nous laisser saisir par Son Esprit

pour que, dans ce monde assujetti à la fatalité,

triomphe déjà la glorieuse liberté de tes enfants !

 

Avent
2008
 Michel Hubaut

 

 

 

 

 

 

 

 

     Colette Nys-Mazure

 

 

 

 

 

 

 

Notre Dame de l'avent,
Mère de toutes nos attentes,
toi qui as senti prendre chair en ton sein
l'espérance de ton peuple, le salut de Dieu,
soutiens nos maternités et nos paternités,
charnelles et spirituelles. (...)
Notre Dame de l'avent,
Mère de toutes nos vigilances,
toi qui as donné un visage à notre avenir,
fortifie ceux qui enfantent dans la douleur
un monde nouveau de justice et de paix.
Toi qui as contemplé l'enfant de Bethléem,
rends-nous attentifs aux signes imprévisibles
de la tendresse de Dieu.

 

 

Noël déjà ! Et je tourne un regard incrédule
vers la flamme vive d'un souvenir,
d'une espérance (...).
Noël déjà !
Nos mains s'ouvrent irrésistiblement :
voici l'année mûrie, pressée, presque bue ;
si les peines s'étouffent, les joies bougent encore.
La rumeur pleine et sourde nous monte aux lèvres,
nous confondant à tous ceux-là
en route de par le monde depuis tant de siècles.
Cette nuit enfin, nous connaîtrons la halte,
nous déposerons dans l'allégresse le fardeau des heures
et nous renaîtrons au clair de l'Amour.

                          

novembre
2008
 

Recommence

Recommence même si cela te coûte,
 même s'il faut en payer le prix,
même si tu sens la peur au plus profond de toi.

Recommence même si une illusion s'éteint,
même si tes engagements sont difficiles à tenir,
 même si on ignore tes efforts.

Recommence pour donner le meilleur de toi-même
 avec enthousiasme et confiance,
comme si tu ressuscitais chaque matin.
Recommence pour rire et offrir
du soleil par tous les temps,
avec joie et avec amour,

comme s'il y avait toujours de quoi se réjouir.

Recommence pour transformer l'existence
avec l'espoir du dialogue
pour jeter des ponts par-dessus les séparations
comme l'Evangile nous y presse.

Recommence pour Dieu, avec Dieu, comme Dieu.

 

Donne-nous, Seigneur,
de faire ce que nous devons faire
sans vouloir trop faire
sans vouloir tout faire
calmement
simplement

Eté
2008
Marie
Rouanet

Laudes des quatre-temps d'été

Louange à toi, Seigneur,
pour la terre lourde de récoltes
pour les fruits, les potagers, l'huile et le vin.
Que nous sachions les partager
afin qu'un jour aucun de tes enfants n'ait faim
et que tous puissent manger à satiété
dans le bonheur de tables fraternelles.
Louanges à toi pour cette terre
où nous voulons puiser dans ta justice

 

Eté
2008
Jacques
Gauthier

«J'ai fait la route à pied avec toi
 pour te montrer où t'abreuver.
Tu as entrepris le voyage le plus long,
 celui qui mène au-dedans de toi,
 au cœur de ton cœur
Ce n'est pas le but du chemin
ou l'objet de la quête qui importe,
mais le fait de marcher et de chercher.
Ne m'as-tu pas reconnu
sur les bordures verdoyantes de l'onde
et sur les eaux translucides de ton âme ?...

Maintenant que tu sais,
va là où ton cœur te mène.»

 

Pentecôte
2008

 Théophile d'Antioche

 

Dieu a donné à la Terre
le souffle qui la nourrit.
C'est son haleine qui donne la vie
à toutes choses (...).
Ce souffle vibre dans le tien,
dans ta voix.
C'est le souffle de Dieu que tu respires
et tu ne le sais pas.

Pentecôte
2008
J.P. Lintanf

Père, Source de toute vie
et de toute tendresse,
je veux te chanter.
De toi vient le plus merveilleux des dons,
ton Verbe, ta Parole ;
et ton Souffle a donné aux premiers témoins
des langues de feu.

 Je te chante parce que ma parole
est à la fois la tienne et la mienne.
Toi seul parle de toi ;
et c'est de toi, avec toi et pour toi
que je tente de balbutier
par-dessus les toits et les murs
quelque chose de ce qui m'émerveille.

 Je te rends grâce pour les myriades
d'oreilles et de cœurs ouverts,
pour l'écho bouleversant en retour
ou pour les grands silences.

 J'implore ton pardon.
Vase fragile qui abrite le trésor de ta Parole,
je suis sans cesse débusqué par cette Parole.
Comment oser parler !

 Je te demande deux choses.

De la langue perfide et de la langue de bois,
délivre-moi.

Rappelle-moi que ce qui est important pour moi
n'est pas nécessairement important pour toi.
Ouvre-moi l'oreille.

Pâques 2008

Sylvie Reff, poète

 

Je vous ai faits pour vivre
pour croître et danser dans vos branches
au ciel de ma lumière
je vous ai faits pour vivre
comme l'oiseau pour voler (...)

Je vous ai faits pour mourir
de cette bonne mort pour la vraie vie
pour mourir à vos enveloppes, à vos cuirasses
á vos masques et à vos peurs.

Pâques
2008
Mgr Guy-Marie Riobé Chacun de nous, s'il devient prière,
fera, par sa seule action de présence,
pressentir aux autres que la vie a un sens,
et que la bêtise, la haine, la mort
n'auront pas le dernier mot.

 
Carême
2008
 

Je te cherche

 

Je n'ai pas de peuple
pour crier vers Toi, Seigneur.
Je suis seul au fond de mon être.
Si je ne t'abrite sous mon toit,
Seigneur, entreras-tu par la fenêtre ?

 Je n'ai pas de lampe
pour brûler mon huile, Seigneur.

La nuit dort en moi d'un sommeil de cendres
J'entends qu'on marche sur les tuiles,
Seigneur, est-ce le voleur qui vient me surprendre

Je n'ai pas de sable au désert qui brûle,
Seigneur,
j'ai trop de buissons et de chênes-lièges,
trop de résineux qui te dissimulent.
Et tu sais si bien déjouer mes pièges
que je ne sais plus s'il faut que je cherche,
 Seigneur,
dans le plus lointain horizon qui soit
ou bien si tu perches à côté de moi.

 

Nouvel an 2008  

 

Bénis, Seigneur, cette nouvelle année,
tous ces jours devant nous
qui vont passer comme un éclair.
Apprends-nous à les purifier de toute vanité
et de toute impatience
pour qu'ils soient remplis tout entiers
de ta plénitude.
Bénis, Seigneur, cette nouvelle année.

Bénis ceux qui s'efforcent,
au milieu des guerres et des violences,
de bâtir un monde plus fraternel.
Bénis tous les peuples de la Terre
afin qu'ils soient dans la paix.

Bénis tous ceux qui te reconnaissent
comme seul Seigneur,
bénis ton Eglise partagée, divisée,
rassemble-la dans l'unité.

Bénis tous ceux qui forment ton peuple.

Bénis, Seigneur,
bénis tous ceux que j'aime,
tous ceux que je rencontrerai cette année.
Bénis, Seigneur, toutes mes démarches,
imprègne de prière toute ma vie.

Bénis, Seigneur, cette nouvelle année,
aide-nous à vivre tout au long des jours
dans l'allégresse et la sérénité,
la tendresse et la fidélité.

Nouvel an 2008  D'après Karl Rahner

Prière aux mages pour chercher avec eux

 

Votre cœur s'est mis en route vers Dieu

en même temps que vos pas

se dirigeaient vers Bethléem.

