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6 août fête
de la Transfiguration de Notre Seigneur Jésus Christ |
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selon la tradition de l'orthodoxie...
« Demeurés quand même éveillés.
ils virent sa Gloire ».
Le nouveau Moïse a gravi la
montagne avec ses apôtres. C'est là qu'ils voient sa Gloire : il est
transfiguré devant eux. « Celui en qui habite corporellement la Plénitude de
la Divinité » se manifeste à ses apôtres. Il est resplendissant de la vraie
lumière, celle de la Trinité Sainte. Il est le Soleil de justice, revêtu de
la Gloire du Père. Il est le visage du Père tourné vers nous : son
Bien-aimé. Debout, dans un éclatement de rayons, au centre de cercles
concentriques symbolisant le monde, voici le Seigneur de l'histoire, le Dieu
« Maître de tout » (Pantocrator). Sa Parole soutient l'univers, il en est
l'axe et le coeur, la Révélation et l'Accomplissement.
Moïse et Elie, les deux voyants
du Sinaï, s'entretiennent avec celui qui donne la loi nouvelle écrite sur
les coeurs et qui livre le feu véritable, le zèle jaloux de la
Demeure-de-Dieu-avec-les-hommes. Ils contemplent le vrai Buisson ardent, le
Dieu vivant Jésus ressuscité, le Seigneur de tendresse, plein de Grâce et de
Vérité, la Majesté et la Splendeur du Père. Ils adorent celui que par avance
ils ont annoncé : le Royaume de Dieu. Sur la montagne sainte, Jésus bénit
son peuple : ceux qui l'ont précédé, ceux qui l'ont suivi et tous ceux que
le Père lui donne. Il est dans une Paix infinie. car il est le Bien-aimé,
et, en lui, toute l'humanité est déjà dans le sein du Père, transfigurée.
Le nouveau peuple de Dieu, en la
personne de Pierre, Jacques et Jean, a gravi la montagne de la Théophanie.
Ils ont vraiment rencontré Dieu et contemplé le Mystère de l'Alliance
nouvelle. En réalité, ce sont eux qui sont transfigurés : ils ne voient plus
selon la chair et le sang, ils reçoivent la vision des enfants de Dieu.
Voici que leur est révélé Celui « que ni sang, ni vouloir de chair, ni
vouloir d'homme, mais Dieu a engendré » (Jn 1,13). Ils contemplent le
Mystère de l'Incarnation : l'Homme-Dieu; ils voient celui qu'ils sont
appelés à devenir : l'Homme transfiguré, déifié.
C'est dans l'Esprit qu'ils
pénètrent dans le Mystère du Fils : prophètes et apôtres, ils sont vêtus de
vert, et, pieds nus, foulent la terre sainte.
Mais ils sont terrassés,
renversés. Eblouis, ils ne peuvent soutenir l'éclat de la Gloire de Dieu.
Ils sont encore dans ce monde-ci et, nouveaux prophètes, ils doivent lui
transmettre le Flambeau de la Bonne Nouvelle, jusqu'au retour du Fils de
l'homme quand il viendra dans sa Gloire.
La Transfiguration est le prélude
du Retour du Seigneur. Alors les nations afflueront vers l'Agneau de Dieu;
debout, sur la montagne, pour chanter le cantique du Bien-aimé et
contempler, tel qu'Il est, le Fils Unique.
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LE MYSTERE DE LA
TRANSFIGURATION.
La célébration du
Mystère de la Transfiguration passe presque inaperçue pour la plupart des
chrétiens d'aujourd'hui. Cette méconnaissance est dans la logique de la
méconnaissance du mystère de l'homme; car il n'est d'anthropologie que de la
Transfiguration. Les Eglises orientales ont toujours senti dans cette Fête
un pôle essentiel du mystère chrétien; les liturgies syrienne et chaldéenne
ont même structuré !es dimanches qui entourent le 6 août en dimanches de
Moïse et d'Elie. La concordance avec le 6 janvier accentue encore le sens de
cette Théophanie : dans le fleuve du Jourdain, le Verbe se plonge dans notre
condition mortelle, sa kénose nous saisit au creux de notre absence, Il
vient chercher Adam perdu; sur la montagne du Thabor, notre humanité est
prise dans la nuée de l'Esprit, elle devient transparente à la Gloire du
Fils, elle est enfin « trouvée » par le Père. Dans les deux Théophanies, le
Verbe se tait et le Père révèle que toute sa Parole s'épanche en lui; il
l'appelle et nous enveloppe de la même tendresse « Celui-ci est mon Fils
bien-aimé... »
L'homme n'existe que
dans cette relation par laquelle il est aimé du Père (en arabe, le même mot
exprime « exister » et « être trouvé », cf. Ph 3,9 : pour exister il faut se
perdre, la Gloire passe par la kénose).
