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Pâques 2008 |
Sylvie Reff, poète |
Je vous ai faits pour vivre
pour croître et danser dans vos branches
au ciel de ma lumière
je vous ai faits pour vivre
comme l'oiseau pour voler (...)
Je vous ai faits pour mourir
de cette bonne mort pour la vraie vie
pour mourir à vos enveloppes, à vos cuirasses
á vos masques et à vos peurs.
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Pâques
2008 |
Mgr Guy-Marie Riobé |
Chacun de nous, s'il
devient prière,
fera, par sa seule action de présence,
pressentir aux autres que la vie a un sens,
et que la bêtise, la haine, la mort
n'auront pas le dernier mot.
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Carême
2008 |
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Je
te cherche
Je n'ai pas de peuple
pour crier vers Toi, Seigneur.
Je suis seul au fond de mon être.
Si je ne t'abrite sous mon toit,
Seigneur, entreras-tu par la fenêtre ?
Je n'ai pas de lampe
pour brûler mon huile, Seigneur.
La nuit dort en moi d'un sommeil de cendres
J'entends qu'on marche sur les tuiles,
Seigneur, est-ce le voleur qui vient me surprendre
Je n'ai pas de sable au désert qui brûle,
Seigneur,
j'ai trop de buissons et de chênes-lièges,
trop de résineux qui te dissimulent.
Et tu sais si bien déjouer mes pièges
que je ne sais plus s'il faut que je cherche,
Seigneur,
dans le plus lointain horizon qui soit
ou bien si tu perches à côté de moi. |
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Nouvel an 2008 |
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Bénis,
Seigneur, cette nouvelle année,
tous ces jours devant nous
qui vont passer comme un éclair.
Apprends-nous à les purifier de toute vanité
et de toute impatience
pour qu'ils soient remplis tout entiers
de ta plénitude.
Bénis, Seigneur, cette nouvelle année.
Bénis ceux qui
s'efforcent,
au milieu des guerres et des violences,
de bâtir un monde plus fraternel.
Bénis tous les peuples de la Terre
afin qu'ils soient dans la paix.
Bénis
tous ceux qui te reconnaissent
comme seul Seigneur,
bénis ton Eglise partagée, divisée,
rassemble-la dans l'unité.
Bénis tous
ceux qui forment ton peuple.
Bénis,
Seigneur,
bénis tous ceux que j'aime,
tous ceux que je rencontrerai cette année.
Bénis, Seigneur, toutes mes démarches,
imprègne de prière toute ma vie.
Bénis,
Seigneur, cette nouvelle année,
aide-nous à vivre tout au long des jours
dans l'allégresse et la sérénité,
la tendresse et la fidélité. |
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Nouvel an 2008 |
D'après
Karl Rahner |
Prière aux magespour chercher avec eux
Votre cœur s'est mis en route vers Dieu
en même temps que vos pas
se dirigeaient vers Bethléem.
Vous cherchiez
et Dieu guidait votre recherche
dès l'instant où vous l'avez entreprise.
Vous le cherchiez donc, lui, le Salut.
Vous le cherchiez au firmament du ciel,
mais aussi dans votre cœur ;
dans le silence
mais aussi dans les questions
posées aux hommes.
Quand, arrivés près de l'Enfant,
vous vous agenouillez devant lui,
vous offrez l'or de votre amour,
l'encens de votre vénération,
la myrrhe de vos souffrances
devant la Face du Dieu invisible (...).
Et toi,
risque à ton tour le voyage vers Dieu !
Allons, en route !
Oublie le passé, il est mort !
La seule chose qui te reste, c'est l'avenir.
Regarde donc en avant
la vie est là et ses possibilités entières,
car on peut toujours trouver Dieu,
toujours le trouver davantage.
Un atome de réalité surnaturelle
a tellement plus de prix que nos rêves les plus grandioses :
Dieu est l'éternelle jeunesse et il n'y a point de place
pour la résignation dans son Royaume ! |
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Nouvel an 2008 |
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Bonne route
pour l'étonnant voyage de cette année !
Que soit bénie en toute maison
la mèche qui n'est plus que fumée amère
et qui, par votre souffle, deviendra flamme.
Que soit bénie toute l'année
la joie de votre visage transfiguré
qui infusera l'Espérance aux désespérés.
Pour ce
premier de l'an,
brillez de cette joie
comme ensemble
on reprend un jour nouveau, une route nouvelle,
un amour nouveau, une terre nouvelle...
en l'étonnant voyage de l'année nouvelle
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Nouvel an 2008 |
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A l'aube de cette
nouvelle année, Seigneur,
nous t'offrons le visage de nos désirs,
l'esquisse de nos projets,
l'impatience de nos cris,
ta création nouvelle
qui traverse les douleurs de l'enfantement.
Apprends-nous à te rencontrer,
toi le Vivant, dans les souffrances
et les soifs d'un monde qui se cherche.
Que cette nouvelle année
soit le tremplin d'une espérance
donnée à chacun.
Janvier, une année
se termine,
une autre hésite encore à naître.
Dehors, il neige, dehors la nuit.
En cette année qui commence, Père,
tout est à rallumer, même ta Parole ;
il n'y a qu'Elle pour être jeune, vraiment jeune,
pour être jaillissement de vie fendant la pierre.
Si tout semble continuer cette année encore,
toujours de la même façon,
tu es là, Père : «Au commencement, le Verbe»
qui fait pourtant de chaque jour
un jour nouveau pour vivre.
Seigneur, décourage
en nous les habitudes,
et que ta grâce fasse de nous,
simplement, et avec justesse,
des gens qui commencent,
de tout leur cœur, de tout leur corps,
sans penser être ailleurs ou autrement.
Et si le vent d'hiver éteint nos lampes,
que ton souffle alors déborde dans nos corps
et ce sera facile de rallumer ton Verbe,
de rallumer le nôtre avec,
éclats de joie dans une nuit de gel,
éclats de joie narguant les vieilles années.
«Au commencement, le Verbe» et nos paroles aussi,
qu'elles soient table servie,
pour donner à chacun un peu de quoi vivre.
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Nouvel an 2008 |
Prière africaine |
Seigneur,
Dieu tout-puissant, Dieu éternel,
chaque année est un pas vers toi.
Les hommes vont vers la vieillesse,
les chrétiens vers le jour nouveau.
Voilà
derrière nous l'année qui vient
de finir.
Elle a été comme une route,
tantôt courant tout droit dans la savane,
tantôt montant péniblement la pente des collines.
Nous avons eu des retards, des pannes.
Nous avons manqué des rendez-vous.
Seigneur, il y a même eu tant de choses manquées
qu'on en devrait désespérer.
Mais ton pardon est avec nous,
ta grâce se renouvelle.
Toi seul tu connais de quoi est fait mon lendemain.
Tu as compté les cheveux de ma tête
et pareillement les jours, minutes et secondes,
qu'il m'est donné de vivre (...)
