Comment se fait-il que la mémoire de Myriam de Nazareth ait mis en mouvement tant de puissance imaginative ? Cette femme qui vivait dans la Palestine d' il y a deux mille ans n'a accompli aucune action d'éclat historique, n'a laissé ni écrit ni discours, et ses images sont pourtant répandues et vénérées dans le monde entier.

 

C'est que son existence de femme s'est réalisée dans une maternité singulière et inouïe. Elle est la mère de Jésus, l'homme que ses disciples témoins ont reconnu et proclamé Christ, envoyé de Dieu, Fils de Dieu, et dont le message est, pour l'humanité, une extraordinaire bonne nouvelle de révélation de Dieu.

À cause de cette maternité à l'égard de Jésus, la femme de Nazareth toute simple dans sa famille et son village, a suscité le personnage Marie que les évangélistes ont dessiné dans leurs récits. Ces figures évangéliques de Marie - celles des évangiles canoniques - même si elles sont beaucoup plus sobres que beaucoup d'autres représentations mariales, ne reproduisent nullement, elles non plus, la totale exactitude des traits physiques de Marie ni la totale exactitude historique des situations qu'elle a vécues. Intégrées dans l'ensemble des évangiles, les images de Marie conduisent l'esprit du lecteur, ou de l'auditeur, à saisir la profondeur et l'intensité de l'événement que la foi chrétienne nomme incarnation de Dieu en Jésus.

Mais parler d'images au sujet de Marie, ce n'est pas du tout réduire Marie à une image mentale. Si Marie n'était pas ce qu'elle est, dans sa réalité historique incontestable, véritablement humaine, et dans sa relation unique avec Jésus, aucune image d'elle ne pourrait prendre sens dans l'Évangile.

 

 

Théodore Ratisbonne ,
homélie du 15 août 1853

 

Quand le Fils de Dieu est descendu des hauteurs célestes sur la terre, il a été reçu dans les bras, dans le coeur de Marie; Et quand Marie, quittant la terre, s'est élevée dans les cieux, je vous demande par qui, et comment elle a été reçue ?

Marie a reçu Jésus Christ sur la terre, J.C. la reçoit à son tour dans le paradis; C'est là l'objet de la fête que célèbrent aujourd'hui les enfants de l'Église.

L'élévation de notre céleste et bien aimée Mère dans les cieux, est un sujet de joie pour tout le monde : Gaudeamus omnes, réjouissons-nous tous !

C'est par ces deux mots que commence la messe d'aujourd'hui. Réjouissons-nous tous non seulement les enfants de Marie et ceux qui lui sont fidèles, mais omnes tous, même les plus grands pécheurs, car ce jour est un jour de miséricorde pour les habitants de la terre nous devons toujours espérer en Marie, nous avons une Mère qui intercède pour nous, auprès du trône de Dieu et nous obtient toutes les grâces dont nous avons besoin.

Tel est le sujet des réflexions que l'Église présente aujourd'hui. Marie; a été reçue au ciel avec une gloire que rien ne pourra jamais égaler.

Nous ne pouvons nous imaginer ce qu'a dû être l'entrée triomphale de Marie et quelle  gloire l'entoure maintenant, au ciel car Marie n’est pas seulement une enfant chérie de Dieu, mais par un privilège unique, elle est devenue la mère de son Dieu, aussi a-t-elle été reçue au ciel comme la Reine, la Mère du Roi des Rois, du Saint des Saints, et si  même sur la terre on ne cesse de crier « ous êtes bénie entre toute, les femmes ! » si, selon la prophétie de Marie elle-même, toutes les générations la proclament sans cesse bienheureuse, comprenez quel jour de fête ce doit être pour l'éternité ...

 

L’élévation de Marie a été proportionnée à son abaissement. L'Ecriture Sainte dit que « Ceux qui s'exaltent seront profondément abaissés »… tandis que les âmes qui vivent humblement qui n'aiment pas à paraître, à primer, qui se plaisent dans la vie intérieure, qui participent aux souffrances de J.C. ces âmes seront prodigieusement élevées, elles seront grandes entre toutes les autres et resplendiront comme des astres au firmament.