Vous cherchiez
et Dieu guidait votre recherche
dès l'instant où vous l'avez entreprise.
Vous le cherchiez donc, lui, le Salut.
Vous le cherchiez au firmament du ciel,
mais aussi dans votre cœur ;
dans le silence

mais aussi dans les questions
posées aux hommes.
Quand, arrivés près de l'Enfant,
vous vous agenouillez devant lui,
vous offrez l'or de votre amour,

l'encens de votre vénération,
la myrrhe de vos souffrances
devant la Face du Dieu invisible (...).

 

Et toi,
risque à ton tour le voyage vers Dieu !
Allons, en route !

Oublie le passé, il est mort !

La seule chose qui te reste, c'est l'avenir.
Regarde donc en avant

la vie est là et ses possibilités entières,

car on peut toujours trouver Dieu,
toujours le trouver davantage.
Un atome de réalité surnaturelle

a tellement plus de prix que nos rêves les plus grandioses :
Dieu est l'éternelle jeunesse et il n'y a point de place
pour la résignation dans son Royaume !

Nouvel an 2008  

Bonne route
pour l'étonnant voyage de cette année !
Que soit bénie en toute maison
la mèche qui n'est plus que fumée amère
et qui, par votre souffle, deviendra flamme.
Que soit bénie toute l'année
la joie de votre visage transfiguré
qui infusera l'Espérance aux désespérés.

Pour ce premier de l'an,
brillez de cette joie
comme ensemble
on reprend un jour nouveau, une route nouvelle,
un amour nouveau, une terre nouvelle...
en l'étonnant voyage de l'année nouvelle

Nouvel an 2008  

A l'aube de cette nouvelle année, Seigneur,
nous t'offrons le visage de nos désirs,
l'esquisse de nos projets,
l'impatience de nos cris,
ta création nouvelle
qui traverse les douleurs de l'enfantement.
Apprends-nous à te rencontrer,
toi le Vivant, dans les souffrances
et les soifs d'un monde qui se cherche.
Que cette nouvelle année
soit le tremplin d'une espérance
donnée à chacun.

Janvier, une année se termine,
une autre hésite encore à naître.
Dehors, il neige, dehors la nuit.
En cette année qui commence, Père,
tout est à rallumer, même ta Parole ;
il n'y a qu'Elle pour être jeune, vraiment jeune,
pour être jaillissement de vie fendant la pierre.
Si tout semble continuer cette année encore,
toujours de la même façon,
tu es là, Père : «Au commencement, le Verbe»
qui fait pourtant de chaque jour
un jour nouveau pour vivre.

Seigneur, décourage en nous les habitudes,
et que ta grâce fasse de nous,
simplement, et avec justesse,
 des gens qui commencent,
de tout leur cœur, de tout leur corps,
sans penser être ailleurs ou autrement.
Et si le vent d'hiver éteint nos lampes,
que ton souffle alors déborde dans nos corps
et ce sera facile de rallumer ton Verbe,
de rallumer le nôtre avec,
éclats de joie dans une nuit de gel,
éclats de joie narguant les vieilles années.
«Au commencement, le Verbe» et nos paroles aussi,
qu'elles soient table servie,
pour donner à chacun un peu de quoi vivre.

 

Nouvel an 2008   Prière africaine

Seigneur, Dieu tout-puissant, Dieu éternel,
chaque année est un pas vers toi.
Les hommes vont vers la vieillesse,
les chrétiens vers le jour nouveau.
Voilà derrière nous l'année qui vient de finir.
Elle a été comme une route,
tantôt courant tout droit dans la savane,
tantôt montant péniblement la pente des collines.
Nous avons eu des retards, des pannes.
Nous avons manqué des rendez-vous.
Seigneur, il y a même eu tant de choses manquées
qu'on en devrait désespérer.
Mais ton pardon est avec nous,
ta grâce se renouvelle.
Toi seul tu connais de quoi est fait mon lendemain.
Tu as compté les cheveux de ma tête
et pareillement les jours, minutes et secondes,
qu'il m'est donné de vivre (...)
Seigneur, une année comptée par ton soleil
n'est qu'un éclair en face de l'éternité.
La tempête grondera,

les nuages s'épaissiront sur la Terre,
les ténèbres viendront sur elle.

Mais je sais que tu es présent derrière les nuages
et que ta volonté est l'âme du monde.

                                                        

Noël 2007

Francine Carillo

 

Un enfant !

 

Pour annoncer

un commencement,

il fallait bien

un enfant !

Un visage de tout-petit

qui porte l'inouï

Dieu s'entre-dit,

dans notre histoire,

il est à nos côtés

pèlerin d'humanité.

Ceux qui goûtent

cette présence

sont en chemin

vers leur naissance.

Ils abritent en eux

une racine de lumière

incomparable,

à jamais inaltérable.

("Vers l'inépuisable"
, Ed. Labor et Fidès)

Noël 2007  

Il vient sans cesse, notre Dieu incarné...

Il vient dans le silence, dans la brise d'Elie.

Il vient aussi dans la foule et dans le bruit.

Il vient par tous ces visages rencontrés au long des heures

Il vient à chaque instant

mais mes yeux sont empêchés de la reconnaître...

Un jour il viendra me prendre en son Royaume.

" J'entends son pas d'or sur la route.

Il vient, il vient, il vient à jamais."

Noël 2007

Carlo Maria Martini

  

 

Mon Dieu, tu t'es fait chair

pour nous dire que tu es proche

de notre humanité,

que tu partages nos limites,

que tu veux être pour nous,

avec nous et en nous.

Nous croyons que la crèche qui illumine la nuit

est le signe de ton amour pour nous,

et nous nous sentons aimés, pardonnés,

sauvés, recherchés par toi jusqu'en cette nuit.

Nous croyons que toute personne

de bonne volonté

peut te retrouver,

et du coup se retrouver elle-même

et retrouver les autres

en te donnant la possibilité d'entrer dans sa vie.

Avent 2007 Edmond JABÈS (1912-1991

Dieu n'est pas Dieu. Dieu n'est pas Dieu. Dieu n'est pas Dieu. Il est.

Il est avant le signe qui le désigne. Avant la désignation.

Il est l'avant-vide, l'avant-pensée; donc, l'avant-impensé aussi - comme s'il pouvait y avoir rien.

Il est l'avant-cri, l'avant-tremblement.

Il est la nuit sans nuit, le jour sans jour. L'avant-regard. L'avant-écoute.

Il est l'air avant la respiration. L'air inspiré et expiré par l'air. Pas encore le vent, mais l'air léger, indifférent, dans son oisiveté première.

Avent 2007

Jean Debruynne

 

Apprends-nous à attendre

Dieu, tu as choisis de te faire attendre

Tout le temps d’un Avent.

Moi, je n’aime pas attendre dans les files d’attente,

Je n’aime pas attendre mon tour

Je n’aime pas attendre le train

Je n’aime pas attendre pour juger

Je n’aime pas attendre le moment

Je n’aime pas attendre un autre jour

Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps

Et que je ne vis que dans l’instant.

Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente,

Les cartes bleues et les libres services,

Les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,

Les coups de téléphones et les photos numériques,

Les fax et les mails

La télévision et les flash à la radio, internet….

Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles :

Elles me précèdent

Mais Toi Dieu, tu as choisi de te faire attendre

Le temps de tout un avent

Parce que tu as fait de l’attente l’espace de conversion

Le face à face avec ce qui est caché

L’usure qui ne s’use pas

L’attente, seulement l’attente de l’attente,

L’intimité avec l’attente qui est en nous

Parce que seule, l’attente réveille l’attention

Et que seule l’attention est capable d’aimer.

Tout est déjà donné dans l’attente

Et pour Toi, Dieu, attendre se conjugue avec Prier.

 

sept

2007

(Texte d'origine irlandaise

Prends ton temps pour travailler,
c'est le prix du succès.

Prends ton temps pour réfléchir,
c'est la source de la force.

Prends ton temps pour jouer,
c'est le secret de la jeunesse.

Prends ton temps pour lire,
c'est la base du savoir.