Seigneur, une année comptée par ton soleil
n'est qu'un éclair en face de l'éternité.
La tempête grondera,
les nuages s'épaissiront sur la Terre,
les ténèbres viendront sur elle.
Mais je sais que tu es présent derrière les nuages
et que ta volonté est l'âme du monde.
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Noël 2007 |
Francine Carillo
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Un enfant
!
Pour annoncer
un commencement,
il fallait bien
un enfant !
Un visage de tout-petit
qui porte l'inouï
Dieu s'entre-dit,
dans notre histoire,
il est à nos côtés
pèlerin d'humanité.
Ceux qui goûtent
cette présence
sont en chemin
vers leur naissance.
Ils abritent en eux
une racine de lumière
incomparable,
à jamais inaltérable.
("Vers l'inépuisable"
, Ed. Labor et Fidès) |
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Noël 2007 |
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Il vient sans cesse,
notre Dieu incarné...
Il vient dans le silence, dans la brise d'Elie.
Il vient aussi dans la foule et dans le bruit.
Il vient par tous ces visages rencontrés au long des heures
Il vient à chaque instant
mais mes yeux sont empêchés de la reconnaître...
Un jour il viendra me prendre en son Royaume.
"
J'entends son pas d'or sur la route.
Il vient, il vient, il vient à jamais." |
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Noël 2007 |
Carlo
Maria
Martini
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Mon Dieu, tu t'es fait chair
pour nous dire que tu es proche
de notre humanité,
que tu partages nos limites,
que tu veux être pour nous,
avec nous et en nous.
Nous croyons que la crèche qui illumine la nuit
est le signe de ton amour pour nous,
et nous nous sentons aimés, pardonnés,
sauvés, recherchés par toi jusqu'en cette nuit.
Nous croyons que toute personne
de bonne volonté
peut te retrouver,
et du coup se retrouver elle-même
et retrouver les autres
en te donnant la possibilité d'entrer dans sa vie.
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Avent 2007 |
Edmond
JABÈS
(1912-1991 |
Dieu n'est pas Dieu. Dieu n'est pas Dieu. Dieu n'est pas Dieu. Il est.
Il est avant le signe qui le désigne. Avant la désignation.
Il est l'avant-vide, l'avant-pensée; donc, l'avant-impensé aussi - comme
s'il pouvait y avoir rien.
Il est l'avant-cri, l'avant-tremblement.
Il est la nuit sans nuit, le jour sans jour. L'avant-regard. L'avant-écoute.
Il est l'air avant la respiration. L'air inspiré et expiré par l'air. Pas
encore le vent, mais l'air léger, indifférent, dans son oisiveté première.
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Avent 2007 |
Jean
Debruynne
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Apprends-nous à
attendre
Dieu, tu as choisis de te faire attendre
Tout le temps d’un Avent.
Moi, je n’aime pas attendre dans les files d’attente,
Je n’aime pas attendre mon tour
Je n’aime pas attendre le train
Je n’aime pas attendre pour juger
Je n’aime pas attendre le moment
Je n’aime pas attendre un autre jour
Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps
Et que je ne vis que dans l’instant.
Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente,
Les cartes bleues et les libres services,
Les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,
Les coups de téléphones et les photos numériques,
Les fax et les mails
La télévision et les flash à la radio, internet….
Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles :
Elles me précèdent
Mais Toi Dieu, tu as choisi de te faire attendre
Le temps de tout un avent
Parce que tu as fait de l’attente l’espace de conversion
Le face à face avec ce qui est caché
L’usure qui ne s’use pas
L’attente, seulement l’attente de l’attente,
L’intimité avec l’attente qui est en nous
Parce que seule, l’attente réveille l’attention
Et que seule l’attention est capable d’aimer.
Tout est déjà donné dans l’attente
Et pour Toi,
Dieu, attendre se conjugue avec Prier.
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sept
2007 |
(Texte d'origine
irlandaise) |
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Prends ton temps pour
travailler,
c'est le prix du succès.
Prends ton temps pour
réfléchir,
c'est la source de la force.
Prends ton temps pour jouer,
c'est le secret de la jeunesse.
Prends ton temps pour lire,
c'est la base du savoir.
Prends ton temps pour être
amical,
c'est la porte du bonheur.
Prends ton temps pour rêver,
c'est le chemin qui mène aux étoiles.
Prends ton temps pour aimer,
c'est la joie de vivre.
Prends ton temps pour être
content,
c'est la musique de l'âme. |
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2006
4 juin |
Antony deMello |
lI y avait une fois une dame qui était religieuse, dévote et remplie
d'amour de Dieu. Chaque matin elle allait à l'église. Chemin faisant,
des enfants l'interpellaient, des mendiants l'accostaient, mais elle
était tellement absorbée dans ses dévotions qu'elle ne les voyait même
pas.
Or, un jour, elle descendit la rue comme d'habitude et parvint à
l'église juste à temps pour l'office. Elle poussa sur la porte, mais
ne pu l'ouvrir. Elle poussa plus fort et découvrit qu'elle était
verrouillée.
Bouleversée à la pensée de manquer l'office pour la première fois
depuis des années et ne sachant quoi faire, elle leva les yeux. Et là,
juste devant sa face, elle vit une note épinglée sur la porte.
C'était écrit : « Je suis là, dehors ! »
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2006
4juin |
Ephrem le Syrien
(306-373) |
Feu et lumière
qui resplendissent sur la face du Christ,
Feu dont la
venue est parole, le silence est lumière,
Feu qui
établit les cœurs dans l’action de grâce,
Nous te
magnifions.
Toi qui
reposes en Christ,
Esprit de
sagesse et d’intelligence,
Esprit de
conseil et de force,
Esprit de
science et de crainte,
Nous te
magnifions.
Toi qui
scrutes les profondeurs de Dieu,
Toi qui
illumines les yeux de notre cœur,
Toi qui te
joins à notre esprit,
Toi par qui
nous réfléchissons la gloire du Seigneur,
Nous te
magnifions.
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2006
21 juin |
Jean Sulivan
Parole du passant |
Partir à l'aube
Je vous invite donc à ne partir que pour mieux rentrer en vous-mêmes. Et
même si vous ne partez pas, il est possible de retrouver votre « terre
intérieure ».
Qui que vous soyez, quelque soit votre peine ou votre solitude, il y a des
instants heureux pour vous : des chemins, des ruisseaux, des quartiers de
votre ville, la mer qui vous invite à la sérénité, la montagne qui dit :
redresse-toi. Laissez quelque temps votre voiture au garage, marchez à pied
seul, hors de vos horaires habituels.
Savez-vous
qu’il y a des aubes ? Avez-vous jamais marché à l’aube le long de la mer,
dans une forêt ! Vous êtes seul, vous pouvez revenir à l’essentiel. Vous
interroger sur la vie que vous menez. C’est le premier matin du monde. Il y
a une parole pour vous qui se parle au-dedans, immémoriale... Ne parlez à
personne de votre escapade et de la surprise heureuse qu’elle vous a
réservée. Il y aurait trop de monde à l’aube ! |
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2006
14 juillet |
Madeleine.
