Il y a 10 ans,

le pape Jean-Paul II instituait la journée mondiale de la vie  consacrée

qui se célèbre le 2 février

en la fête de la Présentation de Jésus au Temple.

 

Et voilà que nous sommes venus au rendez-vous de ce soir,

 à la veille du 2 février,

 pour prendre un temps d’arrêt en veillant quelque peu,

pour nous émerveiller ensemble,

en rendant grâce une fois encore,

 pour le don de la vie consacrée fait à l’Eglise et pour le monde.

 

La fête de la Présentation de Jésus au Temple

 était célébrée déjà au 4ème siècle à Jérusalem.

Au 7ème siècle, la fête a commencé alors d’être célébrée à Rome

 et elle s’accompagnait d’une procession de pénitence, qui,

 commencée à l’aurore, se faisait à la lumière des cierges,

 pour témoigner que dans la nuit du monde,

Jésus était la lumière tant attendue.

La bénédiction des cierges ne date, elle, que du 10ème siècle.

En Gaule, la fête devint mariale,

reprenant le thème de la Purification exigée des jeunes mères juives,

quarante jours après la naissance de leur enfant,

d’où la date de la fête qui se rattache encore au mystère de Noël.

Quarante jours après Noël !

  

 

« Présentation de Jésus au Temple», « Purification de Marie »

pour les Eglises d’Occident,

cette fête est appelée « fête de la Rencontre »

pour les Eglises d’Orient.

C’est en outre la fête de la  «Chandeleur» ! Celle des crêpes !

 

Comme nous le voyons, l’événement que nous célébrons ce soir, supporte plusieurs appellations qui, chacune, mettent en évidence un aspect particulier de l’événement.

C’est l’occasion de revenir sur la portée symbolique du récit

rapporté par l’Evangile selon St Luc au chapitre 2.

 

Qu’allons-nous retenir de cette rencontre au Temple?

Nous sommes à Jérusalem, qui est le cœur-même de la vie juive,

le centre vers lequel tous les yeux, tous les regards se portent.

Le centre du rassemblement de toutes les nations qui monteront là pour célébrer le Dieu unique

Jérusalem ?

Le pôle du monde que célèbrent tant de psaumes que nous chantons et prions comme les Juifs et que chantent les pèlerins qui montent à Jérusalem, en particulier pour les trois fêtes de pèlerinage:

les saints rendez-vous avec le Seigneur présent dans le Temple.

Et le Temple de Jérusalem ?

C’est là-même que Jésus, douze ans plus tard, révélera à ses parents que seule «la volonté de son Père» donne sens à sa conduite.

Et s’il leur reste «soumis», c’est précisément dans la mesure où sa soumission est conforme à la volonté du Père des cieux.

Dans le Temple, la lumière perpétuelle brille au-dessus de l’Arche Sainte: elle contient les rouleaux de la Torah, Parole de lumière et de vie pour les fils d’Israël. Ils la portent aujourd’hui encore en procession dans leurs bras, sur leur cœur pendant la prière communautaire à la synagogue.

Marie et Joseph avec l’enfant Jésus dans leurs bras

sont soumis aux prescriptions de la Torah donnée à Moïse au Sinaï

et transmises à Israël de génération en génération.

Or, la Torah ordonne que la femme qui accouche d’un garçon observe une période de purification de quarante jours,

à l’issue de laquelle elle doit apporter une offrande au Sanctuaire de Dieu (Lév. 12, 2-4). Marie et Joseph ont accompli cet enseignement de la Torah, avec foi, librement, par amour de la Torah!

Ils ont apporté l’offrande minimum prescrite pour les pauvres : deux colombes.

Ce qui, de la part des parents de Jésus, n’aurait pu être qu’une formalité, se révèle en réalité d’une portée ecclésiale.

Pour nous chrétiens, qui considérons Marie Mère du Seigneur, comme vierge de toute souillure, cette obligation d’être «purifiée»

après l’accouchement de Jésus, nous paraît sans doute une chose étrange. Mais Marie a accompli ce rite prescrit, avec ferveur, accompagnée de Joseph, son époux, tout aussi fervent!

Faisant cela, elle savait qu’elle participait à un grand culte de purification et d’offrande utile à l’équilibre du monde.

En outre, la Torah stipule que tout premier-né,

qu’il s’agisse d’un garçon ou d’un animal, doit être consacré à Dieu

en rappel du jour où les Israélites ont été sortis de l’esclavage d’Egypte (Exode 13, 2-12) «à main forte et à bras étendu».