Prends ton temps pour être amical,
c'est la porte du bonheur.

Prends ton temps pour rêver,
c'est le chemin qui mène aux étoiles.

Prends ton temps pour aimer,
c'est la joie de vivre.

Prends ton temps pour être content,
c'est la musique de l'âme.

2006

4 juin

Antony deMello

lI y avait une fois une dame qui était religieuse, dévote et remplie d'amour de Dieu. Chaque matin elle allait à l'église. Chemin faisant, des enfants l'interpellaient, des mendiants l'accostaient, mais elle était tellement absorbée dans ses dévotions qu'elle ne les voyait même pas.

Or, un jour, elle descendit la rue comme d'habitude et parvint à l'église juste à temps pour l'office. Elle poussa sur la porte, mais ne pu l'ouvrir. Elle poussa plus fort et découvrit qu'elle était verrouillée.

Bouleversée à la pensée de manquer l'office pour la première fois depuis des années et ne sachant quoi faire, elle leva les yeux. Et là, juste devant sa face, elle vit une note épinglée sur la porte.

C'était écrit : « Je suis là, dehors ! »

2006

4juin

Ephrem le Syrien

(306-373)

Feu et lumière qui resplendissent sur la face du Christ,

Feu dont la venue est parole, le silence est lumière,

Feu qui établit les cœurs dans l’action de grâce,

Nous te magnifions.

Toi qui reposes en Christ,

Esprit de sagesse et d’intelligence,

Esprit de conseil et de force,

Esprit de science et de crainte,

Nous te magnifions.

Toi qui scrutes les profondeurs de Dieu,

Toi qui illumines les yeux de notre cœur,

Toi qui te joins à notre esprit,

Toi par qui nous réfléchissons la gloire du Seigneur,

Nous te magnifions.

 

2006
21 juin

Jean Sulivan
Parole du passant

Partir à l'aube

Je vous invite donc à ne partir que pour mieux rentrer en vous-mêmes. Et même si vous ne partez pas, il est possible de retrouver votre « terre intérieure ».

 Qui que vous soyez, quelque soit votre peine ou votre solitude, il y a des instants heureux pour vous : des chemins, des ruisseaux, des quartiers de votre ville, la mer qui vous invite à la sérénité, la montagne qui dit : redresse-toi. Laissez quelque temps votre voiture au garage, marchez à pied seul, hors de vos horaires habituels.

 Savez-vous qu’il y a des aubes ? Avez-vous jamais marché à l’aube le long de la mer, dans une forêt ! Vous êtes seul, vous pouvez revenir à l’essentiel. Vous interroger sur la vie que vous menez. C’est le premier matin du monde. Il y a une parole pour vous qui se parle au-dedans, immémoriale... Ne parlez à personne de votre escapade et de la surprise heureuse qu’elle vous a réservée. Il y aurait trop de monde à l’aube !

2006
14 juillet

Madeleine.
DELBREL

Nous autres, gens des rues

Bal de l'obéissance

C'est le 14 Juillet. Tout le monde va danser. Partout, depuis des mois, des années, le monde danse. Plus on y meurt, plus on danse. Vagues de guerre, vagues de bal.

Il y a vraiment beaucoup de bruit. Les gens sérieux sont couchés. Les religieux récitent les matines de Saint Henri, roi. Et moi, je pense à l'autre roi, au roi David qui dansait devant l'Arche.

Car s'il y a beaucoup de saintes gens qui n'aiment pas danser, il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser, tant ils étaient heureux de vivre

Sainte Thérèse avec ses castagnettes, saint Jean de la Croix avec un enfant Jésus dans les bras, et saint François devant le Pape. Si nous étions contents de vous, Seigneur, nous ne pourrions pas résister à ce besoin de danser qui déferle sur le monde, et nous arriverions à deviner quelle danse il vous plaît de nous faire danser, en épousant les pas de votre Providence. Car je pense que vous en avez peut-être assez des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de capitaines, de vous connaître avec des airs de professeurs, de vous atteindre avec des règles de sport, de vous aimer comme on s'aime dans un vieux ménage. Un jour où vous aviez un peu d'envie d'autre chose, vous avez invité saint François et vous en avez fait votre jongleur.

A nous de nous laisser inventer pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut pas savoir où cela mène.

Il faut suivre, être allègre, être léger, et surtout ne pas être raide. Il ne faut pas vous demander d'explications sur les pas qu'il vous plaît de faire. Il faut être comme un prolongement agile et vivant de vous, et recevoir par vous la transmission du rythme de l'orchestre. Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer, mais accepter de tourner, d'aller de coté. Il faut savoir s'arrêter et glisser au lieu de marcher, et cela ne serait que des pas imbéciles si la musique n'en faisait une harmonie.

Si certains sont souvent en mineur, nous ne dirons pas qu'ils sont tristes. Si d'autres nous essoufflent un peu, nous ne dirons pas qu'ils sont époumonant. Et si, des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant, sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, faites-nous vivre notre vie, non comme un jeu d'échec où tout est calculé, non comme un match où tout est difficile, non comme un théorème qui nous casse la tête, mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle, comme un bal, comme une danse, dans la musique universelle de l'amour. Venez nous inviter.

 

2006
20 juillet

Martin
BUBER
Poême sur Elie

 

Tu voulais fondre des sommets comme un vent impétueux

et te montrer puissant comme on l’est dans la tempête,

tu voulais souffler l’existence dans les êtres

et bénir des âmes, le fléau à la main,

tu voulais avertir des cœurs épuisés dans l’ardeur de ton élan

et provoquer ceux qui sont de pierre à prendre feu.

Tu m’as cherché sur tes sentes exaltées

mais tu ne m’as pas trouvé.

Tu voulais monter jusqu’au ciel comme la langue d’une flamme

et faire place nette de tous

ceux qui ne savaient pas résister à ta fureur,

fort comme le soleil tu voulais assaillir des mondes

avec une énergie soudaine

capable d’embraser ton jeune rien.
Tu m’as cherché dans tes abîmes de flamme

mais tu ne m’as pas trouvé.

Alors mon messager a atteint ton oreille

et l’as mise au contact de mon cœur pacifique :

alors tu as appris à sentir comment semence

après semence commence à s’agiter

et toute sorte de frémissement – la croissance

des choses !-

t’apparut comme ronde de cercles,

le sang qui bruissait sur le sang,

et le silence

fut la parole qui te vainquit,

ce silence éternel, plein, doux et maternel.

Alors tu t’es penché au fond de toi

Et tu m’as trouvé dans ton cœur »

               Martin Buber Poésie

 

2006

16 août

Card. Etchegaray

dans l'homélie de la messe del'Assomption à N.D du Liban

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont brisés par la haine
et ceux qui apprennent à pardonner.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont emmurés dans la peur
et ceux qui commencent à espérer.

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Si Dieu est le Père des commencements
tu es la Mère des recommencements.
Donne à ceux qui ont perdu le goût de vivre
la force de vivre encore plus pour les autres.

Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Tu aides l’homme vieilli par le péché
à retrouver un coin fleuri de son enfance.
Tu aides l’homme révolté par la violence
à rendre à Dieu les armes de son destin.

Notre-Dame du Liban, garde ton peuple,
garde-le libre, libre, libre,
dans l’intégrité de son corps et l’unité de son âme.
Pour la gloire du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Pour la gloire de ton divin Fils Jésus
Pour le service des peuples de l’Orient et de l’Occident.