DELBRELNous autres, gens des rues |
Bal de
l'obéissance
C'est le 14 Juillet. Tout le monde va danser. Partout, depuis des
mois, des années, le monde danse. Plus on y meurt, plus on danse.
Vagues de guerre, vagues de bal.
Il y a vraiment beaucoup de bruit. Les gens
sérieux sont couchés. Les religieux récitent les matines de Saint
Henri, roi. Et moi, je pense à l'autre roi, au roi David qui dansait
devant l'Arche.
Car s'il y a beaucoup de saintes gens qui n'aiment pas danser, il y a
beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser, tant ils étaient
heureux de vivre
Sainte Thérèse avec ses castagnettes, saint Jean de la Croix avec un
enfant Jésus dans les bras, et saint François devant le Pape. Si nous
étions contents de vous, Seigneur, nous ne pourrions pas résister à ce
besoin de danser qui déferle sur le monde, et nous arriverions à
deviner quelle danse il vous plaît de nous faire danser, en épousant
les pas de votre Providence. Car je pense que vous en avez peut-être
assez des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de
capitaines, de vous connaître avec des airs de professeurs, de vous
atteindre avec des règles de sport, de vous aimer comme on s'aime dans
un vieux ménage. Un jour où vous aviez un peu d'envie d'autre chose,
vous avez invité saint François et vous en avez fait votre jongleur.
A nous de nous laisser inventer pour être des gens joyeux qui dansent
leur vie avec vous.
Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut pas
savoir où cela mène.
Il faut suivre, être allègre, être léger, et surtout ne pas être
raide. Il ne faut pas vous demander d'explications sur les pas qu'il
vous plaît de faire. Il faut être comme un prolongement agile et
vivant de vous, et recevoir par vous la transmission du rythme de
l'orchestre. Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer, mais accepter
de tourner, d'aller de coté. Il faut savoir s'arrêter et glisser au
lieu de marcher, et cela ne serait que des pas imbéciles si la musique
n'en faisait une harmonie.
Si certains sont souvent en mineur, nous ne dirons pas qu'ils sont
tristes. Si d'autres nous essoufflent un peu, nous ne dirons pas
qu'ils sont époumonant. Et si, des gens nous bousculent, nous le
prendrons en riant, sachant bien que cela arrive toujours en dansant.
Seigneur, faites-nous vivre notre vie, non comme un jeu d'échec où
tout est calculé, non comme un match où tout est difficile, non comme
un théorème qui nous casse la tête, mais comme une fête sans fin où
votre rencontre se renouvelle, comme un bal, comme une danse, dans la
musique universelle de l'amour. Venez nous inviter.
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2006
20 juillet |
Martin
BUBER
Poême sur Elie |
Tu voulais
fondre des sommets comme un vent impétueux
et te montrer
puissant comme on l’est dans la tempête,
tu voulais
souffler l’existence dans les êtres
et bénir des
âmes, le fléau à la main,
tu voulais
avertir des cœurs épuisés dans l’ardeur de ton élan
et provoquer
ceux qui sont de pierre à prendre feu.
Tu m’as
cherché sur tes sentes exaltées
mais tu ne
m’as pas trouvé.
Tu voulais
monter jusqu’au ciel comme la langue d’une flamme
et faire
place nette de tous
ceux qui ne
savaient pas résister à ta fureur,
fort comme le
soleil tu voulais assaillir des mondes
avec une
énergie soudaine
capable
d’embraser ton jeune rien.
Tu m’as cherché dans tes abîmes de flamme
mais tu ne
m’as pas trouvé.
Alors mon
messager a atteint ton oreille
et l’as mise
au contact de mon cœur pacifique :
alors tu as
appris à sentir comment semence
après semence
commence à s’agiter
et toute
sorte de frémissement – la croissance
des choses !-
t’apparut
comme ronde de cercles,
le sang qui
bruissait sur le sang,
et le silence
fut la parole
qui te vainquit,
ce silence
éternel, plein, doux et maternel.
Alors tu t’es
penché au fond de toi
Et tu m’as
trouvé dans ton cœur »
Martin Buber
Poésie
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2006
16 août |
Card. Etchegaray
dans l'homélie de la messe del'Assomption à N.D du Liban |
Notre-Dame du Liban, voici
ton peuple.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont brisés par la haine
et ceux qui apprennent à pardonner.
Ils sont tes enfants, ceux qui sont emmurés dans la peur
et ceux qui commencent à espérer.
Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Si Dieu est le Père des commencements
tu es la Mère des recommencements.
Donne à ceux qui ont perdu le goût de vivre
la force de vivre encore plus pour les autres.
Notre-Dame du Liban, voici ton peuple.
Tu aides l’homme vieilli par le péché
à retrouver un coin fleuri de son enfance.
Tu aides l’homme révolté par la violence
à rendre à Dieu les armes de son destin.
Notre-Dame du Liban, garde ton peuple,
garde-le libre, libre, libre,
dans l’intégrité de son corps et l’unité de son âme.
Pour la gloire du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Pour la gloire de ton divin Fils Jésus
Pour le service des peuples de l’Orient et de l’Occident.
Que le Liban vive du Liban
Pour que le monde entier vive de la paix.
Amen
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2006
1er septembre |
Prière pour les vacances |
Seigneur, notre
Dieu,
veille sur ceux qui prennent la route :
qu’ils arrivent sans encombre au terme de leur voyage.
Que ce temps de vacances soit pour
nous tous
un moment de détente, de repos, de
paix!
Sois pour nous, Seigneur,
l’ami que nous retrouvons sur nos
routes,
qui nous accompagne et nous guide.
Donne-nous le beau temps et le
soleil
qui refont nos forces et qui nous
donnent le goût de vivre.
Donne-nous la joie simple et vraie
de nous trouver en famille et entre
amis.
Donne-nous d’accueillir ceux que
nous rencontrerons
pour leur donner un peu d’ombre
quand le soleil brûle trop,
pour leur ouvrir notre porte
quand la pluie et l’orage les
surprennent,
pour partager notre pain et notre
amitié
quand ils se trouvent seuls et
désemparés.
Seigneur, notre Dieu,
Veille encore sur nous
quand nous reprendrons le chemin du
retour :
que nous ayons la joie de nous
retrouver
pour vivre ensemble une nouvelle
année,
nouvelle étape sur la route du
salut. |
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2006
septembre |
Nayla Tabbara
Libanaise sunnite
Enseignante en
islamologie
à l'université Saint
Joseph, Beyrouth
Témoignage dans "La
Croix du 17 août 2006
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Lorsqu'on n'attend plus le sauveur envoyé du
ciel,
on le retrouve en nous.