C'est là ce qui se passe à l'égard de Marie, parce que elle a accompli cette parole de J.C.: "Celui qui s'abaisse sera élevé ! »

 

 

Avant même qu'il soit défini, le dogme de l'Assomption de Marie était vécu dans l'Église.

 

J. H. NEWMAN

 

Il était juste, assurément, il était convenable, que (Marie) fût emportée dans le ciel et n'attendît pas dans la tombe le second avènement du Christ, elle qui avait vécu une telle vie de sainteté et de miracle...

Qui peut concevoir que Dieu pût rembourser la dette qu'il avait daigné contracter envers sa Mère, pour la substance de son corps humain, en permettant à la chair et au sang qui l'avaient formé de tomber en poussière dans le sépulcre ?... Qui peut concevoir que ce corps virginal qui n'avait jamais péché, ait dû connaître la mort d'un pécheur ? Pourquoi eût-elle partagé la malédiction d'Adam, elle qui n'avait pas partagé sa chute ? « Tu es poussière et tu retourneras en poussière » : telle était la sentence portée contre le péché ; elle donc qui n'était pas pécheresse, il était juste qu'elle ne connût pas la corruption. Elle mourut, nous le maintenons, mais parce que Notre Seigneur et Sauveur, lui-même, était mort ; elle mourut, elle souffrit, parce qu'elle était en ce monde, parce qu'elle était dans un état de choses où souffrir et mourir sont de règle... Mais si elle mourut aussi bien que les autres, elle ne mourut pas comme eux ; car les mérites de son Fils, par qui elle était ce qu'elle était, et la grâce du Christ, qui avait en elle prévenu le péché, qui l'avait remplie de lumière et avait purifié sa chair de toute souillure, la sauvèrent aussi des atteintes de la maladie et de tout ce qui affaiblit et ruine l'enveloppe corporelle... Elle ne mourut pas tant pour elle-même ou à cause du péché, que pour se soumettre à sa condition, glorifier Dieu et se conformer à son Fils ; non pas cependant comme son Fils et Sauveur, dans la souffrance et pour une fin précise ; non pas d'une mort de martyr, car son martyre avait été de vivre ; non pas comme une expiation, car l'homme est incapable d'expier et Un seul avait expié pour tous ; mais elle mourut pour terminer sa course et recevoir sa couronne.

 

 

Et donc elle mourut dans le secret. Il convenait à Celui qui mourait pour le monde, de mourir sous les regards du monde ; il convenait au Grand Sacrifice d'être élevé bien haut, comme une lumière qu'on ne puisse cacher. Mais elle, le lys de l'Éden, qui avait toujours habité loin des regards de l'homme, il était normal qu'elle mourût dans l'ombre du jardin, parmi les douces fleurs où elle avait vécu. Son départ ne fit pas de bruit dans le monde. L'Église vaquait à ses devoirs ordinaires, prêchant, convertissant, souffrant ; il y eut des persécutions, on s'enfuit de place en place, il y eut des martyrs, il y eut des triomphes ; à la longue la nouvelle se répandit que la Mère de Dieu n'était plus sur terre... C'est alors qu'on rapporte comment, aux approches de sa mort, quand son âme allait passer en triomphe devant le trône de justice de son Fils, les Apôtres se trouvèrent soudain rassemblés dans le lieu, dans la Cité sainte, précisait-on, pour tenir leurs rôles dans la joyeuse cérémonie ; comment ils l'ensevelirent selon les rites ; comment, le troisième jour, quand ils allèrent au tombeau, ils le trouvèrent vide, et entendirent des chants angéliques aux voix exultantes qui chantaient nuit et jour les gloires de leur Reine ressuscitée.

Quoi que nous pensions des détails de cette histoire (il n'y a d'ailleurs là rien de déplaisant ni de difficile pour la piété) on ne peut pas douter, d'après l'assentiment unanime du monde catholique... que, comme il est juste, elle ne soit, âme et corps avec son Fils et son Dieu dans le ciel, et qu'il ne nous soit permis de célébrer, non seulement sa mort, mais son Assomption.