Que le Liban vive du Liban
Pour que le monde entier vive de la paix.
Amen
 

2006

1er septembre

Prière pour les vacances

 

Seigneur, notre Dieu,
veille sur ceux qui prennent la route :
qu’ils arrivent sans encombre au terme de leur voyage.
Que ce temps de vacances soit pour nous tous
un moment de détente, de repos, de paix!
Sois pour nous, Seigneur,
l’ami que nous retrouvons sur nos routes,
qui nous accompagne et nous guide.
Donne-nous le beau temps et le soleil
qui refont nos forces et qui nous donnent le goût de vivre.
Donne-nous la joie simple et vraie
de nous trouver en famille et entre amis.
Donne-nous d’accueillir ceux que nous rencontrerons
pour leur donner un peu d’ombre
quand le soleil brûle trop,
pour leur ouvrir notre porte
quand la pluie et l’orage les surprennent,
pour partager notre pain et notre amitié
quand ils se trouvent seuls et désemparés.
Seigneur, notre Dieu,
Veille encore sur nous
quand nous reprendrons le chemin du retour :
que nous ayons la joie de nous retrouver
pour vivre ensemble une nouvelle année,
nouvelle étape sur la route du salut.

 

2006

septembre

Nayla Tabbara

Libanaise sunnite

Enseignante en islamologie

à l'université Saint Joseph, Beyrouth

 

 Témoignage dans "La Croix du 17 août 2006

 

Lorsqu'on n'attend plus le sauveur envoyé du ciel,
on le retrouve en nous.

 

Mes peurs remplissent l'horizon. Pas l'univers, ces jours-ci je ne peux pas voir plus que deux dimensions. L'horizon devient la limite, car le ciel, alourdi de tous genres d'avions de guerre israéliens, semble se refermer sur nous comme un couvercle. l'incapacité humaine à arrêter d'autres conflits, d'autres guerres qui s'enlisent, la Palestine, l'Irak, fait que l'horizon me semble comme le seul interlocuteur possible. De cette montagne qui regarde Beyrouth et sa banlieue comme une plaie béante et où je me suis réfugiée comme une couarde parce que j'ai peur du bruit assourdissant des obus qui tombent, je m'adresse à la mer devant moi. Mer brumeuse, et tant mieux: je ne voudrais pas voir les navires israéliens, juste les bateaux qui effectuent les embarquements, des ouvertures, des promesses de futurs et de rêves pour des milliers de jeunes et d'enfants qui quittent cet enfer. Nous autres, ceux qui restent dans l'enfer, avons quand même le privilège d'être parmi les miséreux de cette terre, les miséreux qui survivent parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, ceux dont le demain est très très loin, si loin qu'il n'est plus de ce monde, mais de l'autre, que chacun imagine à sa manière.

5 h 30 du matin, un nouveau jour, et, oh ironie, un nouvel espoir. Dehors c'est le calme, il y a même les oiseaux qui se lèvent. Peu à peu, le soleil apparaîtra, les avions avec, et de nouveau ce sera les obsèques de l'espoir. Sisyphe. Ce Sisyphe-là, à chaque moment de calme croit, croit à nouveau, en Dieu et en l'homme, à la vie, à la paix, à la communication, au dialogue, et puis boum... c'est la mort, la haine, l'incompréhension, les cloisonnements et les peurs. Ensuite, moments de calme, la foi revient à nouveau, et puis, à nouveau, elle est bafouée. Ironiquement, je m'accroche au titre d'un livre écrit par un juif qui raconte l'autre côté d'Auschwitz: La Force du bien. Je m'y accroche mais il me file d'entre les mains. Les peurs que nous avons ici ne sont pas des peurs des obus uniquement, pas des peurs de cette mort si cruelle qui atteint nos concitoyens, ni la peur de manque de vivres qui atteint d'autres encerclés depuis plus d'une dizaine de jours et qui tombent peu à peu car il n'ont ni médicaments ni pain. C'est la peur de l'incapacité devant la force du mal. Et la force du mal, pour beaucoup ici, réside dans le danger d'une séparation. Des années et des années que nous oeuvrons pour le dialogue, pour la paix, pour le vivre-ensemble semblent s'effondrer. Le danger d'une séparation entre musulmans et chrétiens, entre frères qui ont bravé bien des obstacles pour continuer à affirmer leur conviction qu'ils ne veulent vivre qu'ensemble, que c'est ensemble qu'ils se comprennent plus eux-mêmes, que c'est ensemble qu'ils se rapprochent de Dieu, que c'est ensemble qu'ils veulent oeuvrer, construire, unir, agrandir leurs coeurs et leur bras.

Le cri de mon coeur voudrait remplir l'univers, et plus il se fait entendre, plus il brave le couvercle. C'est un coeur qui, au cours d'un long cheminement, a appris à grandir pour inclure tous les autres et qui saigne pour les misères de tous: chrétiens, musulmans, juifs et tous les autres, quelle que soit leur appartenance religieuse ou leur non-appartenance. Mais je m'arrête aux juifs car le dialogue islamo-chrétien ne se confine pas à l'islamo-chrétien uniquement, mais plus on s'y achemine, plus il permet d'ouvrir une dimension dans le coeur qui lui permet d'accepter et d'aimer tous les autres. Et même si ce sont des avions israéliens qui détruisent notre pays et nos âmes, mon coeur renie la force du mal qui fait que des hommes ou des femmes puissent tuer d'autres hommes, femmes ou enfants mais il ne renie nullement les juifs. Je porte aux juifs un grand amour, pour leur religion, pour leur histoire, pour leurs souffrances, mais aussi pour les peurs qui peuvent rendre certains d'entre eux inhumains. Tout comme je porte un très grand amour pour mes coreligionnaires musulmans, pour leur foi, pour leur abnégation, pour leur colère devant l'état actuel du monde, pour leur courage devant la mort, tout en déplorant les actes de détresse de certains d'entre eux, actes eux aussi inhumains.

Ceci est un cri du coeur à tous les coeurs du monde qui voudraient bien l'entendre. De sous les décombres, le seul espoir pour ce pays et pour le monde, c'est de toujours garder le coeur grand ouvert, face à un monde qui devient de plus en plus étroit.

Aujourd'hui je comprends différemment la fameuse phrase de Jean-Paul Il. Si «le Liban est un message», c'est un message au coeur même de nos religions, c'est le message qu'ont porté tous nos prophètes ou fondateurs de nos religions: celui de la force de l'amour au coeur de la haine. Lui seul peut nous permettre de continuer. Petite, j'avais accroché sur le mur de ma chambre deux phrases, l'une de Paul Éluard, l'autre d'Alki Zei. La première disait: «La vie commence de l'autre côté du désespoir», l'autre disait: «Toujours de l'avant, vers une vie nouvelle». Je les revis aujourd'hui et je comprends comment elles ne sont pas en contradiction. C'est vraiment au coeur du désespoir que commence la vie nouvelle. J'avais commencé à écrire cette nuit en plein désespoir, désespoir parce que nous sommes seuls, désespoir parce que la peur, la haine, l'incompréhension grandissent de jour en jour, parce que l'injustice dépasse largement les limites du possible, parce qu'une voix comme la mienne, qui n'appartient ni à un camp ni à un autre, me semblait plus faible qu'un murmure, mais c'est du fond de ce désespoir que s'est-opéré en moi le retournement. Lorsque l'on se sent délaissés de partout, lorsque l'impuissance des autres fait écho à la nôtre, lorsqu'on n'attend plus le sauveur envoyé du ciel, on le retrouve en nous. C'est du désespoir et dans le désespoir que j'ai retrouvé la force de la vie, la force du bien, la force de l'amour, une force qui me permet de dire à chaque instant: « toujours de l'avant, vers une vie nouvelle».

 

Août 2006 Le temps de prendre le temps

Ph. Meirieu

Les vacances, c'est pas toujours de tout repos ! Après la séance de jogging, votre enfant n'a que quelques minutes pour rattraper le groupe de tir à l'arc. Il enchaîne avec l'escalade-les jours pairs - ou le canyoning - les jours impairs. Au retour, en milieu d'après-midi, il n'aura pas le temps de flâner car l'animateur de l'atelier cirque n'aime guère qu'on le fasse attendre. Et puis, ce soir, il y a la veillée sur la faune locale : avec la carte « multi-activités », l'entrée est gratuite. Lui ne veut pas y aller : il a largement utilisé sa carte aujourd'hui et il est trop fatigué pour ça. Voilà qui ne fait pas votre affaire : vous n'avez pris que quinze jours de location à la montagne et il faut en profiter au maximum. Il sera bien temps, une fois revenu à la ville, de traîner devant des émissions de télévision débiles !