Le Temps sacramentel de
la Transfiguration, au coeur de l'été, est peut-être celui qui exprime avec
le plus de vérité notre condition d'homme dans le Christ durant les «
derniers temps ». L'effusion continuelle de l'Esprit dans nos vies ne
modifie pas les structures de notre univers, physique, psychique ou social :
c'est dans sa condition mortelle que Jésus a laissé transparaître la Lumière
vivifiante de sa Divinité. C'est aussi dans cette condition mortelle que
rayonne dès maintenant la Lumière du Ressuscité qui nous déifie. « Le Dieu
qui a dit : « Que du sein des ténèbres jaillisse la lumière » est celui qui
a brillé dans nos coeurs, pour faire resplendir la connaissance de la gloire
de Dieu qui est sur la face du Christ. Mais ce trésor, nous le portons en
des vases d'argile... (2 co. 4,6-7).
Le mystère de
la Transfiguration est l'expression de source du monde sacramentel,
transfiguré, restauré par le Christ ressuscité. Il est le sens de la
sainteté chrétienne, Gloire de l'amour dans des vases d'argile. Ce que l'on
appelle le « sanctoral » dans l'année liturgique trouve ici son point focal.
Et c'est pourquoi les deux fêtes extrêmes de la Vierge, sa Nativité et sa
Dormition, sont célébrées dans la lumière de la Transfiguration : la kénose
et la gloire de la Tête deviennent celles des membres. |
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En étant habité par la tradition
juive...
Un enseignant montrait un jour à ses élèves,
une grande feuille de papier blanc avec, au milieu, un point noir qu'il
avait dessiné.
Il demanda aux enfants : "Qu'est ce que vous
voyez ?" Ils répondirent tous : "Un point noir." Le maître insista :
"Regardez bien ! Que voyez-vous ?
- Un point noir
- Vous ne voyez vraiment rien d'autre ? -
Non !
- Et alors, tout ce blanc du papier, tout
autour du point noir, vous ne le voyez pas ?"
Le fruit de la Transfiguration est là. Si la
lumière de la Fête monte du plus profond de notre coeur -
"dans Sa lumière, nous verrons la Lumière" -
alors, nous verrons tout le blanc
autour de chacun des points noirs de notre vie.
Le fruit de la Transfiguration est là. Il
nous faut le laisser monter, du noir anarchique, de la nuit de notre coeur
pour voir, enfin voir la lumière. Voir, non plus seulement tous les points
noirs déversés chaque jour par la presse et tous nos points noirs
personnels, mais voir tout le blanc lumineux tout autour. La Transfiguration
nous apprend à le voir, si nous laissons Jésus-Lumière jaillir du plus
profond de notre coeur.
Le Talmud dit qu'à la fin de notre vie nous
serons jugés pour n'avoir pas su nous réjouir des joies légitimes de ce
monde, mais aussi pour n'avoir pas su voir la beauté de la Lumière divine,
autour de ce qui s'est passé, même de si noir parfois, dans notre vie.
La blanche lumière divine, nous ne l'avons
pas vue, encroûtés que nous sommes, dans nos habitudes, dans notre savoir.
C'est à la voir, à chercher à la voir, que
cette fête nous invite. Et la force, pour continuer sur ce chemin là, nous
vient de cette grande nostalgie, grand désir, qui ne nous arrache pas au
moment présent, qui ne nous fait pas fuir dans le passé ou nous échapper
dans le futur, mais qui nous ramène à l'austérité du présent.
C'est avec cela que j'aimerais entrer dans
le silence avec vous.
Pour remercier Dieu de cette grande beauté
de la Transfiguration. De cette grande consolation. De cela qui humanise
vraiment notre vie : voir jaillir cette blanche beauté rayonnante, même dans
les points noirs de notre vie.
Fr. P d'Ey
Un moine
d'occident. |
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