 

Oui! Comme Syméon, guetteur du Messie d’Israël, homme d’espérance, et comme Anne la prophétesse, nous cherchons le visage du Messie et voilà que, oh surprise! C’est Lui qui vient à notre rencontre!

En la personne de Syméon, c’est toute l’Eglise qui reconnaît Jésus comme le Messie attendu, «Lumière des nations»

mais aussi «signe de contradiction…».

Avec Anne et Syméon, Dieu fait de nous des prophètes, des hommes et des femmes témoins d’espérance du jour où «Dieu sera tout en tous…»

Oui ! Nos yeux se portent aujourd’hui sur le véritable Temple qui est le corps même de Jésus, signe définitif de la présence du Dieu vivant avec nous, au milieu de nous, l’Emmanuel.

Et voilà que ces heureux parents, porteurs de la Lumière du monde dans leurs bras, sont accueillis par deux visages: Syméon et Anne : deux justes, deux priants, poussés par l’Esprit-Saint, qui attendent activement le Messie promis à Israël. En eux, c’est le peuple d’Israël tout entier qui attend le Messie! Celui qui sera la Paix !

Le nom hébreu de Syméon nous invite à l’écoute de la Parole, des événements, à l’accomplissement de la Parole de Dieu.

«Ecoute, Israël!» en hébreu: «Shema Israël!» (Dt 6, 4)

Quant à la prophétesse Anne, nous sommes, par la signification hébraïque de son nom, invités à rendre grâce en contemplant sans cesse les dons de l’amour gratuit de Dieu pour son Peuple: Juifs et Chrétiens ensemble,

 un amour sans exclusion offert à tous les peuples, à toutes les nations :

Syméon reconnaît dans le petit enfant la manifestation du salut: Jésus, le Christ, visage révélé du Père le visage de tout humain.

Il s’exclame en le voyant:«lumière pour illuminer les nations et gloire de ton peuple Israël!»

Comme Syméon et Anne dans le Temple à Jérusalem, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans le «temple» de notre cœur,

pour y rencontrer le visage de Dieu Sauveur dans l’enfant Jésus, pour célébrer le mystère de sa consécration à Dieu par ses parents,

 la consécration de Marie elle-même et celle de tous ceux et celles qui, suite à un appel particulier, se mettent à la suite de Jésus,

librement, totalement, par amour du Royaume. C’est le commandement de l’Amour :

«Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force…et ton prochain comme toi-même» (Dt 6 et Lv 18)

 

 

Reconnaissons-nous dans ces visages de l’évangile

les multiples visages de la vie consacrée, don de Dieu,

pour annoncer au monde blessé et souvent si violent
la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité
qui nous rend pleinement humains?

 

Hommes et femmes consacrés dans l’Eglise, dans nos instituts et congrégations respectives, apostoliques et contemplatives, nous croyons que nous sommes appelées à être signes d’espérance, bénédiction pour ce monde dans lequel nous vivons. Comme Dieu le signifiait déjà à Abraham ! L’Alliance est toujours actuelle !

 

Si nous brûlons du feu du charisme de notre institut ou congrégation, enracinées dans le projet universel de paix que Dieu nous révèle dans la Bible,

Si nous savons donner du temps pour contempler le mystère de Dieu, présent dans la nature,

dans la Parole de Dieu, dans les événements et dans les visages des plus petits et des exclus,

et si nous savons le communiquer à d’autres,

si nous vivons notre consécration religieuse comme un choix libre et conscient, qui révèle le Dieu unique toujours fidèle, patient, miséricordieux et plein de tendresse,

Alors ?

Comme Syméon, qui n’était peut-être pas aussi âgé qu’on le pense !

Comme Anne au soir de sa vie (82 ans),

Comme Marie et Joseph,

rendons grâce à Dieu,

pour le don de la vie consacrée qui réjouit et enrichit l’Eglise par la multiplicité des charismes et le dévouement de tant et tant de personnes, hommes et femmes.

Que la vie consacrée reste un signe d’espérance, éloquent, fructifiant, de l’amour du Seigneur pour le quotidien de nos vies.

Allumons encore le feu, allumons nos cierges,

Portons-les haut !

Qu’ils soient signes de Vie, de Joie et de Paix

Dans le Christ Jésus et Seigneur!

 

Soeur Michèle Debrouwer nds

 

  Dernière mise à jour le 28/04/08
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