A ce régime-là, évidemment, peu d'enfants tiennent le coup. Presque tous pourtant, font les efforts nécessaires : ils comprennent bien que leurs parents veulent leur faire découvrir ce qu'il y a de mieux, leur faire vivre les aventures les plus intéressantes possible. Ils savent qu'ils ont de la chance, à côté de eux qui ne sont pas partis en vacances et « rouillent » toute la journée sur les places surchauffées des villes.

Mais, passé l'intérêt de la découverte, les premiers jours, ils peinent un peu : ils ne peuvent pas s'intéresser à tout... Trop, c'est trop !

Pourtant, tous les parents savent bien que leur enfant serait le premier à se plaindre si rien n'était organisé. Ils en ont fait l'expérience un jour ou l'autre : ils connaissent les journées qui traînent, les plaintes qui n'en finissent plus, les grasses matinées qu'on laisse durer jusqu'à midi, par découragement : « Pour ce qu'il fait quand il est levé, il n'a qu'à rester couché !» Ils se souviennent des protestations : « Au moins, à la maison, il y a toutes les chaînes de télé ! Ici c'est pourri ! II n'y a rien d'intéressant à faire... »

Mais les parents oublient trop vite que toutes les activités de loisir peuvent devenir de tristes obligations si elles sont prises dans la tenaille d'un emploi du temps implacable. Pouvoir faire varier le cours du temps : c'est cela les vacances. Il faut y faire quelque chose, quelque chose de passionnant si possible. Mais il faut pouvoir aussi prendre du temps, prendre « son temps » : s'asseoir, ne rien dire, regarder un moment autour de soi, feuilleter un livre ou un magazine, parler de choses et d'autres, puis se taire à nouveau... Laisser filer le temps.

S'apercevoir que le temps a passé. Mais que, justement, ce n'est pas grave... parce qu'on est en vacances !

Ainsi nous faut-il savoir organiser assez les vacances pour qu'elles ne basculent pas dans le désoeuvrement. Mais il faut également savoir oublier l'organisation pour laisser les choses se distendre un peu. Avec juste assez d'ennui pour qu'on sente le temps passer et juste assez de repères pour qu'on sache qu'on ne va pas s'ennuyer toujours.

août 2006

 "Du bon usage de la lenteur"

P. Sansot

 

Flâner, ce n'est pas suspendre le temps mais s'en accommoder sans qu'il nous bouscule. Cela implique de la disponibilité et, en fin de compte, que nous ne voulions plus arraisonner le monde... Je vous propose un ennui dans lequel on s'étire voluptueusement, par lequel on bâille de plaisir, tout au bonheur de n'avoir rien à faire, de remettre à plus tard ce qui n'est pas urgent. Vous vivrez alors dans le sentiment de la non-urgence.

 

Ce n'est pas là chance accordée à beaucoup. Il faut donc s'y préparer de très bonne heure.

 

Août 2006 Couleurs

 

Un jour, toutes les couleurs du monde se mirent à se disputer entre elles, chacune prétendant être la meilleure, la plus importante, la plus belle, la plus utile, la favorite.

Le vert affirma :
Je suis le plus essentiel, c’est indéniable !Je représente la vie et l’espoir. J’ai été choisi pour l’herbe, les arbres et les feuilles Sans moi, les animaux mourraient.
Regardez la campagne et vous verrez que je suis majoritaire.

Le bleu prit la parole :
Tu ne penses qu’à la terre mais tu oublies le ciel et l’océan. C’est l’eau qui est la base de la vie alors que le ciel nous donne l’espace, la paix et la sérénité.
Sans moi vous ne seriez rien.

Le jaune rit dans sa barbe :
Vous êtes bien trop sérieux ! Moi j’apporte le rire, la gaieté et la chaleur dans le monde. A preuve, le soleil est jaune, tout comme la lune et les étoiles. Chaque fois que vous regardez un tournesol, il vous donne le goût du bonheur.
Sans moi, il n’y aurait aucun plaisir sur la terre.

L’orange éleva sa voix dans le tumulte :
Je suis la couleur de la santé et de la force. On me voit peut-être moins souvent que vous mais je suis utile aux besoins de la vie humaine. Je transporte les plus importantes vitamines. Pensez aux carottes, aux citrouilles, aux oranges, aux mangues et aux papayes.
Je ne suis pas là tout le temps mais quand je colore le ciel au lever et au coucher du soleil, ma beauté est telle que personne ne remarque plus aucun de vous.

Le rouge qui s’était retenu jusque là, prit la parole haut et fort :
C’est moi le chef de toutes les couleurs car je suis le sang, le sang de la vie. Je suis la couleur du danger et de la bravoure. Je suis toujours prêt à me battre pour une cause.
Sans moi la terre serait aussi vide que la lune. Je suis la couleur de la passion et de l’amour, de la rose rouge et du coquelicot.

Le pourpre se leva et parla dignement :

Je suis la couleur de la royauté et du pouvoir. Les rois, les chefs et les évêques m’ont toujours choisi parce que je suis le signe de l’autorité et de la sagesse. Les gens ne m’interrogent pas, ils écoutent et obéissent.

Finalement, l’indigo prit la parole,beaucoup plus calmement que les autres mais avec autant de détermination :
Pensez à moi, je suis la couleur du silence. Vous ne m’avez peut-être pas remarqué mais sans moi vous seriez insignifiantes. Je représente la pensée et la réflexion, l’ombre du crépuscule et les profondeurs de l’eau.
Vous avez besoin de moi pour l’équilibre, le contraste et la paix intérieure.

 

Et ainsi toutes les couleurs continuèrent de se vanter, chacune convaincue de sa propre supériorité. Leur dispute devint de plus en plus sérieuse. Mais soudain, un éclair apparut dans le ciel et le tonnerre gronda. La pluie commença à tomber fortement. Inquiètes, les couleurs se rapprochèrent les unes aux autres pour se rassurer.

 

Au milieu de la clameur, la pluie prit la parole :
Idiotes, vous n’arrêtez pas de vous chamailler, chacune essaie de dominer les autres. Ne savez-vous pas que vous existez toutes pour une raison spéciale, unique et différente. Joignez vos mains et venez à moi.

Les couleurs obéirent et unirent leurs mains.

 

La pluie poursuivit :
Dorénavant, quand il pleuvra, chacune de vous traversera le ciel pour former un grand arc de couleurs et démontrer que vous pouvez vivre ensemble en harmonie. L’arc en ciel est un signe d’espoir pour demain.

 

Et chaque fois que la pluie lavera le monde, un arc en ciel apparaîtra dans le ciel, pour vous rappeler de nous apprécier les uns les autres.

 

2006

19septembre

 

Tolérance et fraternité

Paraboles, janvier 1980.

 

 

La tolérance sinue sur une ligne de faîte entre deux abîmes. Du fond du premier montent des voix rauques :« Nous sommes les maîtres de la vérité ! Tout autre que nous gît dans l'erreur ! » C'est le versant abrupt et rocheux, où d'âpres vents sifflent : convertissons ou méprisons ! L'autre pente est ensoleillée, des voix aimables y murmurent :« Toutes les croyances se valent et sont relatives au génie si divers des hommes. Essayons donc de tout comprendre. »

Croit-on que le versant fleuri soit bien meilleur que la face nord ? Entre ceux qui rejettent tout sauf eux-mêmes, et ceux qui ont le coeur assez grand pour tout accueillir, je ne vois pas que l'on respecte l'homme et sa foi. La tolérance (mot déplaisant, genre « du bout des lèvres », il en faudrait inventer un autre) exige, ce me semble, trois qualités : l'esprit critique, l'humilité et la conviction.