Mes peurs remplissent l'horizon. Pas l'univers, ces jours-ci je ne peux pas voir
plus que deux dimensions. L'horizon devient la limite, car le ciel, alourdi de
tous genres d'avions de guerre israéliens, semble se refermer sur nous comme un
couvercle. l'incapacité humaine à arrêter d'autres conflits, d'autres guerres
qui s'enlisent, la Palestine, l'Irak, fait que l'horizon me semble comme le seul
interlocuteur possible. De cette montagne qui regarde Beyrouth et sa banlieue
comme une plaie béante et où je me suis réfugiée comme une couarde parce que
j'ai peur du bruit assourdissant des obus qui tombent, je m'adresse à la mer
devant moi. Mer brumeuse, et tant mieux: je ne voudrais pas voir les navires
israéliens, juste les bateaux qui effectuent les embarquements, des ouvertures,
des promesses de futurs et de rêves pour des milliers de jeunes et d'enfants qui
quittent cet enfer. Nous autres, ceux qui restent dans l'enfer, avons quand même
le privilège d'être parmi les miséreux de cette terre, les miséreux qui
survivent parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, ceux dont le demain est très
très loin, si loin qu'il n'est plus de ce monde, mais de l'autre, que chacun
imagine à sa manière.
5 h 30 du matin,
un nouveau jour, et, oh ironie, un nouvel espoir. Dehors c'est le calme, il y a
même les oiseaux qui se lèvent. Peu à peu, le soleil apparaîtra, les avions
avec, et de nouveau ce sera les obsèques de l'espoir. Sisyphe. Ce Sisyphe-là, à
chaque moment de calme croit, croit à nouveau, en Dieu et en l'homme, à la vie,
à la paix, à la communication, au dialogue, et puis boum... c'est la mort, la
haine, l'incompréhension, les cloisonnements et les peurs. Ensuite, moments de
calme, la foi revient à nouveau, et puis, à nouveau, elle est bafouée.
Ironiquement, je m'accroche au titre d'un livre écrit par un juif qui raconte
l'autre côté d'Auschwitz: La Force du bien. Je m'y accroche mais il me file
d'entre les mains. Les peurs que nous avons ici ne sont pas des peurs des obus
uniquement, pas des peurs de cette mort si cruelle qui atteint nos concitoyens,
ni la peur de manque de vivres qui atteint d'autres encerclés depuis plus d'une
dizaine de jours et qui tombent peu à peu car il n'ont ni médicaments ni pain.
C'est la peur de l'incapacité devant la force du mal. Et la force du mal, pour
beaucoup ici, réside dans le danger d'une séparation. Des années et des années
que nous oeuvrons pour le dialogue, pour la paix, pour le vivre-ensemble
semblent s'effondrer. Le danger d'une séparation entre musulmans et chrétiens,
entre frères qui ont bravé bien des obstacles pour continuer à affirmer leur
conviction qu'ils ne veulent vivre qu'ensemble, que c'est ensemble qu'ils se
comprennent plus eux-mêmes, que c'est ensemble qu'ils se rapprochent de Dieu,
que c'est ensemble qu'ils veulent oeuvrer, construire, unir, agrandir leurs
coeurs et leur bras.
Le cri de mon coeur voudrait remplir l'univers, et plus il se fait entendre,
plus il brave le couvercle. C'est un coeur qui, au cours d'un long cheminement,
a appris à grandir pour inclure tous les autres et qui saigne pour les misères
de tous: chrétiens, musulmans, juifs et tous les autres, quelle que soit leur
appartenance religieuse ou leur non-appartenance. Mais je m'arrête aux juifs car
le dialogue islamo-chrétien ne se confine pas à l'islamo-chrétien uniquement,
mais plus on s'y achemine, plus il permet d'ouvrir une dimension dans le coeur
qui lui permet d'accepter et d'aimer tous les autres. Et même si ce sont des
avions israéliens qui détruisent notre pays et nos âmes, mon coeur renie la
force du mal qui fait que des hommes ou des femmes puissent tuer d'autres
hommes, femmes ou enfants mais il ne renie nullement les juifs. Je porte aux
juifs un grand amour, pour leur religion, pour leur histoire, pour leurs
souffrances, mais aussi pour les peurs qui peuvent rendre certains d'entre eux
inhumains. Tout comme je porte un très grand amour pour mes coreligionnaires
musulmans, pour leur foi, pour leur abnégation, pour leur colère devant l'état
actuel du monde, pour leur courage devant la mort, tout en déplorant les actes
de détresse de certains d'entre eux, actes eux aussi inhumains.
Ceci est un cri du coeur à tous les coeurs du monde qui voudraient bien
l'entendre. De sous les décombres, le seul espoir pour ce pays et pour le monde,
c'est de toujours garder le coeur grand ouvert, face à un monde qui devient de
plus en plus étroit.
Aujourd'hui je
comprends différemment la fameuse phrase de Jean-Paul Il. Si «le Liban est un
message», c'est un message au coeur même de nos religions, c'est le message
qu'ont porté tous nos prophètes ou fondateurs de nos religions: celui de la
force de l'amour au coeur de la haine. Lui seul peut nous permettre de
continuer. Petite, j'avais accroché sur le mur de ma chambre deux phrases, l'une
de Paul Éluard, l'autre d'Alki Zei. La première disait: «La vie commence de
l'autre côté du désespoir», l'autre disait: «Toujours de l'avant, vers une vie
nouvelle». Je les revis aujourd'hui et je comprends comment elles ne sont pas en
contradiction. C'est vraiment au coeur du désespoir que commence la vie
nouvelle. J'avais commencé à écrire cette nuit en plein désespoir, désespoir
parce que nous sommes seuls, désespoir parce que la peur, la haine,
l'incompréhension grandissent de jour en jour, parce que l'injustice dépasse
largement les limites du possible, parce qu'une voix comme la mienne, qui
n'appartient ni à un camp ni à un autre, me semblait plus faible qu'un murmure,
mais c'est du fond de ce désespoir que s'est-opéré en moi le retournement.
Lorsque l'on se sent délaissés de partout, lorsque l'impuissance des autres fait
écho à la nôtre, lorsqu'on n'attend plus le sauveur envoyé du ciel, on le
retrouve en nous. C'est du désespoir et dans le désespoir que j'ai retrouvé la
force de la vie, la force du bien, la force de l'amour, une force qui me permet
de dire à chaque instant: « toujours de l'avant, vers une vie nouvelle».
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Août 2006 |
Le temps de prendre le temps Ph. Meirieu |
Les
vacances, c'est pas toujours de tout repos ! Après la séance de jogging,
votre enfant n'a que quelques minutes pour rattraper le groupe de tir à
l'arc. Il enchaîne avec l'escalade-les jours pairs - ou le canyoning - les
jours impairs. Au retour, en milieu d'après-midi, il n'aura pas le temps de
flâner car l'animateur de l'atelier cirque n'aime guère qu'on le fasse
attendre. Et puis, ce soir, il y a la veillée sur la faune locale : avec la
carte « multi-activités », l'entrée est gratuite. Lui ne veut pas y aller :
il a largement utilisé sa carte aujourd'hui et il est trop fatigué pour ça.