 

 

 

LITANIES BIBLIQUES de MARIE

 

Nouvelle Eve, dont le fils vaincra le serpent. cf. Gn. 3, 15 ; Apoc. 12, 4.9.

Descendante d' Abraham. cf Mt. 1 16.

Vierge, fille de Sion.  Is.37,22; Lm. 2, 13  a

Gloire de Jérusalem. Jdt. 15, 10.

Joie d'Israël. ib.

Honneur de notre peuple. ib.  b.

Arche d'Alliance. cf. Ps. 131, 8 ; l s. 6, 11  c

Tabernacle du Très-Haut. cf. Ps. 45, 5  d

Jeune fille de Nazareth  Lc. 1, 26

Epouse du charpentier Joseph. Lc. 1, 27 ; Mc. 6, 3 ; Mt. 13, 55

Epouse du Juste. Mt. 1, 19

Saluée Par l'Ange Gabriel.  Lc. 1, 28

Pleine de grâce. lb.

Mère de Jésus. Lc. 1, 31

Mère du Fils du Très-Haut.  Lc. 1, 32

Mère du fila de David. lb.

Mère du Roi d'Israël. Lc. 1, 33

Mère par l'action du Saint Esprit. Lc. 1, 35 ; Mt. 1, 20.

Servante du Seigneur.  Lc. 1, 38.

Vierge, Mère de l'Emmanuel. Mt. 1, 23, citant Is. 7, 14. - cf. Mi. 5, 2.

Toi en qui le Verbe s'est fait chair. Jn. 1, 14.

Toi en qui le Verbe a demeuré parmi nous. ib.

Bénie entre toutes les femmes. Lc. 1, 41 - cf. Jdt 13, 18.

Mère du Seigneur.  Lc. 1, 43.

Heureuse, toi qui as cru aux paroles dites de la part du Seigneur.  Lc. 1, 45.

Humble servante de Dieu.  Lc. 1, 48.

Proclamée bienheureuse par toutes les générations.  ib..

Toi en qui le Tout-Puissant fit des merveilles. ib.

Héritière des promesses faites à Abraham. Lc. 1, 55.

Mère du nouvel Isaac. Lc. 1, 37 = Gn. 18, 14.

Toi qui enfantas ton premier-né à Bethléem. Lc. 2, 7.

Toi qui emmaillotas ton fils et le déposa. dans une mangeoire. ib.

Femme de qui est né Jésus. Ga. 4, 4 ; Mt. 1, 16. 21.

Mère du Sauveur. Lc. 2, 11 ; Mt. 1, 21.

Mère de Messie. Lc. 2, 11 ; Mt. 1, 16.

Toi qui fus trouvée par les bergers avec Joseph et le nouveau-né  Lc. 2, 16.

Toi qui gardais toutes ces choses et les méditais dans ton coeur.  Lc. a, 19.

Toi qui présentas Jésus au Temple. Lc. 2, 22.

Toi qui remis Jésus entre les bras de Siméon.  Lc. 2, 28.

Toi qui t'émerveillais de ce qu'on disait de Jésus.  Lc. 2, 33

Toi dont un glaive devait transpercer l'âme.  Lc. 2, 35

Mère qui fus trouvée avec l'Enfant par les Mages  Mt. 2, 11.

Mère que Joseph emmena se réfugier en Egypte. Mt. 2, 14

Toi qui as conduit l'Enfant Jésus à Jérusalem pour la Pâque. Lc. 2, 42

Toi qui as cherché Jésus pendant trois jours.  Lc. 2, 46.

Toi qui as retrouvé Jésus dans la maison de son Père. Lc. 2, 46.. 49.

Mère à qui Jésus obéissait à Nazareth. Lc. 2, 51

Modèle des veuves   e

Compagne de Jésus aux noces de Cana. Jn. 2, 1-2.

Toi qui as dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu'il vous dira."  Jn. 2, 5.

Toi qui as suscité le premier miracle de Jésus.  Jn. 2, 11.

Mère de Jésus pour avoir fait la volonté du Père qui est dans les cieux  Mt. 12, 50

Marie, toi qui as choisi la meilleure part. Lc. 10, 42   f.