 

L'esprit critique

 L'esprit critique se campe devant la doctrine qui défend l'équilibre de tous les cultes et l'accuse, sous ses airs de douceur, de professer un étrange dédain de l'homme. Car mainte religion a réclamé des sacrifices sanglants, des bûchers, et aujourd'hui encore cette cruauté n'est pas éteinte, qui survit dans des sectes mutilantes et crapuleuses, parfois dans les condamnations que prononcent nos coeurs. Continuer à chanter que toutes les religions se valent, parce que tout est relatif, cela reviendrait à dire que peu importe chez l'homme sa vie ou sa mort, sa santé ou sa blessure, son enchaînement ou sa liberté. Relativisons ce que nous voulons, mais la dignité de l'homme, jamais. La tolérance ne peut accepter l'intolérable et doit rester sous l'indispensable contrôle de l'esprit critique.

 

L'humilité

 Mais entre traditions raisonnables et peu différentes entre elles, comme le sont, dans le christianisme, catholicisme, protestantisme ou orthodoxie, saluons plutôt l'humilité et son petit frère l'humour. Nous sommes catholiques ou protestants par le hasard de la naissance, rarement par une décision personnelle. Notre confession nous a façonnés. Nous l'aimons comme le visage de notre mère ou la poésie de notre maison. C'est bien assez de raisons pour demeurer où nous sommes (notez comme il y a peu de transfuges), mais sans en appeler à une prétention supérieure qui nous ferait dire, pardessus tant d'attachement et de gratitude : « C'est nous qui possédons la vraie foi du Christ ! » Qui ose dire qu'il a la vérité à lui seul, avec sa famille et ses troupeaux, mais sans les autres ? Quelle est cette vérité sans la vérité du prochain ? Nous devons, entre confessions différentes, être comme des époux, non point dans l'orgueil d'une suffisance, mais dans l'émerveillement de notre incomplétude et le besoin que l'autre nous comble de ce qui nous manque. Attente réciproque et charmée : tiens, il a quelque chose à nous dire, ce réformé, avec son libre examen ! Tiens, cette profondeur sacramentelle du catholique et ce rite d'absolution, comme c'est beau ! Tiens, cette ferveur de l'orthodoxe, et cette icône qui incline à l'adoration!

 

La conviction

 Devant juifs et musulmans, nous avons, comme entre catholiques et protestants, à oublier les haines d'un autre âge, pour tirer, en nos échanges, tout le parti possible de nos sensibilités particulières. Mais nos monothéismes sont trop dissemblables pour que la seule humilité puisse aimablement régler nos rapports. Entre eux et nous, le Christ ; il nous sépare. Devons-nous le taire pour simuler l'accord parfait des doctrines ? Certes pas, au contraire.

Nous serions aussi faux dans la pusillanimité que nous l'avons été dans l'arrogance. Quoi qu'en pensent les autres, le Christ reste notre Seigneur, et nous le proclamons puisque c'est notre foi.

C'est ici que la tolérance nous pose son plus difficile problème : si le Christ est notre plénitude, comment ne pas penser que celui qui l'ignore souffre d'un manque ? Notre tolérance s'assortit alors d'une moindre estime : nous nous donnons raison, pacifiquement, mais contre eux. Les tolérer revient à accepter qu'ils aient tort. Et notre amitié s'en trouve tout altérée, si nous les jugeons moins visités par le Seigneur, moins pourvus en bonne religion. Ce sentiment de tenir le vrai, si propre à la foi, ne peut se concilier avec un authentique respect de l'autre et le sens de son entière dignité...

Or, chez le chrétien au moins, la foi en Jésus-Christ devrait abolir immédiatement le problème qu'elle crée : car si je me préfère dans ma foi, je trahis la foi. Celle-ci m'enjoint d'aimer le Christ et de le préférer à tout, certes, mais pas en moi, en autrui. La pitié ne possède pas plus Jésus, que sa maison ou même sa tombe ne l'ont possédé. Éternel vagabond, Jésus m'est connu en celui qui partage avec lui, moins les idées, que sa face de nomade et son errance d'étranger. Si nous aimons le Christ, c'est dans les autres ; si nous offensons l'étranger, la blessure est sur lui. Je ne puis me flatter de posséder le Christ. Eux non plus, puisqu'ils l'ignorent ou le rejettent ; mais moi qui l'accepte, je ne l'ai pas beaucoup plus qu'eux. Nous sommes presque à égalité. Et je suis même plus bas, car ma foi m'enjoint de voir que ces autres, qui n'ont pas le Christ, sont pour moi le Christ. Jésus s'est nommé à eux et a lié son adoration à des obligations envers eux. Sa vérité et son amour se confondent. Je suis tenu, là ou j'allais dédaigner, à un respect sans limite.

C'est pourquoi, comme l'aveugle-né, je délaisse la vaine discussion avec eux qui n'y croient pas. Qu'importe s'ils n'y croient pas ! Moi, d'y croire me fait croire en eux et me lie à eux comme au Christ qu'ils figurent à leur insu :« Ma vérité à moi, c'est leur dignité à eux. »

Voilà où mène la force d'une conviction. Ne serait-elle qu'une concession à la diversité des opinions humaines, elle n'irait pas si loin, pas du moins jusqu'à saluer cette grandeur cachée que seule la foi découvre. Il n'est alors plus question de tolérance, le mot est décidément trop étroit, qui laisse à l'autre ses opinions, mais sans les estimer.

La conviction s'y prend autrement : elle met au sommet le respect de l'autre et comme l'on ne sépare pas un homme de ses idées, elle salue aussi en ses idées, une vérité que je ne sais pas, au nom d'une vérité, la mienne que je sais ; c'est notre différence.

Ici ma foi dont je connais le prix incomparable. Là mon ignorance, mais qui ne laisse pas de pressentir une infinie grandeur. Non, tolérance ne suffit pas, il faut un nom nouveau : que diriez-vous de « fraternité » ?

 
2006

Novembre

Alain Lerbret

BEATITUDES

 

Heureux qui veille avec un coeur de pauvre
l'Amour de Dieu est son royaume

Heureux qui jamais ne montre le poing
la fleur de Dieu croît en ses mains

Heureux qui par amour a de la peine
le sang de Dieu coule en ses veines

Heureux qui pour la justice a souffert
le coeur de Dieu lui est offert

Heureux qui ne cesse de pardonner
la joie de Dieu est son secret

Heureux qui voit tout d'un regard d'enfant
les traits de Dieu lui sont présents

Heureux qui pour la paix donne sa vie
les bras de Dieu lui sont promis

Heureux qui pour moi risquera sa tête
le chant de Dieu lui fera fête

d'après Matthieu 5/1-12

2006

Décembre

Lanza del Vasto

Il va venir comme un grand vent,
Le vent qui souffle où veut l'Immense.
Il va venir comme la mer
Avec l'eau chaste, avec le sel,
Laver, laver dans l'eau sans fond.
Il va venir avec le fer,
Comme la faux dans les sainfoins
Faucher la chair, la fleur de l'herbe.

Il va venir avec le feu,
Lavant, lavant avec le feu ;
Il viendra sur le sol des nuages marchant
Du Levant au Couchant, comme foudre il fendra l'étendue ;
Il viendra resplendir sur le coucher du monde
Celui que toute chose attendait depuis l'aube.