Voilà qui ne fait pas votre affaire : vous n'avez pris que quinze jours de
location à la montagne et il faut en profiter au maximum. Il sera bien
temps, une fois revenu à la ville, de traîner devant des émissions de
télévision débiles !
A ce
régime-là, évidemment, peu d'enfants tiennent le coup. Presque tous
pourtant, font les efforts nécessaires : ils comprennent bien que leurs
parents veulent leur faire découvrir ce qu'il y a de mieux, leur faire vivre
les aventures les plus intéressantes possible. Ils savent qu'ils ont de la
chance, à côté de eux qui ne sont pas partis en vacances et « rouillent »
toute la journée sur les places surchauffées des villes.
Mais,
passé l'intérêt de la découverte, les premiers jours, ils peinent un peu :
ils ne peuvent pas s'intéresser à tout... Trop, c'est trop !
Pourtant,
tous les parents savent bien que leur enfant serait le premier à se plaindre
si rien n'était organisé. Ils en ont fait l'expérience un jour ou l'autre :
ils connaissent les journées qui traînent, les plaintes qui n'en finissent
plus, les grasses matinées qu'on laisse durer jusqu'à midi, par
découragement : « Pour ce qu'il fait quand il est levé, il n'a qu'à rester
couché !» Ils se souviennent des protestations : « Au moins, à la maison, il
y a toutes les chaînes de télé ! Ici c'est pourri ! II n'y a rien
d'intéressant à faire... »
Mais les
parents oublient trop vite que toutes les activités de loisir peuvent
devenir de tristes obligations si elles sont prises dans la tenaille d'un
emploi du temps implacable. Pouvoir faire varier le cours du temps : c'est
cela les vacances. Il faut y faire quelque chose, quelque chose de
passionnant si possible. Mais il faut pouvoir aussi prendre du temps,
prendre « son temps » : s'asseoir, ne rien dire, regarder un moment autour
de soi, feuilleter un livre ou un magazine, parler de choses et d'autres,
puis se taire à nouveau... Laisser filer le temps.
S'apercevoir que le temps a passé. Mais que, justement, ce n'est pas
grave... parce qu'on est en vacances !
Ainsi nous
faut-il savoir organiser assez les vacances pour qu'elles ne basculent pas
dans le désoeuvrement. Mais il faut également savoir oublier l'organisation
pour laisser les choses se distendre un peu. Avec juste assez d'ennui pour
qu'on sente le temps passer et juste assez de repères pour qu'on sache qu'on
ne va pas s'ennuyer toujours. |
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août 2006 |
"Du bon usage de la lenteur"
P. Sansot
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Flâner, ce n'est pas
suspendre le temps mais s'en accommoder sans qu'il nous bouscule. Cela
implique de la disponibilité et, en fin de compte, que nous ne voulions plus
arraisonner le monde... Je vous propose un ennui dans lequel on s'étire
voluptueusement, par lequel on bâille de plaisir, tout au bonheur de n'avoir
rien à faire, de remettre à plus tard ce qui n'est pas urgent. Vous vivrez
alors dans le sentiment de la non-urgence.
Ce n'est pas là chance
accordée à beaucoup. Il faut donc s'y préparer de très bonne heure.
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Août 2006 |
Couleurs |
Un jour, toutes les couleurs du monde se mirent à se disputer entre elles, chacune
prétendant être la meilleure, la plus importante, la plus belle, la plus
utile, la favorite.
Le vert affirma :
Je suis le plus essentiel, c’est indéniable !Je représente la vie et
l’espoir. J’ai été choisi pour l’herbe, les arbres et les feuilles Sans
moi, les animaux mourraient.
Regardez la campagne et vous verrez que je suis majoritaire.
Le bleu prit la
parole :
Tu ne penses qu’à la terre mais tu oublies le ciel et l’océan. C’est l’eau
qui est la base de la vie alors que le ciel nous donne l’espace, la paix
et la sérénité.
Sans moi vous ne seriez rien.
Le jaune rit dans sa barbe :
Vous êtes bien trop sérieux ! Moi j’apporte le rire, la gaieté et la
chaleur dans le monde. A preuve, le soleil est jaune, tout comme la lune
et les étoiles. Chaque fois que vous regardez un tournesol, il vous donne
le goût du bonheur.
Sans moi, il n’y aurait aucun plaisir sur la terre.
L’orange éleva sa voix dans le tumulte :
Je suis la couleur de la santé et de la force. On me voit peut-être moins
souvent que vous mais je suis utile aux besoins de la vie humaine. Je
transporte les plus importantes vitamines. Pensez aux carottes, aux
citrouilles, aux oranges, aux mangues et aux papayes.
Je ne suis pas là tout le temps mais quand je colore le ciel au lever et
au coucher du soleil, ma beauté est telle que personne ne remarque plus
aucun de vous.
Le rouge qui
s’était retenu jusque là, prit la parole haut et fort :
C’est moi le chef de toutes les couleurs car je suis le sang, le sang de
la vie. Je suis la couleur du danger et de la bravoure. Je suis toujours
prêt à me battre pour une cause.
Sans moi la terre serait aussi vide que la lune. Je suis la couleur de la
passion et de l’amour, de la rose rouge et du coquelicot.
Le pourpre se leva
et parla dignement :
Je suis la couleur de la royauté et du pouvoir. Les
rois, les chefs et les évêques m’ont toujours choisi parce que je suis le
signe de l’autorité et de la sagesse. Les gens ne m’interrogent pas, ils
écoutent et obéissent.
Finalement, l’indigo prit la
parole,beaucoup plus calmement que les autres mais avec autant de
détermination :
Pensez à moi, je suis la couleur du silence. Vous ne m’avez peut-être pas
remarqué mais sans moi vous seriez insignifiantes. Je représente la pensée
et la réflexion, l’ombre du crépuscule et les profondeurs de l’eau.
Vous avez besoin de moi pour l’équilibre, le contraste et la paix
intérieure.
Et ainsi toutes
les couleurs continuèrent de se vanter, chacune convaincue de sa propre
supériorité. Leur dispute devint de plus en plus sérieuse. Mais soudain,
un éclair apparut dans le ciel et le tonnerre gronda. La pluie commença à
tomber fortement. Inquiètes, les couleurs se rapprochèrent les unes aux
autres pour se rassurer.
Au milieu de la
clameur, la pluie prit la parole :
Idiotes, vous n’arrêtez pas de vous chamailler, chacune essaie de dominer
les autres. Ne savez-vous pas que vous existez toutes pour une raison
spéciale, unique et différente. Joignez vos mains et venez à moi.
Les couleurs
obéirent et unirent leurs mains.
La pluie
poursuivit :
Dorénavant, quand il pleuvra, chacune de vous traversera le ciel pour
former un grand arc de couleurs et démontrer que vous pouvez vivre
ensemble en harmonie. L’arc en ciel est un signe d’espoir pour demain.