Heureuse, pour avoir entendu la parole de Dieu et l'avoir gardée.  Lc. 11, 28.

Mère debout au pied Cie la Croix.  Jn. 19, 25.

Mère du disciple que Jésus aimait  Jn. 19, 26-27.

Reine des Apôtres, persévérant avec eux dans la prière.  Ac. 1, 14.

Femme revêtue du soleil.  Apoc. 12, 1.

Femme couronnée de douze étoiles. ib.

Mère douloureuse de l'Eglise.  Apoc. 12, 2.

Mère glorieuse du Messie.  Apoc. 12, 5.

Image de la Jérusalem nouvelle. Apoc. 21, 2.

Fleuve d'eau vive, jaillie du trône de Dieu et de l'Agneau. Apoc. 22, 1. - cf. Ps. 45, 5.

                                                                                                                     

NOTES

 a - On trouve dans ces deux textes l'expression complète : "Vierge, fille de Sion." Mais on trouve en So. 3, 14 ; Za. 2, 14 et 9, 9 : "Réjouis-toi, fille de Sion" qu'on a rapproché du "Réjouis-toi, pleine de grâce", de l'Annonciation. (cf. R. Laurentin, Court traité de la Vierge Marie, p. 27).

 b - Ce triple éloge donné à Judith après sa victoire forme la finale. de l'Epître actuelle du 15 Août; on le trouve encore au graduel du 8 Décembre et au trait du 11 Février.

 c - R. laurentin, op. cit., p. 30 rapproche ce dernier texte de Lc. 1, 56.

 d - Rapprocher surtout Ex. 40, 34 : "Alors la gloire couvrit la tente du Très-Haut, et la gloire du Seigneur couvrit la Demeure" de Lc. 1, 35 : "L'Esprit Saint viendra sur toi; et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre..."

 e - Il semble que Marie était veuve lorsque Jésus commença son ministère public, puisqu'elle est seule nommée à Cana; au début de son ministère, quand il enseigne à la synagogue de Nazareth, ses compatriotes l'appellent " le charpentier, le fils de Marie" (Mc. 6, 3).

 f - Chacun sait que cette parole fut adressée à Marie de Béthanie. Mais elle a longtemps justifié le choix de cet épisode pour l'Evangile du 15 Août (en liaison avec celui de la vigile Lc. 1l, 27-28). C'est dans la liturgie byzantine l'évangile du 15 Août et du 8 Septembre.

 

 

 

 

BALLADE POUR DEMANDER LA PAIX

 

 

 PRIEZ, pour paix, douce Vierge Marie,

Reine des cieux et du monde maîtresse.

Faites prier, par votre courtoisie,

Saints et saintes, et prenez votre adresse

Vers votre Fils, requérant sa hautesse

Qu'il lui plaise son peuple regarder,

Que de son sang a voulu racheter,

En déboutant guerre qui tout dévoie.

De prières ne vous veuillez lasser;

Priez pour paix, le vrai trésor de joie!

 

PRIEZ, prélats et gens de sainte vie;

Religieux, ne dormez en paresse;

Priez, maîtres et tous suivant clergie,

Car par guerre faut que l'étude cesse.

Moutiers détruits sont, sans qu'on les redresse;

Le service de Dieu vous faut laisser

Et ne pouvez en repos demeurer.

Priez si fort que bientôt Dieu vous oie.

L'Eglise veut ce à vous ordonner :

Priez pour paix, le vrai trésor de joie!

 

PRIEZ, peuple qui souffrez tyrannie;

Car vos seigneurs sont en telle faiblesse

Qu'ils ne peuvent vous garder, par maistrie,

Ni vous aider en votre grand' détresse.

Loyaux marchands, la selle bien vous blesse

Fort sur le dos; chacun vous vient presser

Et ne pouvez marchandise mener;

Car vous n'avez sûr passage ni voie

Et maint péril vous convient-il passer :

Priez pour paix, le vrai trésor de joie !

 

 

 

Charles d'Orléans

Prisonnier de guerre en Angleterre pendant 25 ans au 15ème siècle

 

         

 

 

 

 

 

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  Dernière mise à jour le 28/04/08
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