Depuis que le Seigneur a divisé les eaux,
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Mille soleils et mille ont coulé dans la vase
Avec tous leurs trésors.
La grande meule a tourné dans le vide,
Mais l'étoile cassée a crié dans sa chute :
« Il viendra, II viendra ! »

L'Océan a vomi, mangé, vomi les îles ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Il s'est rompu mille ans contre la côte, et mille
Il a rompu la côte où d'autres rocs surgissent,
Chaque vague a crié dans le vent qui la brise :
« Il viendra, Il viendra ! »

Les monts se sont levés comme des flots d'orage,
Les monts ont déferlé comme des flots,
Dans les siècles sans fond ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Le basalte a coulé comme un ruisseau de pluie
Sous le regard de l'Eternel.
La pierre a dit, roulant vers la crevasse :
« Il viendra, Il viendra ! »

La verdure de l'arbre a grandi par étage,
A coulé fleurs et fruits, a fumé le limon ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Du fond des mers aux bois craquant de meurtres
Un cerf brame vers l'eau, un loup hurle à la lune :
« Il viendra, Il viendra ! »

2006

décembre

Madeleine delbrel

Ne pensez pas que notre joie soit de passer nos jours à vider nos mains, nos têtes, nos coeurs.

Notre joie est de passer nos jours à creuser
la place dans nos mains, nos têtes, nos coeurs,
pour le Royaume des Cieux qui passe.

Car il est inouï de le savoir si proche,
de savoir Dieu si près de nous,
il est prodigieux de savoir son amour possible tellement en nous et sur nous,

Et de ne pas lui ouvrir cette porte
unique et simple,
de la pauvreté d'esprit.

2007

Janvier

Soeur
Marie-Joie

OSONS...NOËL

   

« Il n’y a que le silence qui révèle les abîmes de la vie » (Zundel). Les grandes œuvres de Dieu sont le fruit du silence. Dieu seul en est témoin et avec lui, ceux qui voient de l’intérieur , qui font silence et vivent de la présence du verbe silencieux, comme Marie qui retenait et méditait ces événements dans son cœur. Alors

 Osons…. Avec Marie écouter dans le silence la Parole de Dieu, laissons la résonner pour qu’elle prenne chair en nous ….

 Osons…. Rayonner notre foi en ce Dieu qui prend visage d’homme dans un tout petit enfant.

 Osons …. La tendresse envers nos frères : elle est  offerte à tous dans la fragilité d’un nouveau né.

 Osons…. La paix : sans armes, ni carapace le Prince de la Paix s’offre vulnérable au monde entier

 Osons…. « La déprise » de nous-même : dans une étable sans richesse, le Fils de Dieu se donne, désapproprié de sa divinité .

 Osons…. L’émerveillement : celui des bergers et des mages devant le Mystère du Dieu fait homme. 

 Osons… Croire : au creux de  nos pauvretés,  de notre péché Dieu vient « s’installer » et fait naître la vraie vie.

 Osons…Inventer, rêver un  monde lumineux où chacun se saura différent et unique pour Dieu.

 Osons… Devenir de « nationalité divine » Fils d’un même Père… Ouvrons des chemins fraternels.

 Osons Noël…. Oui, Osons Noël 
car Noël c’est bien la naissance de ce Dieu, qui par amour pour nous, vient nous dire :
 tout recommence,  tout devient possible
car aujourd’hui :
 « Celui que les cieux ne peuvent contenir  se donne à nous tout entier »…..
(Sainte Claire) .

 Alors… Osons Noël et risquons l’audace de la joie

 

Sœur Marie-Joie

11Transmis par Monique Huberfeld

 
Noel Congo

Dieu avait besoin d'un père pour son peuple.
Il choisit un vieillard,
Alors Abraham se leva.

Il avait besoin d'un porte-parole.
Il choisit un timide qui bégayait.
Alors Moïse se leva...

Il avait besoin d'un chef pour son peuple.
Il choisit le plus petit, le plus jeune.
Alors David se leva.

Il avait besoin d'une mère pour naître au monde
Il la choisit dans un village ignoré
Alors Marie se leva

Il avait besoin d'un roc pour poser l'édifice.
Il choisit un renégat.
Alors Pierre se leva.

Il avait besoin d'une femme pour annoncer sa résurrection
Il choisit une prostituée
Ce fut Marie de Magdala

Il avait besoin d'un témoin pour crier son message
Il choisit un persécuteur
Ce fut Paul de Tarse

il a besoin de nous pour que son peuple se rassemble
et porte son amour au monde
Pourquoi s'étonner qu'il nous ait choisi/es
dans cette longue histoire ?
Et même si tu trembles
,
pourras-tu ne pas te lever?

Lu pour Noël au Congo
Transmis par Victorine
 

Chandeleur

Angelus Silesius

  

J’ai cherché Dieu

        avec ma lampe si brillante

        que tout le monde me l’enviait.

J’ai cherché Dieu

        dans les astres.

J’ai cherché Dieu

        dans d’infimes trous de souris.

J’ai cherché Dieu

        dans les bibliothèques.

J’ai cherché Dieu

        dans les universités.

J’ai cherché Dieu

        au télescope et au microscope...

Jusqu’à ce que je m’aperçoive que j’avais oublié ce que je cherchais.

Alors, éteignant ma lampe,

        je jetai mes clés

        et me mis à pleurer...

Et aussitôt

        Sa lumière fut en moi.

Décembre 2006 Noël

Ph Meirieu

NOËL

Ali connaissait bien le chemin de la crête. Il le parcourait plusieurs fois par jour pour rejoindre la ferme du père Jean. Mais cette nuit-là il avait neigé et Ali ne retrouvait presque rien, ni les cailloux auxquels il était habitué, ni le petit mur démoli juste avant le tournant, ni même les fils de fer barbelés qui séparaient le chemin des champs. Il allait vite, les mains enfouies dans ses poches. Il regardait droit devant lui, espérant apercevoir au loin la lueur de la fenêtre. Il fallait se dépêcher. Il se mit à courir, dépassa le petit bois de sapins, longea les barrières de bois et ralentit; en levant la tête il aperçut la petite lumière de la ferme. Ce n'était qu'une très faible lueur un peu rouge, mais elle était là et c'était l'essentiel; dans cette nuit elle brisait l'isolement, elle indiquait une présence. Ali ralentit, il regarda la petite lumière: le père Jean était là, tout seul, il devait fumer sa pipe devant la cheminée en regardant le feu de bois.

Il y avait deux ans qu'Ali connaissait le père Jean. Il était arrivé dans la région avec sa femme parce que l'usine qui l'employait avait fermé et qu'il avait entendu dire qu'on cherchait ici des ouvriers agricoles. Deux ans déjà qu'il aidait le père Jean.

 Il avançait maintenant beaucoup plus lentement les yeux fixés sur la faible lumière. Il passa le petit pont et attaqua la côte. La ferme était à cinq cents mètres un peu au-dessus de lui. Il en distinguait les contours, une ombre noire qui se détachait sur la neige. Il hésitait. Qu'allait-il dire le père Jean? Ali ne put s'empêcher de penser à son arrivée à la ferme. Le père Jean, on lui avait dit que c'était un brave homme, un homme bon, il était arrivé confiant. Le père Jean l'avait regardé: «Ah! c'est vous. J'aurais préféré un français; je n'aime pas les arabes, mais puisque vous êtes là ! »

Et depuis le vieux ne lui avait jamais adressé la parole. Ali était à la ferme tous les matins à cinq heures avec sa femme. Mériem faisait le ménage et préparait le repas, elle ne mettait qu'un couvert, celui du vieux; eux allaient manger chez eux, dans la vieille cabane de berger, derrière la crête. Ail suivait le vieux toute la journée, il recevait ses ordres par gestes, jamais le vieux n'avait desserré les dents.