Et chaque fois que
la pluie lavera le monde, un arc en ciel apparaîtra dans le ciel, pour
vous rappeler de nous apprécier les uns les autres.
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2006
19septembre
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Tolérance et fraternité
Paraboles, janvier 1980.
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La tolérance sinue sur une ligne de
faîte entre deux abîmes. Du fond du premier montent des voix rauques :« Nous
sommes les maîtres de la vérité ! Tout autre que nous gît dans l'erreur ! »
C'est le versant abrupt et rocheux, où d'âpres vents sifflent :
convertissons ou méprisons ! L'autre pente est ensoleillée, des voix
aimables y murmurent :« Toutes les croyances se valent et sont relatives au
génie si divers des hommes. Essayons donc de tout comprendre. »
Croit-on que le versant fleuri soit bien
meilleur que la face nord ? Entre ceux qui rejettent tout sauf eux-mêmes, et
ceux qui ont le coeur assez grand pour tout accueillir, je ne vois pas que
l'on respecte l'homme et sa foi. La tolérance (mot déplaisant, genre « du
bout des lèvres », il en faudrait inventer un autre) exige, ce me semble,
trois qualités : l'esprit critique, l'humilité et la conviction.
L'esprit critique
L'esprit critique se campe devant la
doctrine qui défend l'équilibre de tous les cultes et l'accuse, sous ses
airs de douceur, de professer un étrange dédain de l'homme. Car mainte
religion a réclamé des sacrifices sanglants, des bûchers, et aujourd'hui
encore cette cruauté n'est pas éteinte, qui survit dans des sectes
mutilantes et crapuleuses, parfois dans les condamnations que prononcent nos
coeurs. Continuer à chanter que toutes les religions se valent, parce que
tout est relatif, cela reviendrait à dire que peu importe chez l'homme sa
vie ou sa mort, sa santé ou sa blessure, son enchaînement ou sa liberté.
Relativisons ce que nous voulons, mais la dignité de l'homme, jamais. La
tolérance ne peut accepter l'intolérable et doit rester sous l'indispensable
contrôle de l'esprit critique.
L'humilité
Mais entre traditions raisonnables et
peu différentes entre elles, comme le sont, dans le christianisme,
catholicisme, protestantisme ou orthodoxie, saluons plutôt l'humilité et son
petit frère l'humour. Nous sommes catholiques ou protestants par le hasard
de la naissance, rarement par une décision personnelle. Notre confession
nous a façonnés. Nous l'aimons comme le visage de notre mère ou la poésie de
notre maison. C'est bien assez de raisons pour demeurer où nous sommes
(notez comme il y a peu de transfuges), mais sans en appeler à une
prétention supérieure qui nous ferait dire, pardessus tant d'attachement et
de gratitude : « C'est nous qui possédons la vraie foi du Christ ! » Qui ose
dire qu'il a la vérité à lui seul, avec sa famille et ses troupeaux, mais
sans les autres ? Quelle est cette vérité sans la vérité du prochain ? Nous
devons, entre confessions différentes, être comme des époux, non point dans
l'orgueil d'une suffisance, mais dans l'émerveillement de notre incomplétude
et le besoin que l'autre nous comble de ce qui nous manque. Attente
réciproque et charmée : tiens, il a quelque chose à nous dire, ce réformé,
avec son libre examen ! Tiens, cette profondeur sacramentelle du catholique
et ce rite d'absolution, comme c'est beau ! Tiens, cette ferveur de
l'orthodoxe, et cette icône qui incline à l'adoration!
La conviction
Devant juifs et musulmans, nous avons,
comme entre catholiques et protestants, à oublier les haines d'un autre âge,
pour tirer, en nos échanges, tout le parti possible de nos sensibilités
particulières. Mais nos monothéismes sont trop dissemblables pour que la
seule humilité puisse aimablement régler nos rapports. Entre eux et nous, le
Christ ; il nous sépare. Devons-nous le taire pour simuler l'accord parfait
des doctrines ? Certes pas, au contraire.
Nous serions aussi faux dans la
pusillanimité que nous l'avons été dans l'arrogance. Quoi qu'en pensent les
autres, le Christ reste notre Seigneur, et nous le proclamons puisque c'est
notre foi.
C'est ici que la tolérance nous pose son
plus difficile problème : si le Christ est notre plénitude, comment ne pas
penser que celui qui l'ignore souffre d'un manque ? Notre tolérance
s'assortit alors d'une moindre estime : nous nous donnons raison,
pacifiquement, mais contre eux. Les tolérer revient à accepter qu'ils aient
tort. Et notre amitié s'en trouve tout altérée, si nous les jugeons moins
visités par le Seigneur, moins pourvus en bonne religion. Ce sentiment de
tenir le vrai, si propre à la foi, ne peut se concilier avec un authentique
respect de l'autre et le sens de son entière dignité...
Or, chez le chrétien au moins, la foi en
Jésus-Christ devrait abolir immédiatement le problème qu'elle crée : car si
je me préfère dans ma foi, je trahis la foi. Celle-ci m'enjoint d'aimer le
Christ et de le préférer à tout, certes, mais pas en moi, en autrui. La
pitié ne possède pas plus Jésus, que sa maison ou même sa tombe ne l'ont
possédé. Éternel vagabond, Jésus m'est connu en celui qui partage avec lui,
moins les idées, que sa face de nomade et son errance d'étranger. Si nous
aimons le Christ, c'est dans les autres ; si nous offensons l'étranger, la
blessure est sur lui. Je ne puis me flatter de posséder le Christ. Eux non
plus, puisqu'ils l'ignorent ou le rejettent ; mais moi qui l'accepte, je ne
l'ai pas beaucoup plus qu'eux. Nous sommes presque à égalité. Et je suis
même plus bas, car ma foi m'enjoint de voir que ces autres, qui n'ont pas le
Christ, sont pour moi le Christ. Jésus s'est nommé à eux et a lié son
adoration à des obligations envers eux. Sa vérité et son amour se
confondent. Je suis tenu, là ou j'allais dédaigner, à un respect sans
limite.
C'est pourquoi, comme l'aveugle-né, je
délaisse la vaine discussion avec eux qui n'y croient pas. Qu'importe s'ils
n'y croient pas ! Moi, d'y croire me fait croire en eux et me lie à eux
comme au Christ qu'ils figurent à leur insu :« Ma vérité à moi, c'est leur
dignité à eux. »
Voilà où mène la force d'une conviction.
Ne serait-elle qu'une concession à la diversité des opinions humaines, elle
n'irait pas si loin, pas du moins jusqu'à saluer cette grandeur cachée que
seule la foi découvre. Il n'est alors plus question de tolérance, le mot est
décidément trop étroit, qui laisse à l'autre ses opinions, mais sans les
estimer.
La conviction s'y prend autrement : elle
met au sommet le respect de l'autre et comme l'on ne sépare pas un homme de
ses idées, elle salue aussi en ses idées, une vérité que je ne sais pas, au
nom d'une vérité, la mienne que je sais ; c'est notre différence.
Ici ma foi dont je connais le prix
incomparable. Là mon ignorance, mais qui ne laisse pas de pressentir une
infinie grandeur. Non, tolérance ne suffit pas, il faut un nom nouveau : que
diriez-vous de « fraternité » ?
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2006 Novembre |
Alain Lerbret |
BEATITUDES
Heureux qui veille avec un coeur de pauvre
l'Amour de Dieu est son royaume
Heureux qui jamais ne montre le poing
la fleur de Dieu croît en ses mains
Heureux qui par amour a de la peine
le sang de Dieu coule en ses veines
Heureux qui pour la justice a souffert
le coeur de Dieu lui est offert
Heureux qui ne cesse de pardonner
la joie de Dieu est son secret
Heureux qui voit tout d'un regard d'enfant
les traits de Dieu lui sont présents
Heureux qui pour la paix donne sa vie
les bras de Dieu lui sont promis
Heureux qui pour moi risquera sa tête
le chant de Dieu lui fera fête
d'après Matthieu
5/1-12
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2006 Décembre |
Lanza del Vasto |
Il va venir comme un grand vent,
Le vent qui souffle où veut l'Immense.
Il va venir comme la mer
Avec l'eau chaste, avec le sel,
Laver, laver dans l'eau sans fond.
Il va venir avec le fer,
Comme la faux dans les sainfoins
Faucher la chair, la fleur de l'herbe.
Il va venir avec le feu,
Lavant, lavant avec le feu ;
Il viendra sur le sol des nuages marchant
Du Levant au Couchant, comme foudre il fendra l'étendue ;
Il viendra resplendir sur le coucher du monde
Celui que toute chose attendait depuis l'aube.
Depuis que le Seigneur a divisé les eaux,
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Mille soleils et mille ont coulé dans la vase
Avec tous leurs trésors.
La grande meule a tourné dans le vide,
Mais l'étoile cassée a crié dans sa chute :
« Il viendra, II viendra ! »
L'Océan a vomi, mangé, vomi les îles ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Il s'est rompu mille ans contre la côte, et mille
Il a rompu la côte où d'autres rocs surgissent,
Chaque vague a crié dans le vent qui la brise :
« Il viendra, Il viendra ! »
Les monts se sont levés comme des flots d'orage,
Les monts ont déferlé comme des flots,
Dans les siècles sans fond ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Le basalte a coulé comme un ruisseau de pluie
Sous le regard de l'Eternel.
La pierre a dit, roulant vers la crevasse :
« Il viendra, Il viendra ! »
La verdure de l'arbre a grandi par étage,
A coulé fleurs et fruits, a fumé le limon ;
- Pourquoi, dites, pourquoi ? -
Du fond des mers aux bois craquant de meurtres
Un cerf brame vers l'eau, un loup hurle à la lune :
« Il viendra, Il viendra ! » |
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2006 décembre |
Madeleine
delbrel |
Ne pensez pas que notre joie soit de passer
nos jours à vider nos mains, nos têtes, nos coeurs.
Notre joie est de passer nos jours à creuser
la place dans nos mains, nos têtes, nos coeurs,
pour le Royaume des Cieux qui passe.
Car il est inouï de le savoir si proche,
de savoir Dieu si près de nous,
il est prodigieux de savoir son amour possible tellement en nous et sur
nous,
Et de ne pas lui ouvrir cette porte
unique et simple,
de la pauvreté d'esprit.
|
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2007 Janvier |
Soeur
Marie-Joie |
OSONS...NOËL
« Il n’y
a que le silence qui révèle les abîmes de la vie »
(Zundel).
Les grandes œuvres de Dieu sont le fruit du silence. Dieu seul en est témoin
et avec lui, ceux qui voient de l’intérieur , qui font silence et vivent de
la présence du verbe silencieux, comme Marie qui retenait et méditait ces
événements dans son cœur. Alors
Osons…. Avec
Marie écouter dans le silence la Parole de Dieu, laissons la résonner
pour qu’elle prenne chair en nous ….
Osons….
Rayonner notre foi en ce Dieu qui prend visage d’homme dans un tout
petit enfant.
Osons ….
La tendresse envers nos frères : elle est offerte à tous dans la
fragilité d’un nouveau né.
Osons….
La paix : sans armes, ni carapace le Prince de la Paix s’offre
vulnérable au monde entier
Osons…. « La
déprise » de nous-même : dans une étable sans richesse, le Fils de Dieu
se donne, désapproprié de sa divinité .
Osons….
L’émerveillement : celui des bergers et des mages devant le Mystère du
Dieu fait homme.
Osons…
Croire : au creux de nos pauvretés, de notre péché Dieu vient
« s’installer » et fait naître la vraie vie.
Osons…Inventer,
rêver un monde lumineux où chacun se saura différent et unique pour
Dieu.
Osons…
Devenir de « nationalité divine » Fils d’un même Père… Ouvrons
des chemins fraternels.
Osons Noël….
Oui, Osons Noël
car Noël c’est bien la naissance de ce Dieu, qui par amour pour nous, vient
nous dire :
tout recommence, tout devient possible
car aujourd’hui :
« Celui que les cieux ne peuvent contenir se donne à nous tout
entier »…..
(Sainte Claire)
.
Alors… Osons Noël et risquons l’audace de la joie
Sœur
Marie-Joie
11Transmis par Monique Huberfeld |
|
Noel |
Congo |
Dieu
avait besoin d'un père pour son peuple.
Il choisit un vieillard,
Alors Abraham se leva.
Il
avait besoin d'un porte-parole.
Il choisit un timide qui bégayait.
Alors Moïse se leva...
Il
avait besoin d'un chef pour son peuple.
Il choisit le plus petit, le plus jeune.
Alors David se leva.
Il
avait besoin d'une mère pour naître au monde
Il la choisit dans un village ignoré
Alors Marie se leva
Il
avait besoin d'un roc pour poser l'édifice.
Il choisit un renégat.
Alors Pierre se leva.
Il
avait besoin d'une femme pour annoncer sa résurrection
Il choisit une prostituée
Ce fut Marie de Magdala
Il
avait besoin d'un témoin pour crier son message
Il choisit un persécuteur
Ce fut Paul de Tarse
il a
besoin de nous pour que son peuple se rassemble
et porte son amour au monde
Pourquoi s'étonner qu'il nous ait choisi/es
dans cette longue histoire ?
Et même si tu trembles,
pourras-tu ne pas te lever?
Lu
pour Noël au Congo
Transmis par Victorine |
|
Chandeleur |
Angelus Silesius
|
J’ai cherché Dieu
avec ma lampe si
brillante
que tout le
monde me l’enviait.
J’ai cherché Dieu
dans les astres.
J’ai cherché Dieu
dans d’infimes
trous de souris.
J’ai cherché Dieu
dans les
bibliothèques.
J’ai cherché Dieu
dans les
universités.
J’ai cherché Dieu
au télescope et
au microscope...