Maintenant Ali était assis dans la neige. II n'avait pas froid. II regardait la fenêtre éclairée en roulant de la neige dans ses doigts. La lumière faiblissait, le feu devait être en train de s'éteindre: dans quelques minutes le vieux irait se coucher. Dans la tête d'Ali tout se mélangeait: les images du pays, le visage de Mériem, la ferme, la neige, et toujours la tête du père Jean, les dents serrées sur sa pipe, le regard sombre et cette phrase qui tapait à ses oreilles: «Je n'aime pas les arabes! Je n'aime pas les arabes! »

 Et puis tout à coup Ali tourna la tête dans la direction de la cabane qu'il avait quittée depuis une demi-heure maintenant et où Mériem attendait. Il se leva et lentement monta vers la ferme. La porte était toujours ouverte. Ali le savait. II posa la main sur la poignée et entra. Dans la pièce il faisait chaud, le feu s'éteignait lentement. Devant la cheminée le fauteuil du vieux était vide. Ali s'avança, il ne comprit pas tout de suite. Il sentit quelque chose de froid toucher son cou et la voix du vieux retentit: «Je savais bien qu'un jour tu penserais à ça! II doit avoir des économies le père Jean. Ah vous êtes bien tous les mêmes! »

 Ali ne comprit pas, qu'est-ce qu'il disait? Il n'avait jamais pensé aux économies du vieux, il se retourna; le canon du fusil était maintenant devant son visage.

« Ce n'est pas vrai! » parvint-il à dire.

 Le vieux baissa son fusil. «Maintenant ça dépend de la police.»

«Ce n'est pas vrai», répéta Ali, et puis, très vite, en baissant la tête comme s'il avait honte: «C'est Mériem, le bébé arrive, vous devez venir, je ne sais pas faire. »

 Le vieux fit quelques pas de côté, raccrocha son fusil et alla s'asseoir dans son fauteuil. Ali le suivit des yeux, maintenant il ne voyait que le dos du vieux, ses larges épaules dépassaient le fauteuil, il était immobile. Ali comprit qu'il resterait là silencieux, qu'il n'avait rien à attendre de lui. Il partit sans bruit, referma doucement la porte derrière lui. Dès qu'il fut dehors il se mit à courir, il dévala la pente, reprit le chemin de la crête, il courait sur la neige, les yeux fixés sur les traces de pas qu'il avait faites tout à l'heure et qui lui indiquaient le chemin.

Maintenant le soleil était levé; dehors il faisait beau, la plaine au loin était sombre et grise, mais autour de la cabane de berger la neige avait tout recouvert, la montagne éclatait de lumière. Ali regardait par la fenêtre, il essayait de retrouver sous la neige la place de chaque rocher, de chaque chemin. Il revint près de Mériem, l'enfant était là, à côté d'elle, tous deux dormaient.

  Ali, lui, n'avait pas dormi, il ne pouvait s'ôter de la tête la sensation du fusil sur sa nuque, l'image du vieux, impassible dans son fauteuil. Il regarda longuement Mériem et l'enfant, puis se dirigea vers la porte, il l'ouvrit. A ses pieds il y avait un paquet, un petit paquet de carton attaché avec une vieille ficelle. Il regarda le paquet, se pencha pour le ramasser et le rapporta sur la table: le paquet contenait une petite poupée de bois, taillée à la main dans une bûche; Ali regarda la poupée, il la tint longuement dans ses doigts, puis sortit machinalement sur le seuil et regarda en direction de la ferme du père Jean, il fixa longuement le petit point noir au loin et leva machinalement le bras comme pour faire un signe, mais sa main s'arrêta à mi-parcours. Il rentra dans la cabane, posa doucement la poupée près de l'enfant puis se coucha à côté et s'endormit.

 Au fond du paquet il y avait aussi une vieille feuille de carnet avec ces quelques mots: « il fait plus chaud à la ferme, je vous attends.»

 Mais ni Mériem, ni Ali ne savaient lire.

 

Philippe Meirieu

 
Paques

2007

Conseil Plénier de 83 à Sale

MON DIEU FAIBLE

 

Mon Dieu n'est pas un Dieu qu'on ne puisse atteindre, difficile, insensible, stoïque et incapable de souffrance.

Mon Dieu est faible.

Il est membre de ma race, et moi de la sienne.

Mon Dieu a fait l'expérience de la joie humaine, de l'amitié, la joie de la terre et de tout ce qu'elle nous donne.

Mon Dieu a eu faim, a ressenti la fatigue, le sommeil. Mon Dieu était sensible.

Il a été nourri au sein de sa mère; il a senti et reçu l'affection et la tendresse d'une femme.

Mon Dieu a aimé tout ce qui était humain, les hommes et les choses, le pain et le vin, les saints et les pécheurs.

Mon Dieu était un homme de son temps. Il était vêtu comme les hommes de son temps. Il parlait la langue de son peuple. Travaillait de ses mains.

Il est mort jeune parce que Il était sincère. Ils l'ont tué, parce que, à leurs yeux, il était dans l'erreur.

Mais, mon Dieu est mort sans haine. Il est mort en excusant ceux qui le tuaient, ce qui est encore plus fort que de pardonner.

Mon Dieu est faible, mais il a vaincu la mort, et de ses mains a fleuri une fleur nouvelle, la Résurrection.

Tant de personnes trouvent difficile d'accepter mon Dieu faible, mon Dieu qui pleure, mon Dieu qui a dû mourir pour triompher; mon Dieu qui a fait d'un voleur, d'un criminel, le premier saint de son Eglise, mon Dieu jeune, mort parce que coupable d'être un agitateur politique.

Il est difficile d'accepter mon Dieu faible, abandonné par son Père, mon Dieu qui ne se défend pas.

C'est très difficile d'accepter mon Dieu faible; mon Dieu qui a éprouvé la tentation. Mon Dieu qui a trouvé si dur

 d'accepter la volonté de son Père, qu'il en a sué le sang.

Mon Dieu faible est difficile à accepter pour ceux qui continuent à rêver d'un Dieu qui ne soit pas comme eux. En fait, il est impossible de comprendre mon Dieu si on ne comprend pas l'Amour.

été

2007

André Dumas

 

NOUS FRANCHISSONS NOS FRONTIERES

Notre Dieu, nos vies sont limitées et il est bien qu'il en soit ainsi. Nous n'avons qu'un tempérament, dont nous constatons les réactions et les remontées. Nous n'avons qu'un métier, où progressivement nous avons acquis l'expérience et l'aisance. Nous n'avons qu'un pays, donné en partage à notre naissance ou à notre adoption. Nous n'avons qu'un amour, qui nous attire et nous heurte. Nous n'avons qu'une foi, même quand nous trébuchons dans son expression et sa recherche. Nous n'avons qu'un nom unique, comme toi-même, le Seigneur de l'univers multiple tu n'as pourtant qu'un nom unique, donné en connaissance et suffisance.

 Apprends-nous ainsi à te reconnaître, à habiter et à aimer nos limites, afin que nous devenions des arbres plantés, plutôt que des girouettes agitées par les vents.

 Mais qui dit limites, dit aussi frontières, les frontières des autres et de toi, les frontières des nations et des cultures, des classes et des races, les frontières des dons et des manques, les frontières de la foi et de l'incroyance.

 Notre Dieu, sans quitter nos limites, nous voudrions aussi franchir nos frontières, pour vivre le voyage, le brassage, l'échange et la communion. Nous voudrions aller là où ne nous porte pas notre origine, comprendre ce que notre formation ne nous donne pas à saisir, faire ce que nos habitudes ignorent, oublient et parfois méprisent. Nous voudrions faire comme toi, qui es le Dieu unique d'un peuple unique et qui es pourtant aussi le Dieu qui abat les barrières, qui va et envoie jusqu'aux extrémités de la terre, qui va et envoie jusqu'aux extrémités de l'existence. Nous voudrions franchir nos frontières avec toi.

 Donne-nous ainsi, non pas de nous dépasser prétentieusement, mais de nous transporter aventureusement. Donne-nous d'aller, là où nous nous raidissons, d'aimer, là où nous nous recroquevillons, de nous lier, là où nous nous refusons. Donne-nous la force et la joie de franchir l'infranchissable de chacune de nos vies.

Amen.