Jusqu’à ce que je
m’aperçoive que j’avais oublié ce que je cherchais.
Alors, éteignant ma
lampe,
je jetai mes
clés
et me mis à
pleurer...
Et aussitôt
Sa lumière fut
en moi.
|
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Décembre 2006 |
Noël Ph Meirieu |
NOËL
Ali
connaissait bien le chemin de la crête. Il le parcourait plusieurs fois par
jour pour rejoindre la ferme du père Jean. Mais cette nuit-là il avait neigé
et Ali ne retrouvait presque rien, ni les cailloux auxquels il était
habitué, ni le petit mur démoli juste avant le tournant, ni même les fils de
fer barbelés qui séparaient le chemin des champs. Il allait vite, les mains
enfouies dans ses poches. Il regardait droit devant lui, espérant apercevoir
au loin la lueur de la fenêtre. Il fallait se dépêcher. Il se mit à courir,
dépassa le petit bois de sapins, longea les barrières de bois et ralentit;
en levant la tête il aperçut la petite lumière de la ferme. Ce n'était
qu'une très faible lueur un peu rouge, mais elle était là et c'était
l'essentiel; dans cette nuit elle brisait l'isolement, elle indiquait une
présence. Ali ralentit, il regarda la petite lumière: le père Jean était là,
tout seul, il devait fumer sa pipe devant la cheminée en regardant le feu de
bois.
Il y avait
deux ans qu'Ali connaissait le père Jean. Il était arrivé dans la région
avec sa femme parce que l'usine qui l'employait avait fermé et qu'il avait
entendu dire qu'on cherchait ici des ouvriers agricoles. Deux ans déjà qu'il
aidait le père Jean.
Il avançait
maintenant beaucoup plus lentement les yeux fixés sur la faible lumière. Il
passa le petit pont et attaqua la côte. La ferme était à cinq cents mètres
un peu au-dessus de lui. Il en distinguait les contours, une ombre noire qui
se détachait sur la neige. Il hésitait. Qu'allait-il dire le père Jean? Ali
ne put s'empêcher de penser à son arrivée à la ferme. Le père Jean, on lui
avait dit que c'était un brave homme, un homme bon, il était arrivé
confiant. Le père Jean l'avait regardé: «Ah! c'est vous. J'aurais préféré un
français; je n'aime pas les arabes, mais puisque vous êtes là ! »
Et depuis le
vieux ne lui avait jamais adressé la parole. Ali était à la ferme tous les
matins à cinq heures avec sa femme. Mériem faisait le ménage et préparait le
repas, elle ne mettait qu'un couvert, celui du vieux; eux allaient manger
chez eux, dans la vieille cabane de berger, derrière la crête. Ail suivait
le vieux toute la journée, il recevait ses ordres par gestes, jamais le
vieux n'avait desserré les dents.
Maintenant Ali
était assis dans la neige. II n'avait pas froid. II regardait la fenêtre
éclairée en roulant de la neige dans ses doigts. La lumière faiblissait, le
feu devait être en train de s'éteindre: dans quelques minutes le vieux irait
se coucher. Dans la tête d'Ali tout se mélangeait: les images du pays, le
visage de Mériem, la ferme, la neige, et toujours la tête du père Jean, les
dents serrées sur sa pipe, le regard sombre et cette phrase qui tapait à ses
oreilles: «Je n'aime pas les arabes! Je n'aime pas les arabes! »
Et puis tout à
coup Ali tourna la tête dans la direction de la cabane qu'il avait quittée
depuis une demi-heure maintenant et où Mériem attendait. Il se leva et
lentement monta vers la ferme. La porte était toujours ouverte. Ali le
savait. II posa la main sur la poignée et entra. Dans la pièce il faisait
chaud, le feu s'éteignait lentement. Devant la cheminée le fauteuil du vieux
était vide. Ali s'avança, il ne comprit pas tout de suite. Il sentit quelque
chose de froid toucher son cou et la voix du vieux retentit: «Je savais bien
qu'un jour tu penserais à ça! II doit avoir des économies le père Jean. Ah
vous êtes bien tous les mêmes! »
Ali ne comprit
pas, qu'est-ce qu'il disait? Il n'avait jamais pensé aux économies du vieux,
il se retourna; le canon du fusil était maintenant devant son visage.
« Ce n'est pas
vrai! » parvint-il à dire.
Le vieux
baissa son fusil. «Maintenant ça dépend de la police.»
«Ce n'est pas
vrai», répéta Ali, et puis, très vite, en baissant la tête comme s'il avait
honte: «C'est Mériem, le bébé arrive, vous devez venir, je ne sais pas
faire. »
Le vieux fit
quelques pas de côté, raccrocha son fusil et alla s'asseoir dans son
fauteuil. Ali le suivit des yeux, maintenant il ne voyait que le dos du
vieux, ses larges épaules dépassaient le fauteuil, il était immobile. Ali
comprit qu'il
resterait là silencieux, qu'il n'avait rien à attendre de lui. Il partit
sans bruit, referma doucement la porte derrière lui. Dès qu'il fut dehors il
se mit à courir, il dévala la pente, reprit le chemin de la crête, il
courait sur la neige, les yeux fixés sur les traces de pas qu'il avait
faites tout à l'heure et qui lui indiquaient le chemin.
Maintenant le
soleil était levé; dehors il faisait beau, la plaine au loin était sombre et
grise, mais autour de la cabane de berger la neige avait tout recouvert, la
montagne éclatait de lumière. Ali regardait par la fenêtre, il essayait de
retrouver sous la neige la place de chaque rocher, de chaque chemin. Il
revint près de Mériem, l'enfant était là, à côté d'elle, tous deux
dormaient.
Ali, lui,
n'avait pas dormi, il ne pouvait s'ôter de la tête la sensation du fusil sur
sa nuque, l'image du vieux, impassible dans son fauteuil. Il regarda
longuement Mériem et l'enfant, puis se dirigea vers la porte, il l'ouvrit. A
ses pieds il y avait un paquet, un petit paquet de carton attaché avec une
vieille ficelle. Il regarda le paquet, se pencha pour le ramasser et le
rapporta sur la table: le paquet contenait une petite poupée de bois,
taillée à la main dans une bûche; Ali regarda la poupée, il la tint
longuement dans ses doigts, puis sortit machinalement sur le seuil et
regarda en direction de la ferme du père Jean, il fixa longuement le petit
point noir au loin et leva machinalement le bras comme pour faire un signe,
mais sa main s'arrêta à mi-parcours. Il rentra dans la cabane, posa
doucement la poupée près de l'enfant puis se coucha à côté et s'endormit.
Au fond du
paquet il y avait aussi une vieille feuille de carnet avec ces quelques
mots: « il fait plus chaud à la ferme, je vous attends.»
Mais ni Mériem,
ni Ali ne savaient lire.
Philippe Meirieu
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Paques 2007 |
Conseil Plénier de 83 à Sale |
MON DIEU FAIBLE
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